LK TUA ITEM KNT DU FOYEU TUBERCULEUX
Mais de deux choses l'une : ou ce foyer accessoire latent guérira spontanément après l'extinction du foyer morhido principal; ou bien il se développera, cessera, à un moment donné, d'étrcî latent, et sortira de l'os, à travers le périoste, pour arriver aux parties molles, ou bien à travers le cartilage diarthrodial pour pénétrer dans la grande cavité.
Et dès lors, il nous sera facile de l'atteindre soit dans les parties
Fig 39.
Fig. 35 à 39. — Analogie de la tumeur blanche suppurée avec l'abcès froid : ces cinq figures permettent de se rendre compte qu'une partie de la synoviale (le cul-de-sac sous-tricipital) peut se séparer du reste de la cavité articulaire (adhérences patbologiques) et former un abcès; cet abcès est guéri par les ponctions et les injections, l'épanchement articulaire doit guérir logiquement par la même méthode.
molles soit dans la grande cavité, par une série nouvelle d'injections modificatrices.
A vrai dire, cette objection est presque exclusivement théorique; car à ce compte, et si l'on voulait pousser les choses à fond, il faudrait, chaque fois qu'on fait le traitement local d'un foyer tuberculeux, atteindre non seulement ce foyer, mais les lymphatiques et les ganglions du groupe correspondant, puisque nous savons que le système lymphatique est toujours intéressé par ces lésions.
D'ailleurs, l'objection s'applique aussi bien à la méthode sanglante, au profit de laquelle elle est fréquemment soulevée. Il ne
serait plus permis d'escompter la guérison d'une tumeur blanche du genou à la suite de la résection la plus large, si l'on n'avait pas en même temps extirpé les ganglions et les lymphatiques de la région. <
Mais surtout, l'opération sanglante n'assurerait pas davantage la guérison du foyer osseux, indépendant de la grande cavité articulaire
Supposons, en efTet, l'articulation ouverte en vue d'une résection.
11 est évident que le chirurgien enlève seulement les lésions qu'il voit. Après l'ablation d'une petite rondelle osseuse, si la surface des os a une apparence normale, il s'en tient là; il ne s'amuse pas à découper ces deux os en rondelles successives, sous prétexte que la théorie enseigne qu'il peut exister, dans la profondeur de l'une et l'autre diaphyses, un petit tubercule accessoire. Ce serait folie!
Dans la tuberculose d'un ganglion du cou, allons-nous enlever la totalité des ganglions du cou des deux côtés et tous ceux des territoires voisins pour la même raison?
Dans la tuberculose génitale de l'homme, si nous intervenons sur le testicule, enlèverons-nous en même temps et à tout coup les vésicules séminales, le canal déférent et la prostate, toujours malades cependant, et aussi les ganglions inguinaux et intra-pelviens auxquels aboutissent les lymphatiques du système?
Donc cette l''" objection, faite quelquefois à la méthode des injections, qu'on ne pourra pas agir sur un foyer indépendant qui serait dans la profondeur de l'os, — cette objection ne vaut rien, — ou, tout au moins, n'atteint pas davantage cette méthode que la méthode sanglante, — bien au contraire.
2" Objection. — S'il s'agit d'une vieille tumeur blanche, d'une cavité presque détruite, ou extrêmement cloisonnée avec dix loges difîérentes, ou avec adhérence intime et presque complète entre les deux surfaces articulaires, comment le liquide modificateur atteindra-t-il la totalité des lésions?
Je le répète, un liquide comme l'éther iodoformé, injecté dans des points très difîérents du pourtour de l'articulation agissant et pénétrant pendant deux mois, finira bien par atteindre et par conséquent modifier et guérir tous les points malades.
Cependant j'accepte que quelquefois dans tel cas très exceptionnel de très vieilles tumeurs blanches, et chez l'adulte, cela ne se produira pas. C'est à la rigueur possible, et le fait est démontré si le malade continue à souffrir.
LK THAITKMMNT IIH FIlVKIl Tl'ItMIKUILKl'X 79
On pourrai!- tain» alors une arlluMjloinio oxploi'atrice, [)our v(';riiier s'il reste un ou i)lusionrs |>()ints non encore modifiés, et si oui, finir par une artliroctoniie ou inie rés(îclion (pii seraient alors bien bénignes, puisqu'on arriverait sur une rég-ion cl sur des tissus déjà très assainis par les inje(;tions.
