I. — Anesthésie par l'éther
Inconvénients de l'éther. — On attribue une grande importance à la pureté de l'éther. 11 est certain que le chirurgien doit employer autant que possible de l'éther anestliési(|ue, s[)écialement piéparé dans ce but. Le liquide présente alors les qualités suivantes : c'est un liquide clair, incolt)re, mobile, inflammable, d'odeur pénétrante, qui bout à 3.')° centigrades, se dissout dans VS ])arties d'eau, miscible en toutes proportions avec l'alcool, les coi'ps gras et le
clilorofoniio. Son poids spécifique est de 0,721. Quand il dépasse 0,72î>,c'esl(iu'ily a des substances étrangères : acide sulfurique, acide acéli(|ue, résine aldéliydifiue, peroxyde d'hydrogène; chacune de ces substances peut être décelée par le chimiste.
(Vest un produit désagréable à respirer, plus iii-itant (juu le chlorolorine ; |)ourtant, si le narcotiseur a soin de commencer rancslhésie doucement, il évite au patient la sensation d'étoufTement et de suiïocalion. Commencez donc Fanesthésie à l'éther par la narcose au chloréthyle poui' supprimer l'effet désagréable de l'élhor qui sera administré dés que le patient sera inconscient.
L'éther est inflammable. Ce dangei- inspire cependant une crainte exagérée. Il faut, pour qu'il y ait explosion, qu'une lampe ou un foyer ouvert soit sur le même plan ou sur un plan inférieur à l'éther. Une lampe placée au-dessus du champ opératoire ne s'enflamme pas. J'ai pendant dix ans, à l'époque où j'opérais à domicile, dans des chaumières, dans des chambres étroites, éclairées par de multiples lampes à pétrole, donné l'éther. Les lampes se trouvaient toujours suspendues au-dessus du malade; les vapeurs anesthésiques sont plus denses que l'aii- : il n'y a donc rien à ci'aindre de ce fait.
Le thermocautère peut être employé, à condition (ju'on se tienne à 15 ou 20 centimètres du masque. S'il fallait opérer avec le theimocautère dans le voisinage de la tète, il suffirait d'envelopper le masque d'une serviette humide et exprimée. L'action de l'éther sur les vomissements est moindre qu'avec le chloroforme. Les malades ont des vomissements immédiatement après le réveil; ceux-ci ne se prolongent guère au delà de quelques heures. L'action de l'éther sur les reins est également moindre qu'avec le chloroforme.
Le seul reproche qu'on puisse faire à l'éther est d'irriter les voies aériennes. Les bronchites se voient de temps à autre. Elles tiennent à une mauvaise administration ; quand on confie l'éthérisation à un aide inexpérimenté qui le donne « à indiscrétion » à l'opéré, il n'est pas étonnant que les complications pulmonaires se produisent. 11 faut l'utiliser avec précautions, laisser entrer de l'air, ne pas faire inhaler de vapeurs trop concentrées. Si la respiration devient ronflante, si des accès de toux se manifestent, il faut ôler le masque et donner de l'éther.
La respiration stertoreuse n'est pas du tout propre à la narcose pur Vctker ; il ne faut pas l'obtenir.
Si Iclhérisalion est bien faite, le sommeil est aussi doux, aussi calme qu'avec le chloroforme.
Les emphysémateux sont très sensibles à l'action de l'éther. Chez eux, il ne faut l'employer ([ue pour les opérations courtes
ANESTHÊSIE.
— ANESTHÊSIE PAR L'ÉTHER.
et les l'aire précédei' d'une piqûre de inorpliine-scopolairiine.
Chez les bronchitiques, il faut s'abstenir de l'éther ou il faut y ajouter du chloroforme et une piqûre de scopolamine-morphine pour diminuer la dose d'anesthésique et la sécrétion bronchique.
Pendant l'opération, il faut nettoyer le nez et la gorge du patient pour que les sécrétions ne tombent pas dans les bronches.
La plupart des complications pulmonaires sont dues à la malpropreté de la bouche; l'opérateur doit donc faire ap[)el au dentiste avant de toucher à un malade. Les gencives seront badigeonnées à l'iode ; les dents doivent être détartrées, brossées et savonnées; les chicots qui suppurent seront enlevés. Si une complication pulmonaire se présente, il faut asseoir le malade, aérer la pièce et appliquer des ventouses sèches malin et soir. Qu'on n'oublie pas, après l'opération, de ne pas faire traverser des corridors froids à l'opéré. En cas de bronchite, faii'e bouillir dans la chambre des feuilles d'eucalyptus.
Moyennant ces i)récautions, l'éther peut être employé chez tous les malades, même les enfants et les vieillards (1).
Au cours de l'intervention, l'éther a l'inconvénient de congestionner la face des sujets congestifs, opérés sur le plan incliné. 11 est alors préférable d'employer le chloroforme, sans que cela soit indispensable. L éther augmente la pression sanguine, mais je ne crois pas que cette action puisse provoquer l'apoplexie chez des sujets qui ont déjà présenté des ictus antérieurement.
L'éther abaisse, comme le chloroforme, la température du corps d'un demi-degré. II suffit d'opérer dans une pièce chaude et de regagner, après l'opération, une chambre chaude à travers des couloirs chauds.
Avantages de rétlier. — L'éther est le moins dangereux des anesthésiques. Il n'exerce aucune action dé[)rimante sur le cœur; à supposeï' ([u'il puisse provoquer l'asphyxie par une administration imi)rudente, la respiration arlilicielle tiouve la circulation dans un état (lintégiité suffisante pour permettre l'élimination de l'acide carbonique par les voies respiratoires.
L'éther augmente la force du pouls, tandis que le chlorofoi me la diminue. L'un tue brutalement, l'autre ne peut amener la mort (|ue pai- une asphyxie lente et progressive. Le chloroforme donne une mort sur 2000; l'éther donne une mort sur 6000; ce qui tient à ce que la dose maniable de l'éther est bien plus étendue.
La physiologie nous signale (jue la dose mortelle d'un anesthésiquc est le double de la dose (|ui produit la narcose. Or, |»our 1(!
(1) Les vieillards seroiil cnveloppi's d'ouale pour les oiiéralioiis de l()ii<;iic diiri'c. Le « complet ouaté » ne sera supprimé ipio (juatre ou cinq jours a[ii'ôs l opéiation.