II. — Luxations bilatérales
1. — Julie M..., de Rue, luxation double, deux ans et demi (voir lesradiographies dans les fig. 191 et 192).
Réduction le 13 avril 1903, des deux côtés, le même jour, avec la deuxième manœuvre, puis application d'un appareil plâtré symétrique 80, 80 et 0 (80 de flexion et d'abduction et 0 de rotation.
Le 27 mai 1903, on diminue de moitié l'abduction et de plus des deux tiers la flexion des fémurs et l'on fait une rotation interne de 13 à 20°.
Deuxième appareil pour fixer cette nouvelle attitude. Après une duréede huit semaines, on enlève ce deuxième appareil plâtré.
30 juillet. L'enfant est laissée libre; la réduction paraît satisfaisante; cependant, les têtes fémorales pointent légèrement en avant. On parfait la réduction anatomique par des petits moyens, sans nouvel appareil, en se bornant à glisser des coussins sous les genoux pour diminuer encore de 13 à 20° l'abduction des fémurs en même tempsqu'on augmente un peu la flexion. Massages légers.
Du 30 juillet au 23 août, les massages sont continués, on y joint, à partir du 13 juillet, quelques mouvements actifs et passifs de rotation interne.
Le 23 août, dans le cotylc, la mobilité est revenue déjà presque entiè-
rement parlaile; les têtes fémorales bien enfoncées. L'enfant commence à marcher.
La radiographie de la fig. 192, planche II, prise à cette date, montre que la réduction anatomicjue est absolument parfaite des deux côtés.
Quant à la marche, elle est normale. L'enfant court, marche, saute comme si elle n'avait jamais été malade. Revue deux ans plus tard, le résultat s'est maintenu intégralement. Guérison idéale.
2. — Marie M..., Cirez-sur-Vesouze, deux ans et demi. — Arrivée, le 19 août 1902. Luxation congénitale double.
Réduction le 19 août 1902. Les deux côtés sont réduits sans difricultc le même jour.
Immobilisation dans un double appareil en flexion et abduction de 80° (rotation à 0).
Le 7 novembre 1902. L'appareil est enlevé : la réduction s'est bien maintenue; on met un nouveau plâtre en diminuant l'abduction et la flexion de près de moitié. On fait en outre une rotation interne de 10" environ.
Le 13 janvier 1903, l'on ramène la flexion et l'abduction à 13 ou 20° et l'on conserve la rotation interne de 10°.
Le 12 avril 1903. Enlèvement définitif du plâtre. Au bout de huit jours on commence des massages. Les mouvements articulaires reviennent presque complets au bout d'un mois, mais du côté droit seulement.
Au départ de l'enfant (fin août), marche très correcte. A noter, cependant, un peu de raideur persistante dans la hanche gauche. Les mouvements sont de ce côté gauche réduits à la moitié de leur amplitude normale. L'on vient de nous écrire (un an et demi après son départ de Rerck) que cette raideur avait complètement disparu et que la marche de l'enfant était absolument normale.
3. — Albert L..., de Rarcelone, dix ans et demi. Luxation double, m'a été adressé par mon confrère et ami le D"" Jaymes; arrivé le 3 août 1904.
Une luxation de forme antérieure à droite et de forme postérieure à gauche. Petit raccourcissement à droite, grand raccourcissement de 10 centimètres à gauche, l'un des plus grands raccourcissements que j'aie jamais observés.
Traité pendant deux ans sans résultat par un grand spécialisle.
A droite, la réduction paraît devoir être facile. Elle se fait, en effet, aisément après huit jours d'une extension continue de 10 kilogrammes avec en plus une extension extemporanée de 80 kilogrammes.
A gauche, tout essai de réduction immédiat nous paraît inutile et nous allons longuement préparer le malade par une extension continue très surveillée; la traction atteint 18 à 20 kilogrammes et est continuée pendant près de trois mois.
OBSERVATIONS
L'abaissement s'est fait dans la naestire do moitié seulement, o centimètres; il reste près de 5 centimètres à gagner.
Extension forcée extemporanée de 100 kilogrammes pendant 12 minutes, pnis manœuvres ordinaires.
La réduction se fait après vingt minutes avec la 3" manœuvre, en adduction. Puis on porte la jambe en abduction dans la position de choix : 70-70-0». 70° de flexion, 70° d'abduction et 0" de rotation.
Pour faire cette réduction, on a laissé en place l'appareil de la première jambe. On raccorde l'appareil de la deuxième jambe au premier.
Un mois après la deuxième réduction, on enlève l'appareil de la première jambe, c'est-à-dire près de quatre mois après la réduction de ce côté. On laisse la jambe en liberté, au repos cependant, sans hâter son retour à la position normale (fig. 123). Un mois après, on laisse tomber le pied eu dehors du cadre.
Petit à petit, par son poids, le pied abaisse le genou vers le plan de la table et porte celui-ci en rotation interne. Mais ce retour vers la position normale se fait très lentement, l'enfant trichant un peu, reportant de temps en temps le pied sur le cadre et replaçant la jambe dans la position primitive, dans la position où elle était dans l'appareil plâtré.
Du deuxième côté, l'appareil est supprimé après une durée de deux mois et demi seulement. Réduction bonne. Et, quelques jours après, on essaie de ramener à la fois les deux jambes avec le bandage figuré page 170 à la partie médiane duquel est suspendu un poids de 1 à 2 kilogr.
Mais la jambe droite (plus solidement fixée dans sa position d'abduction par sa plus longue immobilisation) tire un peu trop sur la jambe gauche, plus mobile, qui me paraît revenir trop facilement et trop vite vers la position médiane; la jambe gauche à déjà fait en trois jours la moitié du chemin.
