DÉPOSITION DE LA SOEUR MARY BASIL
Témoignage dtonné par la diemanderesse. Soeur Miary Basill, lors' du procès Inter.té par elle, et jugé par deyant M. le juge Britton et un jury spécial le 13 et le 14 novembre 1917, en la ville de Kingston. — Sténographié par le sténographe officiel du tribunal.
La Soeur Mary Basil prête serment, et est interrogée par M. Tilley.
Q. — Soeur Basil, vous êtes la demanderesse? R. — Je la suis.
Q. — Quel est votre nom en religion? R. — Soeur Mary Basil.
Q. — Et quel étant vdtre nom de famille? R. — Joliannia Curran.
Q. — ^Où demeuriez-vous? R. — Quand je suisi entrée dans la comimuniauté, je venais de Holyoke, Massachusetts.
Q. — Quand était-ce? R. — Le premier mai 1888.
Q.— Vous dites que vous êtes entrée dans la communauté en 1888? R. — Oui, en mai.
Q.---Et depuis cette époque, vous avec toujours été d'ans cette communauté? R.— Oui.
Q. — Quel âge aviez vous quand vous êtes entrée dans la communauté? R. — J'y suis entrée le 1er mai, et j'aurais eu 16 ans le 3 août suivant.
Q. — Et vous êtes maintenant dans votre 46me année? R. — Oui.
Q. — Maintenant, ma Soeur, ce que je vous montre est-il la oonstitution de voitre communauté? R. — C'est la constitution et les règles ordimaires. (Ce document déposé et marqué Pièce No. 1.)
Q. — A-t-G(n fait des amendements à cette constitution, Soeur Basiil? R. — Des changements y ont été faits en 1912 et en 1913 par l'archevêque Spratt.
Q. — Et quelle était la nature de ces changements? R. — L'un^fut de réduire le terme d'office de la Supérieure générale.
M. McOarthy.— Sî des changements ont été faits par écrit, on devrait les produire.
Q. — La Mère générale est maintenant élue pour 3 ans au lieu de 6? R. —
Oui.
TENTATIVE D'ENLèjVEMENT DE SOEUR MARY BASIL.
M. McCarthy. — ^^C'eist vrai, mais rnaus n'iadmettanis pals que oe fûlt fait "par l'archevêque Sipratt.
Q. — Quel était l'autre duanigement? R. — L'autre changement fut de donner aux religieuses dont les voeux étaient de huit -ans et demeurant à la Maison mère au moment de l'élection, un droit de vote, de faire partie du chapitre général, à l'élection de la Supérieure générale.
Q. — Ce furent les deux changements? R. — Oui.
Q. — Le premier ne concemait que le terme d'office, et le second stipulait qui devrait voter? R. — Qui devrait prendre part à rélection.
Q. — Vous dites les Soeurs professeiS' depuis huit ans? R. — Et demeuriant à la Maison mère.
Q. — La Maison mère est à Kingston? R. — Oui, la Maiis'on de la Providence, à Kingston.
Q. — Est-ce la Maison mère de l'Ordre? R. — ^Oul, c'en est la Maison mère.
Q. — Quand vous parlez de "huit ams' die voeux," voudriez-vous dire au juryce que vous entendez par là? R. — Gela veut dlife
Q. — En entrant, qu'est-on tout d'abord ? R. — En entrant, on est postulante.
Après deux ans, on fait des voeux temporaires de deux ans, et deux ans après, on fait des voeux perpétuels, et après huit ans, om a voix au diapitre général, si l'on demeure dans la Maision mère.
Q. — Donc c'est huit ans après avoir prononcé vos voeux perpétuels? R. —
Oui.
Q. — Maintenant, qui ©s^t à la tête de l'Ordre? Quel est le titre de la personne qui est à la tête de la communauté? R. — ^La Mère générale.
Q. — Et qui est aujourd'hui la Mère générale? R. — Mère Francis Régis.
Q. — Quand fut-elle élue d'abord? R.— La première fois, ce fut le 19 juillet
Q. — Quand' y eut41 une autre élection? R. — En 1916.
Q. — Antérieurement à la Mère Régis, qui était Mère générale? R. — Soeur Mary Gabriel, actuellement à Moose Jarw.
Q. — Y a-t-il lanbasi une maison de votre Ordre? R. — Oui.
Q. — La Mère générale donc, demeure, je suppose, à la Maison de la Providence, à Kingston? R. — ^^C'est suippoisé être le lieu de «a demeure.
Q. — Y a-t-il d'autreis^ personnes qui agissent et délibèrent avec elle? R. — Elle est supposée avoir quatre lasisistanteis, choisies pair le (ihapitre générail, pour l'aider dans radmlnistration.
