‹ Télescope et microscopeChapitre 13 sur 24 · HO · texte numérisé non relu

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ils commençaient même à tomber dans l’oubli, quand l’invention du microscope solaire vint exciter de nouveau la curiosité des savants.

Le microscope solaire, inventé en 1738 par le Dr Lieberkulin, de Berlin, est composé d’un miroir qui reçoit les rayons du soleil, et auquel on donne une inclinaison telle qu’il le réfléchit parallèlement à l’horizon sur une grande lentille ; cette lentille réunit les rayons sur un objet transparent renfermé dans un tube, audevant duquel est un microscope simple. Les rayons qui partent de l’objet divergent ensuite, en traversant le microscope, et vont peindre en grand, sur un mur blanc, placé à quelque distance, l’image de l’objet. Cet appareil doit être établi dans une chambre obscure, de manière que le miroir se trouve en dehors et qu’aucun rayon lumineux, autre que ceux qui traversent le microscope, ne puisse y pénétrer. Le microscope à gaz est simplement un microscope solaire éclairé par la flamme d’un gaz en ignition. 11 dilfère peu de la lanterne magique.

Les grossissements immenses obtenus par le microscope solaire firent naître un vif intérêt, et rendirent possibles de nouvelles recherches sur les insectes, les sels, les infusoires, etc. Parmi ces recherches, nous citerons celles du savant naturaliste Tremblay, né à Genève, sur

le développement et la multiplication de Fhydre ou polype d’eau douce, qui venaient confirmer les. idées nouvelles sur la nature animale des prétendues Heurs des polypiers marins. Nous reviendrons plus loin sur cette importante découverte.

En 1742, M. Henry Baker, de la Société royale de Londres, publia un remarquable traité du microscope; mais, depuis lors jusqu’au commencement de ce siècle, aucun grand progrès n’est à signaler, malgré les nombreux travaux des micrographes. Dès l’année 1776, Euler avait donné la description d’un objectif achromatique pour le microscope. La réalisation de cette idée devait produire une révolution complète dans la construction de l’instrument. Mais les calculs rigoureux qui devaient y conduire furent d’abord en partie négligés par les opticiens; plusieurs tentatives infructueuses furent faites en Allemagne, en Angleterre, en Italie, et amenèrent cependant d’importants perfectionnements. En France, le premier microscope achromatique, construit par MM. Vincent et Charles Chevalier, d’après les conseils et les indications de M. Selligue, fut présenté à l’Académie des sciences en 1834. Ce microscope n’était pas parfait; mais il montrait la possibilité d’achromatiser les objectifs, et de prévenir ainsi la déformation des images et les irisations qui empêchaient de voir avec

netteté les contours d’un objet. M. Charles Chevalier se remit h l’œuvre, et, après divers perfectionnements, il put exposer en 1834 son microscope universel, un des meilleurs microscopes modernes, pour la construction duquel il s’était d’ailleurs aidé des progrès faits à l’étranger. Ces progrès, dus aux recherches combinées de savants observateurs et d’opticiens habiles, ont été poursuivis, de nouveaux efforts ont triomphé des difficultés qui restaient à vaincre, et, chez toutes les nations éclairées, on trouve aujourd’hui d’excellents microscopes achromatiques, comme on a pu le voir aux dernières expositions universelles de l’industrie.

Le microscope simple fut perfectionné en même temps que le microscope composé. Pour obtenir de plus forts grossissements, on substitua aux lentilles biconvexes de petits globules de verre fondus à la lampe. En 1813, sir David Brewster fit façonner des lentilles avec du grenat, du saphir et du diamant. Ces lentilles, avec des surfaces de courbures moindres, avaient les mêmes pouvoirs grossissants qu’une lentille de verre, mais donnaient des images colorées de la teinte de la pierre. Brewster et M. Stephen Gray ont aussi obtenu de bons microscopes simples en formant des globules avec des gouttes d’eau, d’huile et de vernis, ou en se servant de la lentille cristalline sphérique des yeux d’ablette et d’autres petits poissons.

