‹ Technique de chimie physiologique et pathologiqueChapitre 35 sur 44 · Phénols · texte numérisé non relu

Phénols

phénols. On donne le nom de phénols à des corps dérivant du benzol C^HG, par remplacement d'un ou plusieurs atomes d'hydrogène par un ou plusieurs radicaux oxydryles (OH). Ces

corps sont donc les alcools du benzol; ils ge dillérencient toutefois des alcools vrais, en ce que l'hydrogène des radicaux OU est lui-même remplaçante par des éléments métalliques donnant ainsi naissance à des sels.

Ces corps se rencontrent dans l'urine normale; ce sont le phénol (C«H«OH), et surtout le paracrésol (CWCHSOH). Ils ne sont pas libres, mais combinés à l'acide sulfurique, donnant ainsi les acides sulfoconjugués.

1. Phénol C8H"OH. — Le phénol cristallise en longuesaiguilles Phénol. incolores, fondant à 40°-41°; peu solubles dans l'eau, elles se dissolvent bien dans l'alcool et l'éther.

Il se caractérise par les réactions suivantes :

1° Le phénol se colore en bleu-pourpre intense en présence de solutions neutres de perchlorure de fer;

2° Réaction de Allen. — L'addition de 1 ou 2 c. c. d'acide chlorhydrique, puis de l goutte d'acide nitrique à la solution de phénol, communique à la liqueur une teinte rougecerise, qui vire au brun sombre si l'on sature par de la soude caustique;

3° Si l'on ajoute de l'eau de brome à une solution de phénol, il se forme immédiatement un précipité de tribromophénol.

On ne peut déceler la présence du phénol dans l'urine non préparée; il faut d'abord décomposer les acides sulfoconjugués, puis distiller et appliquer les réactions susdites aux portions de liquide qui ont passé à la distillation.

PUÎ

2. Crôsol C6H4<qu — C'est le paracrésol que l'on ren- Crésol. contre le plus fréquemment dans l'urine.

Il se présente sous laspect d'une masse cristalline blan-

châtre, fondant â 3o°-36°, peu soluble dans l'eau, se dissolvant bien dans l'alcool et dans l'éther. Il distille facilement.

Ses réactions sont les mêmes que celles du phénol, sauf que l'eau de brome ne forme que lentement un précipité de tribromocrésol brome.

Dosage Dosage des phénols dans l'urine.

des phénols dans l'urine.

Principe de la méthode. — Le dosage des phénols porte sur tous les phénols volatils (phénol et paracrésol), et pas seulement sur le phénol vrai. La méthode est basée sur la formation de tribromophénol lorsqu'on a fait agir de l'eau de brome sur les solutions de phénols, suivant la formule

C6Hs0H + 3Br2 = C6H2Br3 OH + 3BrH.

Technique de la méthode. — On réduit à 200 c. c. environ 1 litre d'urine; puis on y ajoute une quantité d'acide sulfurique telle que la liqueur contienne S % d'acide, et l'on distille jusqu'au moment où l'eau de brome ne détermine plus, dans les gouttes qui passent à la distillation, la formation d'un précipité.

On filtre le distillatum s'il y a lieu, et l'on additionne d'eau de brome jusqu'à persistance d'une coloration jaune. On laisse sédimenter, à température ordinaire, pendant deux ou trois jours, puis on filtre sur un filtre taré; on lave le précipité à l'eau et on le dessèche sur l'acide sulfurique, jusqu'à constance de poids.

On considère ce précipité comme formé de tribromophénol; 100 parties de ce corps renferment 28.4 parties de phénol.

S'il s'agit de paracrésol, ce qui est le cas le plus général, il

se forme une combinaison plus riche en brome (C6H*BrH)Br) et plus pauvre en phénol. La conservation sous l'eau bromér suttit à transformer cette combinaison en tribromophénul.

S. Dioxvbenzol. henzol.

1. Pyrocatéchine. — Orlhodioiykenaol C6H4(OH)*. — C'est sous Pyrocatéchine. forme de pyrocatéchine que s'éliminent le phénol et les phé-

nates employés dans un but thérapeutique.

