CHAPITRE XIII
TRAITEMENT DE L'ABCÈS FERMÉ
Sommaire. — Ponctions et injections modificatrices. — Instruments : Ponction :
1° Un petit aspirateur, modèle Calot, chez Collin;
2° Une aiguille n° 4 de Collin; plus petite, elle se bouche : plus grosse, elle
expose à laisser un orifice qui deviendrait iistuleux. Injection :
3" Une seringue de Liier, avec une aiguille ordinaire longue qui pourra
pénétrer dans l'aiguille n° 4 de Collin. Liquide à injecter. — On mélange par parties égales : Naphtol camphré ; Éther iodoformé, à 10 p. 100; Huile créosotée, à 4 ou 5 p. 100.
Quantité à injecter. — Un demi-centimètre cube du mélange par chaque année d'âge du sujet, jusqu'à vingt ans. — Dose maximum : 10 cent, cubes pour un adulte.
Renouveler la ponction et /' injection tous les cinq ou six jours, en variant la place.
Huit ou dix injections sont nécessaires pour modifier et assainir l'abcès.
Apres la dixième injection, faire encore deux ponctions évacualrices sans injections consécutives, au cinquième et au dixième jour; puis, pansement compressif très exact. Attendre quinze et vingt jours. Les parois sont alors accolées, et l'abcès est guéri.
Asepsie rigoureuse de la ponction et de l'injection.
Quand la tension d'un abcès est trop considérable, le passage de l'aiguille pourrait donner un trajet flstuleux. En ce cas, il faut, dans la première séance, vider l'abcès sans y rien injecter.
Précautions anatomiques, quand l'abcès siège à l'arcade crurale.
Ponctions et injections modificatrices. — Traiter un abcès froid fermé par les ponctions et les injections est une chose à la fois simple et délicate. Je vois tous les jours des médecins qui, voulant guérir un abcès par cette méthode, n'y arrivent pas et se voient ou se croient obligés finalement d'ouvrir ou de laisser s'ou-
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vrir l'abcès, ce qui est souvent désastreux; et cela froment uniquement ite ce que leur technique a été défectueuse.
Il est donc indispensable d'entrer dans quelques détails sur cette technique, qu'il faut de toute nécessité parfaitement connaître, car ce traitement par les ponctions et les injections modificatrices est le seul qui guérisse bien les abcès.
Les ouvrir et les gratter, c'est trop souvent déterminer des complications tardives peut-être, mais qui n'en sont pas moins désastreuses. En effet, l'ouverture laisse une fistule qui risque de s'infecter tôt au tard et de conduire aux dégénérescences viscérales mortelles.
L'abstention de toute thérapeutique vaut mieux, à tout prendre, que l'ouverture et le grattage.
Mais, sans compter que les abcès s'ouvrent trop souvent tout
Fig. 89. — Aspirateur Calot.
seuls, il faut savoir qu'en traitant bien un abcès par les ponctions et les injections, on sera infiniment plus utile au malade qu'en le faisant résorber, en admettant que nous soyons les maîtres d'obtenir cette résorption à tout coup, ce qui est très loin d'être la règle.
La ponction, suivie d'injection modificatrice, est, je le répète, le véritable traitement. Il est aisé d'apprendre à le faire. Pas un de vous qui n'ait fait des ponctions de pleurésie, lesquelles sont généralement plus difficiles.
Pour faire une ponction d'abcès froid de coxalgie, il faut quatre instruments très simples (fig. 89, 90, 91) : une aiguille n° 4 de Collin, un petit aspirateur, une seringue en verre, et une aiguille ordinaire longue.
L'aspirateur s'adaptera à l'aiguille n° 4 de Collin. Si vous n'en avez pas un autre déjà en votre possession, prenez celui que Collin a construit sous mon nom et que voici figuré : il est très commode, très simple et très solide; il a une contenance de huit à dix centimètres cubes, cela suffit. Je ne m'en sers que pour l'aspiration du pus. Le liquide modificateur stérilisé à injecter n'est jamais mis
dans cet aspirateur; je me sers pour cela d'une seringue qui, elle, ne renferme jamais de pus, et où l'on ne met jamais que des liquides bien stérilisés.
Dès que, par l'aspirateur, le pus est évacué, on introduit dans le
Fig. 90. — Aiguille n° 4 do Collin (grandeur naturelle). A, lumière do cette aiguille.