Q. — Elle a quatre assistantes pour l'aider, et quel nom leur dOnne-t-'Oin? R. — Elles portent le nom d'asisis tantes. On leur donne aujourd'ihui le titre de Mère. Auparavant, les premières assiistantes, celles élueS' les premières au chapitre général, avaient la nom de Soeurs' assistantes, mais on a Changé tout cela, et elles sont toutes asisistantes aujourd'hui et portent le titre de Mère auquel on ajoute leur nom en religion, comme Mère Vincent ou Mère Francis.
Q. — Alorsi voudriez-vous me dire quelles sont aujourd'ihul les assistantes? R. — La Mère Vincent. Elle est première assistante.
Q. — Est-ce la défenderesse ici présente? R. — ^Oui.
Q. — Quelles sont les autres? R. — La Mère FrancilS' Desalles, la Mère An gela et la Mère Rosalia.
Q.— Toutes élues en 1916? R.— Oui.
Q. — Eh bien! Dites-moi quelles étaient les assistantes de 1913 à 1916? R. — De 1913 à 1916, deux des assistantes, la Mère du Sacré-Goenr et la Mère Philipp moururent durant leur terme d'office, et tandis que le règlement dit
Sa Seigneurie (le juge). — Peu importe le règlement.
Q. — Ne vous occupez pas du règlement. Qui étaient-elles de fait? R. — ^A la mort de la Mère du Sacré-Coeur et de la Mère Philipp, leur positio'n fut remplie par la Mère Angola et la Mère Rosalia.
Q. — Vous m'avez donc ainsi donné les changements qui eurent lieu depuis 3913? R.— Oui.
Q. — Maintenant, juste pour indiquer la manière dont votre communauté est gouvernée, il y a cinq personnes, la Mère générale et les quatre assistantes ? R.— Oui.
Q. — Elles forment un conisieil, n'est-ce pas? R. — Oui.
Q. — Et tiennent des réunions? R. — Elles sont supposées' en tenir,
Q. — LeiS' autres religieuseis, je suppose, n'assistent ï)'as aux réunions? Ou y assistent-belles? R^Non. La Secrétaire générale est supposée prendre les minutes de l'assemiblée, si on l'y appelle.
Q. — Quand on rappelle, c'est dans le but d'inscrire les minutes? R. — Quand on rappelle, oui.
Q. — ^yous dites donc qu'en 1916 il y eut une élection? R. — Il y en eut un« le 19 juillet 1916.
Q. — Par le chapitre général, n'est-ce pas? R. — Oui.
Q. — Et comment ce chapitre est-il formé? R. — Le chapitre général comprend les Supérieures locales de chaque Maison, chaque MaJison étant représentée par une déléguée.
Q. — Une déléguée de chaque Maison? R. — ^Oui, et les Soeurs, profesises deipuis' huit ans, et qui demeurent à la Maison mère.
Q. — ^11 y a donc une représentante de chaque Maison, plus les religieuses professes depuis huit ans et qui demeurent à la Maison mère? R. — Oui, y compris les membres du conseil: la Supérieure générale et les membres du conseil.
Q. — ^Outre la Maison mère, comhien d'autres Maisons y a-t-il? Combien de succursaleis, pourrait-on dire? Y en a-t-il beaucouip? R. — Treize ou quatorze.
Q. — Et où sont-elles situées? Sont-elleiS toutes' en Ontario? R. — Non, p'as toutes. Voulez-vouiS que je les énumère?"
Q. — C'est peut-être ce qu'il y aurait de plus court? R. — Eh bien, Ste. Marie-du-Lac.
Q. — On Via citer souvent ce nomi, Qu'est-ice que c'est? R. — C'est actuellement un orphelinat. Il ne fut pas d'abord bâti pour être exclusivement un orphelinat, mais il n'est que cela à présent. Ensuite, BroiokviUe.
Q. — Qu'esit-ce que c'est? R. — Un hôpital; on y tient aussi une école de garçonsi.
Q. — Mais cette dernière est une institution? R. — Le tout ne forme qu'un établissement. Ensuite il y a Prescott, Smith's Falls.
Q. — Qu'est-ce que c'est? R. — Un hôpital. Ensuite il y a Perth, Ontario, et Chesterville, et Trenton. Il y a aussi une Maison à Arnprior, et une autre à Glennevisi, Ont.
Q. — ^Où est ce GMennevis ? R. — Je crois que c'est dans le comté de Stormont et Glengarry. Et puis il y a une Maison à Moose Jaw, Sask., une Maison à Daysiand, Alta., et une autre à Tweed, Ont.
Q. — Croyez-vous en avoir dionné la liste maintenant? R. — Oui, je le crois.
Q. — En tous cas, oin peut, dire, pour résumer vois panoles, que les Maison® se trouvent dams l'Ontario, ou dans l'Alberta, ou dans la Saskatchewan? R.— Oui.
