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Le chevalier Gougenot des Mousseaux a publié en 1869 un

faisait le ridicule plagiaire. Seulement on ignorait une chose: on ne savait pas alors que Drumont était le metteur en œuvre d'un plan soigneusement concerté par le Gésù universel.

Gambetta avait vaincu la réaction en poussant son cri de guerre (( le cléricalisme c'est l'ennemi ». Dans ce cri de guerre le Gesù a trouvé un enseignement. Il s'est dit qu'il fallait lui opposer un autre cri de guerre capable de faire diversion et d'entraîner les masses, et il en a trouvé un : celui de « mort aux Juifs ! »

Drumont fut choisi pour mener cette campagne, et plusieurs ouvrages de lui faisant suite à la « France juive » avaient déjà paru lorsque, ainsi que je l'ai dit plus haut, le boulangisme vint en entraver le développement. Les monarchistes avaient trouvé une autre voie; et puis, la population était entraînée par des sentiments différents. Comme cependant deux moyens valent mieux qu'un seul, Drumont continua clandestinement son œuvre, et le boulangisme, après avoir été un obstacle, devint pour lui, une fois vaincu, un puissant adjuvant. Les troupes boulangistes débandées cherchaient un parti d'agitation, de violence et de désordre auquel s'inféoder. L'antisémitisme le leur offrait, elles y allèrent tête baissée.

Aussi, Boulanger mort et le boulangisme complètement détruit, l'antisémitisme ne tarda pas à reprendre sa marche insidieuse et progressive. La Libre Parole étant fondée, l'exécution du plan se poursuivit successivement par l'incident Crémieux-Foa — première tentative pour chasser les Juifs de l'armée, — par le duel Morès-Meyer, et par le crime de 1894 qui l'a porté à son apogée.

livre intitulé : « le Juif, le Judaïsme et la Judaïsation des peuples chrétiens ». Drumont l'a presque copié, se contentant d'y ajouter les potins insanes ramassés sans contrôle dans les ordures de la presse. En bonne justice c'est le chevalier qui devrait avoir la gloire de Drumont — toujours le « sic vos non vobis. »

C'est que, il faut bien le reconnaître, l'antisémitisme était pour les Jésuites une trouvaille. La plateforme antisémite était certainement la meilleure que le Gésù pût opposer à la plateforme anticléricale usée de Gambetta.

Autour du drapeau antisémite auquel on donnerait alternativement les couleurs du socialisme, du radicalisme, du nationalisme ou du cléricalisme suivant les personnes auxquelles on s'adresserait, on pourrait rallier des hommes venus de tous les points de l'horizon politique.

Jusque-là on avait échoué toutes les fois que l'on avait essayé de briser le faisceau des forces républicaines. La plateforme antisémite — vrai cheval de Troie — introduirait l'ennemi au cœur de la place, dissocierait l'armée de ses défenseurs, séparerait les combattants de la veille, en ferait des frères ennemis, et finirait par rallier à l'armée cléricale des hommes qui depuis vingt-cinq ans s'étaient montrés les défenseurs résolus de la République.

Là était le danger que l'imbécillité républicaine n'a pas vu. Nos législateurs étaient occupés à vider leurs querelles personnelles sans regarder ce qui se passait au dehors; ils dissertaient sur la lumière incréée du Thabor tandis que Mahomet II — je veux dire le cléricalisme — forçait les portes de la nouvelle Byzance. Ils mentaient du haut de la tribune; ils s'imaginaient qu'ils se tireraient par de simples outrages à la vérité de la fausse situation où les avaient conduits leur lâcheté, leur impéritie et leurs crimes.

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