‹ Technique du chronomètre de d'Arsonval pour la mesure des temps psychiquesChapitre 4 sur 6 · Vérification de l’appareil · texte numérisé non relu

Vérification de l’appareil

Il y a d’abord une première vérification grossière, qui consiste à s’assurer que le mécanisme d’iiorlôgerie fonctionne bien. Pour cela, il suffit de le mettre en marche, et une fois le réglage établi, de faire partir l’aiguille de 0” en même temps que l’on déclanche la trotteuse d’une montre médicale. On compte un certain nombre de tours sur le cadran du d’Arsonval, et l’on compare au chiffre donné par la montre médicale. Celle-ci étant supposée exacte,-les dcu.v chiffres doivent à peu près concorder: ce n’est jamais exactement, sauf hasard, parce que le départ et l’arrêt des deu.x aiguillés ne peuvent concorder exactement : il y a là un véritable temps de réaction (que l’on ne peut mesurer, car on n’a pu du même moih vement faire partir l’aigLlille du chronoscope et déclancher la trotteuse ; de même pour l’arrêt. C’est l’équation personnelle, qüeles astronomes n’arrivent jamais à éliminer totalement. Elle dépasse ordinairement de Ijeaitcoup l’erreur qui proviendrait de l’écart de la montre médicale (1). En effet, supposons celle-ci réglée à environ l’par semaine ou 10” par jour, c’est un écart de 10/24® de seconde par heure ou sensiblement 10/25® -- 40/100® ou 4/10® de seconde par heure, et 4 centièmes do seconde par 6 minutes, ce qui représente un écart moiu-

(l)Dails le réglage des chronomètres de i3récision, on l'évalite, pour les gens exercés à environ 0‘'25,

dre que 1/100® de seconde par minute, et 1/6000 par seconde (1). On voit que c'est une quantité négligeable. Ajoutons cependant que la démarche de la grande trotteuse retarde ordinairement le mouvement de la montre: il faudrait par conséquent régler sa montre avec la trotteuse en marclie.

Cette yérification-approximative ne saurait suffire lorsqu’on veut être sûr de son instrument : en effet, il faut non seulement s’assurer que l’aiguille fait bien le tour dq cadran exactement en 1”, mais encore que sa vitesse est constante et uniforme, c'est-à-dire reste la même toujours et en chaque partie du cadran.. C’est à un point quelconque de celui-ci que l’on mesure le temps de réaction : il faut donc que partout l’aiguille parcoure en 1/100 de seconde l’espace gradué qui représente le centième. Or le seul moyen de vérifier’ si ce mouvement est réellement uniforme et constant, sera d’inscrire la marche de l’aiguille : on y arrive par le dispositif suivant.

Un cylindre de Marey étantjrréparé, on contrôle son mouvement en lui inscrivant par le chronographe les vibrations d’un diapason électrique donnant le 1/100 de seconde (2). Ceci fait et les vibrations continuant de s’inscrire grâce au mouvement, automatique du chariot qui porte le chronographe), on met un signal de Deprez,

(1) Ces ealeuls compliqués à cause de la numération duodécimale seront, nous l'espérons, bientôt simplifiés par l'adoption de l’heure décimale que propose \t. II. de Sarrauton : elle est nécessaire dans toutes ces recherches où les calculs portent sur des fractions de minutes. ' (2) Gariei., électricitéTîiédicale, t. I, ch. V. Paris, 1885.

porté par le- même chariot, clans le circuit du chronoscope, dont on a supprimé la presselle. Ainsi le signal traduira les ouvertures et les fermetures de courant, c’està-dire les départs et arrêts de l’aiguille donnés par le marteau : 11 les inscrira sur le cylindre, parallèlement aux vibrations du diapason et leur correspondant si l’on a eu soin de coupler le chronographe et le signal de telle sorte qu’ils tracent exactement à même hauteur sur le cylindre.