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Fig. 91. — Seringue de Liier.
canal de l'aiguille n° 4 de Collin la fine aiguille de la seringue de
Liier après avoir flambé avec une petite lampe à alcool la tubulure de l'aiguille n° 4, si elle a été souillée par le contact de l'aspirateur.
Si vous n'avez pas de seringue en verre -de Liier avec son aiguille fine, prenez une seringue quelconque facile à tenir propre, s'adaptant à l'aiguille n° 4 et conservée toujours dans un flacon stérilisé.
Vous voyez comme le matériel est simple.
Ajoutez-y ce qu'il faut pour faire l'anesthésie locale, à savoir un
tube de chlorure d'éthyle ou de coryl.
Passons à la ponction proprement dite.
Dès que vous avez trouvé l'abcès à ponctionner, vous lavez avec un tampon à l'alcool, à l'éther, puis à la liqueur de Van Swieten (finir par le sublimé) la peau en cet endroit sur une large étendue. Un aide pulvérise alors du chlorure d'éthyle
Fig. 92. — Anesthésio locale et introduction de l'aiguille n° 4 dans l'abcès (cas d'un abcès en dehors dos vaisseaux). La main gauche repousse les vaisseaux, la main droite ent'oDce l'aiguille.
(fig. 92), sur le point que vous lui indiquez et où vous allez enfoncer votre aiguille. Dès que la petite place est blanche, par une pression soutenue vous enfoncez
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l'aiguille jusqu'à la profondeur où vous pensez que se trouve le liquide (fig. 03).
On a généralement, dès qu'après avoir traversé les tissus solides
Kg. 93. — /« temps : — Ponction en dehors des vaisseaux. L'opérateur isole les vaisseaux
d'une main, pendant la ponction.
on arrive sur le liquide, une sensation spéciale; parfois une gouttelette de pus vient sourdre à l'extrémité de l'aiguille, mais pas
Fig. 94. 2» temps : — L'aspirateur, dans lequel le vide a été fait, ost adapté à l'aiguille n" I
(«•as d'un abcès dans la fosse).
toujours. Dans les deux cas vous adaptez à l'aiguille l'aspirateur, dans lequel le vide a été préalablement fait par un aide; l'adaptation terminée, vous tournez le robinet de l'aspirateur : aussitôt le pus fait irruption dans celui-ci (fig. 94).
Si le pus est en petite quantité et est évacué par une seule aspiration, c'est bien; vous n'avez plus qu'à injecter le liquide modificateur avec votre seringue préalablemenl. chargée de ce liquide (fig. 95 et 96).
S'il reste du pus, vous videz l'aspirateur et, après y avoir de nouveau fait le vide, vous le replacez sur l'aiguille, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le pus soit entièrement évacué.
Fig. 95. — Injection après la ponction. Le bout de la seringue de Luer est muni d'une aiguille capillaire qui vient pénétrer dans l'aiguille n° 4 qui a servi à l'aspiration du pus.
A quel signe reconnaît-on que l'abcès est vidé? — A ce que le pus ne vient plus dans l'aiguille en même temps que la collection n'est plus sentie; — dans le cas contraire c'est que l'aiguille est bouchée par un grumeau (y pousser avec force quelques gouttes
d'éther iodoformé pour la déboucher). Si le pus vient légèrement teinté de rose, il faut aussitôt enlever l'aspirateur, passer immédiatement à l'injection pour faire ensuite, par-dessus l'abcès, une
Fig. 96. — Injection après la ponction. La main droite Compression légère. Il pousse le liquide modificateur. La main gauche maintient yailt même mieUX lie pas l'aiguille pour éviter les déplacements. ' *
attendre autant que possible le moment où le pus va se teinter, c'est-à-dire qu'il ne faut pas faire saigner.
Pourquoi recourir à l'aspiration, qui parait favoriser ce saignement?
Parce que : 1° c'est une aspiration très faible que celle d'un appareil de huit à dix centimètres de capacité;
2° On peut l'atténuer encore en n'ouvrant qu'à moitié le robinet de l'aspirateur;
3° Grâce à cette toute petite aspiration, on évite la compression qu'il faudrait faire presque toujours sur la paroi de l'abcès, avec les
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mains, pour amener l'écoulement du pus. Or, ces malaxations exposent bien plus que la petite aspiration au saignement delà paroi.
En un mot, il faut un peu d'aspiration, très peu : de colle manière, on se met bien davantage à l'abri d'un traumatisme quelconque de la paroi de l'abcès.
Disons tout de suite que si ce saignement n'est pas désirable, il ne devient cependant jamais inquiétant, ou presque jamais. S'il en était autrement, vous feriez la compression de l'abcès pendant dix ou quinze minutes après avoir retiré le tampon.
