CINQUIÈME LETTRE
Monsieur le Directeur.
Je puis vous assurer que je suis disposé à user d’indulgence ; et je reconnais volontiers avec vous que, dans un article de journal, les propositions exprimées au courant de la plume peuvent quelquefois n'être pas exactes au point de vue de la doctrine. N éanmoins, en cette matière, l’inexactitude est toujours grave, surtout quand elle est développée comme une thèse. Or, tel paraît être le cas dans la réponse que l’Ætendard a faite à ma lettre du 14 avril.
D'un côté, on y exagère les droits des parents, et de l’autre, on y diminue les droits de l'Eglise dans la même proportion.
D'un côté, vous affirmez que l’évêque n’a rien à voir À ce que les droits du père de famille soient ou ne soient pas lésés ;
De l'autre, vous affirmez avec plus d'énergie encore que “le père de famille a le droit de contrôler lui-même le genre d'éducation donné à ses enfants, ” que ‘ce droit, il le tient de Dieu, ” et que “ nulle autorité sur la terre ne peut lui en enlever même l'exercice, ”
Il serait facile de faire voir, sans «aller Jusqu'aux dernières conséquences, que vous justifiez par ce principe, ceux qui ont voté, dans les Chambres Françaises, la loi scélérate des écoles. :
Mais il vaut mieux signaler les autres erreurs auxquelles il peut conduire.
lo Par exemple, en vertu de ce principe, prétendez-vous que le père de famille puisse inoculer à son fils des notions contraires à la morale, ou lui donner une éducation vicieuse ?
Evidemment non.
Mais si le père s’oublie jusqu’à ce point, le pouvoir civil ne peut-il pas légitimement lui enlever même l'exercice d’un pouvoir dont il abuse ?
Le pouvoir civil ne devra-t-il pa
s le faire dans une foule de circonstances ?
20 Le droit que vous réclamez pour le père comprend-il celui de négliger com plètement l'instruction de ses enfants, et de les laisser dans l'ignorance ?
Et si, par suite de l'ignorance, les enfants doivent être à la charge de la société, le pouvoir civil ne Pourra-t-il pas, ne devra-t-il pas forcer le père négligent à remplir ses devoirs ?
30 Ce droit du père de ‘contrôler lui-même le genre ‘d'éducation donnée à ses enfants ” s’étend-il jusqu’au droit de contrôler l'emploi des deniers fournis par un nombre relativement très restreint des propriétaires ?
Prétendez-vous que ce dernier droit soit Drvin, et que ‘nulle aûtorité sur la terre ne puisse légitimement lui en ‘enlever l'exercice ” au père ?
40 Le droit de choisir entre les maîtres, entre les méthodes, entre les livres, quand ils offrent tous des garanties suffisantes pour la doctrine, la morale et la science, ce droit aussi est-il PIVIN, en sorte ‘‘ que nulle autorité sur la terre ” ne puisse en enlever légitimement l'exercice au père ?
Dans tout ce qui précède, ne m’accusez pas d’exagération, car vous avez dit: ‘ Quand on discute sur un droit, ‘il faut aller jusqu'aux dernières conséquences. On ne “ peut s’arrêter à mi-chemin aux moyens termes ”,
50 Quand au droit que le père possède de donner à son enfant une éducation chrétienne et morale, en même temps qu’une instruction conforme à son état, tout le
monde admet que ce droit est absolu et inviolable.
Mais prétendez-vous que ce droit paternel échappe au contrôle de l’évêque ?
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Et si vous mettez ce contrôle en doute, si vous demandez : ‘Est-ce à l’évêque à trouver que les droits des parents sont lésés ”, je répondrai, comme je l’ai déjà fait, et comme je vais le faire plus bas: “ Oui, l’évêque a très certainement ce droit ”.
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‘ Nous voici, dites-vous, rendus à l’idée la plus éton- “ nante et la plus fausse de tout le témoignage de M. l'abbé Verreau.
“T1 faut être bien difficile, dit-il, pour se plaindre quand “ l’évêque ne réclame pas, quand il ne trouve pas que les “ droits des parents sont lésés.
‘ Vraiment !
‘Est-ce à l’évêque à trouver que les droits des parents 4 ‘sont lésés ? 1
‘* Quelle confusion dans vos idées, M. l'abbé ”.
Voyons où se trouve la confusion des idées.
D'abord, remarquez que l’évêque ici représente l'Eglise.
Refuser ce droit à l'Eglise, c’est jouer le rôle de laïciseur, Au fond, ceux qui veulent séparer l'Eglise de l’Ecole, prétendent bien aussi que l’Evêque n’a pas à voir si les droits des parents sont violés.
Devant la Commission, j'ai précisé le point sur lequel je répondais : c'était, autant que je comprenais la question posée, le droit paternel dans l'enseignement religieux et Moral. J'ai affirmé que ce droit est respecté à Montréal, qu’il l’est autant que dans les pays où la liberté la plus grande en cette matière devait être accordée aux parents. J'en ai donné la preuve, et j'ai ajouté : ‘ que sous les | LH0S “yeux de l’évêque, quand il ne réclame pas, qu’il ne «1 ‘trouve pas les droits des parents lésés, on doit être bien difficile pour se plaindre ”.
Tout s’enchaîne, et le mot droits des parents employés : en dernier lieu, concerve le sens que j’ai eu le soin de dé- 1 terminer au commencement du paragraphe.
L’évêque a donc le droit de réclamer, et comme il s’agit d’une matière grave, il a le devoir de réclamer, en le faisant, toutefois, de la manière que fa prudence jugera Ja plus convenable, ” ‘ C'est Sous la dépendance et la direc ‘tion de l’épiscopat et non AUTREMENT que les pères de “ famille enseignent et pratiquent la religion l’Eglise et l'Etat, Paris 1877, p. 436.)
D'ailleurs, si dans ma réponse, j'avais voulu faire allusion au droit des contribuables, qui est en soi un droit civil, et qui accidentellement se trouve réuni dans la même Personne que le droit paternel, j'en aurais établi la difrérence pour éviter toute confusion,
Mais je suppose que ma réponse puisse s'entendre du droit des contribuables.
“ Est-ce à l’évêque, ” dites-vous, droits des parents sont lésés ?
La violation d’un droit est une injustice : toutes les questions de justice, en tant qu’elles lient la conscience, sont du domaine de l'Eglise. Ceci est de foi.
Donc, dans ce cas, l’évêque peut intervenir pour trouver, c’est-à-dire pour déclarer que les droits des parents sont lésés,
Dire que l'évêque n’a rien à voir à ce que vos droits soient ou ne soient pas lésés, c’est formuler une proposition pour le moins inexacte. Il est vrai que vous la corrigez par la phrase suivante : ‘ Du Moment qu’on laisse ‘à PEglise le contrôle et la surveillance qu'elle à droit “ d'exercer, l’évêque et le curé n’ont rien à dire ”,
Si vous accordez ce contrôle à l'Eglise, il faut qu’en même temps vous reconnaissiez à l’évêque le droit que Vous venez de lui refuser.
Sil n’y a pas ici confusion, il y a contradiction.