COXALGIE AVEC ABCÈS
l'hôpital Cazin, par exemple, dire aux parents : « — Votre enfant a un abcès, tant mieux ; il sera ainsi guéri beaucoup plus vite et beaucoup plus sûrement. »
Mais je me suis longuement expliqué là-dessus dans mon livre sur les Maladies qu'on soigne à Berck (p. 69 et suiv.).
Sans doute, lorsqu'on dit que l'abcès est une bonne chose, il faut s'entendre.
L'abcès n'arrive que lorsque les os sont assez sérieusement touchés par la tuberculose : ainsi, dans les coxalgies au début, sans, déviation sensible, il n'y a pas d'abcès. Mais lorsque l'enfant a une. coxalgie assez sérieuse, assez avancée, où il n'est pas possible, d'espérer une guérison parfaite avec conservation de la mobilité complète de la hanche, alors, oui, il vaut mieux pour lui avoir un abcès que de n'en pas avoir. L'enfant, grâce au traitement plus direct que nous ferons, guérira mieux, plus vite, en deux ou trois mois, au lieu de deux ou trois ans. A partir de ce moment, il est moins exposé à des complications, à des inoculations, à la méningite, car le foyer morbide de la hanche a été plus entièrement détruit, tous les produits infectés, soit de l'abcès, soit de la cavité articulaire, ayant pu être amenés au dehors et évacués.
Par ce traitement, ce n'est donc pas seulement le progrès du mal dans la hanche qu'on arrête avec plus d'efficacité, c'est encore tout danger de généralisation tuberculeuse qu'on écarte plus sûrement.
Comment traiter l'abcès?
Ce que nous venons de dire fait comprendre les raisons du traitement que nous ferons et nous avons longuement exposé la technique dans la lrc partie de cet ouvrage (ch. XIV, p. 120).
Faut-il ouvrir l'abcès? — Jamais!
On ne le laissera pas s'ouvrir non plus. — Dans les deux cas, ce serait ouvrir la porte à une infection secondaire toujours possible.
L'extirpation sanglante, tant préconisée autrefois, même aseptiquement conduite, risque de laisser une fistule, ce qui est le plus grand des maux pour un coxalgique. En outre, cette extirpation est toujours insuffisante quand l'abcès communique avec la jointure. Or cette communication existe presque toujours. — Pour être suffisante, l'extirpation devrait être suivie d'une très large résection, elle-même insuffisante à supprimer complètement le mal.
Faut-il s'abstenir? Pas davantage. A côté du péché par action,
Calot. — Traitement de la coxalgio. 12
qui est l'ouverture de l'abcès, il faut condamner le péché par omission, qui est l'abstention. Nous avons dit pourquoi l'abstention est ici fâcheuse. Loin donc de ne rien faire, nous saurons profiter comme d'une bonne aubaine do la présence de l'abcès, pour agir par son intermédiaire sur le foyer articulaire et osseux de la coxalgie, pour la guérir plus complètement, plus rapidement, plus sûrement.
Quant à la position de la jambe dans ces coxalgies, on peut ne pas s'en préoccuper pendant le traitement de l'abcès; la déviation sera soignée par les moyens ordinaires, deux à trois mois après la complète guérison de celui-ci.
Mais on peut également, pour fixer la jambe dans le plâtre, faire une correction de la déviation, pourvu qu'elle soit extrêmement douce, sans attendre la guérison complète de l'abcès.