CONFESSION ET COMMUNION DES SOLDATS ALLEMANDS
Samedi soir. — Quatre heures ! Les soldats viennent se confesser. Le curé allemand les attend. Il i'ait un petit sermon pour « les disposer à la confession ». (( Il n'est pas de péché que le sang de l'Agneau n'efface, » leur dit-il. Ils concluent, car ils sont naïfs, les soldats du kaiser, qu'ils peuvent piller des maisons, tuer des enfants, déshonorer des femmes ; si après ils se confessent, Dieu leur pardonnera : le Dieu allemand ist so ein gemûtlicher Gott (!) ! Puisque ce sont eux qui l'ont créé... à leur image.
La confession terminée, l'absolution reçue, la pieuse Allemagne [das ft^omme Deutschland) se disperse dans les rues où on trouve à manger [wo man zu essen fmdet). Les pâtisseries sont grandes ouvertes; sur les vitrines, éclairs et madeleines attendent appétissants. J'ai à peine le temps de les regarder. Elles sombrent dans des estomacs vastes et profonds comme des gouffres. On mange aussi la tarte, à l'allemande, et voici comment ils s'y prennent : deux soldats... la tarte au milieu... les
'1) Est un dieu si aimable!
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mains soutiennent, les pouces plongent dans la crème ou la confiture, les nez arrosent, et les yeux dévorent... d'accord avec la bouche : « Famos! veux-tu encore une? C'est la ville qui paye [die Stadf ivird bezahlen) ! »
Ils choisissent une heure sentimentale : l'heure où l'âme allemande est susceptible d'attendrissement... {'wo die deiifsche Seele loeicli ivird)\ Le cœur vide de péchés, l'estomac plein de tartes, ils se rendent sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Le soleil se couche, cela est indispensable, ils vont saluer le drapeau... car a on doit saluer le drapeau comme on salue le bon Dieu (1)! » Figés dans la deuHche Diszipline, les soldats présentent les armes. Le spectacle ne manque pas de ridicule. Aussi le vent gouailleur rit ; pour les rendre souples, il les fouette tant qu'il peut, et la pluie ne cesse de les tremper. Quand le drapeau paraît, le ciel pour l'humilier lui crache une grosse averse... Les baïonnettes dressées repoussent l'ombre, qui, menaçante, sur les soldats tombe comme une malédiction.
Ils chantent : « Si Dieu est avec nous, qui craindrons-nous? » Puis ils vont s'enivrer... et demain ils iront communier !