Sensations de temi’Érature
Lorsqu’une goutte d’eau distillée, ou d’eau pbysidogique, est déposée sur la peau à la même température que la surface cutanée, elle ne provoque aucune sensation. Aussi est-il naturel de faire jilutot appela ce mode d’excitation ipii, lorsqu’il éveillera des sensations tbermiques, n’éveillera qu’elles.
Le tbermo-estbésimètre que nous proposons est donc fondé sur l’emploi de la goutte d’eau.
I . Il faut prendre garde de ne pas laisse guilles d’acier de la série lourde. L’acier peut-être se remplacer par du nickel, ou nickelé.
r se rotiiller 1(îs aipourrait d’ailleurs tout au moins être
Toui.üusk, 2^ édit.
Il consiste en un entonnoir métallique à double paroi, et entre les deux parois duquel circule une résistance électrique destinee a provoquer le cbauftag'e suivant les méthodes habituelles au moyen du passage d’un
courant. L’extrémité de l’entonnoir est tronquée et se termine par une ouverture calibrée et un robinet de réglage pour l’écoulement des gouttes d’eau distillée qui ont à i5“ un poids de oe'',io.
Ln thermomètre plonge dans l’entonnoir, 1 extie-
MESURE DES SENSATIONS CUTANÉES 3g
niité du réservoir se trouvant au-dessus du niveau de 1 ouverture, et un agitateur hélicoïdal entourant le thermomètre permet de rendre la masse d’eau homogène au point de vue thermique. Un écran de carton est place a la base de l’entonnoir, avec un orifice pour le passage des gouttes.
Les gouttes sont directement déposées sur la peau de telle sorte que la déperdition thermique aussitôt leur sortie du récipient soit extrêmement réduite, surtout avec le volume assez considérable de la goutte. Cette déperdition est beaucoup trop considérable lorsque le dépôt de la goutte se fait avec une pi[)ette, un intermédiaire quelconque ; même dans ce cas elle est encore appréciable, et il faut tenir compte des corrections à apporter de ce chef ; ou plutôt suivant la courte déperdition en fonction de la dillérence des lempéiatures de 1 eau et de l’air extérieur, on élève la température de l’eau d’une valeur égale à celle de la déperdition au-dessus de la température que l’on veut obtenir au contact de la peau, les conditions techniques étant toujours rigoureusement les mêmes, conditions techniques que nous exposons plus loin.
Nous avons établi expérimentalemenl, pour un thermo-esthésimètre de ce modèle, la courbe de la déperdition au bout d’un temps fixe d’une demiseconde en fonction de la température initiale, mesurée non en valeur absolue mais en excès par rapport à la température extérieure.
Cette courbe peut être inlerpolée par la formule suivante :
'lO TECHNIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
où d est la déperdition, en degrés et fractions de degrés, la température initiale, en degrés (excès de la température absolue sur la température extérieure) et K une constante qui, d’après nos expériences, s’est trouvée égalé a 826.
Nous obtenons ainsi, pour une température extérieure de ib", les chiffres suivants pour des tempé-
ratures absolues de 6o“, /|5”
et 30”
3o" ('là" — i5")
Les chiffres observés correspondants étaient 3% 1" et oN3, avec des incertitudes d’observation atteignant un dixième de degré.
11 sera bon, avec chaque appareil, de calculer la constante K en faisant ou en faisant faire (avec une aiguille thermo-électrique) une ou deux mesures de la déperdition, au bout de ce temps; si on employait d’autres temps de chute cette mesure serait absolument nécessaire.
L’appareil peut encore être employé, même lorsqu’on ne dispose pas d’électricité : pour obtenir la température voulue, on procédé a un mélangé d eau froide et d’eau très chaude en agitant constamment jusqu’à ce que, par tâtonnement, on obtienne au thermomètre le nombre de degres cherché.