Ori voit facilement que, le cylindre étant en anarche, la ligne tracée par le Deprez, du débuta la fin de l’ouverture du courant, représente exactement la marche de l’aiguille sur le cadran, la durée de ti’ansmission électrique étant négligeable. Coname, d’autfe part, le diapason continue d’inscrire en regard de cette ligne ses vibrations constantes, il suffît de repérer les .deux lignes et de compter à combien de vibr.ations correspond la ligne qui va de l’ouverture à la fermeture. Le nombre de ces vibrations doit égaler celui des centièmes de secondes parcourus par l’aiguille, surie cadran du d’Arsonval. Si les deux chiffres différent, le chronoscopc n’est pas réglé, le diapason électrique étant l’étalon de mesure du temps : s’ils concordent en ce point du cadran, il faut d’autres vérifications pour bien .s’assurer que le mouvement est partout aussi régulier. On obtient ces pseudo-temps pshychiques en frappant d u marteau depetits coups, de plus en plus prolongés, de manière à avoir tous les intervalles que peuvent donner les temps de réaction, et même au dessous et au delà, de 4 ou 5 à GO ou 80 centièmes de secondes. Il faut avoir ^oin, au cours.de ces vérifications)

de noter sur quels points du cadran chaque vérification est faite pour voir si l’aiguille est bien équilibrée.

A côté de ces moyens de vérifications dont on dispose pour contrôler au laboratoire l’exactitude des chifEres marqués par l’aiguille, il serait bon d’avoir un moyen de contrôle permanent, facile à manier et transportable avec* l’appareil, sans sui’charge. On pourrait employer alternativement ou simultanément les deux suivants.

1“ Le contrôle du chronomètre qui consiste à comparer son mouvement àr celui d’un chronomètre médical, n’est qu’approximatif, à cause de l’équatiQn personnelle (on peut négliger l’erreur d’une montre bien réglée). Mais cet inconvénient disparait si l’on assure le départ siinultaflé de l’aiguille du chronomètre et de celle de la trotteuse : ce qu’il est facile d’obtenir par le petit marteau percuteur ; car on peut combiner la pression de ce marteau sur le taquet delà trotteuse de-façon à faire partir ensemble l’aiguille de la trotteuse et celle du chronomètre.. De même avec la presselle pour arrêter.

On vérifiera ainsi facilement, sur autant de tours que ■l’on voudra, la régularité du chronoscope.

2° Pour contrôler à la fois, et durant tout le cours de l’expérience, l’uniformité et la régularité de la marche de l’aiguille, il faudrait ajouter à l’appareil un nouvel organe.

Un mouvement d’horlogerie régulier portant un manchon de cylindre d’environ 5 centimètres de haut, et 50 centimètres de circonférence. La rotation du cylindre se faisant en 5 min. environ, si l’on fait actionner par les rouages du chronomètre une aiguille elle tracera sur le noir du cylindre des cercles se succédant en spiralÆà 1"'"’. de distance. S’il y a des iri’égularités dans le développement de ces spires, on saura aussitôt à quel endroit l’un des deux mécanismes a cessé de fonctionner régulièrement, et où les chiffres- obtenus sont douteux. Quelque fastidieux que paraisse ce moyen de contrôle, qui al’avantage de fonctionner automatiquement, il serait préférable à certaines incertitudes.

Il Elimination des causes d’erreur

A) L’Appareil

L’appareil étant bien réglé, remonté à fond pour que le ressort ait toute sa force et que le mouvement fonctionne pendant la durée escomptée d’avance (environ 1/4 d’heure), il faut maintenant en assurer la marche régulière au cours des mesures à prendre.

C’est un petit bouton de cuivre qui assure l’arrêt du mouvement, une fois le ressort remonté : il doit être tiré à fond lorsqu’on met l’appareil en marche, faute de quoi il SC produit des frottements qui gênent le-fonctionne-, ment des rouages. Auparavant, comme avant de mettre

l’appareil en marche, il faut s’assurer du bon fonctionnement du courant électrique qui circure en tous ces organes et fait vivre l’appareil. S’il est en mauvaises conditions, tout va mal, et, parfois à l'insu de l’expérimentateur, les causes d’erreur s’accumulent.

C’est d’ailleurs bien plus aisé de les découvrir d’avance que de lés dépister au cours de l’expérience, la mauvaise distribution de l’électricité écliappant volontiers à l’opérateur.

Il faut donc surveiller, et vérifier au besoin l’énergie du courant électrique, les contacts et la régularité du circuit.

Le chronomètre de d’Arsonval ayant des organes plus légers et moins nombfeux que celui de Hipp, absorbe beaucoup moins d’électricité. Une pile de Grenet de 2 litres suffit amplement.