3" Objection. — Lorstju'existe un séquestre il est, dit-on, de toute nécessité de l'enlever, sans quoi le malade ne guérira pas, en dépit des injections.
Nous répondrons tout d'abord que ces séquestres sont infiniment rares dans les tumeurs blancbes, si ce n'est à la main et au j)ied.
Et puis, il y a deux espèces de séquestres.
a) Les séquestres aseptiques, il n'en peut exister que de ceux-là dans toute tumeur blancbe non ouverte, non infectée.
Il ne faut pas plus nous en occuper que des séquestres, petits ou grands, que nous savons exister toujours dans le mal de Pott et qui n'empochent pas cependant le mal de Pott non ouvert de guérir. Et nous n'allons pas opérer les maux de Pott sous prétexte que l'anatomie pathologique nous enseigne qu'ils renferment toujours des petits séquestres!
De même dans les tumeurs blanches fermées, ces séquestres ne gênent en rien pour la guérison par la méthode des injections modificatrices.
b) Ceux de la seconde espèce, les séquestres infectés, n'existent que si l'on a ouvert et laissé s'infecter l'articulation, c'est-à-dire si l'on n'a pas bien appliqué la méthode des injections.
Il se peut, à la rigueur, dans le cas de vieille fistule, qu'un séquestre joue le rôle d'un corps étranger, qu'il entretienne l'infection et doive être enlevé.
Dans les vieilles fistules, il est donc permis de faire une opération sanglante, non pas à prétention de cure radicale, mais pour voir s'il n'existe pas, par un heureux hasard, dans la cafvité arliculaire un séquestre infecté, dont la simple ablation avancerait beaucoup la guérison.
Toutefois cette arthrotomie, même au cas d'un séquestre infecté, n'est pas toujours indispensable.
Le séquestre peut être usé par certaines injections; il peut surtout s'user de lui-même à la longue.
^^ Objection. — Quant à l'objection tirée du temps et de la minutie que ce traitement réclame du médecin, elle n'est guère sérieuse : car qui veut la fin, veut les moyens; et les guérisons
que vous donnera cette méthode vous dédommageront, je pense, assez amplement, du temps que vous aurez passé à les obtenir...
IV. — Choix des liquides modificateurs à injecter. — Dose et formule de leur emploi.
Sommaire. — Liquides modificateurs; deux classes :
1° Ceux qui sclérosent les fongosités : à retenir, l'huile créosotée iodoformée ;
2° Ceux qui les ramollissent et les liquéfient : à retenir, le naplitol camphré incomparablement supérieur au gaïacol camphré et au salol thymol camphré, etc.
Le naphtol camphre est un médicament extrêmement précieux, qui guérit bien des cas de tuberculose contre lesquels l'iodoforme serait impuissant.
Mais il est dangereux à une certaine dose par sa toxicité; et il n'est pas inoffensif même aux petites doses s'il est employé pur, à cause de son état physique ; car il est insoluble dans le sang, et ses sphérules peuvent provoquer mécaniquement des embolies.
Pour le rendre sûrement inoffensif, il faut l'employer :
l" A la dose de 2 à 40 gouttes, suivant l'âge du sujet. — Cette dose, injectée quotidiennement, suffit amplement à tous les Ijesoins;
2° Mélangé avec la glycérine : 1 partie de naphtol camphré, 5 à 6 de glycérine; ce mélange est miscible au sérum des tissus et du sang.
Observations démontrant son innocuité et son efficacité dans .ces conditions.
Aucun liquide modificateur ne donne, dans les cas de tumeurs blanches sans épanchement, des résultats aussi sûrs et aussi complets que le naphtol camphré. Mais dans les tumeurs blanches avec épanchement séreux ou puiulent, les résultats donnés par l'éther iodoformé sont sensiblement aussi bons — et nous sommes les premiers à dire que l'iodoforme peut être employé, à la place de naphtol, dans ces cas particuliers.
Les liquides modificateurs à injecter dans le traitement des tumeurs blanches sont, d'une manière générale, les liquides reconnus bons dans le traitement des abcès froids et des adénites tuberculeuses.
Il sont nombreux. On en pourrait dresser une liste de 20 au moins, qui tous peuvent revendiquer quelques succès.
20 liquides modificateurs!... C'est beaucoup trop! n'est-ce pas une preuve qu'il n'en est pas un seul d'absolument bon?
C'est un peu vrai.
