‹ Technique Précise de RadiothérapieChapitre 30 sur 38 · II. — Quantité · texte numérisé non relu

II. — Quantité

Les rayons de Rœntgen exercent sur les cellules de la peau une action chimique d’où résulte un processus pathologique qui a un certain degré d’intensité, et, après un certain temps, par suite de l’action toxique des produits de décomposition des cellules, une modification inflammatoire de la peau macroscopiquement visible (réaction).

L'action curative dans presque toutes les affections indiquées dépend non de la réaction inflammatoire, mais de la lésion cellulaire. C’est un processus de dégénération qu'on peut suivre au microscope et qui attaque chaque cellule en se limitant au territoire irradié.

Le processus atteint un degré plus ou moins élevé selon la quantité de rayons absorbés. C’est ainsi qu'il peut aboutir à la guérison ou à la mort de la cellule.

Il n’y a pas d’idiosyncrasie, mais les cellules sont, en général, d'autant plus sensibles que leur rénovation moléculaire est plus rapide et qu’elles sont plus riches en protoplasma.

La peau jeune, modifiée par le psoriasis, le tissu du mycosis fongoïde sont très sensibles.

La peau modifiée par l’inflammation, par exemple

dans l'acné, le sycosis, le lupus etc... le tissu épi-

thélial, les cheveux mycosiques sont Aypersensibles.

L’épiderme sain et ses prolongements est moyennement sensible.

Le tissu conjonctif, les vaisseaux, le cuir chevelu atteint d’alopécie sont Ayposensibles.

Nous avons décrit plus haut les différents degrés de la réaction, et les rapports qu'ils présentent avec les temps de latence. Nous avons vu aussi que la réaction apparaît d'autant plus vite que la dose appliquée est plus forte; la durée de l’inflammation suit la même progression.

En pratique, on distingue deux sortes d’applications:

1° L'application d’une dose suffisante pour atteindre le degré de réaction projeté, est donnée en une seule séance. — On obtient de cette manière la guérison de l’épithélium, de l’alopécie en aires, des tumeurs isolées du mycosis fongoïde, du favus, de l’herpès tonsurant, ete. Dans d’autres affections : lupus, scrofulodermie, hypertrichose, l’unique séance n’est pas suffisante, il faut la renouveler après la fin de la réaction. Holzknecht a déterminé par l’expérience la quantité totale de rayons à faire absorber dans chaque affection.

2 L'application à doses fractionnées. — Il en résulte un état permanent de réaction d'intensité variable. Autrefois, on a administré des doses mini-

mes et quotidiennes jusqu’à l'apparition de la réac-

tion. — Il est préférable de donner la première dose presque pleine — puis des demi-doses à des intervalles de deux à trois semaines et des quarts de doses

à des intervalles d’une semaine.

INSTITUTION D'UN TRAITEMEFT (suite).

La quantité maxima à faire absorber varie aussi suivant l’état de la peau.

1° La région est recouverte de peau saine.

La quantité de rayons compatibles avec son intégrité est de 4 H (radiochromomètre d’Holzknecht).

Cette dose peut être répétée chaque semaine.

On peut donner 5 H sans léser, à la condition de ne répéter la deuxième que dix-huit à vingt jours après.

2° La région est ulcérée:

Les doses peuvent être beaucoup plus élevées sans cependant ‘déterminer la nécrose du tissu, c'est-à-dire environ ÿ à 6 H par semaine pour les première et deuxième séances.

Cependant si on a affaire à une tumeur térébrante, même dans les cas où la peau est absente, on devra administrer seulement des doses faibles, 2 à 3 H par séance hebdomadaire afin de ne pas gèner la séparation des tissus, car à dose plus élevée on altére-

rait le tissu sain de nouvelle formation.

Égalité de l'irradiation. — En radiothérapie, il est nécessaire d'obtenir l’irradiation la plus égale possible sur tous les points.

Comme nous l’avons dit plus haut :

1° L’intensité diminue avec la distance de la région à l’anticathode.

2° La quantité de rayons reçus obliquement va en diminuant comme le sinus de leur inclinaison sur la surface qu'ils rencontrent.