Q. — Et une M'aison seulement dans l'Alberta, et une iseule aussi dans la Saskatchewan? R. — C'est exact.
Q. — Et lesi autres sont dans rOntario? R. — ^Oui.
Q. — Pour en finir avec ce sujet, y a,4,-il une Maison de votre Ordre ayant une communauté dans la Province de Québec? R. — Non, pas' une.
Q. — Donc, 'prîtes-vous un parti quelconque au mois d'avril à l'élection de 1916? R.— Oui.
Q. — Que f îtes-vous ? R. — J'écrivis à la Supérieure générale le rapport exigé par la constitution.
Q. — Qu'exige de vous la constitution? R. — Que chaque Soeur envoie à la Supérieure générale, trois mois avant l'élection, un rapport qui exposo comment, dansi la localité, on a observé les s'tatuts et les règlements', et comment a été accompli le travail de charité.
Q. — Comment on observe les statuts et les règlements, et comment a été accompli le travail de charité, c'est bien cela? R. — ^Oui, dans' sa localité. Q. — Montrez-moi ce rapport.
M. McCarthy. — Nous n'en avons pas. Nous ne l'acceptons pas.
Q. — Avez-vous une coipie du rapport que vous avez envoyé ? R. — J'en ai une, mais je ne l'aii pas ici.
M. McOarthy. — D'ailleurs, je m'oppose à ce rapport. Nous ne pouvons, dans ce procès, rechercher si les allégations sonit véritaJbleiS ou non. Elle a fait ce qu'elle devait en envoyant son rapport, mais nous ne pouvons en accepter la véracité, et je ne pense pas que votre Seignenrie désire le faire.
Sa Seigneurie (le juge). — Je permettrai que le rapport, tel qu'authentiqué par le témoin, soit versé aux débats. (Rapport inscrit comme pièce No. 2.)
M. Tilley. — Alors je demianderai la permission de montrer quelle sorte de communication la demanderessie fit, en avril 1916, à la défenderesse, la Mère Régis.
Sa Seigneurie. — Je croiS', M. MoCarthy, qu'il me faut le permettre.
M. McCarthy. — ^Oui, mais à la condition que la défenderesse soit seule en cause. Toute allégation contenue d'ans ce rapport et relative à d'autre» personnes auxquelles on ne l'a jamais envoyé, ne saurait servir de témoignage contre elles, puisqu'elle» n'en ont rien connu du tout. On ne peut donc s'en servir qu'à proipos de points qui touchent sipécialement à cette défenderesse, et à personne d'autre. C'est pourquoi je pense que votre Seigneurie devrait prendre connaiissance de ce rapport, et en éliminer toutes les parties qui n'appartiennent pasi à la déposition. Je répète, votre Seigneurie devrait voir le rapport et en écarter tout ce qui ne se rapporte pas à la défenderesse.
M.Tilley. — Tout se rapporte à elle. Elle est la Mère Supérieure de rOrdiie.
Sa Seigneurie (le juge). — Je ne le permets maintenant que parce qu'elle fait partie des défendeurs, et je ne peux pas le rejeter, me semble-t-il, puisque ce rapport l'atteint comme partie des' défendeurs'.
M. Tilley. — Je vais donc le lire. Le voici.
"Me conformant à la section 2, No. 80, de la seconde partie des Statuts, je vous envoie ci-inclus le rapport exigé trois mois avant l'élection générale pour qu'il soit présenté aux membres du Conseil général, dont deux survivent."
"Aucune Soeur, oonsiciente de ses devoirs, ne niera que les Statuts et les règlements sont entièrement méconnus à Ste. Miarie-du-Lac, Ce me serait une tâche ingrate d'indiquer ceux de ces règlements qui sont le plus souvent violés, car une anarchie complète règne dans cette maison. Il n'y pas d'ordre du tout, et cela se comprenid, puiisque la Supérieure de oeitte Maison traite les règlements avec le plus profond mépris. Je pourrais, en remontant à plus de onze mois, compter sur les doigts d'une seule main les foiis qu'elle s'est présentée à un exercice queleonque de la communauté, la messe exceptée. De tro>is à six religieuses assistent d'ordinaire à ces exercices. S'il s'y trouve la moitié de la communauté, le nombre, dit-'om, en est considérable."
M. McCarthy. — Mais cela se rapporte ipas' à Mary Francis RegiS', mais à quel qu'autre.
M. Tilley. — Cela se rapporte à des faits dont la Soeur doit rendre^ compte.
Sa Seigneurie (le juge). — Sans doute, mais si elle doit faire un rapport, et qu'elle le fasse, on devrait le montrer d'une autre façon. Lesi autres défendeurs, excepté la Mère générale, n'Ont rien eu à faire dlans^ ce cas, et l'admission de ce rapport pourrait leur faire du tort.
