I. James Carmichacl Spence — The conscience of the King
n'aurait pu en exploiter par ses propres forces ; car nul n'aurait consenti à cultiver le champ d'autrui et à partager avec lui le fruit de son travail, alors que tous pouvaient trouver des champs libres.
Mais dès que le nombre des habitants s'est accru au point que tout un pays ait éiù occupé, le fait de l'occupation d'hier ne pouvait plus conférer aucun droit pour demain. De ce que je suis né le premier, il ne s'ensuit nullement que je puisse justement interdire la possession du sol à mes semblables, qu'il me soit licite de les réduire en esclavage ou en servage parce qu'ils sont nés après moi. Ces vérités ne souffrent pas de contradiction et ce m'est un étonnement qu'un esprit aussi clair, aussi précis, aussi scientifique que M. J.-C. Spence ait pu les méconnaître.
A l'heure actuelle les économistes ne donnent plus pour base au droit de propriété que le travail; et si tous les capitau.x étaient le fruit du travail, avaient été créés par ceux qui les possèdent, nous n'aurions rien à leur objecter.
Certes! il y a des cas où la propriété est légitime. Lorsqu'un Lamartine, un Victor Hugo, par leurs chants immortels, non seulement donnent aux hommes la plus noble des jouissances, mais encore contribuent à adoucir les mœurs en préparant, par l'exaltation de tous les grands sentiments, l'évolution humaine vers la justice et la fraternité, la fortune amassée par l'obole que chaque homme reconnaissant verse dans la caisse du poète et la possession du capital qui en résulte pour lui, sont conformes aux lois de la justice la plus élevée.
Lorsqu'un Ampère, un Pasteur, un ^^'att, un Edison, ipportent à leurs semblables des découvertes qui amoindrissent les distances, préparent la fusion des peuples et lident, en augmentant la production, à mettre à la portée ie tous des jouissances jusque-là réservées à quelques-uns, 'immense richesse matérielle et morale dont ils sont les :réateurs leur doit une fraction minime de ce qu'ils ont
produit. Ici encore il est impossible de reprocher à ses possesseurs la fortune si justement acquise, et il y a même un intérêt majeur à la leur assurer, puisque cette récompense méritée accordée aux inventeurs sert de stimulant et provoque des inventions nouvelles dont le genre humain profitera.
On objecte quelquefois, il est vrai, que l'inventeur, l'artiste, le poète n'ont été que l'aboutissant du lent développement scientifique, littéraire ou artistique qui les a précédés. On en infère que le fruit de leurs travaux doit revenir non à eux mais à la société qui les a rendus possibles.
Il serait absurde de nier cette coopération de la société présente et passée aux grandes productions du génie ; mais il serait tout aussi absurde de nier l'action du génie luimême. Il a su tirer du sol les richesses accumulées par les siècles. Les autres hommes les y auraient peut-être laissé dormir pendant des siècles encore. On doit reconnaître à la société, c'est incontestable, sous peine de commettre un déni de droit, une part — la plus grande — du bénéfice des œuvres, sur la production desquelles elle a exercé une action prépondérante. Mais on est également obligé de reconnaître un droit sur ces bénéfices au génie sans lequel la moisson n'aurait pas germé.
D'ailleurs dans toute découverte, dans toute production intellectuelle, la part de la société est des millions de fois supérieure à celle de l'individu. Sans parler de la durée limitée de la propriété littéraire et de la propriété industrielle, sans rappeler la brièveté des brevets d'invention, peut-on vraiment mettre en balance les quelques millions qu'a retirés Victor Hugo de ses poésies, de ses romans, de ses drames, avec l'immense avantage moral qu'en a retiré l'humanité tout entière, et qui se perpétuera à travers les âges, comme s'est perpétué depuis deux ou trois mille ans le bienfait des travaux d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide.
Et dans les procédés industriels nouveaux, avant même que ceux-ci ne tombent dans le domaine public, l'inventeur peut-il éviter d'associer la société à ses profits?