Si nous considérons une surface plane, orientée perpendiculairement au rayon incident émis par l’anticathode, nous voyons que l’anticathode est plus rapprochée du centre de cette région que de sa périphérie ; donc il y aura inégalité d'intensité des rayons reçus en différents points de la surface.

Si cette dernière est convexe, l’inégalité sera bien plus accentuée. Elle le sera moins pour une région concave.

Il est évident que cette inégalité sera relativement moindre à mesure que l’ampoule sera plus éloignée de la région considérée.

D’après Holzknecht, l’ampoule occupant une position normale au centre de la région irradiée, il faut doubler le plus grand diamètre de cette dernière pour. connaître la hauteur à laquelle doit se trouver l’ampoule.

Si la surface est convexe, il faut encore augmen-

ter cette distance.

Si elle est très étendue, il faut tellement éloigner l’ampoule que le temps de pose ou le nombre de séances augmentent dans des proportions considérables. Dans ce cas il vaut mieux décomposer la région à traiter en petites surfaces sur lesquelles on agira d'après les principes précédemment énoncés et sans protéger les petites surfaces voisines également en traitement.

Mycosis FONGOÏDE TRAITÉ PAR LA RADIOTHÉRAPIE,

par MM. Broco, Bisserié et BELoT (Annales de Dermatologie, fév. 1904, page 140).

Nous nous bornons aujourd'hui à présenter cette malade, atteinte de mycosis fongoïde, car son observation complète doit être publiée dans la thèse de M. Belot, que nous ne voulons pas déflorer.

Cette femme est venue du Canada à Paris pour se faire soigner. Son affection avait débuté il y a douze ans. Il ya deux ans, on lui avait déjà excisé à Montréal deux volumineuses tumeurs de la face. Elle est entrée dans notre service le 20 mai 1903. Après avoir essayé avec des résultats assez discutables les injections de cacodylate de soude à hautes doses, les applications de pommade à l’acide pyrogallique, les seules qui nous aient ici donné quelque succès, nous avons eu enfin l’idée le 24 juillet, pour calmer ses atroces déman-

geaisons et faire résorber les tumeurs, de la soumettre à

= 107 — l’action de la radiothérapie, sans connaître à cette époque les succès relatifs que l’on avait déjà obtenus à l'étranger, par cette méthode, dans cette terrible affection. Le résultat a dépassé notre attente.

La malade n’est plus reconnaissable.

Les démangeaisons ont été calmées.

Certes, nous savons que l’on peut observer des régressions spontanées des tumeurs, et des arrêts également spontanés dans l’évolution du mycosis fongoïde ; mais ces régressions et ces arrêts n’ont jamais la marche régulière et ne revêtent jamais les allures franches d'évolution vers la guérison que l’on constate chez cette malade,

Ajoutons, pour entraîner la conviction de ceux qui conserveraient quelque scepticisme, que ces effets ont toujours été ici consécutifs aux séances de radiothérapie.

De tous les résultats que nous avons déjà obtenus avec les rayons X, ceux-ci nous paraissent être les plus remarquables et, disons le mot, les plus consolants pour lavenir. Certes, nous savons que ce merveilleux agent thérapeutique peut faire disparaître les épithéliomes superficiels et beaucoup d’autres néoplasies épithéliales (et disons à ce sujet que les résultats que nous avons présentés en novembre se sont confirmés et multipliés à notre policlinique de Broca), mais enfin on pouvait, avant l’introduction des rayons X en thérapeutique, guérir les épithéliomes superficiels par lablation chirurgicale ou par d’autres méthodes ; le mycosis fongoïde restait au-dessous des ressources de la thérapeutique.

Nous sommes donc tout particulièrement heureux de pou-

voir vous présenter ce cas: certes cette femme ne peut être considérée comme guérie, et nous aurions voulu pouvoir continuer le traitement encore pendant quelques mois pour vous la présenter complètement indemne de toute manifestation morbide : mais elle veut regagner son pays, et nous avons eu la main forcée. Telle qu’elle est, elle nous paraît mériter toute votre attention.

