PREFACE III
quelques patients visionnaires de la gravure^ et d'autres inondes étranges.
Mais en même temps que f obéissais à ces préférences passionnées, fêtais tenté par les secrets de la matière et de l'outil. Dans l'atelier de monpère bienaiméy /appris à toucher les instruments de toute maîtrise, à les reconnaître, à les nommer, à les manier, à les aimer. Tout pénétrés de chaleur humaine et brillants d'avoir servi, ils n'étaient pas à mes yeux des accessoires inanimés, mais des forces douées de vie, non des curiosités de laboratoire , mais une magique puissance de suggestion. Tant que Vart se limite à des états de conscience, à des idées générales, il n'est qu une agitation aveugle ensevelie dans l'intelligence. H faut quil pénètre la matière, qu'il l'accepte et se fasse accepter d'elle, non par de froides caresses, mais par une possession galvanique. Quelle erreur de voir en elle un dépôt passif de nos songes, un réceptacle, un support! Nos songes ne commencent à vivre que quand elle les prend. Elle les enfante, elle les décuple en les mettant au monde. Ce sera pour nous l'un des bienfaits du génie bouddhique (et c'est là aussi l'excellent des études japonaises) que de nous détacher définitivement des formes usées de l' idéalité , de la conception massive de la matière opposée à la subtile essence et au don créateur de V esprit.
Que de fois, penché avec respect sur le travail du peintre et du graveur, iria^t-il été donné d'assister à ces beaux et dramatiques épisodes au cours desquels un génie caché semble monter peu à peu des ténèbres et se révéler par les plus délicates évidences ! Ainsi fai pu me convaincre que notre notion courante de la