‹ Temps futursChapitre 34 sur 37 · Emile Faguet, loc. c. p · texte numérisé non relu

Emile Faguet, loc. c. p

là-dessus dans le cours même de ce livre. Mais où il voit un motif de combattre le parti socialiste, j'en vois un pour marcher dans ses rangs.

Si le capital se démocratise au lieu de se concentrer; si l'action légale, d'accord avec ce que le publiciste italien croit être l'évolution naturelle du genre humain, est capable d'aider à cette diffusion du capital; si les actes des socialistes poussant à cette action décentralisatrice de la loi concourent à empêcher, contrairement à ce qu'ils espèrent, le socialisme de s'établir, pourquoi redouter ces actes ?

Dans cette hypothèse que je ne crois plus conforme à la réalité mais qui à l'extrême rigueur pourrait l'être, le mouvement se ferait dans le sens de ce que j'avais appelé en 1890 le socialisme libéral. Les individualistes les plus intransigeants ne pourraient que se féliciter de cette solution et devraient être heureux de voir la tactique socialiste aboutir à un tel résultat. La logique voudrait qu'ils l'aidassent de toutes leurs forces au lieu de la combattre avec frénésie.

Que si au contraire, l'évolution de l'humanité civilisée se fait dans un sens opposé, dans le sens du collectivisme ; si elle tend à la socialisation des instruments de travail par l'une des voies que je me suis efforcé de définir dans les chapitres précédents, toutes les tentatives faites pour l'entraver se briseront impuissantes contre la force des choses. Dans ce cas nous devons tous désirer que le mouvement se précipite afin de sortir au plus tôt de la phase de transition douloureuse par laquelle nous passons en ce moment.

Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à la contradiction qui existe entre le but poursuivi par le socialisme et les moyens employés par lui pour l'atteindre. Cette contradiction, que nous avons expliquée, est réelle à coup sûr; mais elle est de nature à rassurer les penseurs

les plus férus d'individualisme. Elle leur permet de marcher sans hésitation avec le parti socialiste, le seul qui, dans la faillite des partis bourgeois, soit en situation de continuer la lutte pour la liberté.

C'est justement ce que ne veut pas le baron Garofalo. Le baron est un pessimiste radical. A ses yeux Inhumanité ne peut briller de quelque éclat qu'à la condition de se composer d'un troupeau d'esclaves gouvernés par une aristocratie très éclairée, très évoluée.

Et comme il est difficile de convaincre les masses qu'elles doivent demeurer dans l'esclavage pour permettre à quelques aristocrates de produire des œuvres artistiques et littéraires, dont personne en dehors d'eux ne pourra apprécier la beauté, il condamne nettement la liberté. Tout en proposant, pour calmer la galerie, quelques palliatifs basés sur la charité chrétienne et non sur le droit humain, il'se prononce contre le suffrage universel, contre l'instruction populaire, et pour le maintien et le développement des niaiseries religieuses dont le résultat le plus sûr est l'abêtissement général.

Pour qu'on ne nous .accuse pas de dénaturer la pensée de l'auteur nous citons.

« Que le prolétariat s'empare [du pouvoir politique, ce n'est pas impossible, depuis que les gouvernements ont eu la naïveté de lui en aplanir la voie à l'aide du suffrage universel ^ »

Et plus loin :

(( Tels sont les sentiments que l'école doit inspirer à l'enfant. Quant aux hommes aptes à cet enseignement, il ne faudrait pas les recruter parmi les jeunes gens des écoles normales, mécontents de n'avoir pu se livrer aux professions libérales, et qui acceptent par nécessité l'emploi de maître élémentaire, qu'ils considèrent comme

I. Le baron Garofalo : la Superstition socialiste, p. 204 et 2o5.

trop humble et inférieur à leur mérite. Il faudrait les recruter, au contraire, parmi les hommes d'âge mûr, les pères de famille ou les ministres du culte, pourvu qu'ils possèdent une instruction suffisante et ne soient pas les ennemis de leur patrie. Et peu importe alors que najrant pas étudié les règles artificielles de la pédagogie ou ne sachant pas tout le Dante par cœur, ils ne possèdent

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