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UN SALUT PENDANT L'OCCUPATION

Fin novembre. — Gomme un vagabond le vent court les rues. Sur la foule il s'acharne. Hors de la ville il la voudrait chasser. Femmes et enfants, vieux et vieilles sur le trottoir glissent ainsi que des ombres.

Une cloche! Il fait bon l'entendre. Elle vient de loin. De France peut-être... Elle sonne comme une rare nouvelle, et des nouvelles, nous n'en avons pas... depuis quatre mois!...

Sonne, voix qu'entendit notre plus tendre enfance. Sonne dans la nuit comme une nouvelle de joie dans la douleur. Ainsi que des petits, tu nous veux bercer... on est si petit quand on souffre! Sonne, et que tes notes tendres adoucissent la dureté de la nuit.

Hélas !... Tu pourrais consoler, tu ne saurais guérir, et nous sommes malades, malades...

Sonne, déchire, émiette, dissipe les ténèbres.

(1) Prosit! Auf wolil des Kaisers!

TELS QD'ILS sont.

Ramène-nous la joie. C'est si bon d'être heureux!

Où sont-ils ? Que font-ils ? Sonne comme un clairon de résurrection, appelle, fais-nous retrouver les nôtres, ressuscite-les...

Je divague. La grande souffrance comme la grande joie dépasse la mesure.

Cependant s'ils revenaient?... Si je les voyais surgir... tout à coup... les miens!...

La nuit deviendrait lumineuse. Le vent ne nous chasserait plus. Dans ses bras il nous emporterait, vers nos maris, nos fils, vers la France en poussant des cris de joie.

Travaille, imagination fébrile. Cours au-devant de nous. Tel un phare lumineux, fouille les ténèbres. Crée-nous des palais de lumière pour abriter nos rêves plus brillants que des diamants, aussi fragiles que du verre...

Le chagrin revient. Tes palais s'écroulent, et nos rêves, la nuit les emporte...

Dans l'immense plaine d'ombre ainsi que des aveugles nous errons.

Nous entrons dans l'église, tête basse... Cette foule, je ne l'ai jamais vue. Nous nous connaissons cependant. Nous portons la même douleur, et la même nuit nous enveloppe et du jour nous sépare, comme de la joie, de la France.

Nous nous saluons... pour nous consoler.

Tout au fond de la nef, devant l'autel, seule une lampe veille, mieux que nous peut-être, sur les nôtres...

Très haut, vers la voûte, les lignes de la cathédrale se joignent dans une ardente prière.

Droites, immobiles, les colonnes attendent la réponse du ciel.

Comme on serait heureux dans tes colonnes, vieille cathédrale! Et la caresse du temps en rendant ta pierre éternelle, combien elle nous consolerait ! . . .

A genoux la foule, accablée, tombe, comme un grand arbre abattu par la tempête. Prier comme elle... devenir un tout petit enfant, qui simplement conterait son chagrin au bon Dieu... Et moi qui dans la joie ne savais remercier, je prie dans la douleur pour appeler la joie.

Ils sont là . . . tout près de moi . . . casque en main . . . Ils ont glissé dans l'église comme des nuages gris sur mon ciel d'enfance.

Leur présence dépasse ma souffrance. Ils nous dévisagent : que peut-elle penser, cette foule à genoux? S'ils pouvaient piller les cœurs comme ils savent dépouiller les maisons?... Epier, espionner, dénoncer au gouverneur le prêtre, les fidèles?,..

Ils prient ! "J'en suis sûre : leur prière empoisonne la divinité. Si j'étais Dieu, je les chasserais de mon église : ceux qui font le mal ne doivent pas prier.

A côté de moi une mère prie. Telle une châsse délicate et fine, elle porte noblement la lourde relique de la douleur.

Comme elles sont belles les mères, quand elles prient pour leurs petits !

Toutes les bougies s'allument. Leurs petites flammes joyeuses et vives tissent en tremblant des voiles de lumière. Chaude, ardente, vers le ciel la

prière de la foule monte comme la fumée de l'encens qu'aucun vent n'ose effleurer.

Au-dessus du peuple oppressé, telle une promesse d'or, l'ostensoir rayonne...

La réponse de Dieu est celle du soleil, du soleil de l'adieu... Vous souvenez-vous? Ils reviendront!

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