Je prends un brevet dont le résultat doit être d'abaisser le prix de revient d'une marchandise utile. Si je veux tirer parti démon invention, utiliser les quinze années que durera mon privilège, ne suis-je pas forcé, pour évincer mes concurrents, d'abaisser le prix de vente au-dessous du cours actuel? Sans doute la baisse s'accentuera encore dans quinze ans à l'expiration du brevet; mais même pendant les quinze années du brevet elle s'imposera à moi. Si je résiste, je ne vendrai rien, je ne gagnerai rien, et l'on n"aura pas à me reprocher des bénéfices que je n'aurai pas réalisés. Si au contraire je réalise des bénéfices, c'est que j'y aurai fait participer la société dans une proportion supérieure à celle dont j'aurai profité moi-même.
Il y a donc certainement des capitaux bien acquis, et s'il n'y en avait pas d'autres, la productivité du capital étant indiscutable, personne n'aurait le droit de s'élever contre le prélèvement opéré par le capitaliste sur la production nationale puisque le capitaliste serait le principal auteur de cette production.
Mais hélas! ces capitaux équitablement, légitimement, justement acquis, et par conséquent justement détenus par leurs propriétaires, forment une si minime part du capital total d'un pays qu'ils deviennent quantités aussi négligeables que les infiniment petits dont on ne tient pas compte dans le calcul différentiel.
Pour la part de beaucoup la plus grande, les capitaux sont au pouvoir non de ceux qui les ont créés, mais de ceux entre les mains desquels le hasard les a placés : ils proviennent le plus souvent non du travail personnel, mais de l'héritage, de la spéculation ou de ce que Georges appelait la conjoncture.
Que dire de l'héritage? il se présente à nous avec l'aspect d'u'ne contradiction économique. Vu du côté du testateur il est juste : on ne peut refuser à l'auteur d'une fortune la faculté d'en disposer comme il l'entend. Il lui 1 serait loisible de la dépenser; il ne saurait lui être interdit de la donner, et cette faculté lui est d'ailleurs un stimulant pour l'acquérir. Vu du côté de l'héritier, il revêt un aspect antisocial : un homme ne peut posséder justement que ce qu'il a produit, surtout dans une société où les capitaux sont eux-mêmes éléments de profits individuels.
Dès quun fait, une idée, présentent un rapport contradictoire et développetît leurs conséquences en deux séries opposées, il y a dégagement à attendre d'un fait, d'une idée nouveaux et synthétiques. En un mot toute antinomie suppose une synthèse.
L'héritage nous présentant une antinomie, nous sommes donc logiquement amenés à en chercher la synthèse. Cette synthèse, la société capitaliste ne nous l'offre pas. Il y a lieu dès lors de la chercher en dehors d'elle. C'est là peut-être un des arguments les plus puissants, quoiqu'il n'ait jamais été donné, que l'on soit en droit d'invoquer contre la perpétuité du régime social actuel. C'est en même temps un argument très fort en faveur du collectivisme : le jour où le capital ne serait plus productif d'intérêts entre les mains des individus, où il ne représenterait plus que des bons de consommation, l'héritage perdrait toutes ses conséquences antisociales, et pourrait être conservé sans dangers, sans inconvénients.
Et la spéculation ! Certes je ne suis point de ses contempteurs. Elle présente des abus comme toute chose en ce monde. Mais elle est le pivot de notre société capitaliste, et aussi longtemps que cette forme sociale subsistera, il sera fou de chercher à la supprimer ou même à la restreindre. Il faut citer ce qu'en dit Proudhon,
Au-dessus du travail, du capital, du commerce ou de l'échange et de leurs innombrables variétés, il y a encore la spéculation.
La spéculation n'est autre chose que la cimception intellectuelle des divers procédés par lesquels le travail, le crédit, le transport, réchange, peuvent intervenir dans la production. C'est elle qui recherche et découvre pour ainsi dire les gisements de la richesse, qui invente les moyens les plus économiques de se la procurer, qui la multiplie soit par des façons nouvelles, soit par des combinaisons de crédit, de transport, de circulation, d'échange; soit par la création de nouveaux besoins, soit même par la dissémination et le déplacement incessant des i'ortunes.
