COXALGIE AVEC FISTULE
2e cas. — La fistule est infectée (fig. 153). — A quoi reconnaît-on que la fistule est infectée? — Nous l'avons dit plus haut. Quand on l'a reconnu, que faire?
— La résection? — Non, elle sèmerait l'infection partout.
L'infection de la fistule n'est pas une raison suffisante pour ne pas espérer la guérison. On peut, au contraire, la promettre si le malade n'a pas de dégénérescence viscérale, ni un gros foie, ni de l'albumine, ou même si celle-ci est en très petite quantité et disparaît rapidement sous l'influence du régime lacté.
Lorsqu'il y a un gros foie et beaucoup d'albumine, et que celle-ci résiste au régime lacté, le pronostic devient sombre. Cette dégénérescence viscérale tuera presque toujours le malade après quelques mois ou quelques années.
Ce qu'il faut faire alors, c'est, sans perdre de temps, arrêter la fièvre par un drainage soigné de l'articulation et de tous les foyers infectés de la région.
Qu'on ouvre la jointure, si besoin est, pour assurer ce drainage complet; mais surtout pas de larges extirpations du squelette, sous prétexte de cure radicale, dans cette tuberculose diffuse. Yous ne feriez qu'achever le malade ou, tout au moins, compromettre les quelques chances de guérison qui lui restent encore.
S'il n'y avait que de la fièvre, sans albumine ni dégénérescence du foie, le danger serait bien moindre; mais sachez que la fièvre, si elle persiste, conduira le malade à ces dégénérescences viscérales. Donc, votre devoir est de vous hâter de la faire tomber.
Lorsqu'il n'y a plus de fièvre depuis de longs mois, vous pouvez, si la fistule tarde trop à se fermer, y pousser une injection modificatrice discrète. Si cette injection n'amène plus d'élévation de température supérieure à quelques dixièmes de degré, c'est que l'infection secondaire n'existe plus et que vous pouvez continuer les
Fig. 153. — Edouard R., Anglais (hôp. Rothschild), entré en juillet 1900 avec 7 fistules infectées et 40° de fièvre vespérale continue. — Après deux ans et demi de soins persévérants, fermeture de toutes les fistules (sans opération sanglante), puis redressement. — Actuellement, janvier 1904, marche très correctement.
injections. Celles-ci amèneront la modification des trajets malades et hâteront la guérison.
Si elles amènent de la fièvre, renoncez-y, et recommencez patiemment pendant de longs mois encore vos pansements à plat.
Ainsi, pour les fistules infectées, vous serez extrêmement sobres d'injections; vous vous guiderez sur le mode de réaction du malade après les premiers essais.
En résumé, dans les fistules, la fièvre, voilà le danger. Ouvrez largement si c'est nécessaire; n'ayez pas de trêve qu'elle ne soit tombée.
Dès qu'elle a cédé, tenez le malade au repos complet, avec ou sans appareil. Faites une asepsie extrêmement attentive pour empêcher l'infection générale de l'organisme. Menez l'enfant à la mer, suralimentez-le, et, en agissant ainsi, vous aurez la satisfaction de voir, après un an, deux ans, trois ans de soins, votre petit malade se débarrasser enfin de son ennemi. Le petit moribond sera revenu à la vie et à la santé parfaite.
J'ai déjà eu la satisfaction de voir ainsi, après deux ans, trois ans, quatre ans de soins quotidiens, un très grand nombre de ces résurrections réconfortantes, et bien définitives.
Dès que la cicatrisation était obtenue, je m'occupais du côté orthopédique.
Par des ténotomies, je suis arrivé, en ces cas d'ankyloses parfois très vicieuses, à des résultats très beaux au point de vue de la marche. Des enfants qui avaient eu des fistules multiples pendant des années et que bien d'autres médecins avaient déclarés perdus, sont arrivés ainsi non pas seulement à la guérison, mais à la guérison sans boiterie, bien que la jambe reste encore raide.