‹ Technique et sentiment, études sur l'art moderneChapitre 3 sur 16 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

de Michelet et vous la lisiez à voix haute. Alors il nous semblait que se levaient partout des ombres solennelles. Un grand siècle s'emparait de nous et nous prodiguait tout ce quHl eut d'amer^ d'agité^ de lumineux et de large. Souvent^ je Vai vu en blanc et noir^ à travers les tristesses passionnées de l'estampe... Mais ces violences ne le défiguraient pas. Dans des matins de jeunesse^ quand je montais à votre jardin de Belleville^ je croyais circuler à travers ces annales populaires que commande, éclairée par un rayon de cachot.^ la mystérieuse figure de /'Enfermé. A tous vos amis comme à moi, le plus jeune d'eux tous, vos livres et votre parole ont communiqué les mélancolies brûlantes, l'inquiétude et la générosité qui furent la vraie couleur morale de ces générations souveraines. Peut-être me sera-t-il donné de revenir quelque jour sur ces rêveries dC action et sur ces passions d'idées, et d'une manière plus digne d'elles. Dans ce recueil même, quelle joie pour moi, si vous retrouviez quelque accent de ces ardeurs cachées que vous aimez et que vous avez propagées jusqu^ à nous !

Ce sont elles, sans doute, qui jadis dirigèrent mes recherches d historien vers des anxieux, des tourmentés ou des déréglés même, Cellini, le ruffian orfèvre, Hokousaï, le vieillard fou de dessin, et ce possédé de L'eau-forte, Piranèse. Elles inaccompagnaient en Italie, et la sévérité charmante de ces lieux ne m'en détournait pas. Je vous offre aujourd'hui avec modestie quelques études oii vous discernerez un choix et un instinct qui n'ont pas changé, — les caprices aériens de Tiepolo, les déchai tiements de Barye, les orages de Victor Hugo, laglacialejolie de Meryon,

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