IV. — La thromboplastine
Nous savons déjà qu'au sein du fluide sanguin extravasé, le “caillot se forme dans un délai de quelques minutes grâce à l'apparition progressive de thromboplastine, coincidant avec l’agglutination’ puis la désintégration des plaquettes. La mesure courante du « temps de coagulation » permet done surtout d'apprécier la vitesse de libération de la thromboplastine jusqu'au seuil de concentration minima à partir duquel le processus de coagulation proprement dit se déclenche et aboutit en. quelques secondes à la constitution d’un gel fibrineux. Es
C'est la perturbation de cette fonction thromboplastique des thrombocytes qui constitue l’hémophilie où le « temps de coagulation » est presque indéfiniment retardé (alors que le « taux de prothrombine » est normal, preuve frappante de l'existence de deux catégories distinctes dans les troubles de la coagulation sanguine). A côté de l'’hémophilie, où J’atteinte des thrombocytes est purement qualitative, il est évident qu'une chute importante du taux des plaquettes aura le même résultat.
Les suspensions concentrées de plaquettes sont au premier rang des agents thromboplastiques les plus puissants utilisés dans les méthodes d’étude de la coagulation in vitro, . selon Benhamou [8]. ?
Mais l’activité thromboplastique n’est pas l'apanage des éléments figurés du sang, et toutes les cellules de l’organisme semblent la posséder à un degré variable [14]. La substance cérébrale au premier chef, puis le tissu pulmonaire, le thymus el le placenta [28 | révèlent un pouvoir thromboplastique considérable, facile à objectiver par l'influence coagulante extrêmement rapide qu'ont sur du plasma des extraits
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aqueux de ces divers organes. Les cellules néoplasiques semblent même manifester une telle activité, et cela expliquerait peut-être en partie la fréquence notable des thromboses au cours des processus cancéreux.
La nature enzymiatique de la thromboplastine paraît devoir s'imposer; elle serait formée d’uñ complexe lipido-protéidique, soluble dans les solvants ‘des lipides, dans l’eau salée, insoluble dans l’acétone, et solidaire des globulines dans leurs réactions de précipitation.
L'on a pensé l'identifier à la céphaline en raison de la coïncidence de l’activité thromboplastique du tissu cérébral et de sa teneur élevée en céphaline, en raison aussi du fait qu'un extrait cérébral traité par un solvant des lipoides perd son activité thromboplastique, laquelle passe dans le filtrat. Mais Fischer a montré que la purification poussée de la céphaline la prive progressivement de la presque totalité de son activité thromboplastique; il semble donc que la thromboplastine active ne contracte avec la céphaline que les rapports d'un « co-enzyme » avec son « apoenzyme », soit simples liens physiques d” sprpion soit liaison aut - très labile.
La thromboplastine est thermolabile, moins cependant que la prothrombine; il conviendra donc d'éviter au cours de sa préparation toute élévation importante ou prolongée de la température, afin d'obtenir un produit le plus actif possible.
La question d’une SRE spécificité de la thromboplastine au sein de chaque espèce animale a été envisagée; l’on | doit admettre qu'il existe une spécificité relative du couple prothrombine-thromboplastine, car, sur du plasma humain par exemple, ce sont les préparations thromboplastiques à base de cerveau humain qui manifestent le pouvoir coagulant le plus intense. Cependant, les différences d'activité interspécifique sont peu importantes et ne justifient pas la condamnation de l’emploi des préparations thromboplastiques d’origine animale.
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Nous n’envisagerons qu’à la fin de la deuxième partie de nothe thèse la technique détaillée de préparation d'une thromboplastine expérimentale.
‘Certains auteurs américains et anglais emploient comme thromboplastine des venins coagulants, tel le venin de vipère . « Russel », qui présenteraient l’avantage d’une grande stabilité.
+ [a thrombine.
Résultante de la première phase du processus de coagulation, la thrombine se retrouve en excès dans le sérum exsudé fraîchement du caillot; mais à l'inverse de la prothrombine elle. disparaît très vite et complètement, sans doute neutralisée par le facteur antithrombinique.
Lyons fait connaître récemment qu'il a pu distinquer chimiquement dans la thrombine deux groupes distincts, l’un composé de radicaux thiols, l’autre constitué par un noyau naphtoquinonique et possédant le rôle actif dans la coagulation. La confirmation de cette constatation élucidera la destinée de la vitamine.K et son rôle final [53].
La stabilisation de la thrombine est réalisée en milieux glucidiques, ou glycérinés entre autres.
La thrombine semble à priori l'agent hémostatique par excellence, actif directement sur:le fibrinogène. En fait, les chirurgiens américains emploient actuellement avec profit des préparations stabilisées de thrombine pour l’hémostase locale.
Une récente publication de Léger préconise même la thrombine comme agent hémostatique général administré par voie intraveineuse. Contre toute attente, cette pratique n’entraîne-
rait pas de thrombose massive intravasculaire, grâce à l’action protégeante d’un extès normal d’antithrombine dans le sang circulant, et l'effet hémostatique s’objectiverait progressivement dans les heures suivantes par un raccourcissement du temps de coagulation. Un tel agent coagulant serait fort