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LA VIE EST UN CONTE

Chaque vie commence et finit par une sorte d'accident.

Pendant qu'elle dure, c'est par accidents qu'elle se façonne et se dessine. Ses amis, son conjoint, ses lectures, ses croyances, chaque vie les tient surtout

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du hasard. Mais ce hasard se fait oublier ; et nous pensons à notre histoire personnelle comme à un développement suivi que le « temps » amènerait continuement à l'existence.

La croyance au temps comme agent et fil conducteur est fondée sur le mécanisme de la mémoire et sur celui du discours combinés. Le type du récit, de l'histoire, de la fable contée, du dévidement d'événements et d'impressions par celui qui sait où il va, qui possède ce qui va advenir, s'impose à l'esprit...

Je ne sais si l'on a jamais entrepris d'écrire une biographie en essayant à chaque instant d'en savoir aussi peu sur l'instant suivant que le héros de l'ouvrage en savait lui-même au moment correspondant de sa carrière. En somme, reconstituer le hasard à chaque instant, au lieu de forger une suite que l'on peut résumer, et une causalité que Von peut mettre en formule.

Signification des miracles.

Le mépris du dieu pour les esprits Humains se marque par les miracles. Il les juge indignes d'être mus vers lui par d'autres voies que celles de la stupeur, et des modes les plus grossiers de la sensibihté.

Il sait bien qu'un corps qui s'élève les étonne bien plus qu'un corps qui tombe ; qu'un niort ressuscité les saisit infiniment plus que mille enfants qui naissent. Il les prend pour ce qu'ils sont. Il désespère de leur intelligenée ; et par là, tente qiielques-uns d'entr'eux de désespérer de la sienne.

L'incessible et insaisissable.

Qu'y a-t-il donc de si précieux en nous que noUs ne puissions l'abandonner aux prêtres, aux serpents, à la douceur évangélique, au commandement des prophètes, aux foudres, aux souffrances du Christ ? Qui résiste aux menaces les plus graves, aux promesses les plus étendues, aux miracles, et même aux tentations ? — Car le péché le plus délicat, le plus enivrant, — nous ne voulons pas encore, nous ne pouvons pa8 vouloir qu'il nous accapare pour toujours. Dans la volupté, nous sommes jaloux de n'y pas perdre notre capacité de souffrir. Dans la terreur, nous cachons profondément je ne sais quoi qui ne craint rien.

Il y a ce je ne sais quoi que nous ne cédons et ne céderions jamais, car rien ne peut remplacer, gagner, abolir, valoir ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes, et qUi ne peut se changer contre rien, quoiqu'il puisse se changer en rien.

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