‹ Tel qu'en songeChapitre 3 sur 15 · L ALÉRION · texte numérisé non relu

L ALÉRION

A la fontaine,

Sous les hauts arbres en ramées

A la fontaine, parmi les roseaux,

Dans les calmes et claires eaux

Fraîches encore des récentes étoiles,

Les filles du vieux fermier de la plaine,

A la fontaine,

Lavent des pièces de toiles.

Près de l'aïeule filant un fuseau de laine,

Et les grands linges purs sèchent déjà sur l'herbe.

Près d'elles 11 passa dans le soleil levé, Et le cheval au gué ne s'est pas abreuvé Dans l'eau limpide, et le cavalier n'a pas bu, Hautain toujours, et sa tristesse n'a pas vu,

l6 TEL qu'en songe

Plus clair que le ruisseau ne rit de l'eau qui jase, Quel rire interrompait la morgue de sa face, Ni que le morne Oiseau à son cimier debout, Qui, dans l'air tiède, et comme éveillé tout à coup, Ouvrant ses yeux où l'or cerclait une émeraude, Tressaillait du soleil parmi sa plume chaude, Lentement, d'un frisson, à ses pattes roidies. Etira sur l'acier ses griffes dégourdies.

De la plaine et de la fontaine, vers la lande

Où les filles du vieux pâtre du terroir

Paissent les agneaux blancs et noirs

En regardant le soleil descendre

Derrière les arbres de la forêt,

Il s'en vient vers la forêt

Dont l'ombre qui grandit ronge l'or de la lande,

11 apparaît!

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