LIVRE II
Les fatalistes de toutes sortes, qu’ils soient métaphysiciens, psychologues ou physiologistes, n’ont vu que le côté inné et obscur de notre nature, legs de nos ancêtres; ils se sont üguré le caractère tout entier comme quelque chose de donné avec la naissance, qui n’aurait plus ensuite qu’à se développer. Pour Spinoza, le caractère est un théorème dont le milieu extérieur fait sortir les conséquences avec une nécessité mathématique. Schopenhauer, lui aussi, admet un « caractère intelligible», qu’aucune leçon de la morale ou de l’expérience ne peut modifier. Taine attribue à nos facultés maîtresses une action aussi inéluctable que les conséquences logiques d’une définition. Selon M. Ribot aussi, tout vrai caractère étant inné, les Vincent de Paul comme les Bonaparte ne font que développer dans leur vie l’espèce de prédestination physiologique apportée en naissant : « Les caractères vrais ne changent pas. »
Sans méconnaître tout ce que ces théories peuvent renfermer d’exact, nous croyons qu’elles ont un défaut commun : elles assimilent l’évolution des êtres à celle des mécanismes régis par l’aveugle géométrie, par l’aveugle physiologie. Or il y a dans le caractère humain un élément d’ordre supérieur, nouveau et original : la conscience. C’est le pouvoir de réaction inhérent à l’intelligence que nous voulons opposer au fatalisme décourageant de Spinoza, de Schopenhauer , de Taine et de leurs successeurs. Nous montrerons d’abord que l’intelligence ne doit pas être exclue des facteurs primordiaux du caractère ; qu’elle est au contraire un des éléments qui le distinguent le mieux du tempérament; qu’elle doit, par conséquent, entrer en ligne de compte dans la classification des divers types. Nous rechercherons ensuite son influence sur chacune des trois principales espèces de caractères : les sensitifs, les intellectuels et les volontaires.