De 1812 à 1820 , le célèbre physicien anglais Wollaston fit construire, pour remplacer la lentille simple, des doublets, composés de deux lentilles piano-convexes, séparées par un diaphragme et ayant leurs faces planes tournées vers l’objet. Le diaphragme, déjà employé auparavant, avait pour but d’intercepter les rayons des bords, et de ne laisser voir que la partie de l’image dont la déformation est peu ou point sensible. Avec cet instrument, qui ne renverse point l’image, et dont le pouvoir amplifiant est aussi considérable que celui des microscopes composés, on peut faire d’excellentes observations. Mais le champ de la vue, circonscrit par le diaphragme, se rétrécit à mesure que le grossissement est plus considérable, et comme, d’ailleurs, on doit tenir l’œil très-près de l’instrument, il en résulte une grande fatigue. Depuis Wollaston, le microscope simple a subi encore des changements plus ou moins importants, et sa grande simplicité en a répandu l’usage.

Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de la construction des divers microscopes composés, et nous donnerons simplement une description sommaire des principales dispositions de ces microscopes. Nous nous sommes arrêtés déjà, en décrivant le télescope, sur la faculté que possèdent les verres lenticulaires de formel en aiiière une image réelle des objets qui

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sont placés de l’autre côté, et nous avons dit ce qu’on entend par le foyer principal d’une lentille. Le microscope composé, dans sa plus grande simplicité, est formé par deux lentilles placées aux deux extrémités d’un tube. L’une, d’un très-court foyer, au-devant de laquelle on dispose l’objet que l’on veut apercevoir, est appelée lentille objective, ou simplement objectif; l’autre, placée devant l’œil, est dite lentille oculaire, ou oculaire, elle sert à grossir l’image amplifiée formée derrière l’objectif, et dont la grandeur apparente est par suite égale au produit de ces deux grossissements partiels. Comme en rapprochant plus ou moins l’objet de la lentille on modifie la grandeur de son image, et comme celle-ci doit toujours être à la même distance de l’oculaire, on a formé le corps du microscope de tuyaux rentrant les uns dans ics autres, afin d’avoir des grossissements variables, qu’on multiplie d’ailleurs en employant des lentilles de rechange. On obtient ainsi des amplifications de l’objet depuis vingt jusqu’à cinq et six cents fois. Un diaphragme placé dans le corps du microscope donne plus de netteté aux images, qu’on éclaire au moyen d’une lampe ou d’un réflecteur adapté au corps de l’instrument. Pour connaître le pouvoir amplifiant du microscope ou les dimensions réelles des objets que l’on examine, on se sert d’une échelle tracée sur verre avec une pointe de

diamant. Celte échelle est ordinairement un millimètre divisé en cent, deux cents ou cinq cents parties égales. M. G. Froment est arrivé, avec une machine mise en mouvement par l'électricité, à diviser ce millimètre en mille parties. Lorsqu'on veut dessiner l'objet en 1 examinant, on se sert d'une chambre claire adaptée à l'oculaire du microscope. L'effet de cet appareil est produit par un prisme quadrangulaire, dans lequel les rayons venus de l’image amplifiée se brisent de manière à arriver dans la pupille et h paraître en même temps dans la direction d’un papier placé au-dessous de 1 oculaire, et sur lequel on peut calquer, pour ainsi dire, le contour et tous les détails de l’image.

En terminant cette courte description, nous reproduirons le récit d’une expérience du célèbre chimiste anglais Humphry Davy, contée par lui-même, qui donne le moyen d'obtenir un microscope économique :

« L'enfant d’un de mes amis ayant découvert par hasard que deux roseaux frottés l’un contre l’autre produisaient une faible lumière, la nouveauté du phénomène me porta à l'examiner. Je vis jaillir, au frottement de deux joncs, d aussi brillantes étincelles qu’on en puisse tirer de l'acier et de la pierre à fusil. Je m’assurai bientôt que l’épiderme des joncs une fois enlevé, on avait beau les frotter, ils ne pro-

duisaient plus de lumière; et cet épiderme, soumis, à l’analyse chimique, m’offrit toutes les propriétés du silex. La similitude d’aspect me conduisit à penser que les chaumes, tiges du blé et autres graminées, contenaient aussi aussi du silex, et, en les brûlant avec soin et analysant soigneusement leurs cendres, elles donnèrent du silex en plus grande quantité que les roseaux et assez pour faire du verre. En effet, on peut faire, avec les tiges de ces plantes, une charmante expérience au chalumeau (1).

