CHAPITRE II
A rencontre de celui deTîipp, le chronomètre d’Arsonval (1) a l’avantage d’une simplicité d’organes et, par là d’une surveillance et d’un maniement très faciles.
Un mouvement d’horlogerie, précis, équilibré encore par un régulateur de Foucault, actionne une aiguille à la vitesse de 1 tour par seconde : quelques secondes de marche préalable sont nécessaires pour obtenir l’uniformité du mouvement, grâce à l’équilibre des divers organes : tout marche ensuite à une vitesse constante pendant près d’un 1/4 d’heure. Passé ce temps, la vitesse décroit à mesure, parce que l’action du ressort faiblit. Aussi fautil attendre, pour commencer les mesures, que le mouvement d’horlogerie ait cette uniformité de marche, de même qu’il faut s’arrêter avant que ne faiblisse l’action du ressort.
Un artifice de construction permet d’arrêter l’aiguille à volonté.
(1) Société do Biologie, 15 mai 1886.
Le pivot central, au üeu d’étre d’une seule pièce depuis les roues jusqu’à l'aiguille, se brise à mi-chemin, et cha-
Coupe du Mécanisme d’arrêt de l’aiguille du chronomètre d’Arsonval (A. Rinet, l.I.)
que côté de la brisure s’épanouit en un petit disque dentelé et creusé : ainsi les deux disques peuvent s’incruster l’un dans l’autre, et cet emboitement réunit en un seul pivot ces deux partie séparées.
Tant que les deux disques ne vont pas au contact, le mouvement d’iiorlogerie marche pour son propre compte sans entraîner l’aiguille; celle-ci reste donc immobile en sa position, selon l’équilibre que le constructeur a dû lui donner. Mais sitôt les deux parties dn ipivot unifiées, elles actionnent en,semble le mouvement d’horlogerie et l’aiguille suit ce mouvement.
Grâce à'éette brisure du pivot, qui permet d’arrêter instantanément l’aiguille ou la faire circuler sur le cadran on pourra arrêter l’aiguille parle passage d’un courant électrique.
Pour cela, M. d’Arsonval emjfioie simplement un élec-
tro-aimant D qui écarte un disque de l’autre en l’attirant, à chaque passage du. courant électrique : un ressort le rapproche et ainsi relie l’aiguille au mécanisme d’horlogerie, dès que le courant ne passe plus.
Ce ressortes! d’ailleurs calculé de telle sorte qu’il ne contre balance que juste l’action de l’électro-aimant, et cède immédiatement dès que le courant passe : et cependant il est assez fort pour séparer de suite les deux moitiés du pivot, sitôt que le courant cesse.
Reste la question si grave de la rémanence, qui prolongeant l’action du courant au-delà de son passage, fausserait, comme il facile deh; comprendre, les mesures de temps marquées sur le-cadran. Dans le chronoscope de Hipp, on remédie à ce grave inconvénient en changeant apres chaque réaction le sens du coui’ant : ainsi chaque courant balaye les traces. M. d’Arsonval a plus nettement évité cet inconvénient en substituant, aux lourds électros de Hipp les petites bobines déjà employées dans les signaux de Marcel Deprez : leur construction spéciale les met à l’abri des rémanences, et l’on peut prendre des séries de réactions sans se livrer chaque fois à la fastidieuse besogne du changement de courant. Or c’est en séries que les réactions fournissent les meilleurs renseignements.
Ceci dit, on voit facilement que l’aiguille reste immobile en son équilibre tantquelecouraut passe au contraire, elle suit le mouvement d’horlogerie toutes fois que le courant cesse de traverser l’éleclro et les disques sont maintenus rapprochés parle ressort: son mouvement est en ce cas, uniformément celui du mécanisme ; elle par-
court en une seconde le cadran divisé en cent parties : chacune de ces divisions étant elle-même divisée en deux on peut calculer le temps au 2/100‘‘ de seconde. C’est plus qu’il ne faut, quoique le Hipp donne le 1/1000 de seconde, car la moyenne du temps de réaction dépasse ordinairement lO/lOO'" de seconde, et les causes d’erreur ne permettent guère de dépasser le 1/10" dans les approximations.
Le temps psychique sera l’espace parcouru par l’aiguille C entre rouverturc et la fermeture du courant.