On peut même se contenter -d’une pile de 1 litre, plus facile à transporter (1), en ayant soin d’aigui.ser le liquide à l’acide sulfurique dès qu’on voit faiblir le courant, ce que l’on reconnaît à ce que le bruit de contact à l’électroaimant est moins net et moins cassant.

Il va sans dire qu’il faut soigneusement préserver ses piles de todte polarisation.

Les contacts doivent être soigneusement assurés à clia-

(1) Il ne semble pas qu’il y ait avantage àeuiplo3-or les piles séelios ; elles ne fournissent pas-, àégalitëdepoids et de volume, un courant suffisant; certains modèles d’accumulateurs pourraient peut-être les remplacer; ce seraitunprogrès, carie courantdespilesdeGrenet s’épuise rapidement et n’est pas ab.solument constant après les premières heures, ce qui nécessite plus de surveillance. ■

que borne et vérifiés chaque fois ; on peut se contenter pour cela, lorsque l’instrument et la pile sont indemnes, d’écouter le petit claquement do l’électro-aimant à la fermeture du courant ; sa netteté est l’indice d’une circulation électrique franche à travers les organes. Si- l’on avait des doutes, il faudrait interposer un galvanomètre d’électricien. On évitera ainsi, pour un léger retard au début, des ennuis et des tâtonnements fort désagréables, en cours d’expérienc(;. Rien ne brise une série de réactions comme de constater tout à coup que le courant passe mal ; ce que l’on reconnaît à ce que les départs et arrêts de l’aiguille n’étant pas francs, ne donnent pas à l’œil une impressioir nette ; jjarfois même l’aiguille patine, traîne plus ou pjoins sur le cadran ; il est alors facile de s’apercevoir de cette cause d’erreur et d’y remédier au lieu de l’admettre dans ses mesures. Mais on met parfois longtemps avant de découvrir le point faible; rien n’étant subtil et bizarre en ses allures comme le courant faussé. Mieu.x vaut éviter cet accroc en faisant au préalable la vérification dont nous parlons.

Il faut aussi prendre garde que les fils conducteurs ne soient pas mobiles dans la petite chambre de l’embout où on les fixe.

11 faut que le métal de leur e.vtrémité soit parfaitement dénudé, et que cette extrémité, une fois prise dans la chambre de l’embout, ne puisse plus osciller. Quand le contact oscille, ou ne se fait que par quelques brins de fil, ce qui le rend insuffisant, il se produit des passage.s' irréguliers de courant, des oscillations électriques provoquées [)ar les oscillations mécaniques de l’extrémité du

fil clans la chambre de l’embout, en sorfe cjne tantôt le courant passe et tantôt il n’agit plus : on ne sait où on en est. C’est une des causes d’erreur les plus délicates et les plus difticiles à dccéler: il y faut toujours songer, lors- (jifion remarque une cause d’erreur dont le lieu d’origine échappe; On l’évitera en tassant énergiquement l’extrémité du fil, bien débarrassé de son cnv.eloppe desoie, de façon qu’elle remplisse bien la chambre de l’embout : ainsi il n’y aura plus de mouvements. '

Enfin il faut surveiller les fils ; sans -parler des brisures, . ni surtout des demi-brisures qu’on doit savoir déceler sous l’enveloppé de soie, il importe d’éviter toute sorte de contact, à travers leur enveloppe, entre les fils conducteurs qui sont ordinairement Cordés ensemble deux à deux, pour éviter qu’ils ne s’emmêlent sur la table. Cela se produit surtout à la croisée en X où les fils doubles, venus de la pile et du chronomètre, divergent pour aller l’un au marteau et l’autre à la prcsselle. C’est là que l’usure est le plus rapide et les contacts le plus fréc^uents.

Plutôt que de s’exposer à cette cau.se d’erreur, il est préférable de changer les fils de temps en temps, avant toute trace d’usure, et de leur éviter tout ce qui pourrait détériorer l’enveloppe de soie.

B) L’Expcrinu’ntatcar

Toutes les causes d’erreur que l’expérimentateur doit éloigner peuvent se ramener à une seule : éviter que le

sujet ne réagisse à une autre impression que celle qui ouvre le courant.

1" L’impression scnsoreille doit être unique et donnée dan,s des conditions telles qu’il ne puisse s’en intercaler une autre capable de dérouter ou de distraire le sujet.