Il semble donc que les néoplasies de cet ordre, comme les sarcomes de la peau, soient modifiables par les rayons Rœntgen. Nous ne voulons pas anticiper sur des communications ultérieures, Disons cependant que dans deux cas de tumeurs sarcomateuses volumineuses du dos, trois applications de radiothérapie ont suffi pour faire fondre en quelque sorte

les néoplasies, »

M. Leredde. — Cette observation est très intéressante. J'ajouterai que les rayons X ont une action analgésique remarquable, ainsi, quand on traite les épithéliomes par la radiothérapie, les douleurs cessent dès les premières séances, avant que l’épithéliome ait encore commencé à régresser.

M. Bissérié. — J'ai été également frappé de l’action analgésique des rayons X. J’ai traité par la radiothérapie des plaques hyperesthésiques et sept ou huitcas de névrite douloureuse, et j'ai vu les douleurs disparaître après quelques

séances.

Tue x RAY AS A THERAPEUTIC AGENT WITH SPECIAL REFTRENCE

TO CARCINOMA,

par Arruur Dean BEvax M. D. — Chicago.

(Journal of the American Medical Association, 2 janv. 1904, page 26).

En essayant d'apprécier exactement les rayons X comme agent thérapeutique, nous avons rencontré au début de nombreuses difficultés.

Cette force n’est connue que depuis peu de temps et on connait peu sa nature exacte, et nous ne pouvons pas toujours mesurer avec exactitude la valeur de ce que nous employons dans un cas donné.

Cet agent a été employé trop peu de temps comme agent thérapeutique et il ne s’est pas écoulé assez de temps pour que nous ne puissions affirmer la permanence des effets obtenus.

Quoiqu’une quantité considérable de travaux aient été consacrés à ce sujet et que des cas nombreux et variés aient été traités durant ces trois dernières années, la plupart l'ont été au hasard par toutes sortes de médecins sur toutes sortes de malades et l’on ne peut avoir que peu de confiance dans la plupart des rapports qui en ont été faits.

Nous ne nions pas la valeur thérapeutique des rayons X : elle s'impose. La difficulté est de séparer la vérité de l'erreur.

Nous avons cependant devant nous un certain nombre d’ob-

servations bien rédigées, relatées par des hommes de valeur, dont les rapports et opinions peuvent être acceptés de tous, et à l'aide desquelles nous pouvons déterminer, approximativement du moins, la valeur, les dangers et les limites de l'emploi des rayons X, actuellement.

Peu de temps après la découverte des rayons X, je commençai à m'y intéresser comme moyen de diagnostic, et de bonne heure je connus le pouvoir qu'ils possèdent de détruire les tissus vivants, spécialement les épithéliums, comme le montrèrent quelques brûlures produites par les rayons X.

Déjà en 1898, je l’employai dans un cas de lupus qui avait reparu après extirpation et greffe de peau, mais sans aucun bénéfice.

Nous avions obtenu dans ce cas une réaction marquée après quelques séances, mais ne voyant aucune amélioration évidente, nous cessâmes le traitement.

Mon attention fut de nouveau appelée au sujet d’une observation affirmative dans un cas de lupus, d’épithéhoma: Je fus excessivement sceptique.

Peu de temps après, cependant, j’eus l'occasion d'observer des cas de lupus, d’épithélioma et de carcinome récidivant du sein, qui avaient disparu sous l’action des rayons X et je commençai à expérimenter sur de semblables cas dans mon service.

Je fus vivement frappé par le cas du carcinome récidivant du sein dont les nodules d’une grosseur remarquable et que le microscope avait permis de reconnaître pour du carcinome,

disparurent sous le traitement.

Tous ceux qui ont observé de tels cas doivent être convaincus que nous possédons dans les rayons X un agent puissant pour le traitement des tumeurs malignes.

En 1902, à Saratoga, au Congrès de l’Association Américaine de Chirurgie, je fis un rapport de mon travail et Je le présentai également au dernier Congrès de l'Association Chirurgicale Américaine de Washington en essayant d'estimer la valeur et les limites de l’emploi des rayons X comme agent thérapeutique du carcinome.

