LE TRAITEMENT SANGLANT
Sommaire. — Traitement opératoire à proscrire chez l'enfant qu'il mutile trop gravement, mais par contre à conseiller assez souvent chez l'adulte ouvrier pour la tumeur blanche du genou.
Comment il guérit. — Extirpation large et aseptique du foyer tuberculeux. — Inefficacité trop fréquente du traitement sanglant dans les tumeurs blanches suppurées. Fistule, conséquence possible de la résection, d'où aggravation du mal.
Qualité de la guérison : bonne ankylose ; pseudarthrose, attitude vicieuse; raccourcissement.
Utilité du drainage et nécessité pour tous les médecins de savoir drainer.
Nous dirons ici ce qu'il est nécessaire et suffisant de savoir sur le traitement sanglant ; sur ses résultats ; sur ses indications et ses contre-indications.
Nous y ajouterons quelques remarques sur la technique de la résection du genou et du drainage des articulations.
1° Bilan du traitement sanglant.
Pour établir le bilan du traitement sanglant, il nous faut examiner comment il satisfait au double objectif que nous devons nous proposer : 1° supprimer le foyer morbide, 2° conserver au malade un membre utile.
Il supprime le mal en extirpant, non pas seulement les fongosités tuberculeuses, mais encore les tissus qui les renferment, parties molles et extrémités osseuses.
Le traitement est parfaitement fondé en théorie; mais, en fait, les choses ne vont pas comme on pourrait l'espérer.
Voici, tout d'abord, pour ce qui est de la guérison du foyer morbide, les réserves à faire.
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La guérison n'est oMoiiue complète (juc si l'extirpation est faite très ase|)lic]iio et très large. — Donc pas d'arthrotomie, pas de synovectoniie ou d'arthrectomie économiques. Seule sera logique une résection (|ui empiète franchement sur la partie saine de l'os.
Si l'on opère autrement, l'on court au devant d'une fistule ou d'une récidive.
S'il y a récidive, tout est à recommencer; et s'il y a fistule, non seulement tout est à recommencer, mais la situation du malade est cent fois pire qu'avant l'intervention, par le seul fait qu'on a transformé la tumeur blanche fermée en une tumeur blanche ouverte, laquelle s'infecte fréquemment dans ces conditions.
Le malheur est qu'une résection, même largement pratiquée, laisse encore trop souvent une fistule.
Je sais bien qu'il est des chirurgiens qui disent : — Dans nos résections du genou, nous avons toujours des réunions par première intention. — C'est, en effet, la règle au genou pour la tumeur blanche au début, avec une résection large et bien aseptique, mais les exceptions ne sont pas rares, même au genou ; et, dans les autres jointures, c'est la fistule qui est la règle'.
Pour le cou-de-pied, par exemple, OUier en arrive à dire que, pour éviter les fistules interminables il vaut mieux ne pas rechercher la réunion par première intention. Malgré le respect que j'ai pour la grande mémoire d'Ollier ceci me paraît ressembler encore
1. Obs. 17. Quelques exemples d'opérations sanglantes faites pour des tumeurs blanches fermées et ayant laissé des fistules (donc ayant aggravé très notablement la situation du malade, au lieu de la guérir et même de l'améliorer.
Résection du poignet; échec. Mlle P., Strasbourg, quarante-cinq ans. Tumeur blanche du poignet droit. Début de l'alTection en mars 1904.
Le 1" mars 1905 résection du carpe et de la partie supérieure du troisième métacarpien, par un très habile chirurgien.
Cependant l'opération laisse après elle deux fistules. L'articulation suppurant toujours et se tuméfiant de nouveau, la malade vient à Berck le 17 mai.
Le 16 juin, après un mois de séjour au bord de la mer, nous faisons par les fistules une série de 17 injccLions de naphtol camphré (naphtol et glycérine) qui ramollissent rapidement les fongosités et assainissent les os malades. Ce traitement actif dure un mois.
Le 23 juillet, les fistules se ferment.
Le 30 juillet, toute tuméfaction a disparu. La malade parait guéi'ie.
