‹ Tel qu'en songeChapitre 11 sur 15 · LA DEMEURE 1 I I · texte numérisé non relu

LA DEMEURE 1 I I

A ruisselé de pluie à tes larmiers, ô douce,

Là encor,

Avec tes pierres et tes tuiles et tes mousses,

Là toujours,

Malgré l'Ombre et la Nuit et le Temps et les Jours

Avec ta haute porte ouverte sur la route.

Les pas sont morts sur le chemin comme en mon âme

S'est tu râpre tumulte en fête des vieux jours :

L'amble égal, les galops lourds,

Le geste secouant l'Épée et l'Oriflamme,

La lance et son éclair, la torche et sa flamme ;

Le chariot tenace à l'ornière

Et la litière

Laissant traîner les franges d'or de ses velours

Jusques en l'herbe et la poussière :

Tout est mort, tout est éteint, tout a passé avec les Jours

Et la route est déserte et tu veilles toujours,

O Demeure,

Sur la route et le fleuve triste qui la longe.

Les voiles étaient belles au vent et dociles, Les barques lentes naviguaient entre les îles Et la proue y' frôlait des fleurs en passant... Les pavillons traînaient en des remous de moire

Et les haleurs courbés qui chantaient en halant Pas à pas côtoyaient dans Teau leur ombre noire.

Puis le Passeur, un jour, délaissa l'eau guéable; Le fleuve maintenant s'est perdu dans les sables..»

Garde-moi des passants du fleuve et de la route,

Garde-moi des passants de l'aurore et du soir,

due nulle main ne heurte plus à ton heurtoir

O Porte !

Que nulle voix ne parle sous ta voûte

O Salle!

Que nul regard n'interroge ta cendre

O Foyer!

Je sais le songe noir que la Passante apporte

Et le bruit de son pas sur le seuil et la dalle.

Maison sur qui la Nuit encore va descendre

Garde mon âme, hélas! des Passantes de l'Ombre!

Ce fut;, un soir, au temps des plus vieilles Années Où mon Ame sentait venir ses Destinées.

C'était un soir au fond des tragiques Années !

Le soleil mourait sur les forêts vastes et mornes,

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