C. — La (lilJcrcncialion des tons chroniatirjaes
On peut en outre, au moyen des spectres, déterminer les seuils dillerentiels de la sensibilité chromatique, en ce qui concerne, non plus l’intensité de telle ou telle couleur, mais la nature des différentes couleurs.
On projette dans ce but l’un au-dessus de l’autre deux spectres obtenus dans des conditions identiques, avec un léger décalage pour que les mêmes longueurs d’onde ne soient pas exactement superposées. Appliqués contre la surlace blanche où les spectres sont projetés de manière à cacher complètement ceux-ci, sont disposés deux écrans opaques munis d’une fente très étroite (de i/5 de millimètre d’épaisseur) et de 5 centwnètres de haut. Les écrans peuvent être très exactement déplacés au moyen d’une vis sans fin. Il est dès lors possible de disposer la fente de chaque écran devant une zone correspondant à des radiations de même longueur d’onde.
Technique. — On découvre dans une couleur déterminée une zone délimitée par la largeur de la
MESL’llK DES SENSATIONS VlSUELEES
fente et correspondant à une longueur d’onde type, pour les deux spectres. On fait regarder au sujet pendant 5' secondes, en lui demandant de prévenir quand il notera une différence de couleur dans les deux raies. Après 3o secondes, on le fait regarder à nouveau pendant le même temps après avoir dé[)lacé la fente du spectre inférieur vers la droite ou vers la gauche, et on continue progressivement jusqu’à ce que les réponses exactes du sujet montrent qu’il dillérencie bien les deux groupes de radiations,* un contrôle étant effectué de temps en temps en rétablissant l’identité des raies à comparer.
On remarquera de grandes dilférences dans la valeur du seuil dilTérentiel suivant les couleurs, la sensibilité étant m'axima dans le jaune et le bleu, minlma dans le rouge et le vert; le seuil peut aller de 1/771 à i/i I 5, d’après Domrowoeski.
Pour choisir les zones étalons à partir descjuellcs 011 modifiera le ton chromatique vers les ondes plus courtes ou plus longues, on [leut se baser sur les déterminations de I\ood concernant les longueurs d’onde caractéristiques du centre des zones colorées spectrales :
.^UTOLU DE
ItoUgf!
A =F Ou,
Hoiigo orangé
Orangé
Og,
.Tanne orangé
.Tanne
Oo,
Vert
ITleu cyanicjne, ....
Ou,
Bleu. . ,
Ou,
Bleu violet
OlJL,
\ iolet
Ou,
4üG
l36 TECHNIQUE DE PSYCHOLOGIE EYPERIMENTALE
D. — Sensibilité pare
aux nuances et aux saturations chromatiques.
Lorsqu’on clélcnnlne la sensibilité clitTérentielle aux tons cliromatiques, il peut intervenir une sensibilité ditlérentlelle aux siuq)les clartés, qui sont en ellet variables avec les couleurs, l’activité chimique (les diverses radiations sur la rétine, activité cjui est à la base de nos sensations, dépendant de la longueur d’onde des radiations. Le vert et le violet ne dilTèrent évidemment ])as par la couleur seulement, mais beaucoup par la clarté !
J3e même la méthode que nous avons indiquée pour la sensibilité globale aux variations d’intensité chromatique implique une ditlérenciation des solutions d’a[)rès la couleur, mais aussi d’après la clarté, les accroissements de concentration des solutions diminuant la clarté de ces solutions.
Lorsqu’on veut étudier à part la sensibilité aux purs changements de saturation chromatique, il faut que la comparaison [luisse s’elTectuer sous même clarté.
Gela est possible avec les solutions, soit en doublant les cuves à comparer d’autres cuves contenant des solutions grises de concentration variable obtenues avec de l’encre de Chine, et en couplant toujours les solutions dilTéremment concentrées du corps colorant par une solution ajipropriée d’encre deChine, après avoir établi expérimentalement au photoptomètre les dllTérences de clarté des solutions, et s’être assuré de l’exactitude des corrections.
