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POLITIQUE

Jusqu'ici nous avons analysé les faits sociaux et nous sommes arrivés à cette conclusion que le collectivisme a de grandes chances de s'imposer à un moment donné, à moins qu'il ne soit arrêté dans son développement par les réformes mêmes auxquelles travaillent ses défenseurs. Encore cette solution nous a-t-elle paru improbable, l'avénement du socialisme semblant devoir résulter aussi bien de la dissémination que de la concentration des capitaux.

Nous avons été également amenés à considérer cette forme sociale comme transitoire, l'idéal étant placé dans un communisme anarchique encore utopique, mais non fatalement irréalisable, et dans lequel nous avons scientifiquement le droit de mettre notre espérance de finale rédemption.

Enfin ce point d'aboutissement, vers lequel nous nous acheminons, dont, peut-être sans l'atteindre jamais d'une manière absolue, nous devons nous rapprocher tous les jours si le progrès n'est pas un vain mot, nous semble pouvoir résulter indifféremment d'une phase collectiviste

intérimaire ou de perfectionnements graduels et féconds intervenus dans la société individualiste. Il dépend, en effet, exclusivement de la puissance productrice de l'humanité.

N'admettant plus, il est vrai, de providence, nous n'avons plus le droit d'affirmer le progrès comme une vérité scientifique, et les pessimistes ne commettent pas d'illogisme absolu en supposant l'éternité des vices sociaux qui, dans cette manière de voir, seraient inhérents aux sociétés humaines, quelles qu'en fussent les formes. Nous devons nous écarter néanmoins autant qu'il est en nous de cette hypot^hèse désespérante. Si l'on s'y arrêtait, elle paralyserait l'effort, elle abaisserait le moral de l'homme, et non seulement elle nous conduirait ainsi à ne rien tenter pour atténuer le mal et la souffrance, mais encore, par l'apathie qu'elle déterminerait, elle tendrait à les accroître.

Quelle que soit donc la vérité absolue, vérité qui ne nous est pas accessible, notre devoir est d'adopter le postulatum du progrès. L'humanité a besoin pour vivre de conserver au moins le puissant levier de l'espérance. Si même cette espérance était vaine, elle serait encore utile, car elle nous aiderait à supporter les tristesses de l'inexorable réalité.

D'ailleurs, l'hypothèse du progrès si elle est de beaucoup la plus séduisante, est de beaucoup aussi la plus probable. Quoi qu'en disent les mécontents par essence, le genre humain est aujourd'hui plus éclairé, plus doux de moeurs, plus fraternel, plus heureux qu'aux époques recalées de l'histoire et de la préhistoire. ^ Il n'existe donc aucune raison de supposer que ce travail d'amélioration, qui, malgré des éclipses momentanées, ne s'est jamais djmenti à travers les siècles, doive s'arrêter tout à coup.

Il est possible, il est vrai, comme nous l'avons dit, que l'idéal complet ne soit qu'un continuel devenir; que comme il arrive pour les asymptotes il soit placé à l'infini;

et que nous marchions sans cesse clans sa direction, augmentant chaque jour nos connaissances, épurant chaque jour notre morahté, accroissant chaque jour notre bienêtre, voyant décroître continuellement les sentiments de convoitise, d'envie, de haine si douloureux à contempler, sans arriver cependant jamais au point de repos, à ce point mort, où l'humanité n'ayant plus rien à espérer, plus rien à désirer, il ne lui resterait plus comme aux bienheureux du Bouddhisme qu'à s'anéantir dans le Nirvana.

Mais s'il en est ainsi, et cela est probable, cet idéal placé hors de notre portée,^ à l'infini, doit demeurer le point lumineux qui nous guide, qui dirige notre marche incertaine dans l'obscurité. C'est à ce titre que nous conservons comme la plus haute et la plus consolante conception de la religiosité humaine, dans l'acception positive du mot, l'utopie bienfaisante du communisme anarchique complet.

Maintenant, comment se rapprochera-t-on de sa réalisation? quelles seront les phases successives de l'humanité? quelle sera surtout la phase prochaine, immédiate? C'est presque une question secondaire et indifférente pour nous.