« Si vous brûlez une paille de froment, d’orge ou de foin, en commençant par une extrémité, et si vous chauffez la cendre à la flamme bleue, vous obtiendrez un parfait globule de verre, solide et propre aux expériences microscopiques. »

Nous ne pouvons nommer ici tous les savants dont les travaux ont aidé au perfectionnement du microscope, et les constructeurs qui ont su rendre plus commode l’emploi de ce précieux instrument de recherche ou en accroître la puissance; mais nous citerons encore : en Angleterre, Newton, Goring, Hooke, Pritchard, Lister, Ross, John Herschell, Airy,

(1) Tuyau recourbé, fait de cuivre, d’argent ou de verre, dont on se sert pour diriger la flamme sur les matières qu’on veut échauffer ou fondre.

Barlov ; en Allemagne, Frauenhofer, Littrow Ehrenberg, Ploessl, Pistor, Schick; en Italie' Ammi ; en France, Biot, Dujardin, Bouquet' Lebaillit, Raspail, Nachet.

Nous lisons dans les rapports du jury international de l'Exposition universelle de 1867 :

« Parmi les microscopes à bon' marché, nous devons citer ceux de M. Lebrun, dont les prix varient depuis 4 fr. 50 c. jusqu’à 50 francs. Ces instruments sont certainement suffisants pour les premières études sur la structure des êtres organisés, et sont appelés, par leur bas prix, a populariser l’emploi du microscope. M. Gundlach, en Prusse, et M. Mirand, en b rance, ont exposé des instruments supérieurs aux précédents par leur construction, et qui peuvent servir à des études sérieuses, malgre la modicité de leur prix. L’exposition de M. Beck (Angleterre) renferme aussi quelques instruments d’un prix relativement peu élevé.

« Au point de vue de la puissance et de la perfection optique, les instruments de M. Arthur Chevalier sont dignes d’occuper un rang honorable, mais les instruments les plus re-

Mvi'qUableS de ^Exposition sont ceux de MM. Beck, J. Ross et Dalneyer, en Angleterre et ceux de MM. Nachet et Hartnack, en France- , faudrait un examen très-approfondi pour les classer par ordre de mérite, car il est incontestable qu ils sont tous excellents et présentent

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aux savants toutes les facilités désirables. Seulement leur aspect, leur disposition, varient avec les pays. Les microscopes français se distinguent par une disposition simple, une forme élégante, et les accessoires qui compliquent l’appareil sont réduits au strict nécessaire; leur prix est en rapport avec les ressources modestes dont disposent généralement les savants. »

Ajoutons encore un judicieux conseil donné par le Dr Mandl dans ses enseignements pratiques sur l’usage du microscope (I) :

« Ceux qui voudront faire usage du microscope devront être sains de corps et sains d’esprit. Un mal de tête, une fièvre inflammatoire, qui fait paraître des images illusoires devant les yeux, est autant incompatible avec le succès désirable des observations qu’une imagination vive, qui s’emporte à chaque instant, qui voit des merveilles partout, soit sous le microscope, soit à l’œil nu. 11 faut, avant tout, avoir la ferme volonté d’examiner sérieusement, et de séparer toujours dans le récit de ses recherches l'observation et la conclusion. Si l’on avait toujours suivi cette règle, le public aurait pu facilement choisir entre l’observation, qu’un examen répété aurait pu confirmer ou renverser, et entre les conséquences tirées par l’auteur. »

1) Traité pratique du microscope.

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