La pyrocatéchine cristallise en prismes tétragonaux,solubles dans l'eau, dans l'alcool, dans l'élher et dans le benzol. Elle fond à 102M0i°.

Réactions :

1" Les solutions prennent une teinte foncée au contact de l'oxygène de l'air. Le virage s'observe d'une façon immédiate au contact des alcalis et des carbonates alcalins.

2° La pyrocatéchine réduit les sels métalliques, le nitrate d'argent et surtout le sulfate de cuivre alcalin (réactif de Trommer).

3° Le chlorure ferrique colore ses solutions en vert sombre, même en solution très diluée. Si on ajoute de l'acide tartrique et puis de l'ammoniaque, la solution prend une teinte violette ou rouge cerise, d'après la quantité d'ammoniaque.

2. Hvdroqiiinone. — Paradioxybenzol [C6H4(OH)J]. — Elle se Hydroquinone. rencontre ordinairement à côté de la pyrocatéchine. Elle cristallise en prismes rhombiques, facilement solubles dans l'eau

chaude, l'alcool, l'éther, insolubles dans le benzol froid. Elle fond à 169". Les réactions qui caractérisent la pyrocatéchine appartiennent aussi à l'hydroquinone.

Recherche du dioxyJtenzol. — Méthode de Schmiedeherg. — On distille l'urine, acidulée d'acide chlorhydrique, jusqu'à complète élimination des phénols volatils. On reprend le résidu successivement par l'éther sulfurique et par l'éther acétique; on évapore ces extraits réunis. On dissout le résidu de cette évaporation dans l'eau; on chauffe avec du carbonate de baryum ; on filtre, et on extrait le filtratum par l'éther. L'évaporation de cette solution éthérée abandonne les dioxybenzols. On les sépare facilement l'un de l'autre, par le benzol froid qui dissout le pyrocatéchine et ne dissout pas l'hydroquinone.

Pigments Pigments urina 1res. — Nous ne possédons sur les pigments urinaires.

urinaires normaux que des notions assez vagues ; il parait

certain que la couleur de l'urine ne dépend pas d'un pigment unique; Vierordt a démontré, à l'aide de la spectrophotométrie, la multiplicité des pigments; mais on n'a guère réussi jusqu'à présent ni à les isoler ni à les caractériser. Il est fort probable que les substances humiques, dont Udranszki a démontré la présence dans l'urine du cheval, jouent un certain rôle dans la coloration de l'urine.

Les matières colorantes urinaires précipitent complètement par le sous-acétate de plomb et livrent un liquide tout à fait incolore; elles précipitent, mais incomplètement, par l'acétate de plomb, par les acides phosphotungstique et phosphomolybdique.

A côté des pigments préformés, l'urine renferme un certain nombre de matières chromogènes, qui donnent naissance à un pigment sous l'action de certains réactifs et aussi spontanément, dans certaines conditions peu déterminées.

Nous étudierons l'indican et l'urobiline.

i. Indien». — L'indican existe clans l'urine sous la forme Indican. de sulfate dïndoxyle, c'est-à-dire sous la forme d'un acide Bulfoconjugué.

En présence des agents oxydants, l'indican dissous se colore en vert, puis en bleu (indigo); on réalise cette oxydation par différents agents; dans certaines conditions peu déterminées, le seul contact avec l'oxygène de l'air suffit à produire ce virage.

Réactions de l'indican. — 1" Réaction de Jaffé. — Le principe de la réaction, c'est l'oxydation de l'indican, en présence d'un acide fort, par l'hypochlorite de soude, et la dissolution de l'indigo bleu qui s'est formé dans un dissolvant approprié.

On verse 4 à 5 c. c. d'urine dans un tube à essai, on y ajoute une égale quantité d'acide chlorhydrique, puis quelques gouttes de chloroforme. On ajoute alors, goutte à goutte, une solution diluée d'hypochlorite de soude, en ayant soin d'agiter de temps en temps le mélange. Le chloroforme prend une belle coloration bleue.

