LE FOND DES MERS. — MAÜRY. — L’OAZE
LES LITHOPHYTES.
Nous avons déjà fait connaître, dans un des volumes de la Bibliothèque utile (1), les sondages exécutés par la marine des Etats-Unis dans l’océan Atlantique et dans le Pacifique pour recueillir les débris d’animalcules déposés à de grandes profondeurs. Ces sondages avaient eu d’abord pour but la reconnaissance du vaste plateau sous-marin qui s’étend de Terre-Neuve jusqu’en Irlande, et auquel le lieutenant Mau ry (2) , alors directeur de l’observatoire de Washington, avait donné le nom de Plateau télégraphique y l’indiquant très-justement comme la meilleure direction pour l’établisse-
(1) Les Phénomènes de la mer.
(2) Pendant que notre petit livre était sous presse, nous avons appris la mort de ce savant illustre, dont les beaux travaux sur la géographie physique et la météorologie de la mer ont rendu de si grands services à la navigation.
“b,e ‘atlantique, qui, depuis, y a
Les premiers échantillons ramenés présentaient une apparence argileuse. Ils furent exa-
Hp'w !UDm70SC0pe par ,e Professeur Bailey, de v\ est- F oint, qui, en novembre 1853, écrivait
a Maury : « J ai à vous remercier des curieux échantillons que vous m’avez expédiés la semaine derniere; ils sont précisément de ceux que je désirais étudier, c’est-à-dire recueillis à plus de deux milles de piofondeur, et l’appareil de Brooke les a ramenés si nets, si dégages de toute substance graisseuse, que j’ai pu les placer sous le microscope tels qu’ils me sont
taouhTs J 31 reC°nnU avec une vive satisfacion qu ils se composaient exclusivement de coquilles microscopiques, sans qu’il s’y trouvât un grain de sable ou de gravier, et que ces coquilles, dans un état parfait de conservation étaient presque toutes calcaires [foraminifères)
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cueillies leurs coquilles; je croirais plutôt qu’ils habitent prés de la surface des eaux! et que ces
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mo t. c est pourquoi je serais d’avis d’étudier eau i apportée de différentes profondeurs par p un... Les résultats déjà obtenus sont
d’une grande importance, tant pour la géologie que pour la zoologie (I). »
« M. Bailey, disait Maury, après avoir cité cette lettre, remarque avec raison que, selon i toute probabilité, ce n’est pas au fond de la mer, où on les a recueillis, que ces animalcules ont vécu et sont morts, car l’énorme pression de la colonne d’eau qui eût pesé sur leur frêle enveloppe aurait empêché leur développement. Près de la surface de l’Océan, ils pouvaient, au contraire, ressentir les bienfaisantes influences de la chaleur et de la lumière, jusqu’à ce que la mort envoyât leurs dépouilles tapisser les abîmes des profondeurs sous-marines.
« Sur terre, le sol est incessamment nivelé par de nombreux agents, tels que les vents, les pluies, les rivières, la chaleur, agents qui, aidés du concours de la pesanteur, travaillent sans relâche à combler les dépressions aux dépens des élévations; mais, au fond de l’Océan, l’influence de la plupart de ces forces nivelatrices est paralysée; la gelée, la pluie, y sont inconnues, et la pesanteur elle-même y perd une notable partie de son action, pour faire rouler, par exemple, une roche dans le précipice audessus duquel elle est suspendue. On peut donc,
(1) Instructions nautiques , par M. F. Maury, directeur de l’observatoire de Washington, traduites par Ed. Vancechout, lieutenant de vaisseau.
à ce point de vue, considérer la masse liquide de l’Océan comme un matelas immense destiné à mettre le fond de la mer à l’abri des agents niveleurs en jeu dans l’atmosphère; et, si les choses se passaient ainsi, c’est-à-dire si tout s’arrêtait effectivement là, il est certain que le lit de l’Océan n’éprouverait aucune modification sensible aussi longtemps que cet Océan occuperait sa place actuelle.