Cependant nous en avons déjà deux ou trois qui, lorsqu'ils sont employés avec discernement et dans des cas appropriés, donnent à peu près entière satisfaction. Nous avons personnellement essayé de tous les liquides préconisés ; je mentionnerai particulièrement :
LE TIIAITEMKNT DU KdVEU TCMKliCIJLKUX 8i
l'acide phonique au i/20, l'eau oxyj^éncc, la glycérine formulée au 4/lUO; le chlorure de zinc au l/HO et nièm(; au 4/10 (mais à ce dernier lilre il est horrihlement douloureux et nous avons dû y renoncer); le sulfate de zinc au 4/50, l'iodoforme dans l'élher ou la glycérine ou l'huihs l'essence <le téréhenlhine au 4/10, la li(jueurdc Villatte, les essences de girolle et de thym, de teinture d'aloès très étendue, le salol thymol camphré, le gaïacol camphré, etc.
Avec tous ces liquides et bien d'autres encore, nous avons obtenu quelques guérisons.
Il n'en faudrait pas conclure qu'ils ont une valeur égale.
Nous allons indiquer les résultats pratiques que nous avons retirés de leur usage et les conclusions auxquelles nous avons été conduit. Cela évitera à d'autres les tâtonnements par lesquels nous avons passé.
Suivant leur mode d'action sur le foyer tuberculeux, nous pouvons diviser ces liquides en deux groupes.
4° Ceux qui provoquent ou favorisent la transformation fibreuse de la fongosité;
2° Ceux qui provoquent sa fonte, sa liquéfaction, sa maturation, si vous voulez.
Introduisez au centre d'un tuberculome ou d'une adénite tuberculeuse dure quelques gouttes d'huile iodoformée et répétez ces injections, vous favoriserez la rétraction et la sclérose des tissus malades.
Mettez-y, avec une seringue de Pravaz, quelques gouttes de naphtol camphré sous la forme que nous indiquerons plus loin, et répétez l'injection tous les jours pendant une semaine, vous provoquerez la fonte centrale du tuberculome, et, au quatrième ou cinquième jour, vous percevrez de la fluctuation au centre de la gomme tuberculeuse.
Il en est de même dans le cas de tumeur blanche sèche ou fongueuse, comme nous l'avons déjà vu.
Retenons j)our notre jwatique, parmi les injections à type sec, celles cCiodoforme et de créosote ou plutôt des deux produits mélangés, — et, parmi les injections à type liquide, les injections de naphtol camphré dans la glycérine.
Nous allons dire la dose et la formule des principaux liquides qui peuvent nous servir.
Calot. — Traitement des tumeurs blanches. 6
Doses et formules {posologie) des liquides modificateurs.
1° L'iodoforme s'emploie, soit sous forme d'éther iodoformé, dans la jDroportion de 10 p. 100, soit sous forme d'huile iodoformée ou de glycérine iodoformée à 8 p. 100.
L'éther iodoformé est certainement un peu plus actif que les deux autres préparations ; mais il est douloureux et il peut amener des décollements ou des sphacèles de la peau, s'il est injecté et laissé dans la cavité en trop grande quantité; il ne faut pas dépasser la dose de 2 à 10 grammes, suivant l'âge du malade et la capacité de la jointure.
Il ne faut pas l'employer dans les cas de tumeur blanche suppurée lorsque la peau est près de se rompre, sous la pression du liquide contenu, car il pourrait hâter, par sa tension, la rupture de cette pellicule.
Vous laisserez en place la quantité injectée indiquée plus haut.
Gela vaut mieux et c'est plus simple que d'en injecter une plus grande quantité et d'en laisser ressortir une partie'.
Cette deuxième manière de faire demande beaucoup plus de temps et est beaucoup moins précise, en ce que l'on ne sait pas exactement combien il est resté d'éther iodoformé et combien il en est sorti.
Avec une peau saine, il ne faut pas craindre la tension d'une petite quantité d'éther iodoformé laissée en place; cette tension aide à la pénétration du liquide dans les fongosités, et c'est un peu pour cela que l'éther iodoformé est plus actif que l'huile ou la glycérine iodoformée.
Ces derniers produits n'étant nullement douloureux ont par contre leurs indications chez les enfants un peu nerveux. Ils sont injectées aux mêmes doses.
On se sert également de :
Créosote à 3 p. 100 ou de gaïacol à 1 p. 100, dans de l'huile d'olives stérilisée.