Lorsqu’on dispose du courant, le chaulTage s effec-
lue éleclriquemenl cl l’on secoue aussi l’agi lateur hélicoïdal pour rendre la masse d’eau homogène. L’eau relalivemenl froide s’obtient également par chautlage, la température extérieure atteignant rarement la valeur de la température cutanée. Pour avoir des températures [)lus basses, on peut procéder par le mélange d’une eau glacée (obtenue par fusion de la glace) et d’une eau relalivemenl chaude, ce qui évite l’emploi d’un deuxième entonnoir tbermoestbesimeti'ique. Ou bien on emploie un deuxième entonnoir idenli([ue au [iremier, saut en ce qui concerne les doubles parois, plus écartées et entre lesquelles on place un corps réirigérant par évaporation, tel que l’éther, [lar quantités progressives, jusqu’à ce f{u’on obtienne la températuie voulue.
Le ihermomèlre doit avoir un tube capillaire très tin sur une grande longueur et un réservoir très mince, de telle sorte ([ue les températures basses se trouvent au-dessus du niveau d’allleurement des bords siqiérieurs des jiarois de rentonnoir.
On peut ainsi explorer les sensations iheiniiipies provoquées jiendani un temps très court sur des surfaces relalivemenl petites, (l’environ six millimètres de diamètre h
Pour étudier des surfaces ])lus considérables, si 1 on explore les membres, d n’est nul besoin d’un a[)pareil spécial, cl la manière d’ojierer est simple.
Il sulïit de taire chaulfer au bain-marie de l’eau
I. Avec (les gouttes |)Iiis poli tes, ayant une moindre surfaces de contact, ou pourrait explorer des r(>gions plus liinilcjes ; on pourrait même, en variant la grandeur des gouttes rechercher inllucnce de la surface ; mais la nniThode serait peu pratiipie.
physiologique (à 8 grammes pour i ooo de chlorure de sodium) dans des vases de forme appropriée, et de faire pénétrer le doigt par exemple, ou la main, ou le liras ^ dans l’eau du récipient qui, à même
température que la surface cutanée, n’est pas perçue, sauf, si la pénétration n’est pas très lente, par le déplacement des poils.
Pour étudier enfin des surfaces plus petites, il faut faire appel à un excitateur particulier tel que celui de Kiesow et qui consiste en un entonnoir d’étain avec tube d’écoulement réglable pour l’eau chaude et l’eau froide et thermomètre à fin réservoir passant à travers le couvercle de liège, l’entonnoir étant recouvert de guttapercha sauf sa pointe très fine et qu’on met au contact de la peau en descendant l’appareil, monté sur pied, avec une crémaillère. Mais on n’échappe pas alors à l’écueil de la sensation double : de pression et de température.
Fig. 6. — Thermo-excitateur (le Kiesoav.
I . Avec des volumes trop considérables, on peut avoir des sensations résultant de la poussée de l’eau.
Cette méthode (comme celle des gouttes) est d’ailleurs passible <l’ime objection théorique: l’eau est-elle sans action sur la sensibilité cutanée, par voie de modifications physiologiques du tégument .i'
Un appareil de ce genre, avec surface varialde de base, doit être employé aussi pour la mesure des sensations avec excitation prolongée, la goutte d’eau se mettant très rapidement en équilibre thermique avec le milieu et n’exerçant son excitation calorifique qu’à l’instant où elle est déposée.
— Mais un autre dispositif pourrait être encore plus satisfaisant, dont nous ne pouvons à l’heure actuelle qu’indiquer le principe : Si Ton concentre avec une lentille la chaleur émise par une surface donnée d’une source thermique à une température déterminée, on peut provoquer une excitation de chaleur réellement punctiforme U
Par un déplacement à crémaillère dans deux directions de l’espace de l’ensemhle du dispositif, lentille et source de chaleur, on pourrait explorer point par point üne surface plane de la peau, sans avoir aucune autre sensation simultanée, et en évitant toute action suggestive.
Quant à la mesure de la température provocpiée ainsi par concentration de la chaleur rayonnante, on l’obtiendrait au moyen de la pile thermo-électricjue, par comparaison avec des températures mesurables the r m o m é t ri qu e me n t .
Les graduations s’obtiendraient facilement au moyen d’un diaphragme adlatherinane (opaque pour les radiations thermi({ues), découvrant une plus ou moins grande surface du corps radiant, l’émission étant proportionnelle à la surface découverte quand la
I . On évite en effet toute action chinii([ac possible sur la peau , aûtre que celle de l’excitant spécificpic, la clialeur.
surface est diffusante. Comme surface diffusante, on emploiera la céruse ' recouvrant une plaque métallique derrière laquelle sera une source quelconque de chaleur avec réflecteur projetant les radiations sur cette paroi difTusante.
