TRANSFUSION DU SANG
L'opération consiste à couper en travers la radiale d'un « donneur » et la veine basili(iue du « receveur », et à implanter le bout central de l'artère radiale dans le bout central de la veine basilique du pli du coude. Celte anastomose se fait à l'aide d'un petit tube ou d'une canule spéciale qui reste extérieure aux vaisseaux anastomosés, pour éviter la coagulation du sang.
Pour manier et fixer les vaisseaux, il faut (ïes pinces d'oculiste. Pour faire l'hémostase temporaire sans écraser les vaisseaux anastomosés, il faut se servir de pinces de Crile ou de Carrel.
Si la pince serrait le vaisseau et l'éciasait, il en résulterait une coagulation du sang et l'embolie.
Si le chirurgien ne possède pas de canule de Crile, il peut faire l'anastomose bout àbout des vaisseaux avec des aiguilles Kirby noi6 et des fils stérilisés n° 700.
y. PAUCHET. — TECHNIQUE OPÉRATOIRE.
Tecliiii(|iie. — Le sujet qui fournil le sanj; doit èlie un adulte jeune, en bonne santé, de préférence un parent du malade. Le i' donneur •> de sang et le « receveur » sont cuucliés sur deux tables parallèles; une petite table est placée entre les deux. La face antérieure de Tavant-bras du « donneur » doit s'ai)pliquer facilement sur le bras gauche du « receveur » au niveau du pli du coude. Les deux bras reposent sur la petite table. L'aneslhésie se fait à la cocaïne locale. On cherche et on dissèque la veine basilique du « receveur ». On la coupe entre une ligature placée du côté périphérique et une pince de Crile placée du côté central. Pour empêcher le vaisseau de sécher pendant l'opération, on Thumecte d'eau salée. On découvre et on dissèque de même la radiale du « donneur ». Celle-ci est pincée et coupée comme on Ta fait ])Our la basilique. La tuni(iue cellulaire externe du bout artériel est réséquée, et on applique la canule de Crile. L'extrémité de l'artère est passée danslalumière de la canule; ses lèvres sont saisies avec des pinces, retroussées sur la face externe de la canule et fixées par une ligatui-e circulaire. La veine est alors saisie au niveau de sa lumière par trois i)inces qui la maintiennent béante. On introduit dans la veine la canule recouverte de l'artère et on la fixe sur la canule par une ligature circulaire. Comme la canule est à l'extérieur du vaisseau, il n'y a pas de coagulation. Il existe trois canules de dimensions différentes.
Si on ne possède pas de canule de Crile. il suffit de dépouiller de l'adventice la veine et l'artère sur une longueur de ."i à G millimètres et de les enduire de vaseline. Puis l'artère, traversée par deux lils près de l'extrémité libre, est amenée dans la lumière de la veine à 3 ou 4 millimètres de distance.
Quand l'anastomose est faite, on enlève la pince de Crile placée sur la veine, puis celle placée sur l'artère. La veine se dilate et se remplit de sang rouge. On surveille alors le « receveur » et le « donneur >. et on règle la quantité de sang à transfuser sur l'état du nuilade. Dès (|ue la transfusion est suffisante, on lie les vaisseaux, on enlève la canule et on suture la peau.
liitlicatioiis. — Avant de proposer la transfusion, il faut examiner le sang du donneur et savoir: a) s'il est syphilitique; b) s'il a un degré sufhsant d'hémoglobine ; c) s'il n'hémolyse pas le sang du receveur.
Anémie aigiic post-hémorragique, hémorragies secondaires, hémorl'agies de Vhcinophilie ou du purpura, anémie pernicieuse de la leucémie, intoxications par le gaz d'éclairage, l'oxyde de carbone, et enfin choc chirurgical.
Vn malade est trop faible pour supporter une opération grave, le
OPÉRATIONS D'URGENCE. — BRULURES,
chirurgien pi atiqiiela transfusion sanguine. Grâce à celle précaution, rintervcnlion devient i)ossible.
Le seul inconvénient de la transfusion csl la difficulté relative de son exécution. Quand elle se piaticiue entre deux hommes adultes pourvus de gros vaisseaux, la technique est facile. Mais si le « receveur » est un enfant ou une femme à petites veines, ou si la radiale du « donneur » est do petit calibre, la technique est très difficile. Si l'opération est mal faite, la paroi vasculaire est blessée ; l'un des doux vaisseaux est toi'du; le sang se coagule pendant l'anastomose; les vaisseaux sont alors imperméables et des embolies peuvent se détacher.