Cette solution peut être mélangée à l'éther iodoformé par parties égales, sous cette forme :
\ Huile créosotée à 3 p. 100, 25 gr. : l Ether iodoformé à 10 p. 100, 25 gr.
1. D'autant que parfois le liquide injecté ne ressort pas, de même qu'après les injections faites dans la vaginale pour l'hydrocèle.
LE TU A ITEM K NT DU FdYKU TritEllCULKUX H'.i
Ce mélange s'em ploie aux mômes doses, à savoir de 4 à 1 5 grammes suivant l'àgc du sujet; et c'est de ce mélange que nous nous servons de préférence lorsque nous croyons devoir faire des injections à type sec.
Passons aux liquides du deuxième groupe. Ils sont en assez ■ grand nombre, mais leur valeur varie beaucoup de l'un à l'autre.
Pour amorcer l'épanchement, je me suis servi quelquefois avec succès de la solution de chlorure de zinc au 1/50 (et non pas au 1/10) ou bien A'essence de térébenthine au 1/10, car, employée pure, l'essence serait horriblement douloureuse. Pour prévenir tout risque d'eschare cutanée, on injectera ces deux liquides par un trajet oblique partant d'un point de la peau assez éloig'né de la synoviale, et on injecte ensuite une sering'ue d'eau stérilisée, qui enlève les vestiges de la solution de l'orifice de la peau et de la partie sous-cutanée du trajet. On obtient l'épanchement au 4'' ou 5^ jour, après 1 ou 2 injections de 2 à 3 grammes de ces deux solutions.
Dès que vous avez ainsi obtenu l'épanchement articulaire désiré, vous continuerez le traitement, comme s'il s'ag'issait d'un abcès froid, avec de l'huile créosotée et de l'éther iodoformé ou mieux avec le mélange de l'un et de l'autre.
On guérit, ainsi, mieux qu'avec les injections à type sec, mais cependant moins bien qu'avec le naphtol camphré. Ces deux liquides ne seront employés pour amorcer l'épanchement que par ceux qui ne veulent à aucun prix du naphtol camphré*.
Le naphtol camphré. — Pourquoi donc ne voudrait-on pas du naphtol camphré?
C'est qu'il a actuellement un très mauvais renom, un peu mérité du reste; c'est qu'employé pur, il s'est montré toxique et dangereux à de certaines doses et dans certaines conditions.
Nous devons de toute nécessité nous expliquer ici sur cette toxicité du naphtol camphré et sur la technique que nécessite son emploi.
On faisait naguère son procès à la Société de Chirurgie. Il a eu, avouons-le, une très mauvaise presse. On ne parlait de rien de
1. J'ai essayé de la solution de panci'éaline à la dose de îi centigrammes en solution aqueuse. Elle digère les fongosilés et donne un épanchement et une émulsion, avec leurs débris, en milieu neutre (les abcès froids), tandis que la pepsine n'agit qu'en milieu acide.
Mais la solution de pancréatine est très difficile à maintenir aseptique sans lui enlever ses propriétés. Son emploi régulier ne peut pas encore entrer dans la pratique courante, tant que ces difficultés de préparation et de conservation ne seront pas résolues.
moins que de le bannir à jamais de la thérapeutique, à n'importe quelle dose.
Eh bien, c'est là un jugement et une condamnation auxquels il n'est pas permis de souscrire. C'est comme si l'on voulait proscrire la morphine, la cocaïne, le mercure, parce que, à certaines doses et sous une certaine forme, ils tuent, quand on sait qu'à d'autres doses et employés d'une autre manière, ils sont, au contraire, sans danger et demeurent des médicaments très précieux, qu'il serait même impossible de remplacer.
Nous estimons qu'il en est exactement de même pour le naphtol camphré. A certaines doses et avec une certaine technique, il n'est nullement dangereux.
D'autre part, il est bien des cas où il est impossible de le remplacer par un autre agent modificateur.
Ce n'est certes pas nous qui méconnaîtrons la toxicité du naphtol camphré, employé tel quel, puisque c'est nous qui, le premier, il y a douze ans, à la Société de Chirm^gie même, avons appelé l'attention du monde médical sur cette toxicité. Il était classique jusqu'alors de considérer le naphtol camphré comme absolument inoffensif, depuis que Périer avait pu en injecter impunément des doses de 60 à 100 grammes.