On peut aussi, en présentant les solutions dans les tubes pboloptoniétriques régler, pourclia([ue concentration rouverture du diaphragme en œil de chat, de manière à réaliser, avec des saturations diflerentes, Fégalité des clartés
11 est donc possible de faire une étude assez précise de la sensibilité aux saturations cbromatirpies, soit qu’on veuille déterminer le seuil absolu, soit qu’on vise à obtenir le seuil diirérentiel. Mais cela ne peut se faire qu’après des études préalables très longues et très délicates.
D’autres méthodes, plus pratiques dans une certaine mesure, mais aussi moins précises, [leuvent encore être employées : telle est la méthode des disques.
En employant, comme pour la déteimination photo-esthésimélrique, des disques imbriqués les uns dans les autres grâce à une fente en rayon, on peut, à partir de couleurs déterminées, réalisées })ar jieinture à l’huile sur disques, avec des jiigments, des couleurs industrielles délinies, ([ui malheureusement contiennent toujours un [leu de blanc et ne sont donc j)as des couleurs absolument [lures, obtenir des variations de saturation, [lar variation du secteur
I. La comparaison pliolomélriquo do lurnièros (liirércmmoiit colorées ne sera jamais d’une absolue j)récision ; lors(|u’on abaisse également l’éclat d’un rouge et d’uu bleu jugés égaux, l’égalité disparaît. Le rouge paraît plus obscurci <pie le bleu ; en réduisant les surfaces, le rouge aussi est plus atteint que le bleu. Les comparaisons les plus précises se font au spectropbotumètre : on additionne les comparaisons eirectin'es pour les diverses radiations spectrales composant une lumière donnée; avec deux couleurs pures dillércnles le procédé est naturellement impossible
l38 TECUMQUR DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
coloré, sur le disque tournant, par rapport à un secteur gris de même clarté
Ce secteur gris s’obtiendra lui-même par une combinaison de deux disques noir et blanc dont on fera varier les secteurs jusqu’à obtenir la clarté convenable.
Avec ces trois disques imbriqués, en donnant, pour varier la saturation, une étendue angulaire décroissante au secteur coloré, à partir de 36o” pour la couleur [)ure, et en comliinant dans le secteur restant les valeurs projiortionnelles du secteur blanc ou du secteur noir, on obtiendra toute Téclielle des saturations de 3()o'’ à o'\ en réalisant toujours une clarté identifpie.
Pour connaître les proportions de blanc et de noir nécessaires afin d’obtenir le gris de même clarté que la couleur, on disposera sur les deux disques rotatifs conjugués que nous avons sommairement décrits plus haut d’une part le disque coloré, d’autre paît les deux disques combinés noir et blanc, et avec un éclairage quelconque on cherchera à égaliser les clartés avec le photomètre Blondel-Broca, suivant la méthode que nous avons indiquée, cette égalisation étant d’ailleurs très délicate pour ces comparaisons hétérochromes, mais non impossible.
La proportion une fois connue du blanc et du noir pour chaque couleur à expérimenter (les couleurs choisies devant être les plus proches des cou-
I. Dans les cas de cécité chroniatiqi:e il n’y a que des perceptions de toute ta gamme du gris, entre le blanc et le noir. Deux couleurs sont différenciées alors, à cause de leurs différences de clarté, comme deux gris inégalement foncés.
leurs pures caractérisées par les longueurs d’onde dont nous avons donné la liste ci-dessus d’après Rood) on pourra étudier le seuil absolu el le seuil dillérentiel pour la saturation de chacune de ces couleurs.
En outre on pourra étudier la sensibilité dinérentlelle aux nuances, obtenues, coinnie on le sait, par simple addition de blanc ou de noir à la couleur supposée pure. Les nuances s’obtiendront très facilement, sur le disque tournant, par combinaison d’un secteur coloré et d’un secteur blanc pour les nuances claires, d’un secteur coloré et d’un secteur noir pour les nuances foncées. Mais on doit se ra[)peler que les variations de nuances entraînent nécessairement des variations de clarté.