« Mais c’est là que viennent intervenir ces myriades d’animalcules qui fourmillent à la surface des eaux, plus nombreux que les grains de sable de nos rivages. Nous les avons déjà vus à l’œuvre, extrayant de l’eau de mer les matériaux de leurs coquilles; nous voyons maintenant, après leur mort, dans ces coquilles, les atomes dont se forment les plaines et les montagnes du lit de l’Océan, et, dans le travail obscur de ces foraminifères, nous voyons se préparer le sol fertile que quelque future convulsion de notre globe destine peut-être à être peuplé et cultivé. Nos marnières, en effet, et une grande partie de la terre sèche accusent une semblable formation.
a Nous avons nécessairement dû, dans
ce qui précède, faire une large part à l’hypothèse; toutefois, nos conjectures ne sont pas de celles que l’on peut réduire au rang de spéculations vaines, car leur résultat doit nécessairement être d’encourager les observateurs à per-
severer dans une voie aussi féconde, en leur montrant combien tout spécimen rapporté du fond de l'Océan peut contribuer à augmenter la somme des connaissances humaines. »
L'existence de corps organisés dans les grandes profondeurs de la mer s’explique difficilement, et on comprend l'hypothèse qui faisait vivre à la surface les animalcules dont les innombrables coquilles sont ramenées par la sonde. Mais des faits nouveaux sont venus affirmer la présence de la vie dans ces régions inconnues. Ainsi on a ramené, d’une profondeur de 1,000 mètres, des coquilles attachées au câble sous-marin reliant Cagliari à Bône, dans lesquelles M. A. Milne-Edwards a reconnu une espèce d'huître commune dans la Méditerranée. Pendant le voyage du Bulldog , commandé par sir L. McClintock, qui avait été chaigé d une exploration de la route proposée pour la pose du câble transatlantique, l'un des sondages fournit un résultat curieux : « La profondeur ayant été trouvée de 1,260 brasses, on fila, en outre, 50 brasses de ligne environ, pour assurer le contact de la sonde avec le fond de la mer, et on retira un spécimen. Lorsque cette partie de la ligne qui avait touché le fond fut retirée, elle portait des étoiles de mer vivantes, et le Dr Wallich, naturaliste de l’expédition, reconnut, dans le spécimen de sable, des globigérines, animaux microscopiques qui
habitent les dépôts d’eau saumâtre sur les côtes. Le professeur Forbes avait cru pouvoir conclure de quelques observations que la vie n existe pas au fond des mers, à ces profondeurs inexplorées, où ne peut pénétrer le moindre rayon de lumière, où les matières sont soumises à une pression d’au moins 200 kilogrammes par centimètre carré (1). »
Mais Ehrenberg admet que les êtres qui habitent les profondeurs de l’Océan ne sont pas dans une complète obscurité. La sonde a retiré de ces profondeurs des microzoaires analogues aux animalcules phosphorescents de la surface, et on peut conjecturer qu’une étrange lueur organique éclaire les régions où ne pénètre aucun rayon du jour.
On a constaté, d’un autre côté, qu’il n’y a pas de limite à la vie animale dans les profondeurs de l’Océan, et, de plus, qu’il existe une faune arctique dans les régions froides de ces profondeurs, et, au contraire, une faune méridionale dans les régions chaudes. De nombreux sondages ont d’ailleurs montré qu’on peut avoir, jusque dans les fonds de mer très-cloignés des pôles, une température inférieure d’un degré au point de congélation de l’eau douce, et que ce climat glacial n’empêche pas le développement de la vie animale. La circulation des eaux
(1) Annales télégraphiques. — Mai-juin 1861.
de l'Océan explique très-bien l’existence de climats sous-marins dont la température diffère beaucoup de celle observée à la surface.
D’après le professeur Thomson, toute cette faune des profondeurs océaniques se nourrirait en absorbant les matières organiques, provenant de diverses sources, qui sont en dissolution dans les eaux de la mer. Ajoutons enfin que les agitations produites par l’atmosphère à la surface de l’Océan sont absolument nécessaires pour purifier ses eaux des effets de la respiration des animaux qui le peuplent, et que ces agitations sont même indispensables à leur existence.
Il est remarquable que la loi d'après laquelle le règne animal, qui se plie plus facilement aux ciiconstances extérieures, a un développement plus étendu que le règne végétal, s’applique à 1 Océan aussi bien qu’à la terre. Ainsi les mers polaires sont peuplées d’une multitude d’animaux, lorsque depuis longtemps toute trace de végétation a disparu au milieu des glaces. Cette loi s’observe également si on considère la direction verticale de l’Océan; car, à mesure qu’on descend dans ses profondeurs, la vie végétale disparaît beaucoup plus rapidement que la vie animale.