Je dois dire que depuis un an et demi, aucune nouveauté frappante n’a été ajoutée à nos connaissances sur ce sujet, Durant cette période, l'expérience ne nous a appris que les limites dans lesquelles on devait employer cet agent et les dangers associés à son emploi.

Je ne parlerai pas des nombreuses lésions de la peau qu” ont été traitées avec succès par les rayons X, parce que j'ai peu de connaissances personnelles de ce côté.

Si nous pouvions étaler Jes cellules d’un sarcome en une mince couche à la surface de la peau, je ne doute pas'que les rayons X ne les détruisent comme ils détruisent les cellules épithéliales dans l’épithélioma. Or, si nous laissions la plaie largement ouverte après l’ablation d'un sarcome de sorte que nous puissions directement, sans interposition de beaucoup de tissu, faire agir les rayons X sur les cellules qui pourraient rester après l'opération, nous obtiendrions des résultats favorables.

Pour ce qui concerne le carcinome, nous pouvons dire

que les faits aujourd’hui bien établis sont des suivants :

Les rayons X détruiront les cellules épithéliales du carcinome superficiel, comme dans l’épithélioma.

Les rayons X semblent posséder une action élective sur les cellules épithéliales du carcinome, due probablement à ce qu’elles opposent à l’agent une résistance moindre que les cellules épithéliales normales.

Quand elles sont superficielles ou situées à un centimètre de a surface, une masse de carcinome fond sous les rayons X, les cellules en train de mourir devenant granuleuses et étant résorbées sans qu’il y ait nécrose ou altération de tissu, en dehors de cette rougeur de la surface qu’on appelle « réaction » des ravons X.

Quelquefois cependant, quand une grosse masse de carcinome est attaquée, elle peut se ramollir et se détacher, et être séparée des tissus normaux. Quand le carcinome est très mince et très superficiel comme un épithélioma de la face du type de lPulcère rongeant, n'ayant pas encore inté ressé les tissus sous-jacents à la peau, la disparition de la lésion et la restauration de la surface à l'état presque normal, avec trace légère de tissu cicatriciel, est certainement obtenue avec une vingtaine de séances de dix minutes, chaque jour, avec un tube de 30 à 110 volts et 2 à 4 ampères.

Quand l'épithélioma est une masse épaisse de tissu nou” veau, tel un épithélioma de la lèvre inférieure aussi épais que le doigt, les rayons X, produiront un grand changement avec destruction d’une partie des cellules du carcinome ou

de leur totalité, et dans ce cas la guérison.

Plus fréquemment cependant, sous l'influence du traitement, le processus s’étendra et les lymphatiques seront intéressés.

Dans le carcinome récurrent du sein, avec nodules de la peau et immédiatement au-dessous d’elle, les rayons X produiront une résorption des masses, toujours de grosseur considérable.

Si ces masses sont les seules localisations du carcinome, on peut espérer la cure avec leur disparition, mais malheureusement avec ces masses il y en a d’autres dans les ganglions du médiastin, et en dépit de la disparition des masses cutanées le malade finit par mourir par invasion généralisée du carcinome, quoique ayant en apparence, profité jusqu’à un certain point du traitement, au point de vue local et général.

Dans les cas de carcinome profond, tels que ceux de l’estomac, du larynx, du maxillaire supérieur, de la bouche, etc... Je n’ai relevé de profit que dans l’état des malades qui se sentaient mieux, souffraient moins, etc... enfin quelque amélioration dans l’état général.

Quand on estime la valeur des rayons X dans le traitement du carcinome, il y a trois faits à considérer et qui semblent dominer les résultats :

1° La situation de la lésion : si elle siège superficiellement ou profondément;

20 La rapidité de développement des cellules et la résistance des cellules carcinomateuses dans le cas particulier;

3° La grosseur des productions nouvelles,

Vaudet 8

Ai

En ce qui concerne le premier point, l'action destructive des rayons X sur les cellules du cancer est directement proportionnelle à la superficialité de leur situation : plus elles sont superficielles plus elles subissent l'effet destructeur, plus elles sont profondes, moins elles sont attaquées.