Que la lutte dans laquelle nous sommes engagés aboutisse à des modifications sociales qui résolvent le problème de la production, de la répartition et des réserves, sans sortir de l'individualisme capitalisme? c'est à la rigueur possible.

Qu'au contraire, cette solution nous amène au collectivisme marxiste socialisant la production sans socialiser la consommation, c'est probable. Mais l'opinion que philosophiquement nos concitoyens peuvent se faire sur ce point ne saurait modifier en rien leur attitude de combattants.

Jean Jaurès, dans le journal « la Petite République socialiste i )) a résumé le programme d'action socialiste immé-

I, La Petite République socialiste du i août 1899, •24'= année, n» 85 II.

diate, cxst-à-dire le programme de transition. Avec Guesde, avec Vaillant, avec tous les membres du parti, du plus révolutionnaire au plus modéré, il demande (( la protection légale des syndicats, la constitution d'un ministère du travail, les retraites pour tous les travailleurs, l'inspection ouvrière des manufactures, la journée de huit heures... etc.. etc. »

Que la mise en pratique de ces réformes détermine ensuite l'éclosion de la phase intérimaire dénommée collectivisme, ou qu'elle nous en éloigne,... qu'importe si elle réalise un progrès réel et si elle nous rapproche par une voie ou par une autre de ce communisme anarchique absolu, véritable millénium auquel nous tendons?

Il suffit que nous soyons d'accord sur ce minimum d'action pour qu'il nous soit impérativement enjoint par notre conscience d'y coopérer.

Les collectivistes, qui préparent ou croient|préparer l'expropriation de la bourgeoisie, préparent peut-être à leur insu autre chose. Ce ne serait ni la première ni la dernière fais qu'on aurait vu des chercheurs aboutir à des solutions grandioses, quoique différentes de celles vers lesquelles ils avaient cru s'acheminer. Mais, je le répète, qu'importe pourvu que le but atteint soit vraiment grand, utile et fécond? et sur ce point je n'ai pas de doute : il le sera.

L'idée républicaine aussi semblait grosse de conséquences qui ne se sont pas réalisées. Elle n'en a pas moins déterminé un progrès immense en s'implantant parmi les hommes. Mais elle laisse au socialisme la tâche de compléter, tout en faisant son œuvre propre, l'œuvre qui avait paru lui incomber à elle et que des circonstances malheureuses l'ont empêchée d'accomplir jusqu'au bout.

En 1792, en 1848, on pouvait croire que la République supprimerait les fi-ontières, qu'elle unifierait l'humanité. On chantait alors : « les peuples sont pour nous des frères, » et l'on récitait la Marseillaise de la paix.

Ces idées s'étaient même profondéraent implantées dans les masses républicaines, je citerai un fait touchant auquel j'ai assisté et qui en est une preuve frappante.

J'étais en 1869 à Madrid. Le mouvement espagnol de cette époque ressemblait par bien des côtés à notre mouvement de 1848. 11 en avait la générosité, la grandeur d'âme, la sentimentalité fraternelle.

Je ne puis pas, sans émotion, revivre par la pensée ces journées passées en Espagne d'avril à octobre 1869. Un des faits auxquels j'ai assisté — et que je veux consigner ici — a exercé sur moi une impression si profonde que mon être vibre encore lorsque je m'y reporte par le souvenir.

Nous étions arrivés au i*' mai. Le 2 mai est l'anniversaire de la lutte héroïque que soutint en 1808 Madrid insurgée contre les troupes de Napoléon I", et de la répression sanglante qui suivit cette insurrection. Deux lieutenants avaient trouvé la mort au cours de cette journée glorieuse. Un monument leur fut élevé plus tard près du Prado après l'indépendance reconquise; et chaque année, à cette date, avait lieu depuis lors une manifestation populaire en faveur de ces martyrs : une procession laïque, un cortège, ou comme disent les Espagnols, une u comitiva », « la comitiva del dos de mayo. »

Jusqu'à 1869, lorsque venait cette cérémonie commémorative, la population madrilène, entraînée par un esprit de patriotisme étroit, se montrait fort excitée contre les Français. De leur côté, ceu.x de nos compatriotes en résidence dans la capitale espagnole se cachaient, se soustrayaient aux regards de la foule, comme le faisaient les Juifs d'autrefois pendant la semaine de la passion. Ils n'avaient nullement tort d'en agir ainsi.

