L ARRIVEE
Nulle fleur d'autrefois ne tremble dans ma main, Et j'ai traversé Veau du lac de ma mémoire Sans la Nixe entrevue au cristal incertain.
Ma lèvre ne sait rien du fleuve oïl f ai pu boire ^ Ni du fruit où mordit ma joie ou ma douleur, Parmi le verger clair ou sous la treille noire»
Si je tourne la tête, hélas! avec un pleur Vers ce que de moi V ombre à se taire suborne Le crépuscule seul s'égale à ma pâleur :
Avec leur bouche, tour à tour, ardente ou morne.
Les faces dupasse, sourires ou souci.
Ont fui d'un pied divin ou d'un sabot de corne.
Rien ne regarde plus celui qui marche ici Parmi le crépuscule et V ombre et le vent rude Et qui songe, à jamais et seul, que te voici:
Terre de son Silence et de sa Solitude.
Aucun signe à jamais sur toi ne se prolonge De ce que tu semhlais et que tu n étais pas, Et ton âme soit telle enfin qu'elle se songe ;
Sur la cendre ou les fleurs qu'elle marque ses pas^ La honte la prosterne ou que V orgueil l'exalte. Torches d'or du triomphe ou lampes du trépas!
Gloire ! essuie à ses pieds la poudre de la halte. Mort! essuie à son front V extase du tombeau Qu'il soit d'argile fruste ou bâti de basalte.
O mon âme, imagine enfin , funeste ou beau, Quelque sort taciturne assoupi dans ton rêve. Et qu'empourpre la bure, à ton bras, le flambeau!
L ARRIVÉli: 9
Surgi de ton sommeil, à son tour, qiCil se lève Celui qui dort en toi ^ pour déchirer la mut, En sursaut du suaire oit d'un geste de glaive !
Du fond de son sommeil, à son seuil, quil ait lui L emblème vèridique à travers le mensonge D'avoir été cela de n'être pas que lui.
Fleurs à la chevelure ou serpent qui la ronge. Que la Tète sourie ou saigne sur reçu ; Et dresse tel que toi, façonné de ton songe,
L'intérieur Destin que tu n'as pas vécu!
L'Alérion
Et brusquement on sent de l'ombre autour de soi. L'Aigle du Casque. V. Hugo.
Be that word our sign in parting, bird ! The Raven. E. A. PoË.
l'alhrion 13
Cest l'aubs sur toute la plaine et sur la route...
Il a passé
Silencieux et svelte et triste et cuirassé
D'argent pur et terni comme la lune morte
Qui décline au delà des arbres de la route ;
Sa face était pâle de colère morte;
Les fers de son cheval luisaient dans l'herbe courte,
11 a passé.
Pour le calme tombeau dont l'ombre vers le soir S'allonge et suit, hélas ! celle des cyprès noirs,
Four y mourir autour de l'urne douloureuse !
Soit pour parer le seuil de la maison heureuse
Quand les pieds nus d'avril courent par les vergers,
Pour y fleurir au col des amphores de grès!
Selon le jeu des Destinées
Et le hasard des années
Qui veulent toutes fleurs fanées
Par l'ordre des Destinées,
A travers les prés doux où vont les blancs chemins.
Silencieuses et les mains jointes aux mains,
Les filles du vieux seigneur,
Sous leurs longs cheveux tressés de filles chastes,
En leurs corbeilles cueillent des fleurs.
Elles ont vu passer l'Adolescent hautain, Grave comme le soir en ce jeune matin, Et son manteau de songes et d'indifférence Tombait à plis si purs du haut de son silence Qu'elles l'ont regardé passer parmi les fleurs Où la rosée autour de lui semblait des pleurs. Et, comme il s'en allait sans retourner la tête, Toutes, d'un long regard suivirent, inquiètes, Longtemps, le silencieux passant disparu Qui portait, au cimier, l'aspect morne et bourru D'un grave Oiseau songeur en ses ailes fermées.