‹ Témoignage devant la Commission royale [microforme]Chapitre 41 sur 43 · LES PUPITRES DE L'ISLET · texte numérisé non relu

LES PUPITRES DE L'ISLET

Nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs que M. l'abbé Verreau, pour justifier les extravagances commises par les commissaires d'écoles de Montréal, dans l'ameublement de certaines de leurs écoles, avait prétendu que des pupitres somptueux et séparés (comme à l'Ecole Normale) exerGaient une influence favorale sur les élèves, et rendaient leurs « progrès plus sensibles. ”

Pour établir sa théorie, M. l'abbé Verreau, dans son témoignage, à mentionné un seul fait, mais un fait qui lui paraissait probant !

Le fait était arrivé à l'Islet. M. l'abbé Delâge, curé, avait, disait-il, ininsisté pour avoir de ces pupitres qui exerGaient une influence si nouvelle et si remarquable.

Mais lisons plutôt : ces choses-là perdent à être racontées :

“,...M. Delâge, curé, avait insis'é pendant quelque temps auprès du

directeur des Frères chargés de l'école pour faire donner aux élèves des pupitres et des sièges comme nous en avions à l'école normale ; mais alors, les règles de l'institut ne permettaient pas aux directeurs de faire ce changement. Plus tard, les règles ayant été modifiées, on donna aux enfants des pupitres et des sièges, et ces enfants se trouvant commodément assis, ayant devant eux un pupitre convenable, se montraient, d'après mon curé, à la fois plus tranquilles, plus studieux, et les progrès devinrent sensibles. ”

N'est-ce pas que l'effet était magique ?

Et les auditeurs, et les lecteurs, et les graves commissaires royaux ont dû croire qu'une théorie appuyée par un fait aussi patent, aussi merveilleux, devait être bonne.

Mais l'effet n’a pas duré longtemps. Le Frère Réticius a fait crouler la théorie en sapant par la bâse l'échaffaudage boîteux qui l'appuyait. Dans sa lettre publiée le 17 avril, il a dit :

Voici ce que m'écrit le frère directeur de l'Islet : & Les tables qui furent faites en 1853, lors de la fondation de l'établissement, existent encore aujourd'hui avec leur forme primitive ”"—4 Jamais le R. M. Delâge ne m'a demandé de remplacer les tables par des bureaux-pupitres ” — M. le Grand- Vicaire Delâge m'a chargé de vous dire qu'il ne st jamais occupé du mobilier de nos classes. ”

C'était péremptoire. Aucune réponse ne fut faite alors à la lettre du Frère Réticius. -

L'Etendard ayant fait allusion à ces fait le 10 juillet courant, M. l'abhé Verreau adressa le même jour, à tous les journaux français de la ville, une

lettre destinée à réaffirmer je fait et surtout à écraser son contradicteur.

L'intention ressort avec évidence de la forme de la lettre et de la grande publicité cherchée et obtenue.

M. l'abbé Verreau pose ainsi la question dans cette lettre publiée par nous le 12 juillet :

“ Maintenant le lecteur se trouve placé entre deux alternatives :

Ou le fait que j'ai attesté sous serment est faux, ou il est vrai.

Dans le premier cas, je me suis rendu coupable de parjure ;

Dans le second cas, l'accusation portée contre moi par le Cher Frère Réticius est une calomnie atroce.

Voici des témoignages qui me semblent devoir trancher la question : etc. ”

Ces témoignages sont ceux de M. Charles Marcotte, notaire, et de MM. Pierre Lamarre et Achille Caron. Retenons bien les noms,—ils vont revenir sous notre plume dans l'instant.

Nous avons cru ne pas avoir à parler nous-mêmes sur ce sujet. Mais on nous informe que le Frère Réticius, étant en retraite, se trouve dans l’impossibilité de répondre ; et de plus, on nous passe des témoignages qui doivent être placés sans retard sous les yeux du public.

Il s'agit, dit M. l'abbé Verreau, ou d'un parjure de son côté, ou d'une calomnie atroce de la part du Frère Réticius. Et M. l'abbé tranche l'alternative dans le sens à lui favorable, à l'aide des trois témoignages mentionnés plus haut.

Mais les témoignages de ces trois personnes, datés de l'Islet, le 25 avril 1883, avait été donnés par erreur! MM. Marcotte, Lamarre et Caron étaient, tous trois, sous une fausse impression !

Bien plus—et cela devient grave—M. l'abbé Verreau, au moment où il a publié ces témoignages, savait qu'ils ne contenaient pas la vérité et que leurs auteurs les avaient désavoués!

Décidément nous allons être forcés de croire que les pupitres n'existent pas et que j’en ai inventé l’histoire !

Le témoignage de M. Marcotte avait été donné par erreur |

Or, M. Marcotte affirmait que ‘les Chers Frères ont ‘ changé le mobilier des deux premières classes ; qu’au *“ lieu de bancs attenant aux tables il a été substitué des ‘* pupitres avec chaises ”, p. 204.