Technique. — Pour la détermination du seuil absolu, on disposei'a sur un des disques conjugués les disques noir et blanc avec valeur proportionnelle des secteurs telle que, à la rotation, on obtienne un gris de même clarté rpie la couleur choisie. Sur l’autre, celui de droite, on dis[)OS£ra les disques noir el blanc el le discpie coloré, dont on laissera a[)[)araîlre un secteurd’un degré d’abord, et, pour le secteur restant, on gardôra les étendues [)roporllonnelles du blanc cl du noir fournissant le gris de même clarté. Les disques étant mis en rotation on les découvrira peu • dant 5 secondes au sujet, qui verra deux [)lagcs délimitées par les fenêtres des écrans fixes, et qui devra dire s’il volt une couleur el sur quelle plage. On continuera, toutes les 2 minutes (si l’on arrive à effectuer dans cet intervalle les manipulations) après avoir chaque fols augmenté l’étendue du
l4o TECHNIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
secteur coloré, et réalisé toujours la mênie proportion du blanc et du noir pour le secteur restant.
On procédera ainsi jusqu’à ce qu’on ait déterminé le seuil de sensation (reconnaissance d’une couleur indéterminée), et le seuil de perception (reconnaissance d’une couleur définie). De temps à autre, pour le contrôle, on supprime le secteur coloré du discpie de droite, en réalisant le meme gris que sur le disque de gauche.
l^our le seuil dlITérentiel, on procède de même» en prenant comme étalon, sur le disque de gauche, une certaine étendue du secteur coloré, et en faisant varier [)rogressivement en plus ou en moins cette étendue sur le disque de droite, en réalisant toujours le gris de meme clarté, et, de temps à autre, en rendant idenliipic, pour le contnMe, la saturation sur les deux dis({ues.
Pour le seuil de la sensibilité clirtérentielle aux nuances, on procédera identi([uement de même avec les disqiies noirs ou les disques blancs et les disques colorés : en partant d’une certaine étendue du secteur coloré, fixé sur le disque de gauche, on augmentera ou on diminuera l’étendue du secteur blanc pour les nuances claires, du secteur noir pour les nuances foncées, et l’on réalisera de tenqis à autre, pour le contrôle, l’identité des deux disc|ues.
Cette méthode évite la fabrication longue et minutieuse de nombreuses solutions, et, bien qu’elle imjilique toujours des déterminations pbotométriques délicates faites une fois pour toutes, à cause du peu d’altération des pigments conservés à l’obscurité, permet, dans des conditions relativement pratiques
MESURK DES SENSATIONS VISUELLES I I
l’étude précise de la sensibilité pure à la saturation des couleurs b
3, — Acuité visuelle.
On appelle « acuité visuelle » la perception dlscrlminative de deux points ou lignes lumineux sur fond obscur, ou obscurs sur fond lumineux, et sa mesure consiste en la détermination de l’angle visuel le pins ]ietit sous lequel doit être vue la distance entre les points ou lignes à distinguer. Cette mesure n’est pas sans importance : c’est en elTet en ramenant toutes les perceptions à des difléreneiations de points ou de lignes qu’on leur donne le caractère scientifique b
I. M.*Tniihiy, j)rofos.sour à ri/iiivcrsiU; de Louvain, a réalisa (les tableaux de comparaison pour les couleurs cpii rendronl de grands services surtout pour l étalonnage : en déterminant le nombre moyen de tonalités distinguées dans le sj)ectre, fju’il a trouvé être do lOo, il a réalisé, avec des |)lgmonts, ces iBocoule\irs, les plus pures (pi’il lui a été possilde. Puis, sur des tableaux, il a, par addition de blanc etde noir, réalisé loo nuances pour cbacpie couleur; d’autre part, par addition de gris de même clarté, il a, à partir de la couleur saturée, obtenu pour charpie couleur une série do saturations décroissantes jusrpi’à disjiarition complète. Dans cbarpie nuance rie la couleur, il a procédé de même à la désaturation, et a réalisé ainsi par là toute la série des lOO nuances pour cbarjue saturation. Les i6o tableaux comprennent à gauche, au milieu, la couleur purrr, au-dessus toutes les couleurs plus claires, au-dessous t(mtr*s les plus l’oncées, soit loi nuances en hauteur, et, à partir de ces nuances, lOi lignes allant de la saturation complète à la désaturation absolue. On a ainsi une échelle cliromatirpie de grande portér? jrrati({ue, très supérieure au code des couleurs de Ciikvkkui,.
