TROISIÈME PARTIE
MODALITÉ D'UTILISATION DE LA MÉTHODE DE QUICK POUR LA MESURE DES TAUX DE PROTHROMBINE ÉLEVÉS
Parmi les quelques investigations que nous avons eu l’occasion de pratiquer dans diverses éventualités cliniques, les plus nombreuses furent relatives aux modifications de la prothrombinémie pendant la grossesse et le post partum. Ces modifications, appréciées par différents auteurs de manière assez contradictoire, nous ont semblé, dans la grosse majorité des cas, consister en des hyperprothrombinémies, ct nous avons choisi la méthode de Quick comme la plus apte à chiffrer avec quelque précision ces taux élevés, grâce à la faculté d’y opérer sur plasma dilué en proportions réglables.
Considérons, page 39, un type de courbe d'étalonnage obtenue par détermination des valeurs du temps de Quick pour un plasma normal pur, puis dilué en proportions géométriquement décroissantes. Si l’on extrapole la courbe représentative au-delà de 100 %, et que l’on soupçonne l'existence de taux supranormaux correspondant à cette zone, il est évident que la mesure sur plasma pur fournira un temps ne différant du temps dit « normal » que d'une quantité pratiquement égale à la marge d'erreurs sur les temps prévue dans la méthode (une à deux secondes à notre avis).
Le problème ne peut être résolu qu'en reportant la mesure dans fa zone sensible de la courbe par une dilution adéquate du plasma à étudier.
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PEAR 5 20 90 60 70 80 90 1400 % Courbe d'étalonnage d’une solution thromboplastique. — en abscisses : taux de prothrombine exprimé en pourcentage du taux normal; — en ordonnées : temps de prothrombine en secondes. La courbe des taux de prothrombine est en gros trail plein; en pointillé,
courbe représentative d’ « index de prothrombiné » superposée au graphique pour comparaison des index et des taux correspondants.
Par exemple, supposons un plasma dont la teneur en }rothrombine soit double de la normale; sur le graphique :cicontre, le temps du plasma normal pur est quinze secondes, celui du plasma étudié se révélera de. peu inférieur, aux alentours de quatorze secondes. Au contraire, dilué au 1/8, le même plasma coagulera en vingt et une secondes, temps correspondant à une concentration de 25 % en prothrombime, à + 2 % près; le taux réel du plasma étudié est donc 25 x 8— 200 %, à + 16 % près, ce qui est une approximation largement satisfaisante.
Pour appliquer ce procédé, nous avons d'abord opéré les dilutions en sérum physiologique (NaCI 9 %o) selon la technique de Quick lui-même. Nous avons tout de suite rencontré un inconvénient pratique important à cette dilution en sérum salé. En effet, sur plasma non dilué l'appréciation du « moment » de coagulation est possible à moins d’une secorde près; le mélange réactif « plama + thromboplastine + solution recalcifiante » se fige instantanément par un phénomène de coagulation « explosive ». Mais dès la dilution au 1/4 et plus encore au 4/8, le moment de coagulation devient beaucoup plus imprécis, le caillot, primitivement très che, n'imprime plus au phénomène le même caractère instantané, et la précision de la mesure en souffre beaucoup.
La cause de cette modification réside dans la dilution du plasma étudié, portant sur le taux du fibrinogène en même temps que de la prothrombine, dilution qui, poussée au-delà ‘de certaines limites, retentit sur la constitution et le mode d'apparition du coagulum.
En face de cet obstacle, nous avons grandement bénéficié des suggestions émises par Lavergne [44] et Thodarson [82] sur l’utilisation du plasma déprothrombiné comme agent de. dilution. Cette modification technique nous a fourni un moyen commode pouf remédier à la difficulté précitée; il est en effet relativement facile d'obtenir un plasma preésque totalement privé de toute activité prothrombinique sans altérer sa teneur en fibrinogène. La substitution du plasma dépro-
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thrombiné au sérum salé comme agent de dilution rétablit la teneur initiale en fibrinogène et la facilité d'appréciation du « moment de coagulation », même pour des dilutions élevées du plasma étudié, au 1/8, 1/16 et même 1/32.
Nous allons maintenant aborder la description des temps successifs constituant la réalisation pratique de la méthode de Quick ainsi modifiée. |
LÉ = Préparation de la thromboplastine.