Donc rien de tout cela n’est vrai.

Donc l’histoire des pupitres « été inventée ! !

Cependant, Ô digne Etendard, veuillez examiner.

—On a choisi mon bras : je n'examine rien !

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Tout cela est expliqué et prouvé par les déclurations de ces trois

mêmes personnes signées le 18 juillet courant :

Voici celle de M. Marcotte :

Pour qu’on puisse mieux juger de la bonne foi de l’Etendard, je mets ici en regard les deux documents signés

par M. Marcotte.

Je, Charles Marcotte, Notaire Public, déclare solennellement que les chers Frères des Ecoles Chrétiennes ont changé le mobilier des deux premières classes ; au lieu de bancs attenant aux tables, il a été substitué des pupitres avec chaises. Ces changements ont été opérés depuis environ huit ans.

Dans les basses classes, on se sert encore de bancs et de tables, mais les bancs sont détachés des tables.

Les tables ainsi remplacées ont été vendues à d’autres éeoles.

Je fais cette déclaration solennelle la croyant consciencieusement vraie eten vertu de l'acte passé dans la trente-septième année du règne de Sa Majesté intitulé : acte pour la suppression des serments volontaires et extra-judiciaires.

[Signé], Cus. MARCOTTE.

L'Islet, 25 avril 1883.

L'Islet, 18 juillet 1883.

Dans ma déclaration en date du 25 avril dernier concernant le mobilier des classes des chers Frères de l'Islet, j'avais dit: « Dans ces basses classes on se sert encore de bancs et de tables, mais les bancs sont détachés de ces tables. ”

J'avais été induit à faire une telle déclaration par le souvenir de ce que j'avais vu dans ces classes il y a trois ou 4 ans. La déclaration du Rév. M. F. X. Delâge me confirmait encore dans cette opinion.

Mais le soir même du jour où j'ai signé cette déclaration je me suis convaincu avec le Rév. F. X. Delâge que les anciennes tables étaient encore réunies aux bancs et qu'il y avait aussi dans les classes d’autres tables séparées des bancs, faites par le frère directeur actuel.

Là-dessus M. Delâge me dit qu'il allait écrire à M. Verreau pour rectifier cette erreur. Ce qu'il fit en effet.

Alors je crus ne pas devoir écrire moi-même à M. Verreau, car je supposais qu'il ne se servirait pas de cette partie de ma déclaration, vu qu'il était informé de l'erreur.

Quant aux tables vendues dont je parle dans ma déclaration, elles étaient séparées des bancs, ce qui avait encore contribué à mon erreur.

Les pupitres dont je parluis dans ma déclaration contiennent trois sièges.

Je certifie que les anciennes tables sont encore en usage dans l’école avec leur forme primitive.

Cus. MarcorrTe.

Ainsi, la rectification de M. Marcotte porte simplement sur le fait que, dans les basses classes, les tables sont séparées des bancs, tandis qu’il croyait le contraire.

Il déclare que des tables séparées des bancs se trouvent dans d’autres classes ;

Loin de nier ou de rectifier son aflirmation du 25 avril, que des chaises et des pupitres ont été donnés aux élèves, il ajoute que les tables-pupitres contiennent trois places,

Or, il y a 28 tables-pupitres, c'est donc 84 places conimodes données aux élèves.

Je ne vois pas comment le deuxième témoignage de M. Marcotte détruit le premier sur le fuit principal.

Je ne vois pas en quoi il détruit ce que j'avais avancé.

D'ailleurs, l’honorabilité de M. Marcotte est trop connue, pour que les conclusions de l’Etendard puissent la compromettre.

Celle de M. Pierre Lamarre :

Je, Pierre Lamarre, de la paroisse de l'Islet, menuisier, explique ma déclaration, en date du 25 avril dernier, relativement au mobilier des classes des chers Frères de l’Islet, ainsi qu'il suit :

Quand j'ai dit que j'avais fait des pupitres à la demande du cher Frère Chrysostôme, directeur de l'école des Frères, à l'Islet, et du Révd. F, X. Delâge, alors curé de l'Islet, je supposais que le Révd. F. X. Delâge avait lui-même engagé le frère à faire faire ces pupitres vu qu'il était président des commissaires d'Ecoles.

Mais je suis positif à affirmer que lors de l'entreprise de ces pupitres M. Delâge n'y était pas et qu'il ne m'en a jamais parlé.

Que je n'ai fait ce marché au’avec le cher Frère directeur et que c'est ® lui-même qui m'a payé.

Je fais cette déclaration solennelle la croyant consciencieusement vraie et en vertu de l'acte passé dans la 37e année du règne de Sa Majesté pour la suppression des serments volontaires et extra judiciaires.

sa Pierre X LaMaARne.

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PATRICK GREEN, RAYMoND NoRMAND.

Témoins :

L'Islet, 18 juillet 1883.

M. Lamarre déclare avoir ‘ supposé que M. Delage avait ‘‘ engagé le Cher Frère à faire faire des pupitres vu qu'il

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