M. Tilley. — Voici ce que je veux prouver. Je cherche à montrer une sucoesision d'événements depulsi avril jusqu'à la tentative d'enlèvement de septembre, et, pour le faire, il me faut démontrer qu'on a porté certaines plaintes, et montrer aussi le caractère des plaintes, et les communications qui en ont résulté.
Sa Seigneurie (le juge). — Je compte qu'on ne tirera pias', à propois' de paroles dites sur D. C, de déductions contre A. B.
M. Tilley. — Je puis assurer votre Seigneurie que tel n'est point le cas. Le point est qu'on a fait, en avril 1916, une communicaition à la Mère supérieure. On en a fait aussi d'autreS' à d'autres personnes qui sont égalemient défendeurs. Nous voulons donc prouver que ces personnes, agissant en commun, en tout cas jusqu'à un certain point, ont obtenu un résultat sur lequel nous demanderons au jury de tirer deis conclusiions. Et pour prouver ma cause' devant le jury, je dois insister qu'on me permette de fournir tout ce qui s'est passé entre ces deux parties.
Sa Seigneurie (le juge). — J'accepte cela, mais seulement jusqu'à ce point qu'un tel document peut être présenté au témoin, et qu'on fasse la preuve que ce papier a êtê die fait remis à la défenderesse, m'ais' je n'admets pas qu'on s'en serve comme preuve contre les autres parties dans cette affaire.
M. Tiiley. — ^Non, mais j'ai le droit de lire la communication comme un d'O'Cument qui lui fut remis et qu'elle a, dû voir.
M. McCartliy. — N'importe qui peut écrire des lettres avant une action judiciaire, et si oin peut le faire dans le but le les lire au procès.
Sa Seigneurie (le juge). — ^C'est, naturellemeut, une affaire à discuter. Voici un document: 'il est vrai ou faux. Il vient d'une source que personne ne connaît. Il s'agit de savoir si ce document a êtê remis, tel qu'il est, à la défenderesise. Je décide que je ne peux pasi refuser qu'on le lui donne, pourvu que le jury comprenne ma décision, à savoir qu'on ne doit pas accepter ce document comme véritable, mais que, vrai ou faux, il a êtê transmis à la Mère supérieure.
M. Tilley. — Alors je continue:
"En ce qui touche la façon dont on comprend loi le travail de charité, toiut oib'servateur imipartial admettra, j'en suis sûre, que notre nom de Soeur de charité n'est qu'un vain titre. On traite les enfants de cette insititution comme de petitsi animaux, et les soeurs s'acquittent de leur travail avec la plus grande répugnance. Elleis n'adreissent j'amais ni un sourire ni une abonne parole à ces petits abandonnés confiés à leur soins, et ne permettent pas' à d'autres de le faire. Quiconque parle avec bonté à un enfant commet une sérieuse offense dont il faut si'qccuper immédiatement. On doit en faire rapport. De fait, on a claqué les portes à la figure de raumônier qu'on insulte publiquement et outrageusement, parcequ'il a eu l'audace de parler avec bienveillance aux enfants ou de les visiter dans la salle commune de récréation. On insulte l'aumônier qui se montre plein de ibonté pour ces pauvres abandonnés. IlS' n'en connaitront peut-être jamais d'autre. Ce qui est certain, c'est que le manière dont ils sont itraités par leS' Soeurs ne les rendra ni bons chrétiens ni loyaux citoyensi. L'iaumônier est trop bion pour les enfants, et il faut de toute façon l'éloigner de l'établisisement, car sa conduite envers les pauvreis petits est un reiproche pour la Soeur de charité qui, d'iaprès ses voeux, est la servante des pauvres."
"Une de ces religieuseis, une novice qui a prononcé, il y a quelques semaines, ses voeux temporaires, annonça qu'elle se rendait à la Maison mère pour se plaindre à cette puissante corporation de la itroip grande bonté de l'aumônier envers les enfants de rétablissement. Inutile de dire que toutes les religieuses attendirent impatiemment le résultat de cette annonce. A l'heure fixée, un peu avant la nuit, la voiture passa la porte, emmenant à la Maisom mère cette digne aspirante à la vie religieuse. Reçut-elle dans ce haut lieu i'approObation de ses Supérieures? Mais, quoique l'aumônier ne lui ait adressé ni un mot, ni un regard de reproiche, nous devons conclure que les Supérieures de cette religieuse approuvèrent son lattitude de révolte et d'indiscipline, car elle est revenue plus' hardie, plusi défiante, plus imdisoiplinée, et, au su et avec l'approbation de ses Supérieurs, est restée, pendant près' d'un, an, dans cet état d'indiiscipline et de révolte. Plus d'une fois des laïques menacèrent d'appeler la police pour mettre arrêt au brutall traitement que cette soi-'disant Soeur de charité faisait subiir à des innocents;. La Supérieure locale connaît les faits. A-t-elle essayé de les empêcher? S'est-elle précipitée au téléphone pour en informer la Supérieure générale? La durée persistante de cette manière d'agir nous porte à supposer qu'elle n'intervint pas et qu'elle ne téléphona pas. Cette novice est laJllée jusqu'à essayer de placer les enfanits au dehors, en l'absence et à l'insu des Supérieures."