1" janvier. La guérison s'est maintenue parfaite.
Obs. 18. Mlle D..., de la Creuse, vingt-quatre ans.
Tumeur blanclie du pied droit apparue en mai 1902.
Première intervention chirurgicale en janvier 1903. Résection atypique, appareil plâtré pendant un mois. Il reste une fistule qui ne se ferme pas.
Deu.Kième intervention en août 1904, motivée par la tuméfaction de la face interne
dOO TECHNIQUE GÉNÉRALE
un peu trop à la politique de Gribouille. Laisser la plaie ouverte pour éviter les trop longs traitements !
Le nombre est donc grand des fistules laissées par les résections les mieux conduites.
Notez que je ne parle que des tumeurs blanches sèches ou fongueuses; car lorsqu'on intervient pour une tumeur blanche suppurée la fistule est encore bien plus la règle ; — et lorsqu'on opère une tumeur blanche déjà fîstuleuse, cette règle ne souffre, pour ainsi dire, pas d'exception; — quelle que soit ici l'étendue des os enlevés, les surfaces saines cruentées s'inoculent séance tenante, du fait même de l'acte opératoire.
Personne ne peut contester que si tel est le résultat de l'intervention, cette intervention a été désastreuse, — que non seulement l'opération n'avance pas la guérison, mais qu'elle la recule notablement et parfois même la compromet d'une façon définitive.
de la libio-larsienne. Incision bilatérale. Curettage. Il persiste, à la suite de cette seconde opération, 4 fistules, deux de chaque côté.
La malade nous arrive à Berck le 27 avril 1905.
Nous lui faisons un appareil plâtré circulaire, avec fenêtres latérales permettant les pansemeuts des 4 fistules.
Le 2 juin on commence une série de 14 injections de naphtol par les orifices fistuleux à raison d'une tous les deux jours. Dernière injection le 30 juin.
Le 3 juillet tout écoulement cesse par l'une des fistules; et le 30 juillet les 4 fistules sont complètement cicatrisées. — Guérison qui s'est bien maintenue.
Obs. 18. Mme Louise B..., de Paris, cinquante-neuf ans. Nous vient le 3 mars 1904 de l'hôpital Saint-Louis 011, pour une tumeur blanche fermée du cou-de-pied gauche on lui a fait une opération sanglante qui a laissé 3 fistules douloureuses.
Les fistules sont infectées. Les injections réussissent mal; elles donnent une fièvre de plus de 39" et une réaction locale très douloureuse. Nous sommes obligésde les cesser et de faire de simples pansements à plat.
A la suite de ces fistules infectées qu'a laissées l'opération, nous ne savons pas en somme quand nous pourrons guérir cette malade, ni même si nous pourrons la guérir sans amputation.
Obs. 19. Mme Marie H., trente-six ans, Paris. Tumeur blanche du genou gauche, tumeur blanche fermée.
Réséquée par un habile chirurgien de Paris. L'opération a laissé 3 fistulettes au niveau de la ligne de suture.
Arrivée à Berclv à la villa de Notre-Dame en mars 1898 avec ces 3 fistules infectées, température 38 à 38 et demi tous les soirs.
Les injections dans ce foyer infecté n'amènent aucune amélioration, au contraire. Peu après, la température monte progressivement. — Elle atteignait bientôt 39 et 40 et nous avons vu apparaître un peu d'albumine dans l'urine.
Après avoir drainé, lavé, lutté pendant trois semaines, inutilement, contre cette fièvre continue à 40", nous avons dû,fpour sauver la malade, l'amputer.
C'est indubitablement à l'infection laissée par la résection que cette femme doit d'avoir perdu sa jambe.
Obs. 20. Mme Blanche C..., vingt-sept'ans, de Paris.
Tumeur blanche du genou gauche encore fermée, réséquée il y a deux ans par un habile chirurgien.
Depuis, il reste 2 fistules infectées que nous traitons depuis trois mois paroles pansements aseptiques, sans progrès bien apparents, hélas!...