Nous avons dit que la vase transparente,
1 oaze, ramenée des grandes profondeurs, était presque entièrement composée de coquilles
microscopiques, siliceuses ou calcaires, et se montrait toujours abondamment peuplée de foraminifères. Un professeur anglais, M. Huxley, a trouvé des échantillons de cette vase composée de 85 pour 100 de globigérines, et, pour le reste, d'autres foraminifères, de divers débris d'organismes inférieurs et de particules minérales. Les étoiles de mer prises à la profondeur de 2,000 mètres avaient l'estomac plein de globigérines. Les vives couleurs de ces zoopbytes, ainsi que celles d’autres animaux ramenés des mêmes régions, et pourvus des organes de la vision, prouvent la présence de la lumière dans le lit de l’Océan, où foisonnent, jusqu'à 4,000 mètres de la surface, des êtres d’une extrême simplicité, intermédiaires aux deux règnes, soumis à l’énorme pression de 350 atmosphères. On sait aujourd'hui que les calculs relatifs à ces énormes pressions de la masse des eaux, qui devaient écraser tous les êtres organisés, n ont aucune valeur, la pression ne pouvant agir sur des êtres dont tout le corps est solide ou liquide, mais partout plein; cette pression étant d'ailleurs égale en tout sens, et 1 animal conservant par suite toute sa mobilité.
L’analogie entre la vase pleine de globigérines et les dépôts crétacés ayant été reconnue on peut aflirmer que la formation de la craie se continue actuellement dans les profondeurs
— loi —
de l’Océan par le travail des infusoires. Les Apennins, les Cordillères, sont en partie l’œuvre de ces imperceptibles constructeurs, qui ont aussi formé les calcaires sur lesquels Paris est bâti. Linné pressentait cette origine lorsqu’il disait : Omnis calx ex vermibus.
Ces animaux microscopiques ne sont pas les seuls qui extraient de l’eau de mer, pour servir à la formation de leurs coquilles, les matières calcaires qu’y versent les fleuves et les rivières, et qui sont transportées par les courants. Des myriades de zoophytes, de mollusques, sont aussi constamment à l’œuvre pour transformer ces matières dissoutes en madrépores, en corail, en coquilles, et leur prodigieux travail prépare les nouveaux continents qui surgissent déjà dans l’océan Pacifique.
Nous ne parlerons ici que de l’industrie sociale des lithophytes, petits animaux gélatineux que le microscope a fait connaître, et qui construisent les grands récifs madréporiques, les bancs de corail, qu’on rencontre surtout dans les mers intertropicales. Les polypes ou lithophytes ont été pris d’abord pour les fleurs d’une plante marine, à cause de la disposition rayonnée des tentacules qui entourent la tête de ces petits animaux, souvent agrégés et vivant d’une vie commune. En 1727, Peyssonnel annonça que les prétendues fleurs du corail sont de véritables animaux, et que le support
calcaire qu’ils habitent est le résultat d’une sécrétion commune. Tremblay, aidé comme lui par le microscope, confirma ces idées nouvelles par ses belles découvertes sur le développement et la multiplication de l’hydre ou polype d’eau douce. Bernard de Jussieu, Réaumur, Ellis, Linné et beaucoup d’autres savants naturalistes continuèrent ces recherches, qui firent reporter définitivement les polypes marins dans le règne animal. Depuis, des travaux approfondis, préparés par les intéressantes découvertes des naturalistes voyageurs, ont donné une idée plus exacte de ces animalcules et de leur rôle important dans l’économie générale de la nature.
Les espèces de coraux qui forment des masses compactes pareilles à des murs, et résistant aux plus fortes vagues, appartiennent principalement, comme nous l’avons déjà dit, aux mers chaudes, et se rencontrent surtout dans l’hémisphère austral. Mais, dans les périodes antérieures, ces solides constructions s’élevaient sur toute la surface du globe, et contribuaient puissamment à la formation de la partie solide de cette surface. Suivant Léopold de Buch, toute la formation du Jura consisterait en énormes bancs de coraux antédiluviens, qui entourent, à une certaine distance, les anciennes chaînes de montagnes. On divise aujourd’hui ces bancs en trois sortes : les récifs
côtiers qui s’étendent le long du rivage des continents et des îles; — les récifs circulaires qui entourent les îles, — et les récifs semblables ceignant des lagunes, qui forment les des ou atolls, décrites par Charles Darwin (1). On trouve ces atolls en grand nombre dans la mer de Corail , dans l’océan Indien et sur beaucoup d’autres points.