En effet, le temps que l’on cherche est celui de la réaction à une seule impression, tactile ou auditive, etc. mais s’il arrive, au moment du signal sonore, qu’une autre impression s’y ajoute; si le sujet saisit plus ou moins consciemment le mouvement du bras abaissant le marteau pour frapper; s’il entend un frottement d’étoffes de la manche qui l’avertisse de ce mouvement : en un mot, s’il peut prévoir quelques centièmes de seconde d’avance, le son qui lui va être donné, il y réagira d’avance, qu’il le veuille ou non! Que s’il pouvait par hasard s’empéclver d’y réagir, cette inhibition cesserait trop tard pour ne pas retarder la volonté du mouvement de réaction : celle-ci serait alors allongée au lieu d’étre précipitée : elle n’en serait pas moins faussée.

Il faut donc éviter, dans le dispositif de ces recherches', tout ce qui pourrait donner au sujet des indications complémentaires sur le moment précis où naitpa l’imprèssion. C’est affaire à régler chaque fois .selon le local où l’on opère, les conditions de la recherche, etc.

Pour couper court à ces inconvénients, les Américains ont imaginé de séparer complètement le sujet de l’expérimentateur (1).

(1) Studios froniihc Yale psi/cholo^ical Lahor. 1891, p. 2.

En tliéork'., cela semble parfait ; mais, c’est oublier que les réactions doivent être naturelles, que le sujet ne doit à aucun moment se trouver dépaysé, ni l’expérimentateur perdre contact avec lui, négliger de l’interroger toutes les fois qifil remarque quelque chose d’anormal. Le téléphone, que l’on adjoint parfois à ce dispositif, nous semble le compliquer au lieu de l’améliorer; c’est un appareil de plus à surveiller, Comment, d’ailleurs, appliquer un pareil dispositif avec des malades, des aliénés ou des nerveux? Dès qu’on sort du laboratoire où les sujets sont toujours plus ou moins dressés, ce dispositif est impraticable. Tout au plus pourrait-on l’emjoloyer, en psychologie normale, pour des réactions à la lumière au cabinet noir,

2° Comment donner l’e.xcitation sensorielle?

On a proposé de la donner d’une façon automatique. C’est encore une erreur (étant exceptés certains cas spéciaux) car il faut précisément que l’excitation ne soit pas automatique ni al)solument uniforme, mais reste vivante et muable comme une sensation ordinaire. Les temps psychiques ne sont vraiment signiticatifs de l’état mental qu’à condition d'être au.ssi naturels que possible, c’est-àdire de représenter vraiment la réponse que donnerait le malade, s’il recevait une sensation comme celles qui lui arrivent constamment et en prenait conscience comme d’habitude. Sans doute on n’arrivera jamais à empêcher que tout cet appareil nouveau ne modifie ses conditions naturelles ; mais il faut, malgré tout, s’en rapprocher autant que possible : tout l’art de ces recherches, où prime le côté mental, revient à cela.

L’excitation sensorielle doit donc garderies qualités plastiques et la facilité d’adaptation du phénomène vivant ; elle ne doit pas être factice ni machinale. C’est afTirmer une fois de plus que l’action du psychologue ou du médecin doit ici être intelligente et ne pas se borner à l’exactitude d’un appareil enregistreur; on peut enregistrer avec la plus grande précision des erreurs énormes. Mieux vaudrait adopter une méthode un peu moins précise, mais moins sujette à erreurs.

Ce n’est pas à dire, cependant, que le coup de marteau* qui ouvre le courant en donnant l’excitation sonore, puisse être quelconque, ni surveillé ni soigneusement étudié. Au contraire, l’ouverture du courant doit être très franche, sans quoi l’on risque d’avoir des retards au départ de l’aiguille; le son doit être net, facile à distinguer et à percevoir ; enfin, il faut maintenir l’ouverture du courant assez longtemps pour être sùr qu’il ait bien été fermé par la presselle et non par le marteau. Il est, en effet, évident qaie si l’on referme le marteau avant que la presselle n’ait été fermée, on arrête soi-même l’aiguille que l’on avait mise en marche par l’excitation, et l’on fait soi-même la réaction clemandée au sujet. C’est une cause d’erreur clans laquelle tombent facilement les débutants et à laquelle ils échappent d’autant moins volontiers qu’elle leur donne souvent des séries très démonstratives et très régulières. Avec peu d’exercice, on peut ainsi imposer le tcunps d(; réaction esptîré.

