‹ Témoignage dún royalisteChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'auteur sert activement dans le régiment de

loval-emigrant. houchard, hoche, vandamme.

— retraite ou l'auteur bonne un noble conseil militaire a un corps hessqis.

Près de ces touchans et de ces terribles tableaux, l'attention se reportera difficilement sur Fhumble auteur de ces lignes :

pourra-t-on se rappeler son débarquement à Os tende? Il étoit alors chasseur dans le régiment Loyal-Emigrant,aux ordres du duc de

La Chastre ? La compagnie de chasseurs fut d'abord détachée dans le village de Mariekerke, puis dans celui de Score, et après la prise de Valenciennes, elle suivit le mouvement de l'armée du duc (T York sur Bergues et Dunkerque. Lors de la formation, j'avois été nommé chef d'ordinaire , comme l'un des doyens d'âge : les frères de mon ami d'Espagne y qui étoit lieutenant, et Hector de Galard que je connoissois depuis Londres, se rangèrent sous ma direction : le reste de l'ordinaire fut pris au hasard , jusqu'au nombre de douze. Ces jeunes gens, la plupart d'une figure charmante, joignoient une éducation soignée à beaucoup de délicatesse de sentimens : mais les goûts sont divers; on aime plus ou moins le mouvement, les plaisirs bruyans , la vie tranquilles peu à peu chaque ordinaire se refondit conformément aux inclinations, et je devins comme le père de douze jeunes hommes paisibles, instruits, bons et braves, réunion

difficile à reproduire. On apprenoit chaque jour à se connoître davantage ; on s'aimoit, chacun prenoit de son camarade ce qu'il trouvoit de mieux qu'en lui ; le beau et l'honnête nous occupoient seuls, les vices nous étoient étrangers, les fatigues tolérables, et la pauvreté indifférente. O mes vaillans amis! peu d'entre nous ont survécu : Lalandelle, Laboulbène, Favas, Hector de Galard, vous êtes les seuls en France qui puissiez jeter les yeux sur ces feuilles, et vous avez éprouvé que le sentiment qui nous unissoit ne pouvoit s'éteindre. Et, toi, que nous nommions le hussard, Charles d'Espagne , si cet écrit traverse les Pyrénées et tombe en tes mains, sans doute un sang généreux coule dans tes veines, et tu as puisé dans ton berceau de nobles principes : mais tu souriras au sou-»

venir que ces détails te rappelleront,' et peut-être penseras-tu que le temps que nous avons passé à l'école des dangers, dans le soutien mutuel de nos âmes, a contribué

à développer en toi la constance qui Ta fait parvenir à la tête des armées espagnoles, dans la lutte que tu as soutenue avec les braves de cette nation !

Salut , pure amitié ! sentiment plein de charmes , délices de Pâme innocente et de celle qui s'est vouée à la vertu , émanation de la charité qui unit entre eux les esprits célestes. Tu es le seul lien que ne soient pas obligés de rompre les voyageurs de cette vallée de souffrances qui se sont mis à la suite de leur divin Maître, et ils se plaisent à te voir briller dans la dernière cène qu'il fit avec ses disciples, où la tête de Jean le bienaimé reposa sur son cœur. Sainte amitié, tu t'élèves d'un essor sublime au-dessus de ces liaisons passagères qui se forment dans la poursuite des vains plaisirs et des périlleux biens de ce monde, et l'infidélité ne se trouve pas en toi. Tues la douceur du foyer du patriarche, le repos des vierges, la consolation des guerriers : avec ton aide, les âmes

font des efforts vers le bien , et elles se dégagent des foiblesses de la nature !

Lorsque Fattaque du général Houchard obligea le duc d'York à lever le siège dé Bergues et deDunkerque, notre compagnie étoit à l'arrière-garde de l'armée : caries généraux savoient fort bien se servir de nous, et comme une mort certaine nous attendoit de l'autre côté, en nous employant ainsi, ils se préservoient de la désertion. La division à laquelle nous étions attachés fut un moment cernée : nous fermions la marche, et six chasseurs , les derniers de tous, du nombre desquels j'étois , poussoient devant eux un troupeau de bœufs qu'on vouloit conserver, lorsque des coups de fusil nous vinrent de l'arrière . Nous ripostâmes. La route serpente entre deux haies entrecoupées, et en peu de temps vous eussiez vu les bœufs franchir ces haies à la débandade ; on se battoit en avant et autour de nous : il fallut doubler le pas, et passer au-delà d'un

de nos bataillons qui avoit pris position.