S'il faut éviter de faire saigner, c'est surtout pour éviter tout risque possible d'inoculation.
Vous recommencez tous les cinq à six jours environ la petite opération, piquant chaque fois en un nouveau point pour ne pas risquer de favoriser la production d'une fistule.
Si le pus revient trop abondant, vous faites une ponction évacuatrice sans injection consécutive. En d'autres termes, vous faites en movenne une injection pour deux ponctions.
Après avoir fait environ de huit à neuf injections (je ne dis pas ponctions : il y a quelquefois beaucoup plus de ponctions que d'injections pour la raison que je viens de donner), le liquide que vous retirez n'est plus du pus, mais un mélange de sérosité brune et de liquide modificateur, parfois un peu teinté en rose. La paroi étant assainie et avivée, saigne plus facilement à la fin qu'au début de la période des ponctions; mais cela n'a plus les mêmes petits inconvénients qu'aux premières ponctions, car à la fin le liquide n'est plus virulent.
Lors donc que le liquide à évacuer se sera modifié suffisamment, ce qui arrive à la huitième ou neuvième injection, on ne fera plus d'injection. L'évacuation terminée, vous comprimerez la place de l'abcès avec des bandelettes d'ouate hydrophile entrecroisées, pour amener l'accotement de la paroi que nous supposons suffisamment assainie et avivée; cette compression sera faite méthodiquement, depuis le pied jusqu'à la région de la hanche inclusivement, avec des bandes Velpeau, qui sont souples et légèrement élastiques.
Si la ponction s'est faite à travers une petite fenêtre pratiquée dans l'appareil plâtré, vous bourrerez d'ouate l'ouverture de la fenêtre et vous maintiendrez avec une bande roulée par-dessus l'appareil; mais il vaudrait mieux à ce moment n'avoir plus d'appareil, car avec l'appareil fenêtré le pus peut se reproduire et, a la rigueur, fuser dans les parties non comprimées.
On laisse cotte compression en place quinze à vingt jours en la consolidant tous les trois ou quatre jours par l'adjonction d'une nouvelle bande Velpeau.
Au dix-huitième ou vingtième jour, on y regarde, et on constate que laccolement est définitif; sans quoi, l'on vide les quelques gouttes de liquide qui peuvent rester en un coin quelconque de l'ancienne cavité, et on recommence une nouvelle compression, qui durera encore de quinze à vingt jours.
La guérison s'obtient toujours de cette façon entre mes mains ou entre les mains de mes internes.
Pour arriver à des résultats aussi constants, il faut avoir une très grande habitude de ce traitement. Je dois signaler aux médecins moins exercés quelques difficultés qui peuvent se présenter et qu'il est bon de connaître à l'avance pour en avoir vite raison.
1° Pourquoi l'abcès ne se tarit pas? — Parce qu'on a continué trop longtemps les injections, parce qu'on n'a pas su, après la neuvième ou la dixième, les cesser complètement et ne plus faire, à partir de ce moment, que des ponctions évacuatrices à trois ou quatre jours d'intervalle, et sans injections consécutives; ou encore parce qu'après la dernière de ces ponctions supplémentaires, on n'a pas su faire une bonne, méthodique et forte compression sur l'abcès, c'est-à-dire qu'on n'a pas su amener l'accolement exact de ses parois, sans points morts.
2° Pourquoi l'abcès s'infects? — Parce qu'on a fait une faute d'antisepsie :1a peau du malade, le chirurgien, les instruments, le liquide de l'injection, les objets de pansement doivent être parfaitement aseptiques.
3° Pourquoi l'abcès se fistulise? et le moyen d'éviter la fistulisation.
a) L'aiguille doit être petite : le n° 3 ou le n° 4 de Collin, c'est le calibre voulu. L'on se sert généralement d'un trocart trois ou quatre fois plus gros. C'est une imprudence grave qui peut causer la persistance de l'ouverture, c'est-à-dire une fistule.
J'ai eu un interne qui se servait de préférence de l'aiguille n° 5 oun° 6, jamais oblitérée, sans doute, par des grumeaux caséeux : il a eu plusieurs fistules. Je ne me sers plus que du 3 ou du 4. Le n° 3 suffit lorsque le contenu de l'abcès est très liquide.