Qu'allions-nous faire?

Mon ami Combal mort peu de temps après, mon ami de Coutùuly, devenu depuis ministre de France dans diverses capitales étrangères, et quelques autres Français,

nous nous réunîmes le premier mai au soir pour en délibérer. Puis, sur une proposition de moi qui fut acceptée, une proclamation fut rédigée et portée au journal (( La Igualdad » où elle parut.

Dans cette proclamation rédigée en langue espagnole, et dont je regrette de n'avoir pas conservé le texte, nous exprimions une pensée éminemment internationaliste. Lorsqu'un crime international comme celui de 1808 est commis, y disions-nous, la nation qui se doit de le regretter à jamais est bien plutôt celle qui en a été l'auteur que celle qui en a été la victime. Comme conclusion nous terminions en annonçant que nous assisterions le lendemain au cortège.

Le lendemain, en effet, la petite colonie républicaine française prit place dans la comitiva et la suivit jusqu'au, monument du dos demayo. Tout le long de la route nous affections de parler français afin d'être reconnus, et tout le long de la route des hommes du peuple, des républicains espagnols, se détachaient, venaient nous étreindreles mains et nous disaient dans leur belle langue sonore :

(( No hay mas ni Franceses ni Espafioles; no hay que republicanos universales. Viva la republica fédéral universal ! »

(Il n'y a plus désormais ni Français ni Espagnols, il n'y a plus que des républicains universels. Vive la République fédérale universelle t)

Faudra-t-il mourir sans entendre à nouveau l'expression de ces exaltations fraternelles) Faudra-t-il renoncer à ce bel idéal de frontières supprimées, à ces accolades populaires de Paris en 1848, de Madrid en 1869? Aux enthousiasmes humanitaires d'un Michelet ou d'un Lamartine faudra-t-il se résigner à voir se substituer à perpétuité : chez nous, les violences haineuses d'un Drumond, d'un Millevoye, d'un Déroulède ; en Allemagne, les apothéoses de Bismark?

Non! non nîille fois!

Il est possible que je ne revoie pas l'heure de la fraternité humaine. Hélas! cela est même probable. La guerre néfaste de 1870-1 871 a substitué le culte de la force brutale à ce culte de l'amour. Les peuples ont rétrogradé de deux siècles, et nul ne peut prédire avec certitude à quel moment se renouera le fil de la grande pensée révolutionnaire, ni dans quelle nation ce fil se renouera. Mais sûrement il se renouera.

L'Espagne, la belle Espagne enthousiaste de 1869, courbée sous le joug des soudards et des moines, expie à cette heure les fautes de ses gouvernants par la mort de ses enfants, la ruine de ses finances et la perte de ses colonies. L'Italie qui, elle aussi il y a cinquante ans, eut son âge héroïque avec les Garibaldi, les Mazzini, les Manin, se meurt sous les talons de bottes des fuyards d'Adoua vautrés dans le sang du peuple milanais. La France, la P'rance de 1789, de 1792, de i83o, de 1848, se débat sous l'étreinte des antisémites, des dominicains, des jésuites et des généraux faussaires et prévaricateurs. La libre Angleterre écoute, sans le renverser avec indignation, le triste protagoniste de l'idée jingoïste et impérialiste qui a nom Chamberlain et emploie ses forces à l'écrasement d'un petit peuple inoffensif. Enfin la grande république américaine emportée par un mouvement capitaliste sans frein et sans conscience, ment à son principe, à ses promesses, et écrase dans le sang aux Philippines l'héroïque résistance des Tagals. Ne serait-ce pas le cas de répéter avec Pierre Dupont ces vers mélancoliques :

« Où donc est la terre promise?

