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DES TITRES QUE PEUVENT INVOQUER LES CAPITALISTES

Eh bien ! nous ne saurions hésiter à le confesser ici, dans l'immense majorité des cas, et en dehors de l'intérêt que peut avoir la société à déléguer à tel ou à tel la gestion des réserves sociales, la propriété ne peut pas sérieusement se justifier.

Autrefois on la fondait sur le droit du premier occupant. Ce prétendu droit supportait si peu la critique que les partisans les plus résolus de l'appropriation individuelle l'ont presque tous abandonné.

Proudhon s'exprimait ainsi sur l'occupation considérée comme fondement de la propriété i :

Non seulement l'occupation conduit à l'égalité ; elle empêche la propriété. Car, puisque tout homme a droit d'occuper par cela seul qu'il existe, et qu'il ne peut se passer pour vivre d'une matière d'exploitation et de travail ; et puisque d'autre part, le nombre des occupants varie continuellement *par les naissances et les décès, il s'ensuit que la quotité de matière à laquelle chaque travailleur peut prétendre, est variable comme le nombre des occupants; par conséquent, que l'occupation est toujours subordonnée à la popula-

I. Qu'est-ce que la propriété? ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement? premier mémoire. — Paris, 1849, p. 66.

tion ; enfin, que la possession, en droit, ne pouvant jamais demeurer fixe, il est impossible, en fait, qu'elle devienne propriété.

Tout occupant est donc nécessairement possesseur ou usufruitier, qualité qui exclut celle de propriétaire. Or, tel est le droit de l'usufruitier : il est responsable de la chose qui lui est confiée ; il doit en user conformément à l'utilité générale, dans une vue de conservation et dedéveloppement de la chose ; il n'est point maître de la transformer, de l'amoindrir, de la dénaturer; il ne peut diviser l'usufruit, de manière qu'un autre exploite la chose, pendant que lui-même en recueille le produit; en un mot, l'usufruitier est placé sous la surveillance de la société, soumis à la condition du travail et à la loi de l'égalité.

On n'a rien répondu à cette argumentation puissante et j'aurais cru inutile de signaler même la théorie du droit du premier occupant, si tout récemment M.James Carmichael Spence ne l'avait revendiquée comme la vraie base de la propriété 1.

Mais puisqu'on y revient, il faut bien insister encore et en montrer l'inanité.

Ne pas tenir compte du temps et de l'espace ; considérer une institution comme juste à notre époque uniquement parce qu'elle a pu l'être dans d'autres temps ou dans d'autres lieux, et cela sans se donner la peine d'analyser les éléments qui différencient ces agglomérations primitives de notre civilisation moderne, c'est faire œuvre de sophiste.

C'est ce que font les partisans du droit du premier occupant, appliquant au temps présent ce qui a pu être légitime dans les premiers âges de l'humanité, ce qui l'est peut-être encore dans quelques pays sauvages.

Evidemment aussi longtemps que l'homme a été assez clairsemé sur la planète pouf qu'il y ait eu plus de terre à cultiver que de bras propres à en opérer la culture, l'occupation a été un titre non de propriété, mais certainement de possession. 11 n'était pas à craindre dans de telles conditions que personne n'accaparfit plus de terre qu'il

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