TRAITEMENT DES BRULURES.
La symptomatologie et le pronostic d'une brûlure dépendent : i° de sa profondeur; 2° de son siège ; 3" de son étendue.
Profondeur. — Les anciens chirurgiens distinguaient six degrés.
Le premier degré se traduit par de la rougeur, une douleur cuisante, une tuméfaction légère. 11 se termine par une desquamation superliciclle et ne laisse pas de trace.
Le deuxième degré se caractérise par des phlyctènes. L'épiderme se soulève quelques heures après le contact d'une flamme ou de l'eau bouillante. La douleui", vive au début, s'atténue rapidement et repaïaît si on ai-iache les phlyctènes. Les papilles du derme sont en elfet mises à nu. Autour de la phlyctène, la peau est rouge, douloureuse; la guérison se fait sans cicatrices visibles.
Le troisième degré est caractérisé par la désorganisation de la couche profonde de l'épiderme et des papilles. 11 se forme de petites escai-res dures et parcheminées, des phlyctènes sanguinolentes. La douleui' est vive, caries filets nerveux sont intacts. La i-épaiation est lente; la cicatrice reste indélébile.
Le quatrième degré correspond à la destruction totale de la peau. La douleur est nulle, mais, au bout de quelques jours, rinfiammation appai-aît ; les bords de la ])eau sont rouges, douloureux; l'escarre tombe, laisse à nu le tissu cellulaire où vont paraître des bourgeons charnus. La réparation est lente ; les cicatrices sont vicieuses.
Dans le cinquième degré, les muscles et les tendons sont mis à nu ; l'infection est fréquente. La fonction du membre est compromise pur suite du tissu de cicatrices qui immobilise les muscles.
Avec le sixième degré, la carbonisation est complète.
Siège de la brûlure. — La brûlure du pharynx s'accompagne
314 V. PAUCHET. — TECHNIQUE OPÉRATOIRE.
d'œdèmc de la glotte ; celle de l'oesophage détermine un rétrécissement cicatriciel à marche lapide. La chute d'une escarre audessus de la cavité tlioraci(iue, abdominale ou crânienne, déleimine louverture secondaire de ces cavités. Enlin, les brûlures qui avoisinent la bouche, le nez, les paupières ou les doigts déterminent des adhérences et des rétractions que seules des autoplasties étendues peuvent corriger.
Étendue de la brûlure. — L'étendue de la bi ûlure est d'une importance considérable.
Une brûlure même du second degré tue le malade si elle occupe une grande surface de téguments. Chez un adulte, la mort survient toujours si la moitié du corps est atteinte. Chez l'enfant, il suflit qu'elle soit étendue au quart de la suiTace du corps.
Accidents. — Phénomènes d'intoxication immédiate : accélération, du pouls, sécheresse de la bouche, état typhoïde, délire, vomissements, dépression, collapsus.
Congestion pulmonaire, congestion du rein avec albuminurie ou anurie. Congestion hépatique avec ictère; hémorragies intestinales par ulcération du duodénum.
Infection générale par suppuration de la plaie.
Traitement. — Les brûlures du premier degré ne comportent aucun traitement. Toutes les autres, môme celles du second degré, doivent (Ure trniiées comme une plaie.
Si le sujet peut supporter l'anesthésie générale, on l'endormira à l'éther. La peau saine sera rasée et badigeonnée à l'iode.
Puis on disposera sur le membre et le voisinage une série de lamesde gaze stérilisée, sur une grande étendue, de la ouate hydrophile,, et on établira par-dessus une bonne compression.
En casdebrûluredu seconddegré etpourfaciliter l'ablation descompresses,l'épidermeatleintsera couvert de pommade de Reclus. Le pansement restera sans être renouvelé dix, douze ou quinze jours, suivant l'odeur, l'état de la température ou l'abondance des sécrétions. Passé ce délai, la brûlure se soignera comme une plaie ordinaire.
Les brûlures des doigts et de la racine des membres nécessitent beaucoup de soins pour empêcher les i-étraclions cicatricielles. Ne pas attendre trop longtemps pour appliquer les grefTes de Thiersch. Quand la sécrétion est complèle et que la cicatrice est vicieuse, il faut avoir recours aux autoplasties.
Pendant toute la durée des soins, surveiller le foie, examiner les urines; ausculter le poumon et prendre la température. C'est le moyen d'éviter les congestions, les infections secondaires et les complications viscérales.