Je sais bien que l'aiguille n° 4 est bouchée parfois par des grumeaux caséeux. Dans ce cas, on y pousse avec force quelques gouttes du liquide modificateur qui rejettent dans la cavité les
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débris caséeux dont elle esL obstruée, et on voit l'écoulement du pus reprendre.
Je ne fais pas de grands lavages à la suite de la ponction, pour ne pas risquer d'infecter mon malade et pour ne pas prolonger la séance.
Si tout est prêt à l'avance, la durée de la ponction et de l'injection est d'une minute à peine. Ceci estimportant, car si on laissait trop longtemps l'aiguille dans l'orifice, il se fermerait plus difficilement. Donc, l'aiguille sera petite et l'intervention très courte.
b) Autre précaution à prendre tendant au môme but : ne pas piquer à chaque nouvelle ponction sur le même point, pour ménager la peau.
c) Enfin, pour modérer la sécrétion, parfois très abondante, de la paroi, qui se fait sous l'action du liquide modificateur , en particulier du naphtol camphré, on n'en injectera qu'une très petite quantité; une réplétion excessive pourrait être une cause d'ouverture par l'orifice de la ponction.
Lorsque la tension de la peau est trop grande, on fait une ponction évacuatrice sans injection consécutive, ou bien encore, comme nous l'avons dit, on ne fait qu'une injection sur deux ponctions.
d) Après la ponction etl'injection, on applique par-dessus l'orifice un véritable pansement aseptique, plutôt qu'une couche de collodion, qui n'empêche pas toujours l'infection.
jg. 97. — Dans le cas où l'abcès est prêt à s'ouvrir (on A), la ponction doit se l'aire en dehors du point menacé, c'est-à-dire dans la peau saine.
Les débutants voyant, après une ou plusieurs injections, la peau tendue et peut-être déjà rougïe, annonçant une ouverture imminente, croient la bataille perdue et cette ouverture inévitable. Ils s'y résignent et la laissent se faire spontanément, ou bien ils donnent un coup de bistouri pour la provoquer eux-mêmes, pensant qu'une incision franche vaut mieux que l'ouverture spontanée. Et à qui leur parlera de la méthode, désormais, ils diront hardiment : « Je la connais, elle ne vaut rien, elle n'empêche pas l'ouverture ».
Quelle erreur!... Pourquoi ne veulent-ils pas entendre ce que j'ai dit et redit à satiété, et que je vais encore répéter pour eux?
Généralement cette modification de la peau, qui rend l'ouverture de l'abcès immédiatement menaçante, vient de la tension causée par
Un ÉTUDE TECHNIQUE DES MOYENS THÉRAPEUTIQUES
le liquide, tension dont je parlais tout à l'heure; mais, au lieu .le renoncer à lutter, tenez donc la conduite suivante, qui es) si simple..
En un point non encore altéré de la peau (fîg. 97) introduisez l'aiguille;; videz la poche complètement; ne faites pas d'injection, et appliquez par-dessus un pansement légèrement compressif à l'aide d'un ou plusieurs tampons et d'une bande Velpeau.
Regardez-y une deuxième fois le jour même : si le liquide s'est reproduit, évacuez-le encore par le même orifice que précédemment, toujours sans injection consécutive. Et recommencez le lendemain et le surlendemain, en vous résignant à voir votre malade deux ou trois fois par jour, jusqu'à ce que la peau, qui était rouge et mince, ait repris une consistance et une coloration sensiblement normales.
Lorsque je dis aux parents qui me parlent d'un enfant porteur d'abcès froid : « Hâtez- vous ; si vous venez me voir avant que l'abcès soit ouvert, je réponds de lout; si vous venez après, je ne réponds de rien », cela veut dire, non seulement qu'il y a un abîme entre les tuberculoses ouvertes et les tuberculoses fermées, mais encore que, si l'ouverture n'est pas encore produite, lors même qu'elle paraîtrait inévitable aux parents et à leur médecin, je saurai l'éviter quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent. Et lorsque les parents m'ont averti que cette ouverture est considérée par tous les médecins comme absolument inévitable, dès l'arrivée du malade, sans perdre une heure, je fais une ponction évacuatrice, non suivie d'injection, bién entendu, et je la répète souvent deux ou trois fois ce même jour. Après avoir continué ce traitement, dans certains cas jusqu'à huit et douze jours, je constate que la peau s'est raffermie; et au quinzième jour, par exemple, je me trouve en présence d'un abcès froid ordinaire que je guérirai en quatre ou six semaines environ. — Dans les cas où tout le monde vous pressera d'inciser, dirai-je donc aux médecins, vous n'en ferez rien, sachant bien que le mal que vous causeriez ainsi par une minute de précipitation mettrait un an, deux ans et plus, à se réparer, si tant est qu'il se réparât jamais ; tandis que vous pouvez arriver à la guérison sans incision, avec un peu d'attention et de lénacité.