"Un de nos règlements dit qu'une novice ne peut pas' avoir la charge d'un emploi, mais doit être sous: la dépendance d'une Soeur de la communauté. Il y a des novices ici qui sont incapables de se tenir propres. On leur confie la charge d'enfants délaisses. Pourquoi? Nous ne saurions le dire, mais les circonstances tendent à ;prouver que c'est ifait dans le but de cacher à la communauté les conditions' déplorables de cette maison, la négligenoe et la sialeté dans laquelle om garde les enfants qui n'ont pas même assez de vêtements pour se protéger de la température."
"La Supérieure de cette miaiison a non-seulement ™ié tous' les règlements, mais elle a violé les lois du pays et pourrait être aujourd'hui poursuivie. Elle a bien souvent gardé loin de l'école des garçons qui auraient dû y aller, les envoyant pendant des heures ©t par tous les temps tenir le cheval à la porte, tandis qu'elle se promenait sans but à travers la maison. Sans l'intervention de l'archevêque auprès de qui un laïque intercéda, elle aurait jeté dehors, l'hiver dernier, sans souper et sans abri, une de ses victimes, et cela par une des nuits les plus froides de février. Ce manque de coeur est un des nombreux exempleis de sia parfaite incompétence à la position qu'elle avilit diepuis iprès de trois, ans. Et vous le savez."
"Ni homme, ni femme, pas même un vaga'bond, ne peut rester quelques jours dans rétablissement s'ams être ému de la condition déplorable de nos orphelins. Parquési dans' de sombresi passiages souterrains, ou jama;is le jour ne pénètre du matin au soir, privés; de la surveilliance d'une religieuse, de petits enfants trop jeunes pour aller à l'école, et dont quelques-uns n'ont pas l'âge de raison, sont laissés seuls au milieu de vagabonds ©t d'adultes- imbéciles. La plupart d'entre eux sont maintenant moralement dégénérés. On a souvent prédit qu'il en serait ainsi, mais quiconque a voulu donner des conseiis' a êtê insulté. Plutôt que de scandaliser un seul de ces ipetits, a dit Notre Seigneur, il vaudrait mieux avoir une meule attachée au cou, et être jeté au fond de la mer. En vérité le sang de cesi petits innocents^ demeurera sur les chefs de cette administration."
"Le terme d'office de cette administration, espérons le, tire à sa fin. Il n'est que raisonnable de supposer que chacun de nos membres se diemandera ce qu'a êtê cette administration pour riassoiciiatîon. Et lesi membres de cette administration se demanderont-ils comment elles ont remipll leurs obligations envers la Communauté qui les a élues? Que leur répondra leur conscience? Nous n'en savons rien, mais toute, religieuse désintéressée n'hésitera pas à répondre qu'elles ont vécu dans le luxe- et le bien-être et trainé la communauté dans la boue. Si Dieu n'a que des égards pour cette administraltion, c'est qu'alors il nous a trompées, et a permis à son Eglise de se tromper. Bien qu'élues pour gérer les affaires die l'assoeiation, elles en ont dédaigné les Statuts et gaspillé des milliers de dollars, le patrimoine des pauvres!"
"Voici une propriété magnifique dont toute la communauté devrait être fi ère. On la met en tre les mains d'une S oeur dont rintelligence est celle d'un enfant de trois ans, et à qui manque, cependant, la candeur et l'innocence d'un enfant, car elle n'a aucun respect de la vérité. Elle est ridiculisée non seulement par les religieuses, mais encore par lesi hommes d'affaires, en un mot par tous ceux avee qui elle es^t en relations. Elle est incapable de se tenir propre. Et vous le savez."
"On fait venir une équipe d'hommes qui saccagent et détruisent un splendide bâtiment. Ils demeurent dans rétablissement environ hruit mois au bout desquels ils le quittent, le laissant dans une condition telle qu'on devrait les poursuivre. On avait installé, avec l'approibation chaleureuse de trois memibres du Conseil, un système de chauffage moderne, le meilleur qu'on ait Imaginé pour un large édifice. En moins dè trois ans, on décide de jeter dans la cour ce magnifique matériel valant des milliers de dollars, et de le remplacer par un Inférieur dont rinstallation coûte d'autres milliers de dollars. Vraiment, ces femmes sont bien coupables devant Dieu."
