On construit trois modèles de Timbales
Les plus grandes produisent successivement les degrés compris dans la quinte fa -ut :
Les plus petites, ceux de la quinte si'h -fa:
VjF=^
'^'' U tjJ ^i p^ ^
Et les moyennes gravitent soit dans la quinte sol-ré, soit dans la quinte la- mi, suivant les pays.
Mentionnons, pour mémoire, une petite Timbale aigiie accordée en do sol, qu'on rencontre dans les Musées, mais qu'on ne pratique pas, les sons aigus fa ^, sol, étant trop maigres.
Le fa\ lui-même est déjà insonore et si Beethoven s'en sert, ce n'est jamais qu'en l'opposant à celui de l'octave inférieure, en le faisant ainsi bénéficier de cette riche sonorité de la basse:
iVIIPSymph.)
(IX^Symph.)
4.|— Il ne faut donc pas plus dépasser le fa aigu que le fa grave.
Le mi V' = que l'on trouve quelquefois nécessité par un effet
spécial, et n'ayant d'ailleurs quelque valeur tonale que dans un pianissimo, ce mi grave évoque Tidée mélancolique d'une Grosse-Caisse crevée .
Je sais bien que Berlioz a écrit le fa % aigu et Wagner ce lamentable mi, mais c'est très exceptionnellement ^ or, s'il vous prend l'envie de solliciter Berlioz ou Wagner pour quelque emprunt, mieux vaut leur prendre autre chose .
Il existe, d'ailleurs, un moyen de produire un roulement plus grave que celui de la Timbale, c'est de s'adresser à la vraie Grosse-Caisse en se servant des baguettes du Timbalier
Mécanisme.
5.§— En France, nous sommes restés fidèles au vieux système : une membrane actionnée par un certain nombre de poignées à vis .
Le nombre de ces poignées est variable : de 9 à 11 pour une grande Timbale, de 7 à 9 pour une petite. Quant à la tension, elle doit être proportionnée en tous sens, d'après les inégalités de peau connues du Timbalier, faute de quoi on risque de voir cette peau éclater. Et d'ailleurs, qualité et justesse de son dépendent de l'égalité proportionnelle de la tension.
Combien faut-il de temps pour changer l'accord ? Cela dépend de la distance à parcourir, du nombre de tours de clef à donner. La peau est assez solide pour se prêter à des différences de traction produisant des écarts de quinte, mais il serait très maladroit au Compositeur d'exiger de tels sauts.
Il faut à l'exécutant un travail relativement assez long pour dépasser la tierce majeure, et si l'on consulte les Maîtres, on voit qu'ils évitent soigneusement, d'excéder cette limite.
Je prends au hasard cinq partitions:
de Liszt, Festklange 4Timbales ainsi accordées: cSol, La,Si\>, ^Ut.
Changeant en: [Fa #, La^ Si I-, \Si \.
{Ecart maximum d'un demi-ton.)
— Hîingaria 3 Timbales ainsi accorde'es : La, Si\>, Ré.
Changeant en: cFa'^, Si^, Ré^.
puis en: . \Si\',Si\, Ré^.
et enfin en: La, Ht, Ré\\.
(Ecart maximum de tierce majeure.)
— Mazeppa 2 Timbales ainsi accordées: La, Ré.
Changeant en: La, ïït$.
puis en: La, ^Si\{.
et enfin en: La, {Ré.
(Ecart maximum de tierce mineure.
de Berlioz, Marche Nocturne . . . 2 Timbales ainsi accordées: Sol,^Do (L'Enfance du Christ.) Changeant en: So/,\Si\'.
(Ecart de seconde.)
— Fantaisie sur la Tempête. 2 Timbales ainsi accordées: LaV,Ut.
(Lelio.) Changeant en: La\,Ré.
puis en: LaV, Mi.
ei enfin en: Do, Fa.
(Ecart maximum de quarte mais progressivement amené par sauts de secondes.)
Il faut compter environ îine mesure à quatre temps, mouvement modéré, pour changer à.'îin ton T accord de la Timbale. Il faut naturellement plus de temps pour une tierce, pour une quarte, pour une quinte... si toutefois on risque pareil écart.