Dieu d'amour et de liberté ! »

Il ne paraît plus qu'elle soit dans la République seule.

La République est, sans doute, un gouvernement plus libéral, plus ouvert au progrès, plus apte que les autres à être conquis par les réformateurs sociaux. Mais ce n'est

là qu'une question de degré et elle ne porte pas en elle un élément de supériorité indiscutable et absolu. Clemenceau, dans Son admirable livre (( le Grand Pan, )) a montré d'une façon magistrale que la soi-disant souveraineté du peuple n'est guère, comme le prétendu droit divin des rois, qu'une de ces affirmations dogmatiques par lesquelles les oligarchies gouvernantes cherchent à justifier leur domination.

« Ce qu'on appelle le peuple, pour la commodité des discours *, » dit-il, « c'est apparemment la mobile masse des intérêts changeants qui flotte au vent des préjugés, des rêves ataviques, des passions, des espérances. Qui oserait prétendre que ce peuple gouverne, ait jamais gouverné? qui ne sait que depuis les temps connus jusqu'à nos jours, il est, je ne dis pas conduit, mais poussé au hasard des caprices, des sophismes, des sentiments bons ou mauvais, d'une bruyante minorité d'action? Soldats, prêtres et parleurs l'ont, de gré ou de force, bousculé aux batailles; et il y est allé, voilà toute son histoire. Empires, royautés. Républiques, c'est le décor... »

La république est supérieure à la monarchie lorsque sous ce vocable ce sont les hommes de progrès qui obtiennent le pouvoir; elle est pire, lorsque le pouvoir y échoit aux hommes de réaction. Entre la monarchique Angleterre et l'Etat républicain, mais clérical, de Véquateur, je n'hésite pas : j'opte pour la royauté anglaise.

Ce qui, en France, avait fait la grandeur de l'idée républicaine, c'est qu'elle avait été le moyen d'action du parti révolutionnaire. La République se confondait avec la révolution. La France républicaine n'était en réalité que la France révolutionnaire, vers laquelle tous les peuples gravitaient parce qu'ils voyaient en elle se lever l'astre de la rédemption.

Aujourd'hui elle est devenue chez nous un gouvernement comme les autres et elle a cessé par cela môme d'être le centre rayonnant qu'elle avait été jusque-là. Les conditions désastreuses dans lesquelles elle a pris naissance en ont fait un gouvernement militaire et bourgeois de tous points semblable aux monarchies qui l'entourent.

La F'rance vaincue, menacée par l'étranger non seulement dans ses libertés mais dans la possession de son sol, s'est crue obligée de se retrancher derrière une armée puissante, et celle-ci est, à cette heure, devenue un péril pour les libertés qu'elle avait charge de protéger. Sous le coup de la défaite, l'idée patriotique a reparu avec tout son cortège d'exclusivisme et de régression.

La République bourgeoise ne peut rien contre cet état de choses et l'on voit par ce qui se passe dans l'Afrique australe que ce ne sont pas les pantalonnades de La Haye qui y porteront un remède efficace.

Le patriotisme est une idée rétrograde comme la religion, une idée condamnée par la loi du progrès. Dans le cours des siècles elle a reculé sans cesse par son propre agrandissement. Confinée d'abord à la bourgade, elle a progressé jusqu'à la province; puis elle s'est étendue jusqu'à la nation; demain elle s'étendra aux continents et après-demain au monde entier. Ce sera sa disparition finale.

Mais ce développement ne peut se produire que si la révolution est assez générale pour amener la chute de tous les despotismes à la fois. On pouvait l'attendre de la République en 1793 ou en 1848, à ces époques sublimes

« Où les trônes roulant comme des feuilles mortes Se dispersaient au vent. »

On ne le peut plus à l'heure actuelle où l'enthousiasme républicain est arrêté, sans force contre les despotes voi-

sins, et où, en raison même de notre esprit fraternitaire universel, il nous faut songer à notre défense.