Nous ajoutâmes alors une force à celle qui étoit aux prises en avant , et nous nous fîmes jour avec une perte peu considérable en hommes (trois chasseurs hors de combat), mais nos bagages furent perdus. Fatigués du poids de nos sacs, nous les avions dé* posés dans le chariot du capitaine : un boulet de canon emporta la cuisse du cheval, et le chariot resta sur la route : mon argent y étoit , dans le porte-manteau de d'Espagne, et nous n'avions plus à nous deux que douze francs : pauvre pitance, si personne n'eût porté secours 1 Pour compensation , assez peu consolante, le chemin d'Houdscoot étoit ouvert , et de cette petite place nous dirigeant vers F urnes , nous nous éloignâmes du champ de bataille dont les Français ont peu mis à profit l'avantage; car nous tînmes bon à Fûmes, et quatre de nos compagnies y furent consacrées au service des avant-postes, de concert avec deux com-

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pagnies d'O'Donnel. La garnison consistait eii deux régimens Hessois, infanterie et cavalerie.

Je trouvai là d'anciens amis : j'avois été, comme on sait , au service de Hesse , d'abord enseigne, puis lieutenant dans les gardes de Frédéric II > qui honorait mon père de son amitié <, et après Ginq ans, j'avoi$ quitté ce service à la mort de ce prince, vers la fin de 1 785 . Plusieurs de mes anciens camarades étaient officiers supérieurs de la garnison : ils me reconnurent, me traitèrent en ami; ma qualité de simple soldat disparoissoit à leurs yeux , et souvent ils m'invitoieot à leur table. Dans la matinée du 21 octobre a 793, Fumes fut attaqué par les généraux Hoche et Vandamme. Nos oompagntes et celles d'O'Donnel sortirent au-devant de l'ennemi , et repoussèrent d'abord ses tirailleurs ; mais les bataillons serrés nous obligèrent de rentrer dans la ville, d'où la retraite fut ordonnée après plus de

trois heures d'un feu soutenu. «Tétais resté à une redoute où un détachement Hessois défendoit avec une pièce d'artillerie la barrière de Dixmude, par laquelle nous étions rentrés. L'ordre de la retraite nous vint tard, et en le mettant à exécution, nous trouvâmes la petite place de la ville couverte de Français. Nous nous jetâmes dans une rue pour gagner la sortie qui conduit à Nieuport, et lorsque nous fumes arrivés aux restes de l'ancien rempart , démantelé quelques années auparavant par l'empereur Joseph II, nous y fûmes joints par deux détachemens qui rebroussoient chemin devant cette barrière occupée par l'ennemi. Nous étions alors environ cent cinquante hommes, et trois pièces de canon marchoient avec nous. A l'endroit même où nous nous trouvions, six de nos grenadiers, parmi lesquels étoit Lavaur, portaient un camarade atteint d'une blessure mortelle : ils réclamèrent

notre assistance. Le moment étoit un de

ceux où les hommes en état de se frayer un chemin, peuvent seuls conquérir leur salut :

nous le dîmes aux grenadiers, en les engageant à faire nombre avec nous ; mais ils ne voulurent point abandonner leur camarade.

« Qu'allons-nous faire ? » fut alors la question des jeunes officiers Hessois. — « La » troupe que nous avons en tête ne peut » pas encore être nombreuse, répondis-je.

m Passons lui sur le corps. Le choc sera » violent; mais il faut prendre sur-le-champ » ce parti , ou nous allons être faits prison- » niers : alors la fusillade m'attend. » — » Non , non , s'écrièrent tout d'une voix les » braves jeunes gens , cher Cazotte , nous » ne voulons -courir qu'une même chance » avec toi . En avant , marohons ! » Nous nous élançons sur la barrière , les troupes qui la couvraient reculent , le passage est ouvert. L'avant-garde ennemie répandue sur l'ancien glacis se contenta de faire feu sur nous au lieu de courir à notre ren-

contre, et nous pûmes franchir, avec nos trois pièces d'artillerie , le terrain entre la ville, et ie canal de l'autre côté duquel étoient nos troupes. Notre perte fut de quarante, tués ou blessés. Je reçus deux balles dans mes vêtemens ; une troisième avoit traversé ma giberne, et j'étois couvert de sang du lieutenant Blondel , à qui j'avoip porté ' les

premiers secours, à l'instant où il fut mortellement blessé pendant le combat de la matinée. A notre arrivée au delà du canal, phisieurs volontaires échappés avec nousin'embrassoient e t m'appeloient leur second père. C'est le cœur des Hessois qui nous avoit sauvés. À toi l'honneur, pour eux tous, Heiligenroda !

Hoche nous suivit à Nieuport : mais cette petite place étoit à l'abri d'un coup de main ; après deux jours d'une cannonade assez vaine , de part et d'autre , il se retira et le régiment Loyal-Emigrant retourna en entier à Furnes.

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