Nous avons suivi les grandes lignes de la préparation selon Quick, seconde manière. Sur des lapins fraîchement tués, l’on prélève avec précaution tout l'encéphale jusqu'au bulbe: puis l’on « épluche » la surface cérébrale dans tous ses replis en enlevant les caillots sanguins et la pie-mère avec ses vaisseaux. L'ensemble de la substance cérébrale ainsi nettoyée est placé dans un petit mortier (il est avantageux de traiter simultanément deux ou trois cerveaux) et broyé jusqu’à obtention d’une pâte homogène. à
De l’acétone rigoureusement pure et anhydre est aiors ajoutée, en volume un peu supérieur à celui de la matière traitée: le broyage est continué dans l’acétone pendant dix minutes. Puis on laisse reposer un instant, l’acétone surnageant est décantée et jetée, la pâte cérébrale restante déposée sur un linge fin et propre refermé en bourse sur elle; on exprime vigoureusement à travers le linge les dernières gouttes d’acétone. La pâte cérébrale, déjà sensiblement déshydratée, est replacée dans le mortier, qui a été essuyé et séché; une nouveile quantité d’acétone neuve est ajoutée. Même opération est répétée une seconde, puis une troisième fois: Après le troisième passage et expression, la matière cérébrale est. réduite en poudre que l’on étale et sèche sur un papier pendant quelque quinze minutes sous l'effet de la température ambiante. La poudre est ensuite broyée à sec dans le mortier pour lui donner un état très finement pulvérulent (cinq minu- tes), La poudre est alors de teinte jaune orangé pâle; elle est
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mise dans un tube bien bouché et placée à la glacière, où son activité reste constante durant un mois au moins. Un cerveau moyen de 10 grammes fournit 1 gramme. de poudre.
La solution thromboplastique est préparée par mise en sus-
pension de poudre en sérum physiologique NaCI 9 %o dans les proportions de 0,3 gramme de poudre pour 5 cm3 de sérum salé + 0,1 em? de solution d’oxalate de soude M/10 (neutralisant les traces de calcium). Le tout est mélangé dans un tube à centrifuger plongé dans un bain-marie à 40 degrés pendant dix minutes, d’où on le sort toutes les minutes pour l’agiter vigoureusement pendant cinq secondes. Puis la suspension est soumise à une centrifugation de dix minutes à 3.000 tours. Le liquide surnageant doit être faiblement opalescent, mais homogène, exempt de toutes particules visibles en suspension; il est décanté soigneusement et réparti en tubes bouchés, par fractions de 4 cm, et conservé dans la glacière. |
Il est bon de n’établir la courbe d'étalonnage qu'après un séjour de la solution à la glacière pendant une heure, qui stabilise son activité. Chaque tube retiré de la glacière et utilisé pour une séance de dosages sera ensuite éliminé. L’activité de la solution se conserve immuable à 0 degré pendant six jours; il suffira donc de préparer et étalônner une solution en début de semaine. ABUS
L'activité d’une thromboplastine est conditionnée par la rapidité de la préparation, par la perfection de pulvérulence et la bonne déshydratation de la poudre.
Nos préparations nous ont fourni régulièrement un temps de quinze secondes sur plasma normal non dilué; elles sont un peu moins actives que les préparations actuelles de Quick, qui lui donnent un temps de douze secondes.
IT. — Préparation du plasma déprothrombiné.
Nous avons suivi la méthode simple indiquée par Lavergne [44] à l’hydroxyde d'aluminium.
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L'on utilise un plasma oxalaté recueilli et préparé dans les . mêmes conditions qu'un plasma pour dosage. Dans un tube à centrifuger réfrigéré sont versés 10 cm3 de plasma; l’on y ajoute 2 grammes d’hydroxyde d’aliminium (nous avons utilisé un produit « Merk » rigoureusement anhydre et exempt d’alcalis). Le tube est agité constamment pendant dix minu- tes, en même temps que réfrigéré dans un récipient-glacière, puis l’on centrifuge rapidement, l’on décante le plasma surnageant, qui est traité une deuxième fois dans les mêmes conditions par une nouvelle quantité d'hydroxyde d’aluminium.
Le plasma, décanté après la deuxième centrifugation, est prêt pour l'emploi; au début de la série de dosage, ce plasma déprothrombiné, additionné de thromboplastine et de CaCl, et mis au bâin-marie, ne coagule pas avant trois ou quatre minutes, ce qui indique une élimination quasi complète de la prothrombine.
Il nous est apparu absolument nécessaire de préparer un plasma déprothrombiné frais avant chaque série journalière de dosages; en effet, le fibrinogène est l'élément plasmatique le plus fragile, et malgré conservation à la glacière il se dénature invariablement au bout de vingt-quatre heures. L'emploi d’un plasma vieilli fausserait les résultats.