Par sa nature, la spéculation est donc essentiellement aléatoire, comme toutes les choses qui, n'ayant d'existence que dans l'entendement, attendent la sanction de l'expérience.
Un capitaliste trouve que ses fonds placés sur hypothèque ne lui rendent pas assez. Il passe avec un ou plusieurs armateurs, un contrat par lequel il leur prête, sur le corps du bâtiment et sur leurs cargaisons, une somme considérable en convenant que, si les objets périssent, le capital prêté sera perdu pour lui ; si, au contraire, ils arrivent à bon port, il aura une part de 5o pour cent dans le bénéfice de la vente. — C'est ce que le code de commerce nomme contrat à la grosse, une vraie spéculation.
Une réunion de capitalistes se forme en société anonyme, avec approbation et sous la surveillance de l'Etat, dans le but d'assurer, moyennant une prime de 2 pour 1000, les propriétaires contre les risques d'incendie. Ils ont calculé, d'après la moyenne plus ou moins exacte des sinistres annuels, qu'à ce faible taux, insignifiant pour les assurés, les fonds de la compagnie, sans cesser de fonctionner dans d'autres entreprises comme capital, pouvaient, comme enjeu d'une opération aléatoire, rendre 3o, 100 et i3o pour 100 de bénéfice net annuel. — Spéculation.
On connaît l'histoire de ce fabricant de chapeaux de paille d'Italie qui offrit 10,000 francs à une femme de chambre de l'impératrice Joséphine, si elle parvenait à faire porter par sa maîtresse un de ses chapeaux. La mode en cllct ne tarda pas à s'en répandre parmi toutes les dames de la capitale, et fit la fortune de l'industriel. — Spéculation.
Un ingénieur se dit que, s'il trouvait 'e moyen de réduire de 4 kilogrammes à i, par heure et force de cheval, la dépense du combustible dans les machines à vapeur, ce serait comme s'il avait découvert une mine de houille dont la richesse exploitable serait éj.ale à la quantité de charbon qui se fût consommée en plus de i kilo-
gramme par heure et par force de cheval, dans toutes les machines à vapeur. Il dépense Un million en études et essais : réussira-t-il '{ ne réussira-t-il pas? Si oui, sa fortune peut être décuplée; si non, il perd tout. — Spéculation.
Dans tous ces exemples, la spéculation est éminemment productive, non seulement pour le spéculateur, mais pour le public qui participe aux résultats.
Le contrat à la grosse est productif, puisque, s'il ne se trouvait personne pour courir le risque de la mer, il n'y aurait pas de commerce maritime.
L'assurance est productive, puisqu'elle fait disparaître presque en entier les dangers de l'incendie en les distribuant sur un très grand nombre de propriétés.
Le pot-de-vin payé à une femme de la Cour a été productif (nous ne parlons pas en ce moment du côté moral de la spéculation, nous y reviendrons tout à l'heure), puisqu'il a causé un surcroît de production dans l'industrie des chapeaux.
L'ingénieur mécanicien serait producteur s'il parvenait à réaliser sa pensée; il produirait trois fois autant que l'industrie minière, puisqu'il réaliserait une économie de combustible égale, en ce qui concerne les machines, aux trois quarts de la consommation.
Et après avoir multiplié encore les exemples de spéculation productrice, Proudhon ajoute :
Ainsi donc, la spéculation est, à proprement parler, le génie de la découverte. C'est elle qui invente, qui innove, qui pourvoit, qui résout, qui, semblable à l'Esprit infini, crée de rien toutes choses. Elle est la faculté essentielle de l'économie. Toujours en éveil, inépuisable dans ses ressources, méfiante dans la prospérité, intrépide dans le revers, elle avise, conçoit, raisonne, définit, organise, commande, légifère; le travail, le capital, le commerce exécutent. Elle est la tête, ils sont les membres. Elle marche en souveraine, ils suivent en esclaves.
