JOUR DE BATAILLE
9 h. du matin. — Jis sont là. Vive, pressée, nourrie, la fusillade commence. Le canon de la citadelle tonne. L'hôpital tremble comme un arbre, secoué par un grand vent. Ses grands murs massifs et lourds menacent de crouler. Le bruit d'un moteur. Aéroplane français ou allemand? Nos mitrailleuses répondent. Près de nous les balles sifflent, joyeuses, bavardes, énervantes et nerveuses. Dans la cour, elles s'abattent ainsi que des abeilles qui auraient perdu leur aiguillon. Mortes après avoir semé la mort. Canons et fusils chantent la guerre.
Par la rue Cortempré, le pont Michelet, ils entrent en masses compactes, serrées, grises. Elles se pressent ainsi que font les vagues^ quand de l'Océan elles partent à la conquête du rivage.
Ils approchent... je les vois... Visages noirs et comme sortis des cheminées mal ramonnées, peaux luisantes et grasses, carrures larges et de poids lourd : Deutschland^ Deutschland ûber ailes... Les cous se gonflent; comme une toile aux mailles grossières, la peau du visage se tend. De ces notes brutales, le chant perce et disperse tout ce qui est