L ALÉRION I
Et dès qu'il eut atteint l'approche des lisières, Un vent triste passa sur toute la bruyère, Et, dans ce vent du soir et de la solitude, L'Oiseau lourd qui siégeait en sa morne attitude De songe, de sommeil, de science et d'ennui S'érigea et, haussé farouche sur l'appui De ses griffes qui rayaient la coiffe de fer Du casque, il se dressa d'un cri et bec ouvert. En toute l'envergure vaste de ses plumes, Sur le doux artisan des tâches taciturnes Qui, svelte, indifférent, silencieux et beau Et souriant à la révolte de l'Oiseau, Présage d'un Destin dont était su l'arrêt Par les arbres déjà de toute la forêt. Tirant la pure épée à garde de cristal Et brochant des talons les flancs de son cheval, Hautain sous son armure et ferme sous l'écu, Harcelé de l'étrange cimier, disparut Parmi l'ombre des pins, des ifs et des yeuses Dans un grand battement des ailes furieuses!
l8 TEL qu'en songe
O Frère taciturne en songe dans mon âme Pourquoi as-tu vêtu mon destin et mes armes Où ton ombre à jamais est debout sur mes soirs? Toi, beau de toute la Tristesse, avec l'Espoir! En ton armure claire et par ta face pâle Et qui, de ton doigt pur qu'alourdit une opale, A ta lèvre où tout sourire s'est accompli, Fais le signe hautain du silence à l'oubli !
Moi seul, hélas! je sais tes jours pourtant encor,
Survivant à ta vie et né de par ta mort ,
Je sais ce qu'à vaincu ton glaive et quel prestige
Dissipa la vertu de ton sang dont se fige
Une pourpre oubliée avec le long secret
De ce qui t'arriva dans la haute forêt !