DEPOSITION PAR COMMISSION ROGATOIRE
La déposition de la soeur Mary Gabriel prise le 5 novembre à Moose Jaw par une commission rogatoire fut lue par M. Tilley. Le témoin connaît depuis 25 ans l'archevêque Spratt et la Mère générale. Elle était Mère supérieure à l'époque où l'archevêque Spratt était curé à Trenton et la soeur Francis Régis une des religieuses. Elle connait la soeur Basil depuis l'admission de cette dernière dans l'Ordre, et l'a toujours trouvée désagréable. Quant à la conduite de l'archevêque Spratt, lorsqu'il était à Trenton, le témoin dépose comme suit:
Q. — Vous rappelez-vous avoir, à Trenton, émis, un ordre à propos de certains massages effectués par le Rev .P. Spratt sur des malades pour les guérir de la neurasthénie? R. — Oui, j'ai émis un ordre pour arrêter la chose.
Q. — La Soeur Mary Régis était alors atteinte de rhumatismes, et le P. Spratt avait, n'est-ce pas, l'habitude de venir au couvent et de la soigner? R. — Oui, du moins on me l'a dit, je n'y étais pas.
Q. — Mais c'est à la suite de ces plaintes que vous avez donné cet ordre? R.— Oui.
Q. — Les religieuses étaient scandalisées de ce qui se passait? R. — Elles
en étaient mécontentes. /
Q. — Et vous avez donné l'ordre de le faire cesser? R. — C'était mon devoir. - Q. — C'était d'ailleurs avant la consécration du P. Spratt comme archevêque?
R.— Oui.
Q. — Le P. Spratt administrait-il ce traitement au couvent, ou allait-elle chez lui? R. — ^Ses rhumatismes la tenaient au lit. Il lui rendait visite en sa qualité de curé.
Q. — L'ordre que vous avez donné l'empêchait-il d'aller la voir? R. — Non, il ne devait pas la voir seul. Il fallait qu'une des religieuses l'accompagnât. Je ne faisais qu'appliquer le règlement.
Q. — Pensiez-vous qu'en édictant cet ordre on n'administrerait pas le traitement du massage en présence d'une autre religieuse? R. — Sans doute.
Interrogée au sujet du système de chauffage à vapeur à l'orphelinat, le témoin le représenta comme excellent et en estima la prix à $10,000. Il avait donné toute satisfaction durant son séjour à Kingston. Le changement de système lui semblait inutile et Injustifiable.
Le témoin avait retrouvé la soeur Basil à Belleville. Le P. Mea, alors adjoint à rarchevêque, avait visité le couvent. C'était un prêtre estimé de toutes façons. Elle eut d'excellentes relations avec la soeur Basil durant le premier hiver du séjour à Belleville de la demanderesse. Au milieu de février, elle s'était rendue à Kingston pour répondre à quelques questions touchant l'affaire de Soeur Basil, et y avait vu le P. Mulhall qui faisait une enquête à ce sujet. Elle reçut de la soeur Régis des instructions concernant la demanderesse.
C'est de la soeur Basil qu',elle avait appris qu'une des religieuses de l'institution avait donné le jour à un enfant, et qu'on avait manipulé les élections de 1916. «
Le témoin reconnut avoir ordonné à la demanderesse de monter dans sa chambre pour avoir pris le courrier des mains du facteur. Un article de la constitution déclare que la Supérieure doit lire toutes les correspondances. Jusqu'alors le témoin n'avait pas usé de son droit. La soeur Basil avait soulevé des objections, et avait appelé le P. Mea au téléphone. Le témoin enjoignit donc aux religieuses de ne pas s'occuper d'elle. Celles-ci ne lui parlaient pas à table, et personne dans rétablissement n'avait de communication avec elle.
Le témoin avait dit à la demandare^se "d'aller au diable," puisqu'elle ne faisait plus partie de la Communauté. Elle avait remarqué des noirs sur l'oeil de Soeur Basil après., la querelle de celle-ci avec Soeur Justina.
L'amitié du témoin pour la demanderesse avait cessé après l'enquête. Ensuite le témoin avait retenu deux lettres de la soeur Basil au P. Mea. Elle en avait jeté une dans le poêle et donné l'autre à Mary Francis Régis. La demanderesse avait essayé bien des fois de téléphoner au P. Mea, mais le témoin y avait mis le holà. Elle avait reçu de la Mère supérieure l'ordre de refuser à Soeur Basil l'usage du téléphone. Elle avait jeté la lettre dans le poêle parce que tout ce qui se disait dans la maison y était rapporté au P. Mea, et qu'on y faisait aussi mention de l'archevêque et de la Mère supérieure. Pendant le séjour du témoin à Kingston, la Mère supérieure lui avait raconté l'enlèvement et lui avait dit que le docteur Cibson s'était refusé à signer un certificat En apprenant que le Dr. Phelan en avait donné un, le témoin avait remarqué que "cet homme était un bourreau." Elle n'approuvait pas l'enlèvement et le déclara à la soeur Basil. C'était indigne d'un pays civilisé. La Mère supérieure lui avait dit qu'on soignerait la soeur Basil comme atteinte àe folie. L'archevêque, dans une conversation qu'il eut en avril avec le témoin, nia avoir eu quoi que ce soit à faire dans cette histoire.
Au retour du témoin de Bingston, les religieuses avaient traité la soeur Basil d'une façon toute différente. On ne lui permettait aucun travail, et défense était faite de communiquer avec elle.