LE TRAITEMENT DU FOYER TUBERCULEUX
Or, parmi les injections à type liquide, le naphtol camphré, répétons-le, est le seul agent qui, jusqu'à ce jour, fond et liquéfie sûrement les fongosités; c'est aussi celui qui permet l'évacuation la plus facile de la totalité des produits tuberculeux. Tous les autres liquides sont plus ou moins insuffisants, sans en excepter môme le gaïacol camphré, le salol et le thymol camphré qu'avec le D"" Baillet nous avons employés, les premiers, pour le dire en passant, il y a quelque quatorze ans déjà, à l'hôpital Rothschild, et qui nous a donné des résultats incomparablement moins bons que le naphtol camphré.
Nos observations nous autorisent à dire que le naphtol camphré semble avoir une action chimique élective sur les fongosités.
Il y a quelques années, lorsque nous n'avions pas encore trouvé un mode de préparation tout à fait sûr du naphtol camphré, il
cours de l'opéralion les lésions se révélaient plus graves et dépassaient ces limites.
C'est à ce moment que je vois l'enfant et je promets de le guérir radicalement par des injections moditicatrices. Son chirurgien, très consciencieux, à qui j'ai fait connaître mon sentiment très net veut bien consentir à laisser essayer le traitement proposé par moi, sans qu'il m'ait caché d'ailleurs, me parlant en toute franchise, qu'il ne croyait aucunement à son efficacité, l'afTection lui paraissant particulièrement maligne chez cet enfant.
Décembre 1901. La famille, qui avait été mise en garde contre les injections de napthol camphré, dont les dangers lui ont été signalés, accepte tout, sauf ces injections de napthol canipiiré. Pour obéir à cette injonction, je commence par faire une série de 8 injections iodoformées. L'enfant étant assez sensible à l'action des injections, la température s'élève une fois à 39"; les injections sont faites tous les cinq jours.
Le pied repose dans une gouttière plâtrée. On constate, au bout de deux mois, une atténuation manifeste des douleurs, une diminution légère des masses fongueuses qui siègent en arrière des malléoles, mais il n'y a pas, à proprement parler, de guérison.
On attend pendant encore trois mois, du temps et du séjour au bord de la mer, la venue de cette guérison qui ne se produit pas.
Devant cet échec des injections de créosote et d'iodoforme, j'affirme la nécessité absolue de recourir aux injections de naphtol camphré qui, seules, peuvent guérir un cas aussi grave; la famille finit par accepter après avoir constaté elle-même l'insuffisance des injections iodoformées.
Une première injection de napthol est faite le 28 juin 1902. Elle est suivie d'une élévation assez sensible de la température et de douleurs lancinantes légères. Un défait le pansement le lendemain et l'on trouve une poche fluctuante rouge et tendue dont la ponction retire 15 grammes de pus. On continue, en suivant, la marche liabituelle des traitements similaires. Huit injections de naphtol sont faites à des intervalles variables de trois, quatre, cinq jours.
Ce traitement actif dure six semaines pendant lesquelles le pus augmente progressivement, puis diminue; les fongosités s'éliminent, l'articulation diminue de volume. On fait ensuite la compression ouatée de toute la région. Cinq mois après, l'enfant était guéri, mais pendant encore un an, l'enfant est resté sous notre surveillance.
Deux ans plus tard. — Août 1905. L'enfant, m'écrit sa mère, vient de passer une année excellente, il fait une moyenne de 4 à 5 kilomètres par jour, et sa démarche est absolument normale.
nous est arrivé à plusieurs reprises de l'abandonner pour recourir à d'autres injections : essence de térébenthine, formol, chlorure de zinc.
Chaque fois que nous nous sommes éloigné du naphtol camphré, nous avons eu des résultats moindres.
Chaque fois que nous y sommes revenu, nos résultats sont redevenus meilleurs.
A l'hôpital Cazin « l'on ne jure » que par le naphtol camphré et l'on n'injecte plus jamais que lui.
Nos enfants, traités quelquefois par d'autres liquides dans d'autres milieux, sur la demande des parents, ont des guérisons moins solides et assez souvent des récidives, et nous sommes obligés finalement de leur faire une deuxième série d'injections, de naphtol camphré, cette fois.
Nous nous permettons d'ajouter que notre témoignage en faveur du naphtol camphré a quelque valeur, puisque nos élèves ou nous l'avons employé depuis 15 ans plus de 50 000 fois.
Il est des jours où nous faisons à nous tous une centaine d'injections de naphtol camphré dans les divers hôpitaux dont nous sommes chargé.
On croira, j'espère, à la sincérité de ma conviction personnelle quand j'ajouterai que je me suis fait injecter du naphtol camphré à la dose indiquée (2 grammes de naphtol camphré) dans le tissu cellulaire sous-cutané du bras, sans l'ombre d'inconvénient, car je n'ai même pas eu le goût du camphre. Mon ami et ancien interne Cresson, de Saint-Pétersbourg, qui a fait de même, n'a éprouvé également qu'une réaction locale.
J'ai donné, sans autre parti pris que celui de la vérité, le moyen de rendre le naphtol camphré inoffensif, et les raisons qu'on a de s'en servir.
Notez qu'il n'est pas un seul médicament qui n'ait quelque méfait à son actif...
Prenez l'iodoforme, qui paraît être très innocent. Sans aller bien loin, et sans faire aucune recherche bibliographique, je connais deux cas de mort par l'iodoforme, cités incidemment par les chirurgiens qui les ont observés : Moty et Delbet. Mikulicz m'en avait signalé un troisième qui lui était personnel. Nous-même ou nos aides avons noté quatre accidents très graves, heureusement pas mortels, avec des doses moyennes d'iodot'orme.
LR TIl.MTRMENT llU FOYKIt 'l'riJKIlCULKlX 03
El la cocaïne on injocUons sous-cutanéos, dans riivdrocr'Ir |iar exemple, ne compte-telle pas des accidents mortels?
Et les injections de morphine?
Et les injections mercurielles?
Va-t-on pour cela renoncer au mercure, à la mor[>liiiie, à la cocaïne, à l'iodoforme?
Je crois en avoir dit assez pour convaincre tous les médecins non prévenus et non butés.
Si pourtant je n'y ai pas réussi, eh bien! vous emploierez les injections d'iodoforme ou de créosote, ou plutôt le mélange indiqué d'iodoforme et de créosote. Vous guérirez ainsi un certain nombre de fois, et même assez souvent. Il se peut que vous arriviez ainsi à 60 ou 70 giiérisons p. 100 tumeurs blanches, contre les 98 ou 99 guérisons p. 100 que vous donnerait le napbtol camphré. Et vous mettrez deux ou trois fois plus de temps à guérir avec la créosote ou Fiodoforme qu'avec le naphtol camphré
C'est à vous de choisir entre les deux. Mais ce qui est permis, surtout chez les enfants de la classe aisée toujours moins pressés que les autres, c'est, comme nous l'avons déjà dit, de commencer par des injections à type sec, beaucoup plus anodines, et de ne recourir à une deuxième série d'injections, — celles-ci avec du naphtol camphré, — que lorsque les premières n'auront pas suffi.