"J'ai obtenu ces renseigements du contremaître protestant qui a installé le système aetuel de chauffage. Il était actionnaire dans la compagnie pour laquelle il travaillait à l'époque où l'on changea le isystême, et aussi à l'époque où il me parla. Ayant examiné l'installation, il dit à Frank McFherson : 'Nous aurions tort de changer ce système de chauffage qui est meilleur que ce que nous pouvons donner.' 'La Mère,' répliqua McPherson, 'ne veut pas payer de mécanicien.' 'Mais,' répondit le contremaître, 'nous pouvons enlever la dynamo, supprimer la vapeur employée à la cuisine, abaisser la presision de la bouilloire, et un garçon quelconque, capable de pelleter du charbon, pourra faire le travail.' 'Mais, dit encore McPherson, la Mère veut un système à l'eau chaude,' à quoi répondit le contremaître protestant: 'Elle ne sait pas ce qu'elle fait, elle ne sait pas qu'elle rejette une installatioin meilleure que celle qu'on
lui fournit. Apres tout, on ne devrait pas tirer profit de rignorance de ces religieuses; ells ont à itravailler dur pour gagner leur vie.' Mais le sans^coeur ûe McPherson répondit: 'Il y en a un tas qui la gagne. Enlevez ça.' L'honnête contremaître fit encore des observations : 'Sans déranger la plomberie, dit-il, nous pouvons meittre des reitours, et faire servir les radiateurs pour l'eau chaude. Ce sera une épargne de miilliers de dollars à la communauté.' M'ais McPherson déclara: 'Enlevez le tout.' 'Eh bien!' ajouta le contremaitre protestant, 'nous faisons une grande faute, car un système à vapeur est de toute nécessité dans un établissement comme celui-ci."
"Et rinstallation est changée, au grand déplaisir des hommes d'affaires de la ville. Tous ceux qui, die Montréal à Toronto, s'occupent de systèmes à vapeur et à eau chaude, ne font qu'en parler. Les voyageurs, sur les trains ou ailleurs, arrêtent les prêtresi du diocèse et leur demandent la raison de ce contrat ibizarre exécuté par McPherson à Ste. Marie-diU-Lac. S'ils savaient que la femme qui <Si ordonné le travail est la tante de McPherson, ils ne s'étonneraient plus. Eût-on demandé des soumissions, on aurait pu y trouver quelque excuse, mais on sait qu'il l'a fait à tant par heure, avec pension dams l'établissement, ou bien il pouvait aller en ville, choisir son hôtel et envoyer la note à la Maison de la Providence. Le temps gaspillé par ces hommes était le sujet de conversation de tous ceux qui venaient chez nous. Même à Smith'si Falls, les ouvriers des autres métiers les plaisantaient. Qu'importe! La Communauté est riche, et les pauvres de Dieu peuvent souffrir.' "
"Je vous entends dire: 'Cela ne vous regarde pas.' Cela me regarde. C'est l'affaire de tout memibre de cette association de s'opposer au gaspillage du patrimoine des pauvres. On a dépensé, dans un but spécial, soixante dix ou quatrevingt mille dollars. Au bout de trois ans,, le système de chauffage est abandonné par les mêmes Soeurs qui en ont autorisé la construction. Avaientelles quelquè chose à dire lau sujet de ce ohangement? Ellesi auraient dû le dire; se taisant, elles auraient dû se démettre d'une charge à laquelle la Communauté les avait apipelées, et dont elles' ont si outrageusemeint négligé les devoirs, malgré leur serment solennel. Leurs obligations, comme l'a fait ressortir l'arohevêque le jour de leur élection, consistaient à voir que justice fut rendiue à la Communauté, et à s'assTirer que la Supérieure générale gouvernait selon leis Statuts. Je ne parle que dies deux membres du soi-disant Conseil qui furent légalement élues. Les autres, je ne les considère paisi comme telles, car on les y a fait entrer en violation de nos St,atut&, Section (3) No. 90."
"Encore un mot, et j'ai fini. Ne m'accusez pas de calomnie, ne dites pas que je veux faire du bruit. Je mets simplement sous vos yeux les faits, comme je les vois devant Dieu, et convaincue qu'ils sont véritables. Il est encore en votre pouvoir de faire une enquête sur mes accusations. Si vous' me montrez que je me suis' trompée, que j'ai accusé faussement, je sieral lieureuse de le reconnaitre, et d'en demander pardon, mais je pense que je trouverais des témoins pour prouver chacun dies points."
"Toutes nos Soeurs, si elles sont sincères, seront de la même opinion. Mais non, elles ne parleront pas, elles ont trop peur de vous. Elles continueront de vous tromper. Même celles que vous croyez vos meilleures amies vous ont trompée et vous trompent encore. Elles' se disent vos amies pour en retirer quelque avantage, mais, croyez-^moi, s'il n'y allait pas' de leur propre intérêt, vous n'auriez pas une seule amie sincère diansi la Communauté.
