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XI II

plus d'autre intérêt politique que celui de ce que je crois être le juste et le \rai. .Ma pensée se trouvant ainsi affranchie du soupçon, je puis l'exposer sans ambages, et elle peut exercer une influence utile comme toute pensée sincèrement conçue et sincèrement exprimée.

Un autre motif m'aurait peut-être aussi détourné de cette publication si j'étais demeuré député.

Je suis revenu de mes préventions contre le collectivisme ; je suis porté à croire à son triomphe ; je considère la défense de cette cause comme s'imposant actuellement à tout ami du progrès. Mais je n'ai cependant pas dans la doctrine de Karl Marx la foi presque aveugle de ses partisans.

J'estime qu'il faut marcher avec les socialistes; je pense que le collectivisme peut triompher sans faire courir à la société les dangers que je redoutais de lui; mais j'ignore s'il triomphera. Je demeure dans le doute si la bataille menée par les doctrinaires du parti, et qui certainement doit nous conduire à un état social meilleur, nous y conduira par la voie qu'ils supposent ou par une autre voie dont ils ne se doutent pas.

Il suit de là que je suis libre d'exposer ma pensée théorique ; mais il en résulte aussi que je me trouverais gêné s'il me fallait défendre le socialisme à la tribune avec le ton tranchant et dogmatique indispensable dans un milieu DÙ l'on tend à se discipliner.

Je ne saurais combattre cette discipline. Elle s'impose dans la terrible guerre entreprise contre toutes les forces de réaction aidées de l'indifférence chaque jour croissante

des masses. Mais elle me serait lourde et je craindrais fort que ce livre de loyale adhésion ne me fît taxer rapide ment d'hérésie.

Je ne suis plus aujourd'hui qu'un simple citoyen, qu'un penseur et ces obstacles n'existent plus pour moi.

N'eussé-je pas éti désintéressé toute ma vie, comme en fait je l'ai été, je le serais à cette heure. Près de la tombe, je n'ai plus rien à demander à mes concitoyens, rien à attendre d'eux. Le jugement de la postérité seul me préoccupe et mon unique désir est avant de mourir, de donner à mes semblables ce qu'il y a en moi de réflexion sincère et de bonne volonté, afin de ne rien emporter dans le cercueil de ce qui peut être utile au genre humain.

Et du moment où je le puis, où ma situation actuelle me permet de livrer l'expression dernière de ma pensée, sans crainte de la voir travestie et diminuée dans ses effets par une suspicion outrageante, je crois accomplir un devoir en profitant de la liberté que les tristesses de ces temps m'ont faite,

A quelque chose, comme le dit le proverbe, malheur est bon.

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