3" Non moins importante e.st la question de l’intervalleentre le;<igiial et l’excitation .sensorielle.

On peut mesurer les temps psychiques en donnant brus-

quemont une sensation sans autre avertissement que l’avis .préalable nécessaire à la disposition de l’expérience. Mais il est rare que l’on procède ainsi; les temps sont trop irréguliers et les oscillations trop fortes, ce, pourdes raisons que nous allons donner. Aussi est-il préférable de faire précéder l’excitation sensorielle d’un signal avertissant le sujet de se recueillir et concentrer son attention, avant la sensation. Mais l’intervalle n’est pas indifférent : trop court, il expose à des réactions mal adaptées, ou retardées, le sujet n’ayant pas le temps de se ressaisir avant de serrer la presselle ; trop long, il fatigue inutilement l’attention qui, lasse d’attendre une împres.sion sensorielleljui ne vient pas, se reporte ailleurs et divague au moment où il faut réagir. , .

L’ensemble d’o^wrations qui constituent, pour le sujet, l’acte de réagir, doit être pendant ces instants sa seule préoccupation : lù doit se concentrer toute son attention. On sait combien elle est instable et difficile à maintenir fixe: il faut donc calculer un intervalle tel qu’on ait tout le temps dg concenti’er son attention sur les opérations mentales et physiologiques, et cependant qu’on n’attende pas la sensation a.ssez pour que l’attention se lasse et passe à autre chose. C’est affaire d’appréciation, selon l’état mental du sujet.

» Dans l’état normal, le meilleur intervalle pour obtenir le maximum d’attention est de 2” d’après Lange, — 2”25 d’après Estel, — 2”5 d’après Wundt, Mehner et Glass,— 2”5 d’après Bertels.

Comme on le voit, le chiffre moyen n’est pas absolument fixé r ou jacut dire qu’il oscille entre 2” et 3” : ordi-

naii'ement nous nous rapprochons plutôt de 2”. Il faut d’ailleurs (toujours pour éviter les réactions automatiques) ne pas adopter un intervalle uniforme, mais le varier un peu.

Enfin de quel intervalle faut-il séparer les unes des autres, les diverses réaclion ?

Les Allemands laissent ordinairement un assez long intervalle d’une réaction à l’autre; 30” et plus; outre que c’est nécessité par le dispositif de leurs appareils, ils y voient un moyen de laisser le sujet se reprendre d’une réaction à l’autre. 11 nous semble préférable de placer les réactions chacune à 10” ou 15” d’interValle, en série continue : le sujet a largement le temps de se reprendre de rime il l’autre ; et l’c-xpérimentateur, avec un peu d’habileté, peut noter et notera dans cet intervalle le temps obtenu et préparera un nouveau signal. ,

On évite ainsi les attentes parfois énervantes pour l’attention et qui nécessitent trop souvent une nouvelle adaptation.

Les premières réactions de chaque série sont ordinairement plus longues et moins régulières que les suivantes, comme s’il fallait une certaine mise .en train : en procédant comme nous le disons, il suffira de les éliminer en coupant le début de la série. Mais dans le cas d’un long intervalle, on s’expose à ce que chaque réaction se con^porte comme celles du début : le temps est alors allongé, et l’irrégularité plus grande. ,

C) Le Sujet

Le mouvement de réaction est des plus simples : il se réduit à serrer la main tenant la’presselle.

Il semblerait donc n’avoir qu’à faire ce mouvement, sans plus : mais il le faut faire juste à temps, ni trop tôt ni trop tard.

Aussi une certaine adaptation est nécessaire pour ne pas allonger maladroitement le temps psychique : c’est d’ailleurs un moyen d’apprécier la facilité d’adaptation et le degré d’attention soutenue du sujet.

1° La première condition est d’être bien à son aise, ayant la presselle bien en main : assis ou debout, peu importe, pourvu que l’on n’éprouveaucunegêneàserrerla main, et que l’on garde toute sa liberté- de mouvements. La moindre gêne peut se traduire par un retard de plusieurs centièmes de secondes : et si elle se déplace, ce n’est plus seulement un retard, mais une irrégularité, c’est-àdire une grave cause d’erreur. Aussi faut-il choisir dès le début une position aisée et n’en plus changer^ sous peine de voir ces variations retentir sur les durées inscrites.