Respectueusement."
Q. — C'est vous qui avez signé ce rapport? R. — Oui.
Q. — ^Vous y parlez de McPherson. Etait41 parent d'un quelconque des défendeurs? R. — M. McPherson est neveu de la Mère Francis Régis.
Q. — Avez-vous reçu, après l'envoi de votre rapport, quelque note ou réponse de la Mère Francis Régis? R. — Non,
Q. — Que devait-on faire de ce rapport d'après les Sitatuts? R. — ^On suppose qu'il sera présenté au Oonseil qui, à^son tour, considèrei lesi points importants, — la violation d'une règle, par exemiple — et les soumet lau chapitre,
Q. — Et ce rapport, n'est-ce pas? est envoyé trois mois avant l'assemblée dians laquelle on doit élire la Mère supérieure. R. — Oui, de cette façon le Conseil a le temps' d'examiner le rapport, et d'en extraire les^ points à soumettre au chapitre que ce dernier discutera pour trouver le moyen d'y remédier.
TENTATIVE D'ENL^iVEMENT DE SOEUR MARY BASIL.
Q. — Ainsi donc le conseil exiamine le rapport pour en soumettre la matière au chapitre à l'assemblée tenue pour procéder à rélection. R. — Oui.
Q. — Et il recherclie les moyens de faire observer les règlements. Maintenant, en dehors des violations de règlements, s'occupe-t^on d'autreS' points?
Sans doute. Il y a les' devoirs de charité. Comment sont4ls remplis?
Sont-ils convenablement pratiqués? Car c'est pour exercer cette charité qu'on fonda la communauté dont le premier devoir est de prendre soin des pauvres et des orphelins.
M. — McOarthy. — Les règlements isont ici et pourraient faire foi.
Q. — Pourriez-vous me montrer les paragraphes de:s> règlements? R. — Oui.
Q. — Et vous dites qu'on s'est occupé dC' la chose dians' les règlements? R.— Oui.
Q. — Et qu'arriva-t-il ensuite, Soenr Basil? R. — Environ huit jours plus tard, rarcheyêque vint faire sa visite pastorale a Ste. Miarie^du-Lac.
Q.— La fait-il souvent? R. — Il devrait, d'après la loi canonique, en faire une tous les ans. Q. — C'est la loi die votre Eglise? R. — ^Oui.
Q.— Et d'habitude, quand la fait41? R.^Tous les' trois^ ans.
Q. — Et depuis quand n'étaitnil pas venu? R. — Depuis quatre ans.
Q. — Dîtes^nous ce qui se passa à la visite de l'archevêque? Quelle sorte de cérémonie est-ce? R. — Le but de cette visite est, comme il est dit dans l'exposé, de donner à l'iarchevêque l'occasiion d'examiner l'état de la Communauté, de s'asisurer qu'on observe les règlement», et de se rendre comipte de quelle façon on a remipli les devoirs de charité. De plusi chacune des soeurs peut, et doit, faire connaître à l'archevêque tout ce qui concerne les affaires spirituelles et temporelles de l'assiociation.
Q — Vous dites que dhacune de;s Soeurs est tenue de faire conmaitre à l'archevêque, lors de sa visite, tout ce qui contribue au bien-être de la Communauté? R. — Oui, lau spirituel comme au temporel.
Q. — Et aussi ce qui contribue à lui nuire? R. — ^Oui.
Q^^Queiie est la durée de cette visite? R. — Jusqu'à ce que l'archevêque ait eu une entrevue avec chacune deis Soeurs.
Q. — Quand il y a une visite pastorale, se fait-elle à la Maison Mère ou à l'orphelinat? R.— Elle est supposée avoir lieu dansi chacune des Maisons du diocèse.
Q. — Alors la visite de l'archevêque à la Maison mère serait distincte de celle à r orphelinat? R. — ^Oui.
Q. — Combien de Soeurs y avait-il à l'orphelinat? Cela se passerait au mois de mai, n'est-ce pas? R. — L'époque de sa visite? Il la commença le ou vers le 25 avril. Q. — L'avez-vous vu? R. — Oui.
Q. — Quel était le nombre de religieuses à l'orph^elinat? R. — Probablement dix-sept lors de sa visite.
Q. — Avez-vous vu, lors de sa visite, l'archevêque, défendeur dans ce procès? R. — Certainement.
Q. — Que s'est41 passé entre vous. Soeur Basil? R. — L'archevêque, quand j'entrai dans la chambre où il se trouvait, me demanda si j'avais deS' remarques à faire. "Oh oui," répondis-je, "j'en ai, et beaucoup, et je me sens en conscience obligée de les faire. Mais si je vous les soumets, je crainS' de vous déplaire, et vous ne voudrez pas m'écouter." "Mais, au contraire, dit-il, je vous remercierai des renseignements." Je commençai donc. Je lui racontai l'état des choses tel qu'on le trouve dans ce rapport, d'abord robservation des règles, l'assistance des Soeurs aux exercices. Je donnai des détails.