La profondeur à laquelle l'effet destructeur peut se faire sentir efficacement avec notre technique actuelle ne dépasse pas 1 centimètre.

Quant à la vitalité des cellules cancéreuses dans le cas particulier, je pense qu’elles se différencient suffisamment par leur résistance aux rayons X.

La rapidité de leur développement semble être un indice en faveur de leur résistance aux rayons X; un développement lent indique moins de résistance.

Dépendant de la résistance et de la profondeur ou de la superficialité de la situation, quelques lésions disparaissent sous le traitement des rayons X, d’autres restent stationnaires et quelques-unes continuent à s'accroître toujours pendant le traitement, sans en paraître influencées.

Le volume de la lésion est important à considérer et l'action des rayons X varie en raison inverse de la grosseur des produits : plus ils sont petits, plus l’effet est évident, plus ils sont gros, moins l'effet se fait sentir.

Un petit épithélioma superficiel est promptement détruit, une masse épaisse et volumineuse l’est difficilement ou pas du tout avec les proportions dans lesquelles il est permis d'employer l’agent; et souvent, quoique beaucoup de cel-

lules d’une telle masse puissent être détruites, il en reste

toujours assez pour infecter la région d'une manière évidente pendant le traitement,

La question qu’on s'est posée et qu'il est difficile de résoudre, est de savoir si dans quelques circonstances les rayons X stimulent le développement et la dissémination des cellules cancéreuses.

J'ai vu survenir dans certains cas de cancer une croissance et nne extension rapides pendant que ces cas étaient en traitement, mais j'ai vu la même chose se produire fréquemment dans des cas qui n’étaient pas traités. J’ai interprété les cas à croissance rapide pendant le traitement par les rayons X, simplement comme des cas non influencés par l'agent et qui auraient pris ce développement rapide et cette extension si l’on n'avait pas appliqué les rayons X.

Où en sommes-nous de l'emploi des rayons X comme agent thérapeutique du carcinome ?

C’est, je crois, le traitement de choix des épithéliomas superficiels et à croissance lente, tel l'ulcère rongeant ; des épithéliomas de grande étendue et spécialement des lésions de cette nature situées sur la face et au voisinage des yeux, où une ablation radicale de la lésion avec le bistouri pourrait défigurer et déformer par la présence de tissu cicatriciel, même quand on fait une greffe de la peau.

Dans toutes les autres formes de carcinome où la lésion est à développement rapide et située plus profondément sous la peau ou même quand elle est limitée à la peau, mais d’une épaisseur suffisante, il faudrait traiter par l’extirpation

suivie de l’application des rayons X; une vingtaine de

séances environ irmmédiatemment après la guérison de la plaie opératoire.

Je pense que cette association du bistouri et des rayons X est logique pour les raisons suivantes :

A part le carcinome du type de l’ulcère rongeant, décrit plus haut, il ne faut pas attendre beaucoup des rayons X dans le traitement du carcinome. Iln'y a pas de temps à perdre : le carcinome doit être largement extirpé.

Comme on l’a démontré à plusieurs reprises, (spécialement dans les cas d’ablation du sein pour carcinome et où la lésion est réapparue autour de la cicatrice) ces masses secondaires peuvent être amenées à disparaître par l’usage des rayons X. On ne peut guère douter que ces nodules secondaires, masses de cellules épithéliales de Ia grosseur d'une fève ou d’une noix, n'aient été au moment de l’opération de très petites collections de cellules cancéreuses qui sont passées graduellement de proportions microscopiques à des proportions macroscopiques et il est raisonnable de supposer que si les rayons X peuvent détruire ces masses de la grosseur d’une fève ou d’une noix, ils auraient pu détruire beaucoup plus facilement les masses microscopiques de cellules cancéreuses, point de départ du développement.

C’est pourquoi je pense que nous devrions appliquer le traitement par les rayons X après l’opération et l'essayer dans nos cas de carcinome, et je crois que, par ce moyen, nous verrions s’accroître considérablement le nombre de cures permanentes après les opérations du cancer.