La question que nous soulevons est très grave et très grosse de conséquences pratiques. Nous n'avons donc pas attendu cette récente discussion pour nous en occuper et pour chercher le moyen de rendre le naphtol camphré sûrement inoffensif sans lui enlever son efficacité. Plusieurs de nos élèves, en particulier le D'' Bergugnat, d'Argelès-Gazost, et le D"" Cayre, de Berck, ont de leur côté étudié très attentivement ce problème.
Nous sommes en mesure aujourd'hui d'apporter des indications très précises, qui permettront à tous les médecins d'employer ce médicament, sans danger, dans des conditions où nous garantissons son innocuité.
Voici en deux mots toute la question. On verra que le problème de rendre le naphtol camphré inoffensif est absolument résolu.
Le naphtol camphré est dangereux de deux manières :
1° A une dose élevée, 10 grammes chez l'adulte, 5 grammes chez l'enfant, il devient toxique; 2° à une dose même moins élevée, il présente encore quelques inconvénients parce qu'il n'est pas soluble dans le sang; de sorte que si, par mégarde ou par une erreur qui n'est pas toujours évitable, on le laisse pénétrer immé-
LE TUAITI<]MENT DU FOYKIl TU |{ Kl l CUL EUX 85
diateineni dans le san^', il y jtoiièLre à rélal de j)e(ilo,s « f^oultolettes » qui peuvent produire mécaniquement des embolies.
Du premier de ces dangers on se garde sûrement, puisque c'est seulement une question de dose. Il suffit de ne pas d«;passer 4 à 20 gouttes pour l'enfant; 20 à 40 gouttes pour l'adulte. Or, cette dose répond à tous les besoins.
Exemple : pour ramollir un ganglion 10 gouttes de naphtol camphré, et même moins, injectées tous les jours, donneront du pus au 4'' jour.
Pour une tumeur blanche sèche, une injection quotidienne de 5 à 45 gouttes de naphtol camphré, s'il s'agit d'un enfant, de 20 à 40 gouttes, s'il s'agit d'un adulte, donneront du pus au 4^ jour, quelquefois dès le 3% mais quelquefois aussi au 5" seulement.
Je ne vois nullement la nécessité d'injecter des doses de 5 à 10 grammes ou plus.
Mais cela oblige, dira-t-on, à faire une injection tous les jours?
On peut n'en faire que tous les deux jours et l'on arrive presque toujours à avoir du pus après la 4'' injection; mais, dût-on en faire une par jour, c'est là un détail bien insignifiant.
Si pourtant l'on trouvait, toute suffisante qu'elle est réellement, cette dose bien petite, on pourrait faire deux ou trois injections par jour, et même dans une seule séance, pourvu qu'on mît dix minutes d'intervalle entre elles * (avec l'anesthésie au chlorure d'éthyle, les piqûres sont indolores).
On arriverait ainsi, sans l'ombre de danger, à injecter une dose double ou triple de celle indiquée plus haut, et on obtiendrait un peu plus vite le ramollissement.
Mais je répète que cela n'est pas nécessaire. Les faits ont démontré qu'une injection par jour suffît, qu'elle est même préférable pratiquement, parce que le traitement ainsi conduit n'amène pas une réaction trop vive et ne cause ni fatigue ni malaise notables au sujet.
Du deuxième danger on pourra se garder aussi, puisque c'est une question de forme, ou de préparation pharmaceutique. Au lieu d'employer le naphtol camphré pur, on s'en servira sous la forme d'une préparation pharmaceutique où il sera divisé à l'infini et ne pourra plus donner d'embolies mécaniques, même en supposant le cas infiniment rare on il pénétrerait dans le sang. Cette préparation, c'est un mélange de naphtol camphré avec de la gly-
1. Parce qu'après une attente de 1 ou 2 ou 3 minutes l'on est sur que le naphtol camphré injecté n'est pas entré, par elTraclion, dans une veine.
cérine'. Les sphérules de naphtol camphré employé pur peuvent donner à la rigueur de petites embolies cérébrales ou pulmonaires — de la même manière que les gouttelettes huileuses des fractures de jambe, ou l'entrée de l'air dans les veines, ou le petit caillot du phlébitique, ou le mercure dans les injections de sel insoluble. Pour vérifier la chose, versez dans l'eau 1 gramme de naphtol camphré pur. Vous verrez le naphtol camphré se diviser en une série de petits grains brunâtres, sphérules ou gouttelettes indépen-
Fig. 40. — Le naphtol camphré dans l'eau. — Si on laisse tomber dans l'eau quelques gouttes de naphtol camphre, il 3' reste à l'état de sphérules autonomes, qui, si elles passaient dans le sang, seraient capables de provoquer des embolies. Ces sphérules ne se produisent plus lorsqu'on verse dans l'eau quelques gouttes du mélange de naphtol et de glycérine (à moins que le mélange n'ait pas été bien brassé ou que la proportion de glycérine ne soit pas suffisante.