Mais toute médaille a son revers et Proudhon poursuit :
La spéculation ne pouvait échapper à la loi commune : et comme les pires abus sont ceux qui s'attachent aux meilleures choses, corruptio optimi pessima, c'est sous le nom de spéculation que le parasitisme, l'intrigue, l'escroquerie, la concussion dévorent la richesse publique et entretiennent la misère chronique du genre humain.
La spéculation, avons-nous dit, est essentiellement aléatoire. Toute combinaison industrielle, financière ou commerciale, emporte avec
elle un certain risque; par conse'quent, à côté de la rémunération d'un service utile, il y a toujours, ou presque toujours, un bénéfice (l'agio.
C'est cet agio qui sert de prétexte ou d'occasion à l'abus.
En tant qu'il sert de compensation au risque que toute spéculation productive emporte avec elle, l'agio est légitime. Recherché pour luimême, indépendamment de la production spéculative, l'agio pour l'agio entin, il rentre dans la catégorie du pari et du jeu, pour ne pas dire de l'escroquerie et du vol: il est illicite et immoral. La spéculation ainsi entendue n'est plus que l'art, toujours chanceux cependant, de s'enrichir sans travail, sans capital, sans commerce et sans génie; le secret de s'approprier la fortune publique ou celle des particuliers sans donner aucun équivalent en échange : c'est le chancre de la production, la peste des sociétés et des Etats.
Et Proudhon termine ainsi son chapitre après avoir cité encore de nombreux exemples :
Nous ne nous étendrons pas davantage sur cette matière. On voit, par ces quelques exemples, qu'autant la condition aléatoire, inséparable de toute spéculation sérieuse, fournit de prétexte à la spéculation abusive; autant les erreurs, dont la première est involontairement et innocemment susceptible, fournissent d'excuses et de déclinatoires à la seconde. C'est une mer remplie d'écueils, de bas-fonds, de courants et d'entonnoirs, visitée par les trombes, les glaces, les brouillards, les ouragans, infestée par les flibustiers et les corsaires.
Voici donc une seconde antinomie qu'il est impossible, qu'il serait funeste, d'essayer de réduire dans notre société bourgeoise. A supposer qu'un gouvernement en eût la force — ce qui est d'ailleurs une hypothèse gratuite, la spéculation ayant une torce supérieure à celle de tous les pouvoirs établis, elle l'a montré à toutes les époques, — on ne pourrait résoudre l'antinomie de la spéculation qu'en supprimant la spéculation elle-même; on ne pourrait supprimer l'abus qu'en supprimant l'usage et la suppression de l'usage aurait pour conséquence la ruine du pays.
C'est pourquoi les exceptions de jeu, les impôts sur les transactions de la bourse et du commerce, les limitations
des marchés à terme et des marchés à prime sont de nos jours des mesures non seulement sans utihté, mais des mesures à la fois vexatoires pour les particuliers, nuisibles aux intérêts généraux, ruineuses pour les pays qui y recourent et génératrices de richesse pour les pays qui, en cette matière comme en toutes les autres, respectent la liberté. Il n'en reste pas moins évident que puisque nous constatons encore ici une antinomie, puisque toute antinomie suppose une synthèse, et puisque notre société bourgeoise ne peut nous apporter cette synthèse, il y a présomption d'une société future qui nous l'apportera.
Ainsi, l'hérédité et la spéculation sont impuissantes à nous fournir une base solide capable, en établissant la légitimité de la possession des capitaux par leurs détenteurs, de légitimer du même coup le prélèvement opéré par ces dernierssurla production. La conjoncture, lehasard, la chance ne nous fournissent pas un fondement plus solide pour la propriété qui dérive d'eux.
