CASUS BELLI
que c'est au bal Wagram que j'aurais ceuilli des iâtons de cerceaux de ce tonneau-là ?
Et très grand seigneur, Bébert jetait négligemment sur la table de marbre des cigares blonds qui, pour provenir d'un lieu officiel, ne devaient pourtant rien aux soins de la Régie.
— Bébert, explique-toi, reprit M. Jules, en passant du feu à la compagnie.
Cette fois, Bébert ne se fit plus prier.
— Figurez-vous que l'autre soir j'étais en fonds. M oule-à- Gaufres faisait cent- vingt-deux francs cinquante à Auteuil. Le soir, j'entre au tabac de la rue Jacob pour prendre du maryland, et qui est-ce que je trouve au comptoir ? Le père Eugène, le garçon du Ministère. Il avait une petite cuite et il essayait de revendre à la buraliste une carte pour le bal des Affaires Étrangères. La vieille ne voulait rien savoir. Elle disait : « Bien sûr, pour avoir des emiuis ; vous n'avez pas honte ? un fonctionnaire !» — « Ça peut obliger un client », insistait le père Eugène. Alors, je ne sais pas ce qui m'a passé par la tête, mais je dis au vieux : « Combien ton carton ?» — « C'est un louis », qu'il me répond. Et je fais l'affaire. J'ai loué un habit pas trop fané et ce soir, à dix heures, Bébert faisait son entrée au Quai d'Orsay. On croit d'abord que ça ne prendra pas ; mais, du moment que tu as ton carton, on ne te demande rien. D'abord, là-dedans,
personne ne se connaît, c'est pas possible, et puis, entre nous, pour ce qui est de l'habit, je le porte un peu mieux que plus d'une légume. Quand je dis qu'on ne se connaît pas, je ne me trompe pas ; mais tout de même, il y en a qui s'étonnent de ne pas se connaître. Ce que je dis, c'est à cause du baromètre. Figurez- vous que, comme je me promenais à travers les salons pleins de députés, de sénateurs, de ministres, de généraux, d'ambassadeurs et de femmes décolletées comme au concert, voilà que s'amène un petit barbu, le pince-nez de travers, et qui me dit, avec l'accent de Marseille :
— Mon cher collègue, charmé de faire votre connaissance, je ne vous ai jamais vu à la Chambre, je me présente : Marins Poche, des Alpes-Orientales.
— Qu'est-ce que tu as répondu ? demanda M. Jules, anxieux ainsi qu'au théâtre.
— Ce que je lui ai répondu ? Tu vas voir. Je lui ai répondu que je ne ficherais jamais les pieds à la Chambre, qu'on y faisait trop de pétard pour travailler tranquillement, que j'avais juré à mon comité de ne jamais fréquenter mes collègues et que, s'il vivait encore, Robespierre les renierait !
— Qu'est-ce qu'il a dit ?
— Faut croire que je ne suis pas le seul inconnu î Voilà mon Marins qui se met à glousser : « Je comprends ! Vous êtes Vidal, du Plateau-Central, ou