Mais ce que la république n'a pu faire, enrayée dans son oeuvre par l'influence néfaste des événements, le socialisme ic réalisera, parce que l'explosion socialiste de demain sera universelle, comme le furent les explosions républicaines dans le passé.

Et déjà par cela seul, il exercera une action bienfaisante. Il débarrassera les peuples du cauchemar du militarisme, du fardeau budgétaire qui en est le résultat fatal et qui s'étend de jour en jour comme un chancre envahisseur. Les finances allégées permettront d'aborder les problèmes économiques aujourd'hui impossibles à résoudre faute de ressources. Le pays plus libre, plus heureux, affranchi des dépenses qui nous énervent, pourra, avec le fléau militaire, écraser à jamais cet autre fléau, le cléricalisme, forcément puissant tant qu'il trouvera un appui intéressé dans les classes privilégiées gouvernantes. Qu'il marche alors vers le collectivisme ou qu'il incline vers un individualisme épuré et bienfaisant, ce sont choses auxquelles il n'y a même pas lieu de s'arrêter. L'humanité obéira à sa loi naturelle, et par les voies encore inconnues de nous que ces lois lui tracent, elle s'acheminera vers une plus grande somme de vérité, de justice et de bonheur.

Laissons donc de côté ces dissertations sur la forme que doit prendre la société de demain et plaçons-nous' résolument en face du problème d'aujourd'hui.

Il est simple.

La bourgeoisie libérale monarchiste de i83o est morte;

La bourgeoisie républicaine radicale ou modérée de 1848 et de 1871 se débat sans forces dans les spasmes d'une lamentable agonie.

Il ne reste plus que deux partis en présence :

D'un côté, à droite, le parti du passé, appuyé sur le sol-

dat et le prêtre, et préparant un retour au moyen âge par l'abêtissement des simples et l'écrasement des consciences libres.

D'un autre côté, à gauche, le socialisme qui combat ces deux éternels ennemis de l'affranchissement humain, l'armée prétorienne et le clergé.

Victor Hugo a écrit.

« Quand le cheinin est droit jamais il n'est mauvais. »

Le chemin que nous ouvre le socialisme est droit, il ne saurait être mauvais.

Le socialisme est l'ennemi vers lequel convergent toutes les forces du passé. Donc il doit être l'ami vers lequel convergent toutes les forces de l'avenir.

Delescluze n'était pas socialiste. Sous la Commune, lorsqu'il a vu le socialisme dominer il a dit : (( Cette révolution n'est pas ma révolution. Mais c'est la révolution du peuple et je demeure avec le peuple. »

Moi aussi, j'avais imaginé la révolution sous une autre forme, et celle qu'elle a prise m'a pour un instant dérouté. Mais j'ai toujours été avec le peuple. Et comme nui ne peut avoir la prétention d'accommoder le cours des événements aux dispositions de son propre cerveau; comme il faut prendre les choses telles qu'elles sont; comme la nécessité s'impose au penseur, au philosophe, à l'homme d'action, d'accepter la révolution telle qu'elle est et de prendre parti pour elle ou contre elle, c'est pour elle que je prends parti.

Se déclarer contre elle, c'est se déclarer pour le passé avec tout son cortège d'ignorance et de crimes; se déclarer pour elle, c'est aller vers une solution dont les détails nous sont inconnus, mais c'est aller sûrement vers plus de fraternité.

Pour quiconque sent battre dans sa poitrine un cœur

d'homme, pour quiconque se sent frère de tout ce qui souffre, l'hésitation ne saurait être de longue durée.

Je n'hésite pas.

L'armée socialiste est aujourd'hui ce que fut autrefois l'armée de la république. C'est, sous sa forme actuelle, l'armée de l'éternelle révolution.

Révolutionnaire depuis mon enfance, j'ai appartenu jusqu'ici à l'armée républicaine, et puisque c'est l'armée socialiste qui la remplace à cette heure, c'est au socialisme que je dois aller.

J'y vais résolument et tous ceux-là doivent y aller comme moi, qui ont été sincèrement républicains et pour qui la République n'a jamais été une lettre morte mais un verbe vivant.

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