dantes et qui se reforment promptement lorsque vous avez cru les faire disparaître en remuant violemment et longuement l'eau avec le doigt ou avec une baguette de verre. En voyant ces petits grains de naphtol, on a bien l'impression que s'ils passaient dans le torrent circulatoire, ils donneraient presque fatalement des embolies mécaniques.
Vous me direz qu'il est bien facile de ne pas pousser son aiguille dans une veine, que pour cela il faut ne pas injecter dans un tissu qui saigne, ni dans un tissu presque sain qui absorbe immédiate-
1. Ou encore, dans le lait — comme me l'ont montré mes internes — mais nous n'avons pas encore assez largement employé l'émulsion dans le lait pour vous la recommander définitivement.
LK TRAITEMENT DU FOYEll TUBEllCULEIiX 87
nient, exemples : nne jointure peu malade; le tissu cellulaire sous-cutané, un ganglion dur, etc., qu'il ne faut injecter que dans un abcès froid ou dans une cavité articulaire oîi exislo déjà un épanchement.
Vous ajouterez que, dans tous les cas, il est facile de s'assurer directement et séance tenante si l'on a pénétré accidentellement dans une veine; qu'il suffit pour cela, l'aiguille mise en place, d'attendre pour voir s'il ne s'écoule pas quelques gouttelettes de sang, avant de pousser l'injection.
Eh bien, non, ce n'est pas si facile que cela.
Vous avez planté l'aiguille; il ne s'écoule pas de sang; vous poussez l'injection, et lorsque l'injection est faite et que vous retirez l'aiguille, vous voyez du sang pur s'écouler par l'oritice cutané.
C'est qu'une veinule ouverte était bouchée par la présence et la simple pression de l'aiguille, de sorte que le liquide injecté a bien pu pénétrer en partie dans le sang. Or, qu'on le sache bien, cette particularité se voit assez souvent, contrairement à l'opinion générale.
Il faut donc, lorsque nous faisons une injection, — et ceci s'applique à toutes les injections faites en médecine avec n'importe quel liquide, — - que nous ayons prévu le cas et accepté cette possibilité, c'est-à-dire que nous soyons sûrs que, lors même que le liquide pénétrerait directement dans les vaisseaux sanguins malgré nous, il n'en résulterait aucun danger sérieux pour le malade à la dose où nous l'employons.
Nous n injecterons donc jamais que la dose de naphtol camphré à r absorption immédiate de laquelle nous pouvons souscrire, et sous une forme où il ne peut pas produire d'embolie mécanique.
C'est dire combien nous sommes loin de passer par-dessus les précautions nécessaires. La question était même tellement grave à nos yeux et tellement grosse de conséquences, que, si nous n'avions pas réussi à assurer la sécurité complète dans l'emploi du naphtol camphré, nous y aurions renoncé absolument pour toujours.
Mais cette difficulté capitale a pu être résolue d'une manière tout à fait satisfaisante et pratique.
Nous avons essayé de plusieurs modes d'emploi du naphtol camphré, mais le plus pratique est incontestablement celui qui est dû à notre ami et ancien interne le D'' Cayre, de Berck, qui le brasse
intimement en un mélange avec la glycérine, dans la proportion de 15 pour 100 ou de 2 pour 15 environ.
Depuis plus de quatre ans, à l'hôpital Cazin, le D'' Cayre se sert exclusivement et quotidiennement de cette préparation et n'a jamais eu le plus petit incident.
Son expérience et la nôtre démontrent non seulement qu'on n'a plus d'accident à redouter, mais encore que ce mélange agit aussi bien que le naphtol camphré pur pour fondre les fongosités.
Au 4'^ ou ù" jour vous aurez avec ce mélange Tépanchement articulaire ;
Aux 3" ou i*' jour, la fonte d'un ganglion quelconque.
Le mélange que nous indiquons est donc exactement ce que nous recherchions : un agent 1° efficace et 2° absolument inoffensif.