Malheureusement les médecins sont généralement les plus difficiles à convaincre, et il arrive tous les jours que des praticiens qui se déclarent partisans de la méthode des ponctions et des injections, ouvrent les abcès froids de la coxalgie.
Il n'y a pas très longtemps, un malade m'écrivait pour m'annoncer l'ouverture imminente d'un abcès. Je lui répondis tout de
TRAITEMENT DE L'ABCÈS FERMÉ
suite : « La peau est rouge et luisante, dites-vous; n'importe, ne laissez pas ouvrir l'abcès; accourez. — Si la peau n'est pas encore ouverte, quelque peu résistante qu'elle soit, si Le pus n'est pas encore sorti, nous empêcherons l'ouverture. »
Eh bien, ce malade, à qui j'avais écrit dans des termes aussi précis, est allé faire ses adieux à son médecin ordinaire en lui citant mes propres paroles, et ce médecin lui a dit : « Très bien, mais il faut savoir interpréter la pensée de votre chirurgien de Berck; il a raison d'une manière générale; cependant il est tel cas où ses préceptes ne sont pas applicables; ainsi, par exemple, clans votre cas, je suis sur qu'il ouvrirait lui-même. Il est impossible de voyager avec cet abcès menaçant, et je vais l'ouvrir tout de suite. » Et ce chirurgien fait une large incision et, chose étrange, m'envoie le malade le jour même.
Je suis convaincu que s'il n'y avait pas touché, le jeune homme venant sans retard, l'ouverture était évitée.
Je demande pardon de me citer. Je n'ai d'autre objectif en exposant des faits personnels que de faire pénétrer plus sûrement dans l'esprit des médecins mes indications, qui resteraient lettre morte pour eux si elles leur étaient données sous une forme purement abstraite, générale, sans preuves cliniques à l'appui.
Ils diraient comme le praticien dont je viens de parler : « Votre chirurgien de Berck a raison, mais il est des exceptions à la règle qu'il pose et le cas de votre enfant est une exception ».
Eh bien! non, il n'y a pas une seule exception! Le succès dépend exclusivement du médecin : parmi mes internes, j'en ai eu qui ne savaient pas éviter toujours l'ouverture, et d'autres qui y réussissaient dans tous les cas.
J'ai reçu, il y a six mois, une jeune coxalgique avec un abcès dont mes internes interrogés et moi-même avions déclaré l'ouverture inévitable.
La peau recouvrant l'abcès était mince et rouge, avec, au milieu, une plaque des dimensions d'une pièce de 2 francs, couleur feuille morte, qui paraissait pour tous absolument dépourvue de moyens de nutrition. Cependant, j'ai espéré contre l'espérance même; j'ai tenté la guérison sans ouverture.
Avec une line aiguille, j'ai vidé l'abcès par l'intermédiaire d'un long canal dont l'orifice était sur la peau saine, à un centimètre et demi en dehors de la peau malade; puis, sans faire d'injection, j'ai fait un pansement compressif trois fois ce même jour de l'arrivée;
Calot. — Traitement de la coxalgie. 9
donc, toutes les trois heures, j'ai fait une évacuation nouvelle; puis, très tard dans la nuit et très tut le lendemain matin j'ai pratiqué de nouvelles ponctions évacuatrices, de manière à supprimer tout tiraillement sur cette peau déjà si peu vivante. — Pendant huit jours je fis trois, ou au moins deux ponctions chaque jour. La plaque cutanée ne cédait pas; au dixième jour, elle parut reprendre un peu de vitalité, et trois semaines après, elle était sauvée.
Il ne faut donc jamais désespérer de sauver la peau, môme la plus compromise, ni d'empêcher l'ouverture dans les cas où cette ouverture paraît le plus inévitable.
Éviter l'ouverture de l'abcès est, on ne saurait trop y insister, de la plus haute importance. L'ouverture, c'est la non-modification des produits tuberculeux, donc la non-guérison ; et c'est surtout l'infection possible. Eh bien, celte ouverture, que les auteurs classiques déclarent inévitable en des cas comme ceux que je viens de citer, j'estime au contraire qu'on peut l'éviter à peu près toujours, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent. Mais pour cela il est nécessaire d'avoir le malade près de soi, de manière cà pouvoir le visiter deux et trois fois par jour au besoin.