Les méthodes optiques seront donc entièrement applicables avec cette méthode basée sur les rayons calorifiques, très analogues, comme on le sait aux rayons lumineux.
Une ouverture rajiide d’un écran avec un dispositif fondé sur l’emploi d’un électro-aimant permettrait, comme [)Our la vision, d’établir la variation du seuil en rapport avec la durée de l’excitation, le seuil s’abaissant avec cette durée, jusqu’à une limite variable.
Technique. — Cour l’exploration de la sensibilité tbermique d’une région cutanée, le premier point consiste dans la détermination de la température superficielle par rapport à laquelle seulement peuvent valoir les difTérences thermiques susceptibles de provoquer une sensation de froid ou de chaud. Dans ce but on applique sur la peau un thermomètre à maximum avec serpentin discoïdal très fin, s’équilibrant vite, pour la prise des températures cutanées; on l’y maintient pendant 2 à 3 minutes pour être sûr que le maximum est atteint ; on peut noter
1. Le pouvoir émissif de la céruse est en effet le plus grand (il est égal à i, à 100°).
2. Il est préférable de ne pas prendre la température du point que l’on veut explorer mais de la région avoisinante, pour ne pas y provoquer les sensations thermiques dues au contact froid du thermomètre.
Une méthode nécessitant une instrumentation plus compli-
quelle est la température atteinte au bout d’une minute d’a[)plication, car l’élévation en degrés [)endant ce temps rapportée à l’élévation totale donne une inindicalion sur la rapidité avec la([uelle la peau se met en équilibre tbermique avec le milieu, et par conséquent sur sa perméabilité aux: radiations thermicjues, intéressante à rapprocher de la sensibilité correspondante.
Ceci l'ait, voici comment l’on peut procéder avec le tliermo-estbéslmètre : on cbaull'e l’eau qui y est contenue jusqu’eà ce qu’on atteigne avec la correction que nous avons indi([uée la température cutanée de la surface de la main cpie l’on veut explorer, par exemple la pulpe de l’index. La main est alors placée au-dessous de l’orifice de l’entonnoir, sui- un coussinet d’ouate, que l’on élève jus([u’à ce fjue la surface de la peau ne soit plus cpi’à huit ou dix millimètres au-dessous de l’orilice [)Our que la goutte puisse être déposée sans chute. On s’assure, en déposant une goutte, que celle-ci ne [irovoque aucune sensation ; puis on cbaulle par étapes progressives, ou on laisse refroidir lentement l’eau dans l’entonnoir, suivant ({u’on veut explorer la sensibilité au chaud
quéo, mais plus rapide el plus commode, pour la prise dt^s températures cutanées, est fondée sur l’emploi d’une aiguille tlicrmo-électrique avec galvaiiomèire très sensible et sliunl do dérivation gradué en températures j)ar le constructeur ou par l’expérimentateur, la pointe de l’aiguille étant mise en contact avec la peau explorée, un autre aiguille étant placée au contact de la ^lace fondante, et l’expérimentateur n’ayant qu’à déplacer le curseur du shunt jusqu’à ce ([ue l’aiguille du galvanomètre se trouve au zéro, ce qui ne nécessite qu’une manipulation do quelques secondes.
46 TECIOIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERlSlENTALE
OU au froid. A chaque déplacement du niveau thermique d’un dixième de degré, on recommence à déposer une goutte sur la même surface en posant chaque fols la question de l’existence d’une sensation de chaud ou de froid, sans prévenir le sujet de celle qu’il ressentira. De temps à autre on pose la question sans déposer de goutte pour éviter les fraudes ou suggestions.
Pour faire écouler la goutte, on ouvre brusquement le robinet, et on le referme aussitôt. Il faut que la chute de la goutte, c’est-à-dire sa formation lorsqu’on ouvrele robinet et son détachement jusqu’au dépôt sur la surface cutanée dure une demi-seconde, temps [)our lequel a été établie la courbe de décroissance en fonction de la température initiale. On recueille la goutte incomplète c{ui se forme après la chute de la première avec du papier filtre, et l’on peut dès lors recommencer h
Il est Inutile de faire garder au sujet sa main sous l’appareil dans l’intervalle des expériences, et on peut lui faire remettre à chacjue fois. Si l’on dispose de deux appareils, on peut, simultanément, explorer la sensibilité au chaud et au froid en procédant alternativement avec fun et avec l’autre.