‘2. Toutes les lectures de graduations d’instruments, do courbes, etc., sont ainsi basées sur l’acuité visuelle. Celte acuité est en effet la qualité sensorlell(! la plus comparable chez les dillérents individus; elle paraît en ra[)port étroit avec le diamètre des cônes maculaires, (pii est très peu variable d’un homme à l’autre.
i42 TECIIINIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
On a, depuis i86:^, des échelles destinées à la mesure de racuité visuelle, des « optotypes ». L’échelle optométrique de Snellen consiste en des lettres majuscules qui doivent être vues, à une distance déterminée, sous un angle de 5'; les éléments .constitutifs des lettres sont des carrés noirs dont la surface est le vingt-ciiKpiième du carré total dans lequel est inscrite la lettre ; des carrés blancs de même grandeur séparent les séries de carrés formant les ligues de contour. Les carrés divisionnaires sont vus sous un angle de i', considéré comme ruulté de mesure de racuité, la dillércnclatlon des carrés paraissant nécessaire pour la perception de la forme et la reconnaissance de la lettre. L’acuité sera de i lorsque les lettres sei'ont reconnues, étant vues sous l’angle total de 5', c’est-à-dire à la distance correspondant à cet angle, ô mètres, ou lo mètres, ou i5 mètres, etc. Si la distance de reconnaissance est double on dira que l’acuité est double et sera indiquée par 2, si elle est de moitié, l’acuité sera mesurée par 1/2, etc.
.Mais, en réalité, la |)erception de formes complexes, surtout lorsqu’il s’agit de lettres, ne permet pas une mesure exacte de l’acuité. La lettre a en etlét une physionomie générale qui lui est propre et qui permet, lorsqu’on a l’babitude déliré, delà deviner, alors (pi’on ne [)eut la percevoir, certaines lettres étant d’ailleurs particulièrement faciles.
L’écbelle internalionalede Burciiahdt, qui contient des groupes de points dont l’intervalle blanc est égal au diamètre de leur disque noir, doit être aussi abandonnée, car la preuve de la perception doit être faite par la numération des points, opération dilLicile, sur-
ajoutée à la perception, et rendant inexacle la mesure de cette dernière isolément.
Beaucoup plus exacte sera l’échelle indiipiée par SüLZER, et fondée sur des discjues, rayés de blanc et de noir, les raies égales étant de largeur variable. Lorsque la discrimination ne se peut plus faire, le discjue paraît uniformément gris. Il siillit alors, pour s’assurer de l’exaclitude des perceptions du sujet, de disposer, au milieu des disques striés, des disques gris donnant la même clarté et de demander au sujet de désigner les disques gris et les disques striés. En outre, on peut, bien que cela fasse déjà appel à une opération plus complexe, demander au sujet d’indiquer la direction des stries, qui variera dans chaque disque b
C’est à une opération analogue que font ap[)el les échelles fondées sur des crochets dont on doit indic[uer la direction ou les cercles interrom[)us en un j)oint qui doit être signalé. Cette dernière méthode, celle des cercles de Landolt, a été adoptée par le Congrès d’ophtalmologie, tenu en iqoq, pour fonder une échelle d’unification dans la mesure de l’acuité visuelle.
Cette unification constituerait un réel progrès sur les halilüides actuelles, mais elle est destinée à assurer une valeur clinique et non véritablement scientificpie utilisable pour la psychologie sensorielle. La lumière du jour, adoptée pour l’éclairage, n’est j)as sullisamment définie, alors que l’intensité de la lumière joue un très grand rôle dans la détermination de l’acuité