Tout ce que je viens de dire s'applique également à tous les abcès froids qui avoisinent la hanche malade, soit qu'ils communiquent avec la jointure, soit que cette communication n'existe pas, ou plutôt n'existe plus.
Voici quelques précautions techniques à prendre suivant le
siège de l'abcès.
Lorsque l'abcès est loin des vaisseaux, rien à noter de particulier; mais lorsque l'abcès siège, soit en avant dans la région des vaisseaux fémoraux, soit au-dessus de l'arcade crurale, dans le bassin, il y a quelques particularités à connaître :
1° Dans la région des vaisseaux, le point de repère capital est l'artère fémorale qu'on sent battre, au dedans de laquelle se trouve la veine, pour laquelle vous compterez un centimètre et demi.
Voyez par où vous devez aborder la collection, si c'est en debors de l'artère ou en dedans de la veine : cela dépend de la facilité avec laquelle la pression des doigts fait saillir cette collection purulente plus fortement et plus nettement en dehors ou en dedans.
Lorsque vous vous êtes décidé pour le point interne ou externe, votre aide essaie de passer son doigt sous les vaisseaux du côté opposé à celui sur lequel vous allez ponctionner, et il pousse la col-
TRAITEMENT DE L'ABCÈS FERMÉ 131
lcction vers vous; elle devient par cette manœuvre plus facilement accessible (fig. 98 et 99).
Ainsi vous ne blesserez pas les vaisseaux.
Admettons pourtant que vous les blessiez : alors un très fort jet de sang' vient par l'aiguille; vous la retirez immédiatement et vous mettez le doigt sur l'orifice, en comprimant un instant; puis, comme dans le pansement de la saignée du bras (c'est la même chose au fond), vous appliquez, sur le point qui saigne, un tampon d'ouate
Fig. OS. — 1. Petit abcès placé en avant de la veine fémorale. — 2. L'abcès est repoussé en dedans par la pression du doigt. L'aiguille, dirigée de dehors en dedans contre la face dorsale du doigt, ne risque pas d'atteindre la veine.
Fi-. 09. — 1. Abcès placé en arrière dos vaisseaux. — 2. Un doigt déprimo fortement la peau en dedans do la veine dans le sens de la flèche. L'abcès fait saillie en dehors de l'artère : un second doigt protège cette dernière pendant la ponction.
avec quelques tours de bande Velpeau. Ce pansement légèrement compressif sera laissé en place pendant cinq ou six jours; après quoi vous recommencerez vos ponctions, en vous portant un peu plus loin des vaisseaux, plus en dedans ou plus en dehors. 2° Au-dessus de V arcade crurale :
Un aide essaie de faire saillir à l'extérieur la collection purulente par une compression faite de haut en bas sur la fosse iliaque interne. Vous raserez avec votre aiguille l'arcade crurale pour être Sûr d'éviter le péritoine, vous tenant en dehors ou en dedans des vaisseaux suivant les cas.
3° En arrière, il vous sera facile d'éviter le nerf sciatique, en vous
rappelant qu'il passe sensiblement à égale distance du troclianter et de l'ischion.
Le liquide à injecter. — Le liquide que vous injecterez est un mélange, à parties égales, de naphtol camphré, d'éther iodoformé à 10 p. 100, et d'huile créosotée à 3 p. 100.
Ou bien vous ferez préparer par votre pharmacien un mélange qui est à peu près le même, et dont voici la formule :
Naphtol camphré 20 S1'-
Huile stérilisée
Éther 34 ~~
Iodoformé •'« • *
Créosote ■
Gaïacol
Ce mélange doit être conservé à l'abri de la lumière.
Le naphtol camphré seul serait dangereux pour qui n'a pas l'habitude de son emploi. Ne jamais l'injecter que dans une camé d'abcès froid déjà bien constituée. Mais c'est un médicament précieux et, ainsi mélangé, il n'est pas dangereux.
L'éther iodoformé pur est douloureux. 11 est cependant précieux pour pousser le liquide dans tous les recoins de l'abcès.
Ce mélange est donc préférable à l'éther iodoformé ou au naphtol camphré employés purs.
La quantité à injecter est d'un demi-gramme du mélange par chaque année d âge du sujet jusqu'à vingt ans; il faut s en tenir a cette dose maximum pour les adultes.
Si vous vous tenez à cette quantité et que vous injectiez vraiment le liquide dans la cavité de l'abcès, vous n'avez rien à craindre.