C’est pourquoi le choi.v de l’instrument pour réagir a une certaine importance ; les Américains surtout s’en sont beaucoup occupés et ont montré que les variations sont appréciables (1). On a proposé surtout le manipula-

(1) Scriplurc, Yalo Psycli. lah. 1893, p. 88.

teur à télégraphe, la poire électrique et la pressclle électrique. Le manipulateur, soit qu’on incline, soit qu’on relève le ressort, a l’inconvénient de faire fonctionner le bras tout entier, de la main à l’épaule : le mouvement étant plus complexe, est plus sujet à l’irrégularité de temps et de forme, et l’adataption est moins rapide. Il est préférable d’employer la poire électrique (comme à l’Observatoire de Paris) ou la presselle, dont le maniement occupe la main seule. On arrive plus facilement à rendre ce maniement machinal, à condition de bien indiquer au préalable comment tenir et serrer l’instrument,

2® Il n’est pas moins nécessaire de surveiller l’adaptation aux excitations sensorielles.

Elles doivent être très nettes, franches, données à intervalles irréguliers du signal qui préparer le mouvement de réaction. Tout cela, pour que ce mouvement soit le plus rapide possil)le, l’idéal ôtant de réduire au minimum le temps physiologi([ue. Mais si la main est tellement prête à serrer qu’elle commence presque avant la sensation attendue, ce n’est plus une réaction vraie, mais anticipée; à moins que, s’apercevant de ce mouvement prématuré, on ne l’arrête à mi-chemin. On tombe alors- dans le retard, car il est rare de reprendre son équilibre assez tôt pour être prêt dès que vient réellement la sensation que l’on devançait.

D’autre part, si l’on n’a pas préparé le mouvement à exécuter, il est rare qu’il n’y ait pas, do ce fait, un autre retard.

Il est bien possible que les légères oscillations présentées par des courbes de temps psychiques relativement

régulières, tiennent surtout à ce genre de causes. On voit par là combien il importe que le sujet adopte et surveille ses mouvements. Il y réussit d’ailleurs assez vite, après trois ou quatre essais attentifs, s’il est dans des conditions normales.

3“ Enfin il y a certaines précautions mentales, une disposition du conscience et d’esprit, que l’on peut résumer d’un mot : attendre prêt à réagir, en toute sincérité, sans rien vouloir présupposer.

Tout ce qui tend a mettre le sujet en telles dispositions qu’il croit avoir à diriger l’expérience, est une cause d’erreur. Il doit etre comme le malade à l’interrogatoire médical : franchement et exactement se borner à répondre sans essayer d’orienter le diagnostic.

En effet, toutes ces causes d’erreur physiques ou physiologiques, n’ont qu’une importance relative comparées aux perturl)ations d’origine mentale. Une distraction une idée que l’on suivait au moment de réagir et que l’on croit abandonner, à temps pour serrer la presselle, déterminent des oscillations énormes dans la durée du temps psychique. Supposez le sujet préoccupé de donner des réactions de telle façon, c’est aussitôt un changement incalculable. Ainsi s’explique, d’ailleiu's, que les durées soient aussi profondément modifiées par de simples préoccupations que par l’usage des alcools, des narcotiques, etc.

L’élément psychique, nous le répétons encore, prime tout et les causes d’erreur de ce côté sont moins négligeables encore que du côté des appareils. C’est pourquoi il ne faut pas oublier, au cours de ses recherches, d’interroger le sujet sur ces états de conscience, qui diffèrent

parfois singulièrement de ce que sembleraient indiquer les chiffres obtenus. Souvent telle réaction, que-le clironomètre, montre très longue, paraît au sujet très courte : il n’y a donc pas toujours exacte concordance ni parallélisme absolu entre le phénomène interne et sa manifestation extérieure. Ces divergences (dont nous n’avon.s pas à examiner ici les causes) n’en sont pas moins utiles à noter : on y trouvera à l’examen réfléchi, de pi-ëcieuses indications sur l’envers et l’endroit du pJiénomène mental.—N’est-ce pas pour pénétrer dansla conscience niême du sujet, et lire ce que lui-même n’y peut déchiffrer, que nous prenons ces mesures ?

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