Il n'est pas rare que la présence d'un léger excès d'hypochlorite décompose l'indigo bleu à mesure qu'il se produit et le transforme en isatine incolore ; dans ce cas, la réaction donne un résultat négatif.

2° Réaction d'Obermayer. — On précipite le pigment urinaire par du sous-acétate de plomb; on filtre, puis on agite le filtratum avec une quantité égale d'acide chlorhydrique renfermant du perchlorure de fer (2 à 4 0/00); on ajoute 1 c. c. environ de chloroforme et on agite de nouveau. Le chloroforme se colore en bleu intense.

Cette réaction n'a pas l'inconvénient de faire parfois méconnaître la présence de l'indican.

Urobiline. 2. lïoliiline.

Extraction de l'urobiline. — On élimine d'abord de l'urine les sulfates et les phosphates par l'addition de nitrate de baryte; on filtre et l'on sature l'excès de sel barytique par un courant d'acide carbonique.

On traite l'urine ainsi préparée par l'acétate basique de plomb; on lave avec soin le précipité; on le dessèche, pui°> on le fait bouillir dans de l'alcool ordinaire. On fait ensuite digérer le précipité avec de l'alcool aiguisé d'acide sulfurique ; on décante celte solution alcoolique, on la sature d'ammoniaque; on l'étend d'eau et l'on fait agir le chlorure de zinc. On récolte le précipité brunâtre, on le lave à l'eau froide, puis à l'eau chaude; ensuite on le traite par l'alcool bouillant; puis on le dessèche, on le pulvérise. On dissout le précipité pulvérulent dans l'ammoniaque; on filtre, et l'on traite la liqueur ammoniacale par l'acétate de plomb; on lave, à plusieurs reprises, le précipité à l'eau.

On le fait ensuite digérer dans de l'alcool aiguisé d'acide sulfurique; après décantation de l'alcool, on ajoute du chloroforme (un volume de chloroforme pour deux volumes d'alcool) et un excès d'eau, et l'on agite fortement. On sépare le chloroforme que l'on a lavé une couple de fois, on l'abandonne à l'évaporation.

Lorsque l'urine est riche en urobiline, on peut extraire ce pigment à l'aide d'un procédé plus simple et plus rapide.

On précipite le pigment par un excès de sous-acétate de plomb; on laisse sédimenter le précipité; lorsque le précipité

DE CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. 18î>

s'est rassemblé au fond du vase, on décante l'urine décolorée. On reprend alors le précipité par de l'alcool aiguisé d'acide Bulfurique, et l'on soumet à l'examen spectroscopique la solution ainsi obtenue.

Cette m'ëthode ne fournit point l'urobiline à l'état de pureté ; elle suffit cependant pour la détermination spectroscopique du pigment.

Propriétés de l'urobiline. — C'est un corps amorphe, de couleur rougeàtre. Il se dissout à peine dans l'eau; il se dissout bien dans l'alcool, dans l'éther, dans l'éther acétique, dans le chloroforme ; ces solutions sont neutres au papier de tournesol et possèdent a la lumière transmise une couleur d'un brun jaunâtre; a la lumière réfléchie, une fluorescence verte.

L'addition d'acides donne aux solutions alcooliques une teinte plus rouge et fait disparaître la fluorescence. Les solutions alcalines ont une teinte jaune rosée; l'ammoniaque la fait virer vers le vert et lui donne une fluorescence verte.

L'acétate basique et le sous-acétate de plomb, le chlorure de chaux, le chlorure de zinc et l'ammoniaque la précipitent presque complètement.

Caractères speclroscoinques. — Les solutions alcooliques acides présentent une raie d'absorption entre b et F; lorsque la concentration des solutions est suffisante, la raie passe au delà de F.

En solution neutre ou alcalinisée, l'urobiline possède une raie bien délimitée au milieu de l'espace qui sépare b de F. Ce spectre est situé a peu près entre le vert et le bleu. (Voir planches nos 7 et 8.)

Page 1