L ALÉRION
A la fontaine,
Sous les hauts arbres en ramées
A la fontaine, parmi les roseaux,
Dans les calmes et claires eaux
Fraîches encore des récentes étoiles,
Les filles du vieux fermier de la plaine,
A la fontaine,
Lavent des pièces de toiles.
Près de l'aïeule filant un fuseau de laine,
Et les grands linges purs sèchent déjà sur l'herbe.
Près d'elles 11 passa dans le soleil levé, Et le cheval au gué ne s'est pas abreuvé Dans l'eau limpide, et le cavalier n'a pas bu, Hautain toujours, et sa tristesse n'a pas vu,
l6 TEL qu'en songe
Plus clair que le ruisseau ne rit de l'eau qui jase, Quel rire interrompait la morgue de sa face, Ni que le morne Oiseau à son cimier debout, Qui, dans l'air tiède, et comme éveillé tout à coup, Ouvrant ses yeux où l'or cerclait une émeraude, Tressaillait du soleil parmi sa plume chaude, Lentement, d'un frisson, à ses pattes roidies. Etira sur l'acier ses griffes dégourdies.
De la plaine et de la fontaine, vers la lande
Où les filles du vieux pâtre du terroir
Paissent les agneaux blancs et noirs
En regardant le soleil descendre
Derrière les arbres de la forêt,
Il s'en vient vers la forêt
Dont l'ombre qui grandit ronge l'or de la lande,
11 apparaît!