À mon avis, la question la plus intéressante qui se ratta-

che à l’action des rayons X sur les cellules cancéreuses est celle-ci :

Ne serait-il pas possible, d’une façon quelconque, d'étendre l’action de cet agent qui a le pouvoir de détruire les cellules cancéreuses dans certaines conditions — c’est-à-dire à une certaine profondeur et pour des cellules ayant un certain pouvoir résistant — à un point tel qu’il puisse les détruire dans toutes les conditions ?

Le fait que dans certaines circonstances, comme dans la maladie d'Hodgkin, les rayons X agissent sur des masses de cellules peu résistantes mais profondes, peut nous encourager à espérer que dans certaines conditions nous pourrons atteindre le cancer à une certaine profondeur.

Si nous en arrivions à ce point, nous aurions trouvé la guérison du carcinome.

Actuellement, l’emploi des rayons X dans la guérison du carcinome a, comme nous l’avons vu, un champ très limité.

J'ai pensé qu’on pourrait atteindre le résultat désiré en employant plusieurs moyens :

1° Les physiciens pourraient perfectionner les appareils d’application des rayons X de manière que nous puissions obtenir l’effet destructeur sur les cellules cancéreuses à toutes les profondeurs, et cependant sans trop de danger pour les tissus intermédiaires ;

20 Il serait possible de diminuer le pouvoir résistant des cellules cancéreuses par certains moyens, par exemple, par la ligature des artères desservant la région, afin d'empêcher

l'arrivée du sang ; ou bien au moyen de quelque agent chi-

mique introduit dans la circulation générale ou injecté Iocalement, ceci toujours avec les rayons X, tels que nous les utilisons aujourd’hui, nous pourrions obtenir des effets

destructeurs à des profondeurs plus grandes,

Consécutivement à cette conception, je pensai naturellement à l’iode et à l’arsenic comme agents ayant prouvé une action évidente sur les masses profondes de cellules nouvelles à vitalité peu intense, l’iode ayant agi dans la syphilis, l’actinomycose, la blastomycose et l’arsenic dans la maladie d’Hodgkin.

Nous avons fait quelques expériences pour déterminer l'effet des rayons X sur les solutions de KI et savoir s'ils produisaient quelque effet chimique et mettaient l’iode en liberté.

La première expérience fut simple et ses résultats inté-

ressants. Nous prenions une solution d’amidon et de KI et

la soumettions pendant dix minutes à l’action des rayons X,

comme en thérapeutique.

Nous plaçions une solution identique dans les mêmes conditions, mais sans la soumettre aux rayons X.

Nous avons trouvé que les rayons X libéraient environ deux fois autant d’iode que ce qui était libéré dans la solution précédente.

Nous avons employé cette méthode de traitement qui pourrait être appelée « thérapeutique radio-chimique » dans

de nombreux cas.

Dans un cas de carcinome inopérable de la bouche, je liai

la carotide externe et traitai le patient alternativement par KI et les rayons X.

La tumeur diminua beaucoup de volume et disparut presque. Le malade mourut quatre mois après le pyema et l’autopsie montra un simple reste de la tumeur primitive et pas d’invasion locale ni générale,

Deux des cas les plus frappants ayant bénéficié de cette méthode de traitement n’ont cependant pas été observés avec le carcinome, mais dans d’autres conditions. L'un, dans un cas d’actinomycose du cou qui disparut avec une étonnante rapidité sous l’action des rayons X et de KI; l’autre une tumeur du côlon, presque certainement tuberculeuse, qui a disparu avec le même traitement.

Dans nos cas de carcinomes et sarcomes, nous avons combiné aux rayons X ou KI, ou AS, et quoique j'aie été encouragé par les résultats, les cas sont trop peu nombreux et les difficultés à déterminer la valeur de ce traitement combiné sont si grandes qu'il est impossible à présent de tirer des conclusions.