Il n'y a même plus lieu désormais de maintenir les réserves faites par nous autrefois, lorsqu'on se servait de naphtol camphré pur ni l'interdiction d'injecter en plein tissu fongueux
Vous pouvez injecter les doses que nous avons dites dans un tuberculome dur et dans la cavité d'une jointure peu malade, tout aussi bien que dans la cavité de l'abcès froid ou de la tumeur blanche suppurée.
Après des études et des observations nombreuses, après plusieurs milliers d'injections faites depuis plus d'un an, nous pouvons dire qu'il est arrivé quatre ou cinq fois que le mélange a pénétré dans le sang, mais qu'il n'a jamais causé cependant aucun des troubles que le naphtol camphré pur cause ou peut causer.
Un de nos malades nous disait : « Je sens le goût de camphre plein la bouche », ce qui l'a fait tousser deux fois.
Un autre : « C'est comme si l'on me coulait du camphre dans la gorge ».
Mais aucun phénomène cérébral ne s'est produit.
Dans ces quelques cas, après l'enlèvement de l'aiguille, la plaie saignait et il est à peu près certain que le liquide avait passé dans le sang. Cependant il n'y eut rien autre chose comme symptôme.
Il va de soi que cela ne dispense pas cependant de prendre les précautions qu'on doit prendre toujours lorsqu'on fait une injection quelconque.
Vérifiez si par l'aiguille préalablement mise en place, il vient du sang. Si oui, vous choisissez un autre point.
Mais si, une fois l'injection faite, en retirant votre aiguille, vous voyez du sang, quoiqu'il n'y en eût pas avant de faire l'injection, ne
LK TllAITEMENT 1)11 FOYKH TIHiKUClILKlJX 89
VOUS effrayez pas, dites-vous l)icn que vous iTuvez rion à craindre, rien de sérieux tout au moins, si vous avez injecté noire; mélang-e sans dépasser la dose de naphtol indiquée'.
Mais quel([ues-uns d'entre vous ne se rendront pas encore, j'eri ai peur, et diront :
Pourquoi se donner tant de mal pour rendre le naphtol <'amphré inoffensif, lorsque nous avons tant d'autres substances qui peuvent le remplacer, par exemple, l'étheriodoformé, qui donne à M. Guinard et à M. Kirmisson des résultats au moins ég^aux, déclarent-ils, à ceux du naphtol camphré dans le traitement des tuberculoses externes? Je répondrai que M. Guinard et M. Kirmisson ne parlent pas des mêmes cas que nous.
Ils parlent des abcès froids et des tuberculoses externes suppurées, mais non pas des tuberculoses fongueuses ou dures.
Pour les cas dont ils parlent, oui, je suis d'accord avec eux, l'éther iodoformé vaut peut-être autant, ou sensiblement autant que le naphtol camphré, et si l'on y tient, qu'on emploie exclusivement le premier, je n'y vois pas de mal.
Mais il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de tuberculoses non fondues, non liquéfiées, non ramollies, d'une adénite dure comme un caillou, si je puis dire, d'un tuberculome dur, d'une tumeur blanche fongueuse dure, sans tendance au ramollissement, à l'épanchement.
Si vous injectez de l'éther iodoformé dans cette tumeur blanche sèche, dans ce tuberculome dur, dans cette adénite, vous n'aurez rien, ou bien seulement, et pas toujours, un petit travail de sclérose qui ne suffira pas généralement à les guérir. Jamais, ou presque jamais, vous ne les ramollirez.
Au contraire, il n'y a qu'à injecter quelques gouttes de naphtol tous les jours, dans le centre de cette masse dure, pour avoir aux 4% 5^ ou 6" jour, une fluctuation nette. Et, cela acquis, la fonte étant amorcée, on n'a plus qu'à continuer ponctions et injections
1. J'ai même réussi à ramollir avec ce mélange de naphtol un goitre parenchymateux qui a finalement bien guéri après des ponctions, et ce traitement s'est fait sans aucun incident.
Mais à chaque injection j'avais bien soin de jeter préalablement une goutte du mélange de naphtol dans l'eau pour vérifier qu'il ne persistait pas la plus petite trace de naphtol.
N'ayant pas pris cette précaution indispensable, l'un de mes aides a observé deux fois un violent accès de toux à la suite de linjection. Nous avons pu vérifier qu'en jetant dans l'eau quelques gouttes de ce qui restait de son mélange, l'on voyait apparaître quelques glomérules de naphtol, c'est-à-dire que ce mélange avait été mal préparé.
successives, pour arriver à évacuer au dehors la totalité du tuber-
culome, ce qui en assure la guérison, mieux que tout, vous le savez.