La profondeur à laquelle vivent les animalcules des coraux est extrêmement variable surtout pour les espèces délicates qui forment des corailliers moins puissants. Ceux qui élèvent leurs murs calcaires près de la surface, souvent au milieu des brisants, résistent d’une manière merveilleuse au choc des vagues, et paraissent même se plaire, comme l’a fait observer Darwin, dans le tumulte des eaux.
Le capitaine Basil Hall décrit ainsi un des récifs de coraux de l’océan Indien : a Lorsqu’à marée basse le récif reste à découvert, il apparaît comme une masse compacte, abrupte, dune grande solidité. Aussitôt que la mer monte, et quand les vagues commencent à briser sur le roc, les polypes sortent du trou où ils se tenaient invisibles. Ces animalcules offrent une grande variété de formes, et leur nombre est si prodigieux, qu’en quelques instants le récif tout entier prend l’apparence
(D Structure of coral reefs.
d’une masse vivante. La forme la plus commune est celle d’une étoile, dont les rayons sont des tentacules qui se meuvent dans tous les sens avec une grande rapidité, probablement pour saisir quelque proie. Certains animalcules paraissent immobiles, et leur couleur sombre pourrait les faire confondre avec le roc. Quand le corail brisé reste au-dessus du niveau de la haute mer, il n’est bientôt plus qu’une pierre d’une grande dureté; mais si quelque partie du récif se détache et roule sur une plage couverte chaque jour par le flot, ce fragment reste plein de polypes de formes et de couleurs variées, quelques-uns aussi beaux que les plus brillantes fleurs. Le récif s’élève insensiblement jusqu’à ce qu’il ait atteint le niveau des hautes mers, et son accroissement cesse alors, les animalcules qui le construisent ne pouvant travailler en dehors de l’action des vagues. »
Ehrenberg, dans sa description des bancs de corail de la mer Rouge, dit : « Quel paradis de fleurs pourrait égaler en variété et en beauté ces vivantes merveilles de l’Océan ? »
Pour donner une idée de la prodigieuse masse des polypiers qui, dans les mers intertropicales aujourd'hui, comme jadis sur toutes les mers du globe, forment des bancs, des récifs, des îles, par leur accroissement successif et 1 accumulation de leurs débris, nous dirons
que la chaîne de récifs madréporiques et de petites îles qui s’étend au sud-ouest de Malabar mesure 480 milles; — sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande se dresse un récit continu d’une longueur de 350 milles; — entre ce récif et la Nouvelle-Guinée, une formation de coraux embrasse environ 700 milles. Le capitaine Hunt, qui a discuté, dans un des recueils scientifiques des Etats-Unis, le Sillimans Jour nal, le temps énorme qu’a exigé la formation du grand récif madréporique de la Floride, donne à ce récif une épaisseur moyenne de 900 pieds, et, d’après les données fournies par le professeur Agassiz, on peut le comparer au terrain jurassique, qui, dans la période géologique moyenne, devait constituer le bord d’une terre sous-marine telle que le versant des côtes américaines.
Ces merveilleuses constructions sont élevées avec une intelligence qui frappe d’étonnement. Elles montent perpendiculairement des profondeurs, et, en approchant de la surface, leur direction forme une courbe qui présente sa convexité à la direction des vents les plus redoutables. Ces brise-lames résistent ainsi, mieux que des digues de granit, aux grosses mers soulevées par les tempêtes et à l’incessant assaut des vagues.