Je crains que ce retour trop prompt vers la normale ne compromette la stabilité de la réduction du côté gauche.
Je romps cette solidarité des- deux jambes, je laisse le pied droit pendant en dehors du cadre, mais je replace le pied gauche sur le cadre dans l'ancienne position où il était dans l'appareil.
La réduction ne peut pas ainsi se défaire; elle ne peut que se consolider à nouveau.
Je conserve cette jambe gauche ainsi replacée huit semaines encore, après quoi je la laisse revenir en dedans.
Un mois plus tard je me suis occupé de hâter ce retour en dedans des deux jambes, qui se fait trop lentement.
Pour cela, je fais une mobilisation de 10 à 13° (sans anesthésie, car il n'y a pas de vraies douleurs si l'on va doucement et lentement), par des manœuvres qui ont pour but et pour résultat de diminuer l'abduction, d'abaisser le genou sur le plan de la table et de le tourner en rotation interne. On a obtenu ainsi près de 10° de correction.
On recommence le lendemain et les jours suivants, on demande
Calot. — Luxation congénitale de la hanche.
à l'cufant, très inlelligciit, do faire entre temps des mouvements actifs ' de la jambe dans ce même sens (vers l'adduction, vers l'extension et vers la rotation interne).
Réflexion : cette observation est intéressante parce que :
1° Elle nous montre à droite une luxation de forme antérieure et à gauche une luxation de forme postérieure.
2° La luxation gauche paraissait irréductible, ayant été traitée déjà inutilement pendant plus de deux ans. Et cependant, après trois mois d'extension continue et grâce à celle-ci, elle s'est faite assez facilement.
3° Dans le traitement consécutif, il a fallu favoriser le retour de la jambe droite vers la ligne médiane et ralentir au contraire le retour de la jambe gauche.
juin 190o. — L'enfant est sur pieds depuis quinze jours, il marche avec deux bâtons, mais encore avec d'assez grandes difficultés, à cause de la raideur des hanches qui n'ont même pas encore recouvré moitié de leur mobilité normale. Le retour des mouvements va demander, certainement, un an et demi ou deux ans.
Nous pouvons le dire d'après ce que nous avons observé pour d'autres enfants ayant des luxations doubles comparables à celle-ci.
IIL — Cas exceptionnels.
1° La plus jeune enfant que nous ayons traitée. F. L., de Saint-Mandé, treize mois, m'a été adressée par mon collègue et ami le D'' Conzette, avec qui j'ai fait le traitement de cette enfant. Son observation a été rapportée au chapitre du diagnostic, page 32. Je n'ajouterai qu'un mot.
L'immobilisation dans le plâtre a été parfaitement bien tolérée par cette enfant, malgré son jeune âge; et grâce aux soins attentifs de sa mère, elle n'a pas souillé ses appareils.
Ceux-ci, au nombre de deux, sont restés en place, le premier six semaines, et le second huit semaines, tous les deux dans la même position : 70-70 et 0 (position de choix).
Donc, trois mois et demi en tout.
Actuellement, l'enfant est libre de tout appareil. — La réduction est parfaite et bien solide. Trois semaines après l'enlèvement du deuxième plâtre, la fillette est mise sur pieds, elle apprend à marcher avec l'appui ■ de deux mains.
Huit mois après la réduction, l'enfant marche très bien,
2° La PLUS ÂGÉE de NOS OPÉRÉES*.
Marie F., de Paris, rue Joufïroy, seize ans.
Nous en avons déjà parlé à propos de l'extension continue.
Premier essai de réduction immédiate fait sans extension préalable,
1. Depuis l'iiii pression de ce livre, j'en ai réduit une, de 20 ans (C juillet 1903).
OBSERVATIONS
mon assistant, le D'' Cresson, actuellement sous-directeur de l'hôpital français de Saint-Pétersbourg, me l'ayant demandé.
Essai de près de trois quarts d'heure, absolument inutile. Devant cet insuccès, nous sommes tous bien d'accord pour soumettre l'enfant à une extension continue de 18 à 20 kilogrammes. Elle dure depuis deux mois, lorsque nous nous décidons à faire un nouvel essai de réduction; nous commençons par faire une extension forcée extemporanée de 120 kilogrammes, mesurés au dynamomètre.
Les deux premières manœuvres, continuées pendant dix minutes, ne donnent aucun résultat, nous faisons la troisième manœuvre; flexion, adduction forcée et traction sur le genou, avec pression directe sur la tète fémorale. Après deux à trois minutes, la tête rentre (dans cette troisième manœuvre), grâce à une rotation interne accentuée de près de 60".
Si l'on diminue cette rotation interne, la tête se reluxe. Nous sommes obligés de maintenir en rotation interne avec 60° d'abduction environ, dans un plan de flexion de lo à 20° à peine.
La position de la cuisse est donc très différente de celle que nous donnons ordinairement, surtout pour la flexion, puisque la cuisse se trouve ici presque en extension, presque sur le plan de la table.
L'abduction faite est donc l'abduction de nos livres d'anatomie; la rotule portée en forte rotation interne de 60° regarde la jambe saine, au lieu de regarder la tête de l'enfant, comme dans la position ordinaire (dans la position de choix).
L'appareil est enlevé après deux mois.
La réduction se maintient bien.
Le membre est laissé en liberté, mais l'enfant encore au repos absolu, le pied pendant en dehors du cadre.
La position nouvelle est une abduction de 45 à 50° avec une flexion presque nulle; rotation presque indifférente (rotule regarde le plafond), à peine 10 à 15° de rotation interne.
On laisse la réduction se consolider ainsi.
Cinq mois après la réduction, l'enfant fait ses premiers pas.
Au septième mois, marche déjà très correcte.