En présence d'un tuberculorae dur, non ramolli, les injections à
type sec ne valent que des demi-succès; cela a été dit et démontré \
1. Obs. 13. Insuccès de tiodoforme. guprison par le 7iapthol camphré. — Marcelle D..., six ans, 9 septembre 1903, tumeur blanche du genou gauche qui date de six mois. Genou fongueux et douloureux, à peine fléchi de 10 à 15°. Les parents me demandent d'injecter ce que je voudrais, à V exception de naphtol camphré.
Il est fait huit injections d'huile créosotée iodoformée, dans l'espace de deux mois; puis deux mois de repos et de compression. Après ces quatre mois, le genou reste gros et un peu sensible. Nous attendons encore deux, trois, quatre mois. Mais le genou est toujours sensible et fongueux. — 1" juin 1904, devant l'insuccès de ces injections, je décide les parents à accepter les injections de naphtol camphré. J'en fais 12; avec douze ponctions, le traitement dure deux muis et demi. Puis quatre mois de compression.
15 décembre. — L'enfant nesoulTre plus et le genou est sec. On supprime l'appareil mais on laisse encore l'enfant au repos pendant deux mois et demi. L'enfant est mise sur pieds le 1"'' mars 1905 avec une petite genouillère; marche sans douleurs.
Le 1" juillet, débarrassée de sa genouillère, elle recouvre 10 à 12» de mouvement après trois semaines de liberté.
Le 1" août les mouvements ont atteint 20», pas de douleurs, le genou conserve sa bonne attitude.
Obs. 14. Autre exemple de l'insuccès de l'iodoforme, Antoinette H..., six ans. Tumeur blanche du genou gauche, m'a été adressée par mon distingué confrère le D'^Huette le 4 juillet 1901.
Je fais 7 injections d'huile créosotée iodoformée dans ce genou fongueux; cela dure trois mois et l'enfant quitte Berck peu après avec un appareil plâtré.
Dix mois plus tard, elle revient à Berck, elle soullre encore et je retrouve des fongosités.
Elle n'est pas guérie.
Je fais alors quinze injections de naphtol camphré et 10 ponctions, dans l'espace de deux mois, puis repos de quatre mois dans une genouillère plâtrée avec laquelle elle quitte Berck. Quatre mois plus tard genouillère en celluloïd.
Je la retrouve un an plus tard parfaitement guérie, le genou sec, indolore et pliant de 50 à GO", sans qu'on ait rien fait pour provoquer ou développer les mouvements.
1"'' janvier 1906. Les parents m'écrivent que l'enfant a recouvré la totalité des mouvements de son genou et peut être considérée comme une enfant absolument normale.
Obs. 15. A. L.... de Tours, onze ans. Arthrite bacillaire du cou-de-pied et du pied.
Vers le mois d'avril 1901, l'enfant ressentit, au retour d'une excursion, une assez vive douleur au pied gauche, cela se dissipa un peu les jours suivants pour reparaître bientôt à des intervalles de plus en plus rapprochés, jusqu'à ce qu'enfin toute marche est devenue impossible. 11 fut d'abord soigné pour du rhumatisme; mais voyant que le traitement n'amenait aucun résultat, sa mère le conduisit à la fin de juin chez un très habile chirurgien qui diagnostiqua immédiatement une ostéoarthrite de l'astragale et du calcanéum. Il fit un premier plâtre, prescrivit un régime fortifiant et renvoya l'enfant à la campagne en lui donnant rendez-vous pour la fin de septembre. A ce moment on ouvrit le plâtre et la situation se trouvait avoir empiré. Le chirurgien opéra un redressement du membre malade et fit des. pointes de l'eu très profondes, puis il remit un autre plâtre et envoya l'enfant à Biarritz en lui donnant un nouveau rendez-vous pour la fin de novembre. Pendant tout cet été, aussi bien à la campagne qu'à la mer, l'état général de l'enfant n'avait cessé de s'améliorer beaucoup. Mais ceci n'avait pas empêché le mal d'empii'er et fin novembre son chirurgien ayant enlevé le plâtre, jugea indispensable une opér ration qui aurait consisté à enlever l'astragale, une grande partie du scaphoïde et du calcanéum, à creuser dans les malléoles et peut-être à aller plus loin, si au