Pour le mesurer, il faut encore ajouter à l’appareil un annexequi interrompe le courant juste au moment où naît l’excitation sensorielle et le referme dès que le sujet annonce avoir perçu l’impression.
Cette excitation variera naturellement selon'le sens étudié. Prenons pour exemple les réactions auditives ordinaires: le .signal .sonore est donné par un petit marteau K qui ouvre le courant en frappant un timbre, une planche etc., le sujet répond en rapprochant les deux extrémités delà presselle 1. qu’il tient en main et dont le contact rétablit le courant. Un fil venu de la pile en G traverse l’électro-aimant du chroDOScope, vient au marteau qu’il traverse également, et d’où il sort pour retournera la pije ; on voit facilement qu’en rompant le contact du fil avec le marteau, on interrom])t le courant et l’aiguille marche: or le marteau est construit de telle sorte qu’en frappant sur un corps résistant on ouvre le contact. Le départ de l’aiguille coïncide donc bien avec ce signal frappé, le mouvement du fluide électrique pouvant être considéré comme instantané.
D’autre part, un second fil venu de la pile parallèlement au premier traverse par la même ))orne l’électroaimant du chronomètre et en sort aussi par la même borne que l’autre fil mais au lieu d’aller également au marteau-signal, il se rend à la presselle-réponse tenue en main par le sujet, il la parcourt, et à la sortie, retourne à la pile fermer le circuit.
Ces deux fils ou ces deux circuits sont donc parallèles mais distincts. La presselle, ouverte, ne conduit pas son courant au chronomètre ; mais si le marteau est fermé, cela suffît pour le passage du courant: et inversement. Par conséquent il faut que les deux fils, celui du marteau et celui de la presselle, soient ouverts, pour que le courant ne passe pas et laisse courir l’aiguille ; tandis qu’il suffît d’établir*le contact sur l’un de ces deux lignes pour que, le courant étant fermé, l’aiguille s’arrête.
' Ceci dit, il est facile de comprendre que tout le maniement de cet annexe consistera à ouvrir le courant du côté du signal, et à le former du côté de la réponse, sitôt le signal perçu.
L’expérimentateur doit donc tenir le marteau à circuit fermé, sauf quand il frappe et ouvre ; le sujet doit au contraire tenir la presselle ouverte, sauf quand il répond on fermant le circuit pour cirrêter l’aiguille.
L’expérimentateur, ou son aide, les yeux fixés au cadran, a dû noter avant l’expérience le chiffre mai’qué par l’aiguille; et après, celui où elle s’est arrêtée.
Par exemple, si l’aiguille était à 15 au départ, et s’est arrêtée à 30,5, le temps de inaction égale 15,5 centièmes de seconde.
On n’a donc nul besoin de ramener chaque fois l’aiguille au O : un simple calcul sufïit.
Maintenant comment prendre les mesures.
Le temps psychique est un tout assez complexe et composé d’éléments divers.
Il comprend, au début, le temps de l’e-xcitation sensorielle (quelque soit son mode de propagation à travers les neurones) pour al fer de l’organe au centre cérébral — et finit par le temps qu’emploie l’e-xcitation motrice pour aller du centre cérébral aux muscles de l’ol-gane chargé de signifier que l’excitation sensorielle est perçue.
Entre ces deux temps pliysiologiques est la prise de connaissance, au cerveau, de l’excitation sensorielle et de la volition de réagir par un acte déterminé d’avance ; ces deux faits juxtaposés, l’un actif et l’autre passif, constituent proprement l’élément psychique du temps de réaction.
C’est cet ensemble qu’il s’agit de mesurer exactement, en évitant à la fois les erreurs (jui pourraient venir de l’appareil et celles que l’expérimentateur ou le sujet étudié peuvent introduire dans les recherches. .
Une erreur est d’autant plus grave qu’elle est moins constante et passe plus facilement inaperçue ; c’est donc surtout contre les erreurs variables qu’il faut se mettre en gardedans le maniement du chronométré de d’Arsonval. Il est beauebup plus facile de rectifier les erreurs de l’instrument (jue d’apprécier exactement les pertuihations d’origine psychique: la moindre distraction, consciente ou non, se chiffre ])ar écarts de plusieurs centièmes de secondes.
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