Les Timbaliers arrivent par habitude, lorsqu'il ne s'agit que de faibles distances, à s'accorder sans que Toreillè intervienne^ ils savent s'ils doivent faire faire demi-tour, trois quarts de tour, ou tour entier à leurs poignées tournantes. Ce n'est qu'ainsi, d'ailleurs, qu'ils peuvent procéder dans les forte ^ au milieu du fracas de l'orchestre.
Mais si les distances à parcourir sont plus grandes, ils ne se fient plus à leur seule expérience manuelle ^ on les surprend s'assurer avec discrétion de l'exactitude du mouvement, effleurer la membrane avec leur baguette, cherchant à s'écouter.
6.§— En Allemagne, en Russie, en Italie, on a renoncé à ce système et Ton ne pratique plus que les Timbales à accord mécanique .
On en construit de deux sortes : Timbales à pivot se tendant ou se détendant suivant qu'elles tournent à droite ou à gauche: Timbales à levier^ celles-ci les plus répandues (un levier actionne une série de crans correspondant à la série des demi-tons).
Le grand avantage de l'accord mécanique est dans son instantanéité. Vous pouvez sur une môme Timbale, dans un mouvement modéré, exécuter des dessins comme ceux-ci :
AW moderato.
JUt
2ZB
éVé J ||J Jj^^
(Mouvements secs du levier coïncidant avec le coup de bag-uette, afin d'e'viter les traînées de son d'une note à l'autre.)
On peut obtenir de curieux effets de glissa?ido eu maniant avec lenteur le levier, un peu comme ferait le doigt sur une corde :
Ajidajite.
L' Opéra de Paris avait adopté ces Timbales, mais il vient d'y renoncer en arguant de leur défaut de justesse : « Sous l'influence de la température, suivant l'hygrométrie de l'atmosphère, les membranes se resserrent ou s'amollissent», disent les praticiens. Et ils se plaignent de n'avoir pas une action assez directe sur l'accord .
La cause n'est donc point encore entendue.
7. §— Quant aux Compositeurs, ils n'ont pas à prendre parti dans le différend, mais à écrire comme ils pensent, sans autre souci que de conserver à Vinstrnment son vrai caractère.
Que demandons -nous à la Timl)ale ?
Une vibration^ un son s' évaporant comme celui d'une corde de Harpe, disparaissant peu à peu dans l'espace. Arrêter, couper ce son , c'est mettre Tinstrument en contradiction avec lui-même. Lui faire monter ou descendre des gammes hâtives, est-ce donc son rôle ?
Avec trois Timbales, toutes les combinaisons sont possibles. Chacune pouvant s'accorder facilement suivant quatre demi-tons successifs (ce qui n'excède pas un écart de tierce mineure), nous obtenons ainsi tous les degrés de la gamme chromatique.
Il arrive souvent qu'à première vue, Texécutant se trouve embarrassé, le Compositeur n'ayant pas pris soin d'indiquer par avance les changements de tonalité : ce sera donc à lui d'étudier et de combiner ses mutations pour la répétition suivante. Le Compositeur me semble alors être un peu en faute .
Il arrive parfois, au courant du morceau, que le même exécutant se voit dans l'impossibilité d'opérer le changement nécessaire:
Voici, par exemple, son accord:
Et voici quatre mesures entraînant la nécessité, pour la Timbale, de conclure sur un si\> %
Vivo.
Orchestre.
Timbale.
ff
S'il est naïf, il contera sa peine au Chef d'orchestre qui lui répondra, comme je l'ai entendu: «Faites-vous aider par vos voisins! » S'il ne l'est pas, il s'adressera spontanément au camarade d'à côté, en le priant, pendant que lui-même est aux prises avec 1'?^/, de donner les deux demi-tours de clef nécessaires {% à deux clefs seulement) pour exhausser d'un demi -ton la Timbale de la.
Aujourd'hui, on peut tout écrire, les difficultés techniques diminuant sans cesse, mais on ne doit rien écrire qui ne soit sympathique à la nature même de l' instrument .
Les Baguettes.