Le point important, dans la pratique des appareils, c’est de ne laisser la goutte qu’un temps très court et de demander au sujet l’impression ressentie aussitôt la question posée : L’évaporation produit en effet
I. Il est nécessaire de ne pas laisser pendre de goftlte, car elle se refroidirait avant d’être déposée snr la peau du sujet lorsque la pression de l’eau, à l’ouverture du robinet, la ferait tomber.
très vite un refroidissement et une sensation corrélative. Une seconde après le dépôt de la goutte celle-ci doit être enlevée avec un peu de papier fd tre et la peau bien séchée sans cependant qu’on la gratte, bd, entre deux expériences il faut laisser à la peau le temps de reprendre sa température, altérée momentanément par le dépôt de l’eau.
On arrive ainsi à déterminer le minimum perceptible pour le chaud et pour le froid. Pour la détermination du minimum dilTérentlel, -il est nécessaire d’employer deux tliermo-esthésimètres, l’un maintenu à une température donnée et l’autre progressivement porté à une température supérieure ou progressivement ramené à une température inférieure. Étant données les modifications apportées par le fait du dépôt de la goutte d’eau, il est préférable de porter les excitations, non pas sur la même surface, mais sur deux surfaces immédiatement voisines.
La main étant convenablement placée, une goutte de l’appareil à température maintenue constante est déposée sur la moitié interne de la pulpe du médius droit. L’appareil éloigné rapidement et l’autre rapproché par un aide, pendant qu’on éponge la goutte avec un tampon d’ouate ou de préférence qu’on l’assèche avec du papier filtre, et une goutte est déposée sur la moitié droite delà pulpe du même doigt. Le sujet étant naturellement mis dans l’Impossibilité de voir les manipulations, de temps à autre on remet l’appareil à température constante aussitôt enlevé, de manière à elTectuer deux excitations identiques, ce qui permet de déceler la fraude ou la suggestion. On augmente progressivement la dilTérence des deux
températures jusqu’à ce que, d’uue façou coustaute^ les répouses du sujet soieut correctes : le miuimum diiréreutiel est alors obteuu.
Cette teclmlqiie peut être employée avec l’appareil à pointe de Kiesony pour les excitatious punctiformes..
Lorsqu’on veut explorer des surfaces plus considérables, voici comment l’on peut procéder : La température de la peau étant déterminée, on cbauffe de l’eau physiologique au bain marie dans deux cupulesde porcelaine. Lorsque la température est atteinte, on constate cjue, si le sujet tient son index allongé et dirigé \erticalemeut vers le sol, les autres doigts de la main droite étant repliés, l’on peut sans éveiller aucune sensation élever au-dessous du doigt le récipient jusqu’à ce que le niveau de l’eau atteigne l’articulation de la deuxième et de la troisième phalange. Puis le récipient est oté, le doigt séché avec du papier filtre et l’on continue de le chauirer, pendant que l’antre refroidit. L’on procède de même à chaque variation d’un dixième de degré, la masse d’eau du bain-marie étant assez considérable pour que les variations soient lentes. On détermine ainsi le minimum perceptible ; pour la manière de poser les questions et les épreuves de suggestion, on procède comme précédemment. Pour le minimum diflerentiel, on a un récipient à température constante et l’autre à température progressivement variable, et l’on trempe chaque fois successivement l’index avec le récipient à température constante, puis, aussitôt, l’index étant essuyé et replié et le médius étendu, on trempe ce dernier doigt dans le récipient à température variable, jusqu’à ce que la différence des deux températures soit constam-
ment perçue ; la siig'gestion et la fraude sont décelées toujours de la même façon en employant pour les deux doigts le meme récipient à température constante.
Plus encore que pour les surfaces très limitées, il faut attendre entre deux épreuves que la peau ait repris sa température, modifiée par faction de feau.