Il semble possible cependant, qu’étant donné un agent qui détruit les cellules cancéreuses et non les cellules des tissus environnants, dans certaines conditions favorables pour son action : situation superficielle et faible pouvoir résistant des cellules cancéreuses, on puisse trouver un moyen d'augmenter son action de manière à atteindre les cellules cancéreuses à toutes les profondeurs et à tous les

degrés de résistance et assurer de cette façon la cure du car-

cinome,

En résumé, les rayons X sont indiqués à l'heure actuelle comme agent thérapeutique :

I, — Dans les épithéliomas superficiels décrits plus haut ;

II. — Comme traitement post-opératoire dans la plupart de nos cas de carcinomes ;

IT. — Dans nos cas inopérables, à titre d'expérience, dans l'espoir que cette ligne d’investigation puisse conduire à des résultats appréciables.

L'emploi des rayons X comme agent thérapeutique comporte deux dangers sérieux.

D'abord, la possibilité dans tous les cas de produire une sérieuse brûlure : ces chances d’accident peuvent être réduites au minimum par une connaissance complète de la technique, mais ne peuvent pas être complètement éliminées, car les brûlures surviennent souvent même dans les mains des plus expérimentés.

Le deuxième danger, et le plus important, consiste à appliquer les rayons X dans les cas où ils ne dev: uent pas être employés, ou leur usage ne profite nullement au patient, ou leur usage fait perdre du temps et empêche le patient de bénéficier des plus grandes chances de guérison que lui offre l'intervention chirurgicale rapide par l’ablation de la tumeur.

Ce danger est réel, comme le démontre le nombre croissant de carcinomes facilement opérables, tels que l’épithélioma de la lèvre ou le cancer du sein, qui viennent à nous maintenant après un traitement inutile par les rayons X.

Ceci montre que dans chacun de ces cas on a perdu un

temps appréciable et les chances de cure permanente diminuent par l’emploi ignorant des rayons X.

Je n’hésite pas à dire que le nombre de dommages dont les rayons X sont responsables en ce qu’ils ont empêché et retardé l’opération dans les cas de carcinome, surpasse le bien qu'ils ont accompli.

Dans la discussion de ce sujet, on ne saurait trop appuyer

sur ce point.

ja | Là CARCINOME ET TUBERCULOSE TRAITÉS PAR LES RAYONS ROENTGEN,

par G. E. Franzer. M. D.

(Journal of the American Medical Association, 5 déc. 1903,

page 1406).

1e Cas, — Mme K.. E., âgée de 84 ans. On avait porté le diagnostic de carcinome du sein droit. L'opération était contre-indiquée à cause de l’âge de la patiente et de l’état de son cœur. La tumeur datait d’un an. Il y avait au-dessous du mamelon, une rétraction du sein, déterminant un sillon de deux pouces et demi de longueur. A la suite de ce sillon il y avait une grosse masse de la grosseur d’un œuf de poule environ. Entourant cette masse centrale, d’autres masses moins grosses et moins denses.

La peau sus-jacente était saine, il n’y avait pas d’invasion axillaire ni sus-claviculaire.

Le traitement fut commencé le 20 avril 1903, et les séances

eurent lieu chaque jour pendant deux semaines. Chaque

séance durait dix minutes, à la distance de 15 pouces, avec un courant de 3 ou 4 ampères.

Puis le traitement fut appliqué trois fois par semaine pendant six semaines, puis deux fois par semaine pendant dix semaines et une fois par semaine péndant deux semaines.

Elle eut 57 séances en tout, la durée de chacune d'elles fut portée graduellement de dix à vingt-cinq minutes. Après la première semaine, il y avait une amélioration; après deux semaines, la masse centrale semblait un peu plus molle. A partir de ce moment, on observa une amélioration constante, la masse devenant graduellement plus molle et plus petite jusqu’à sa disparition.

Les points spécialement intéressants dans ce cas sont la précoce et constante amélioration et l’absence d’aucun accident cutané, en dépit des longues séances inusitées. Dans aucun autre cas, je n’ai pu imposer à beaucoup près d’aussi longues séances sans produire une dermatite accentuée.

En somme, c’est un des cas les plus remarquables que j'ai vus.

2e Cas. — Mme K... J., âgée de 40 ans.

Diagnostic de carcinome récurrent du sein gauche.