J'achète aujourd'hui un terrain à 10 centimes le mètre carré, ou même bien au-dessous si c'est une terre inculte et impropre à la production agricole. Plus tard on bâtit dans mon voisinage et une ville s'ébauche à côté de moi. Puis un chemin de fer qui dessert cette ville naissante en accroît rapidement l'importance et le nombre des habitants ; les maisons se multiplient, le prix des terrains s'élève et je revends à 200 francs le mètre carré ce que j'ai payé 10 centimes. Avec 1000 francs j'ai acheté 10,000 mètres carrés. Je les revends deux millions; j'ai échangé chaque franc contre 2,000 francs. Où est le travail qui m'a rendu possesseur de cette fortune? Il n'y en a pas. Elle m'est venue pendant que je dormais sans que rien me l'ait fait prévoir et pressentir. — Et que si je l'ai prévue, si je l'ai pressentie, mon acquisition sans travail s'est doublée d'un vol. J'ai spolié en le lui achetant à 10 centimes, alors
qu'il ignorait ce que je savais, Tancien propriétaire du terrain.
Ainsi donc ni l'héritage, ni la spéculation, ni la conjoncture ne donnent une base juste à la propriété. Par voie de conséquence il faut conclure que toute fortune basée sur la productivité du capital est elle-même abusive. Si la productivité du capital, nous ne saurions en effet le trop repéter, justifie le prélèvement opéré par le capitaliste, elle ne saurait le faire qu'à une condition, c'est que le capitaliste tienne son capital d'une source juste. S'il ne le tient pas d'une source juste, ce capital ne s'incorpore pas à sa personne et ne lui confère aucun droit aux produits.
La spéculation la plus normale devient alors inique. Dans l'exemple du contrat à la grosse cité par Proudhon, les 5o o/o de bénéfice réclamés par le prêteur et justifiés par l'aléa supposent que la somme prêtée par lui était le fruit de son travail . Si elle ne se trouve entre ses mains que par l'effet d'un héritage, d'un jeu, d'une conjoncture, il peut la posséder en droit écrit; en droit naturel elle ne lui appartient pas, et le bénéfice qu'il prélève sur le résultat de l'entreprise maritime ne lui appartient pas davantage.
Puisque les capitaux dont l'origine est à l'abri de toute attaque, ceux qui sont le fruit du travail, du talent, du génie, ceux que légitime le service rendu à la société tout entière, sont une exception à peine perceptible dans la masse des capitaux, Karl Marx et Lassalle ont raison dans leurs conclusions, malgré leur erreur théorique fondamentale.
Pour que la science fût en droit de condamner leurs conceptions, il faudrait que l'on pût se faire de la propriété une idée tout autre que ne s'en font les économistes. Il faudrait que la possession d'une fortune fût assimilée à une fonction et son possesseur à un fonctionnaire; il faudrait envisager le capitaliste comme remplissant le rôle de préposé à la gestion de la richesse sociale à la
manière des administrateurs d'une compagnie anonyme relativement à l'actif de cette compagnie; il faudrait que le capital dont il dispose ne représentât pas le fruit d'un travail personnel et n'eût pas pour but une jouissance personnelle ; il faudrait considérer le rentier, le patron, comme investis de leurs fortunes par la société, en vertu d'un acte régalien analogue, quoique tacite, à celui par lequel le gouvernement nomme un préfet, un procureur général, un général de division. Dans ce cas l'hérédité, la conjoncture, la spéculation seraient les formes adoptées par la société pour effectuer cet investissement La nature un peu primitive, un peu cahotique de ces formes n'enlèverait d'ailleurs rien au caractère fonctionnaire du capitaliste, pas plus que la vénalité des charges, en Angleterre il y a trente ans et chez nous avant la révolution, n'enlevait quoi que ce fût de ce caractère à leur acquéreur. Le détenteur d'une charge acquise à prix d'argent ne devenait pas un propriétaire au sens philosophique du mot. Dans l'hypothèse où nous nous plaçons, le capitaliste ne le deviendrait pas davantage; la critique socialiste devrait dès lors se placer sur un terrain tout à fait nouveau où d'ailleurs elle pourrait rencontrer des assises tout aussi solides.