INVENTION ET CONSTRUCTION DES MICROSCOPES. LEUWENHŒCK. — SWAMMERDAM
Guidés par le télescope, nous venons de parcourir l’espace infini, et d’y conlempler, suivant la belle expression de Humboldt, « l’ordre dans la magnificence et la magnificence dans l’ordre. » Nous avons vu les mondes, obéissant aux lois de la vie universelle, graviter dans leurs orbites autour de l’astre central, et conserver, dans la variété de leurs formes, les marques d’une commune origine. Rapprochés d’eux, dans nos observatoires, par l’étude de la mécanique céleste et par les merveilleux progrès de l’optique, nous avons pu constater à la surface des globes qui sont, pour ainsi dire, nos compagnons de route au sein de l’u-
nivers, des phénomènes analogues à ceux qui se produisent sous nos yeux, et en conclure que la terre n’était pas le seul monde peuplé de créatures vivantes, d’âmes douées de raison, dignes de connaître l’intelligence suprême et de s’associer à ses bienfaisants desseins.
Mais ce n’est pas seulement dans le radieux domaine de l’infinie grandeur que cette intelligence se révèle. Tout autour de nous, la pierre, la plante, l’animal, montrent, dans la diversité de leurs fonctions et de leur structure, un ordre non moins admirable que celui de l’univers, des preuves non moins saisissantes de l’existence d'une puissance créatrice.
Pour nous dévoiler cet ordre caché, la science met entre nos mains le microscope, ingénieux appareil, dont la construction repose sur des combinaisons d’optique analogues à celles que nous avons indiquées en décrivant le télescope, et qui va maintenant nous ouvrir le monde mystérieux des infiniment petits.
Une simple lentille, d’un court foyer, employée pour augmenter les dimensions d’un objet, est un microscope simple. Quand cette lentille sert à augmenter l’image amplifiée produite par une autre lentille, les deux lentilles réunies constituent un microscope composé .
L’invention du microscope simple paraît remonter à une très-lointaine époque. Quelques anciens auteurs, Sénèque, entre autres, dans ses
Questions naturelles , font mention de globes de verre, remplis d’eau, servant à augmenter les dimensions d’objets peu visibles Le musée de Portici renferme des lentilles en verre extraites des ruines d’Herculanum ; et sir David Brewster, dans l’assemblée de l’Association britannique en 1852, a montré une lentille en cristal de roche trouvée dans les ruines de Ninive, qu’il croit avoir été taillée plutôt au point de vue de l’optique que pour servir d’ornement.
Si les anciens connaissaient déjà les lentilles, il est probable qu’ils n’en faisaient qu’un usage restreint, les appliquant immédiatement sur l’objet qu’ils désiraient mieux voir, et n’obtenant ainsi que des grossissements peu considérables, Ce n’est qu’après la découverte du télescope, au commencement du dix-septième siècle, que le premier microscope composé fut construit. On ne connaît bien ni le nom de l’inventeur, ni le lieu de l’invention, tour à tour placé en Hollande, en Angleterre et en Italie. Mais, au moment de sa découverte, les plus célèbres savants de ces divers pays, ainsi que ceux de la France et de l’Allemagne, s’occupèrent de sa construction et l’améliorèrent rapidement; on sait qu’ils faisaient alors euxmêmes leurs instruments. Cependant, ils ne se servirent d’abord du microscope composé que pour amusement, l’achromatisme n’ayant pas encore été introduit dans sa construction, et
les images, irisées sur leurs contours, manquant de netteté. Aussi, les premières observations sérieuses furent faites avec le microscope simple par Leuwenhœck , naturaliste, hollandais, né à Delft en 1632. Il fabriquait lui-même d’excellentes lentilles, avec lesquelles il put observer la structure intime d’un grand nombre de tissus animaux et végétaux. Toutes ses recherches furent communiquées à la Société royale de Londres, et publiées plus tard en quatre volumes. Il légua à cette Société les microscopes, d’une délicatesse et d’une perfection admirables, dont il s’était servi pour ses observations. En même temps que lui, d’autres savants naturalistes, parmi lesquels nous citerons Swammerdam et Malpighi, se servant aussi de lentilles simples, firent d’importantes découvertes sur l’organisation de l’homme, des animaux et des plantes.
Galilée, après avoir sondé l’infini du ciel, avait dit : « La philosophie, c’est-à-dire la science de la nature, est écrite dans ce livre immense qui se tient continuellement ouvert devant nos yeux (je veux dire l’univers) ; mais il ne peut être compris, si l’on n’en entend auparavant la langue, et si l’on ne connaît les caractères avec lesquels il est écrit. Il est écrit dans la langue mathématique, et les caractères sont les triangles, les cercles et les autres figures de la géométrie, sans lesquelles il est im-
possible d’en entendre humainement le langage. » A leur tour, Leuwenhœck, Malpighi, Swammerdam, ce dernier, dans sa Bible de la nature, annonçaient déjà les signes d’un ordre également admirable au milieu des formes étranges et des mouvements singuliers que leur révélait le microscope. Les recherches de Leuwenhœck sur les globules du sang et leur circulation, celles de Malpighi sur le même sujet et sur la structure de l’œuf, celles, surtout, de Swammerdam sur la métamorphose des insectes, ouvraient à la science des voies lumineuses, où elle devait bientôt découvrir aussi les lois de l’existence universelle, qui comprennent à la fois les conditions de stabilité des êtres et celles de leur développement, de leurs transformations progressives.
Vers 1G50, les savants commencèrent à s’occuper de la construction du microscope composé, que divers perfectionnements rendirent bientôt propre à d intéressantes observations. Ces perfectionnements furent principalement dus aux physiciens Robert Hooke, Eustachio Divini et Bonani, qui ont laissé, dans leurs ouvrages, la description des instruments dont ils se servaient. Le microscope de Divini grossissait depuis 40 jusqu’à 140 fois. Mais les découvertes auxquelles conduisit l’emploi des premiers microscopes composés ne furent pas assez importantes pour en répandre l’usage, et