Elle avait été opérée deux fois par le D' Sanford {de Memphis). La première opération avait eu lieu un mois après que la tumeur eut été remarquée le 7 mai 1900.

La tumeur reparut un an plus tard et fut enlevée en décembre 1901. Elle se développa à nouveau en juillet 1902. On commença le traitement par les rayons X en octobre

1902, époque à laquelle il y avait une induration s'étendant

sur toute la cicatrice et même à un pouce au delà, avec nodules dans l’aisselle et la région sous-claviculaire gauche. Il ÿ avait aussi une induration au niveau du sein droit.

Les régions axillaire et claviculaire furent traitées en même temps que le sein. Il y eut 75 séances en tout entre le 11 octobre et le 31 mai, où le tissu carcinomateux sembla disparu. Les séances eurent lieu depuis à intervalle de deux à quatre semaines dans le but de prévenir tout retour ou toute invasion des ganglions du médiastin.

La santé de la malade avant le traitement était faible, et elle ne paraissait pas devoir vivre plus de six mois.

La santé générale s'améliora pendant le traitement. Une dermatite se produisit à deux reprises et parut suivie chaque fois d’une amélioration manifeste.

3° Cas. — Me J... W., âgée de 48 ans.

Carcinome récurrent du sein gauche. Opérée par le D' Wharton en juin 1902, un mois après que la tumeur fut remarquée.

Tout le sein et les ganglions axillaires furent enlevés. La réapparition fut observée la première fois en novembre 1902. On commença le traitement par les rayons X le 22 janvier 1903.

A ce moment, des nodules de la grosseur d’un pois ou d’une demi-noix se trouvaient disséminés sur le champ de l'opération. On sentait un petit ganglion induré dans la région sus-claviculaire gauche.

On imposa vingt-six séances entre le 22 janvier et le

7 avril 1903, date à laquelle une brûlure au second degré

se produisit. La tumeur avait beaucoup diminué à la fois comme grosseur et comme densité.On cessa le traitement.

La glande thyroïde qui était volumineuse au début s’accrut alors rapidement et la malade présenta les symptômes du goître exophtalmique. Elle fut admise au Presbyterian Hospital, où la brûlure guérie, la glande thyroïde diminua rapidement de volume et la santé générale s’améliora.

La malade commença alors à souffrir dans l’aisselle, et le Dr Newcomet réappliqua les rayons qui produisirent une autre brûlure: celle-ci apparut après qu’elle eut quitté l'hôpital.

Je lui conseillai d’aller au bord de la mer attendre que la brûlure fût guérie.

Pendant qu’elle y était, un nouveau développement se produisit à l'endroit de la brûlure sans que celle-ci guérit.

Ce cas, selon toute apparence, était semblable au cas 2, mais les résultats ont été très différents. C’est un cas instrucüf à cause de l’idiosynerasie contre les rayons, puisqu'on avait fait agir moins de rayons que sur l’une et l’autre des deux malades précédentes,

En résumé, je suis convaincu que :

1° Les rayons X ont une valeur indubitable dans le traitement de certains cas de carcinomes superficiels et profonds et dans certains cas de tuberculose ;

2° Les séances journalières faites avec soin et à propos produiront les meilleurs résultats ;

3° Nous ne devrions jamais chercher à produire une der-

malite plus grave qu’un simple érythème ;

4 Il y a des idiosyncrasies chez certaines gens qui les rendent plus sensibles aux rayons X, et chez eux, des brülures plus profondes peuvent survenir malgré toutes les précautions dans l’application du traitement :

9° [l'est vraisemblable qu'il n’y a pas d’inconvénient pour le sens de la vue, même quand les rayons X sont appliqués directement sur l’œil;

6° Les épithéliomas des muqueuses devraient être enlevés aussitôt que possible avec le bistouri et soumis ensuite aux rayons X ;

7° Les cas opérables devraient être opérés et suivis d’une application des rayons X, à la première récidive ;

8° On devrait essayer les rayons X dans les cas inopérables, puisque même les cas désespérés ont quelquefois cédé

au traitement.

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