CHAPITRE VII
PÉTRISSAGE DES ADDUCTEURS
Sommaire. — L'extension continue et l'extension extemporanée agissent un peu sur les adducteurs, mais pas suffisamment. Il faut s'occuper directement de leur allongement, en fléchissant la cuisse et en la portant progressivement en abduction; on rend possible les progrès de cette abduction en agisssant et pressant avec le bord cubital de la main ou avec les pouces sur les tendons des adducteurs tendus et exposés par cette abduction même.
La rupture sous-cutanée n'est nécessaire que dans ces cas exceptionnels, et, comme elle compromet un peu les fonctions du membre pour plus tard, il vaut mieux l'éviter d'une manière générale.
A. — Pourquoi le pétrissage et non pas la rupture sous-cutanée des adducteurs?
Il est certain que la ténotomie des adducteurs ou leur rupture non sanglante favorise la réduction bien plus que le pétrissage de ces muscles.
Pourquoi donc ne pas faire la rupture ou même de préférence la ténotomie qui est encore plus facile et moins traumatisante que la rupture des tendons par la pression des pouces?
Il est une raison grave de ne pas faire la ténotomie, c'est que l'infection de la plaie serait à craindre sous l'influence des manœuvres prolongées et violentes que nécessite parfois la réduction, à la suite même de la ténotomie.
Quant à la rupture sous-cutanée par la pression des pouces, je conseille de s'en abstenir autant que possible et de lui préférer le pétrissage qui suffit dans presque tous les cas. En effet, après la rupture complète, les deux bouts des tendons qui vont être tenus pendant longtemps écartés l'un de l'autre, par le fait del'immobili-
PÉTRISSAGE DES ADDUCTEURS
sation de la cuisse clans la position d'abduction forcée, ne pourront plus se rejoindre. J'ai vu des enfants conserver ainsi, comme conséquence de cette rupture, une profonde dépression au niveau de la partie interne de la cuisse, et ces enfants marchent moins bien. D'un autre côté ces muscles, lorsqu'ils ne sont pas rompus, permettent une contention plus précise, brident la tête fémorale en avant et contribuent ainsi à empêcher une reluxation antérieure. Ils font plus encore, ils servent au début par leur réaction vigoureuse, d'autant plus vigoureuse qu'ils sont plus tendus, à assurer la pression de la tête fémorale sur le fond du cotyle et à favoriser par conséquent le creusement de celui-ci.
Disons enfin qu'à la suite de la rupture de ces muscles, on peut observer des hématomes qui se développent dans le cours de l'opération, sous l'influence des manœuvres vigoureuses et prolongées qu'on peut être obligé de faire. On se contentera donc du simple pétrissage, du simple allongement des adducteurs puisque celui-ci suffit presque toujours pour obtenir la réduction.
B. — Manière de faire le pétrissage des adducteurs.
Pour faire ce pétrissage des adducteurs il faut, comme pour la rupture, un ou deux aides qui assurent l'immobilisation du bassin.
1° Fixation du bassin et contre-extension. — Le bassin est porté sur l'extrémité de la table. Des deux aides, l'un fléchit et presse fortement sur le ventre la jambe saine repliée; le deuxième saisit l'os iliaque sain des deux mains, l'une tenant l'ischion, l'autre fixant l'épine et la crête iliaques.
Le chloroformisateur lui-même peut, à défaut d'une autre personne, aider à retenir l'enfant par la tête ou par les bras.
2" Traction. — L'enfant étant ainsi maintenu, un ou deux aides saisissent la jambe malade, l'un au-dessus du genou, l'autre sur le cou-de-pied, et tirent vigoureusement en bas et en dehors (abduction et hyperextension).
On voit, avec cette traction, se tendre sous la peau la corde des adducteurs.
3" Pétrissage proprement dit. — C'est le long de celte corde tendue et rigide que vous allez presser tantôt avec le poing fermé, tantôt avec le bord cubital de la main, tantôt avec les pouces, pour l'assouplir, la distendre, l'allonger. Vous pressez vigoureusement.
mais en réparlissani voire pesée sur une assez grande longueur au lieu de la localiser aux attaches pubiennes des adducteurs, ce qui pourrait les rompre contre votre gré.
Ces manœuvres de pétrissage sont prolongées pendant deux ou trois minutes. Il est utile de pétrir également les muscles (jui s'insèrent à l'épine iliaque antérieure et supérieure et ceux qui
Fig. 46. — Relâchement et distension des adducteurs dans l'extension de la cuisse. — Le bassin solidement fixé et maintenu par un aide appuyant sur le ventre, la jambe saine repliée, un second aide tire sur le membre malade et le porte en abduction. Le chirurgien exerce, avec son poing fermé, des mouvements de va-et-vient sur la corde tendue que forme l'insertion supérieure des adducteurs.
s'insèrent à l'ischion, car ces deux groupes de muscles fémoraux sont rétractés, de même que les adducteurs, et gênent aussi les manœuvres de réduction.