Nous ne pouvons, dans un résumé si restreint, indiquer toutes les intéressantes décou-
\ ci tes dues à 1 examen des dépôts ma-rins, examen pour lequel la loupe et le microscope deviennent nécessaires, lorsque ces dépôts sont à 1 état de sable fin ou de vase. Les résultats acquis montrent que les gouvernements favorisent aujourd’hui ajuste titre l’étude des fonds de la mer, confiant cette étude à d’éminents ^ralistes, parmi lesquels nous citerons
? a!' ^ssiz et de pourlalès, en Amérique: MM. Jeffryes, Thomson, Huxley et Carpenter, en Angleterre; en Suède, MM. Sars, Malmgren et Smitt. En France, depuis quelques années, un tres-intéressant recueil a été fondé par MM. Beichon, L. de Folin et L. Périer, avec le concours de plusieurs notabilités scientifiques et la coopération d’un grand nombre d’amis c es sciences. Partant de ce fait incontestable qu il existe au fond des mers de vastes étendues ou se dérobent les plus curieux et les plus importants phénomènes de circulation et de vie, les savants fondateurs de la nouvelle revue ont fait appel aux navigateurs, afin d’obemr des échantillons de la région submergée sur toutes les mers du globe. Cet appel a été entendu, et les données recueillies, classées et décrites avec un soin minutieux (t), ont montre les déductions nombreuses que peuvent
dC u Tr’ étude internationale sur les
î S t!1ÜUVC 0S Cles ré-ions sous-marines. — 18G7 1871. Tome I", contenant 5U0 figures hors texte
fournir l’examen d’un fragment arraché au lit mystérieux de l’Océan, l’étude des sables roulés par les flots et transportés loin des parages où furent pris leurs éléments, la rencontre d’êtres et de plantes appartenant aux vallées marines.
Un excellent ouvrage sur le fond des mers a été récemment publié sous les auspices du ministre de la marine et du ministre des travaux publics, par M. Delesse, ingénieur en chef des mines (1). Cette importante étude, qui embrasse les mers de France et les mers principales du globe, est aussi essentiellement basée sur les résultats d’une multitude de sondages exécutés par les marins et les ingénieurs hydrographes de tous les pays, et s’appuie sur l’examen d’une nombreuse collection de dépôts marins. L’ouvrage est accompagné de belles cartes, dont les couleurs indiquent le caractère minéralogique des roches sous-marines, et de tableaux où l’on trouve, entre autres indications, les plus grands détails sur les caractères organiques des échantillons pris sur le rivage et au fond des mers. Ainsi, une carte de la France, à l’époque actuelle, donne le relief du fond des mers, les dépôts les plus riches en coquilles, la répartition des huîtres, des moules, des échinodermes, des foraminifères, des nullipores (2). Elle fait
(1) Lithologie du fond des mers. — Paris, 1872.
(2) Corps pierreux, qui sont très-probablement des algues calcil'ères.
connaître en outre la proportion du carbonate de chaux dans le dépôt littoral, et la distribution de la pluie. D’autres caries représentent les mers anciennes de la France aux diverses époques géologiques. L’utilité de telles recherches est évidente pour déterminer les conditions dans lesquelles ont été formés autrefois les dépôts sédimentaires, et, par suite, pour la connaissance de l’écorce terrestre.
Nous ne pouvons mieux terminer cette rapide esquisse des phénomènes dont le fond des mers est le théâtre, que par les paroles suivantes, dans lesquelles Ellis a exprimé les sentiments que firent naître en lui ses belles recherches sur 1 histoire dis polypes vivants ;
« Et, maintenant, à quelle conclusion tous ces travaux doivent-ils nous conduire? Tout ce que je puis répondre, c’est que, dans ces recherches auxquelles je viens de me livrer, des scènes toutes nouvelles se sont déroulées sous mes yeux, qui ont ravi mon esprit d’admiration et d’étonnement à la contemplation de cette diversité, de cette étendue avec laquelle la vie est distribuée dans 1 univers. Or, si tels ont été les sentiments qu’ont excités en moi les faits que je viens de rapporter, et ces merveilles de la nature^ animée sur des points dont on n’avait pas même jusqu’ici soupçonné l’existence, sans doute ils exciteront dans d’autres esprits que le mien des idées agréables, sans doute des es-
prits plus savants y trouveront plus tard encore de nouveaux faits à reconnaître, et de nouvelles preuves à découvrir, s’il en était besoin, d’une volonté infinie, d’une toute-puissance qui a créé, et qui, maintenant, conserve ce grand tout dans sa beauté et dans sa perfection. De là nous conclurons que si des créatures d’un degré aussi inférieur dans la grande échelle de la nature ont été ainsi douées de facultés qui leur permettent de remplir leur sphère d’action d’une manière aussi complète, nous, pareillement, qui avons été placés à tant de degrés plus haut, nous nous devons et à Lui , qui nous a faits, nous et tout ce qui existe, de tendre sans cesse et de tous nos efforts vers ce degré de rectitude et de perfection auquel nos facultés nous donnent le pouvoir d’atteindre (1). »