‹ Tel qu'en songeChapitre 14 sur 15 · LA DEMEURE I I · texte numérisé non relu

LA DEMEURE I I

Ce fut un soir

Que vint à mon foyer s'asseoir

L'Amour avec la figure de l'Espoir

Et j'ai jeté la coupe, hélas, comme le fer!

Gardez moi de la gloire et de Tamour amer.

... D'autres vinrent encor au soir des autres temps!

Une entre autres qui me dit : prends !

Ses froides mains laissaient, tenaces et maigries,

Une à une tomber des pierreries

Et comme je rampais à terre pour les prendre

Ma honte ramassa du sable et de la cendre

Tous les songes de l'ombre ont passé sur mon âme

Et chacun avec une face de mon Désir

S'est dressé, tour à tour, sur le seuil de ma porte,

Tentateur, à son tour, de mon morne loisir

Et dès que j'eus saisi le glaive elle était morte

La colère éblouie en qui je fus coupable

D'un geste furieux de mon bras vers la Gloire,

Le songe de l'Amour fut doux et misérable

La coupe s'est brisée à la dalle

Où l'orgueil a courbé son stupide déboire

Sur la pierrerie illusoire!

Qui viendrait maintenant de l'ombre à ma Tristesse Seule sœur qui convienne à l'âtre éteint.

Les Passantes d'un soir ont fait place à l'Hôtesse

O Demeure,

La Chimère accroupie à ton foyer désert, Parmi les cendres et parmi les fleurs de fer, Est morte avec l'Horloge et comme mon Destin Et mon âme ce soir est seule en la demeure Habitée à jamais d'un songe taciturne.

Que tes pierres, hélas, s'écroulent une à une, De soirs en soirs,

Et que la Nuit séjourne à jamais taciturne Muette et pour toujours en deuil du passé noir Sans qu'à tout son silence encore ne déroge Aucun sursaut de la Chimère ou de l'Horloge Et sans que puisse rien, du repos qu'il se songe, Distraire mon Destin d'avoir l'âge de l'Ombre!

Exergue

Page 1