Q. — Vous avez parlé de tout, cela à votre premier entretien? R. — Je ne .'^aurais dire jusqu'où je suis allée dans notre iprem:ier entretien, vu que ce premier soir je ne suis restée que quelques minutes avec lui.
Q. — Quand avez-vous repris rentretien? R. — ^Le. lendemain, mais je ne saurais préciser les points que j'ai touchés le premier soir.
Q. — Qu'arriva-t-il le lendemain? R. — Enfin, nous continuâmes rentretien, et je lui donnai des détails sur la manière dont on traitait les enfants. Je parlai d'abord des petits enfants de un à trois ans qui ont besoin de repos l'après^idi, et qu'on faisait dormir sur un plancher de bois dur, un plancher complètement nu, où on les laissait pendant une couple d'heures. Je lui dis aussi qu'une fois au moins par semaine on les miettait au ilit, vers les deux
heures, quelquefois à une heure, et on l'es y laissait jusqu'au lenidemalu matin, sans autre chose qu'une croûte ou un morceau de pain qu'on leur donnait dans leur petit lit aprèis souper.
Q. — Autre chose encore? R. — Je lui dis aussi que les garçons de trois à six ou sept ansi, qui aunaient dû être à l'école, se promenaient tout© la journée à travers des corridors souterrains, isomhres, où le soleil jamais ne pénétrait, des ipassages noirs et isolés, et cela depuis: leur sortie diu réfectoiire jusqu'à leur retour dans cette même salle. C'est à peine si une Soeur leur ladres&ait la parole. Rencontrait-on un enfant, on pouvait s'adomner à lui parler, mais on ne tenait pas que quelqu'un leur parlât. J'ajoutai qu'on les laissait dans le sous-sol seuls avec dies gens parfois ivres; qu'il y avait des enfants dont les' facultés mentales étaient peu développées; que des Soeurs de l'orphelinat m'avaient informé de l'immoralité qui régnait parmi les jeunesi enfants qui sûrement n'en connaissiaient pas la portée. Ils ne la connaissaient pas alors, vu leur extrême jeunesse. Je lui dis encore que c'était les garçons qui couchaient et lavaient les tout petits; que les enfants avaient la figure sale de plusieurs jours, parce qu'on ne la leur lavait pas; qu'on faisait looncher lesi tont petits sur une toile de caoutchouc froide, sans draps ou quoi que ce soit entre les bébés et le caoutchouc.
Q. — Lui lavez-vous parlé d'autre chose? Vous nous avez parlé des enfants et de la façon dont on is'occupait d'eux ou, suivant le cas, dont on les négiligeait. Votre conversation ne s'est-elle pas tournée vers d'autres pointsi? R. — Je lui ai demandé s'il avait vu le rapport que j'avais envoyé à la Mère générale.
Q. — Le rapport que j'aJi lu? R. — Oui et il répondit: "Oh, je le connais d'un bout à l'autre." Il admit ce que j'avais dis au sujet des enfants. "Et maintenant, lui dis-je, je voudrais qu'avant de quitter cette maison, vous descendiez dans le sous-sol pour inspecter l'endroit où les petits garçons ont passé leurs journéeis, et en effet il y alla.
Q. — Et puis? R. — Et il fut de mon avis, ou du moins il ne oontesita pas ce que j'avais dit au sujet de l'état des enfant», et en rejeta la faute sur les Soeurs et les novices qui travaillaient à cet endroit. (La plupart, à cette époque, étaient des novices.) "Et, ajoutant-iil, vous savez, on no devrait pas envoyer ici de novices, car réellement elles ignorent comment soigner les enfants."
Q. — C'est tout? R. — Je lui dis alors qui était vraiment responsable de cet état de choses.
Q. — Que lui ditesrvous à ce sujet? R. — Que la Supérieure générale était vraiment responsable de cet état.
Q. — Qui était la Supérieure générale? R. — La Mère Francis Régis. Responsable parce que c'était son devoir de confier les enfants à des Soeurs compétentes qu"ll lui serait facile de trouver, sii elle voulait en avoir.
Q. — Qu'arriva-t41 ensuite ? R. — Je lui parlai alors du' système de chauffage.
Q. — Et que dites-vous à ce sujet à l'archevêque R. — Que le système avait été posé trois lans aupiaravant, que la Maison de Ste. Marie-idu-Lac était neuve.
Q. — Vous parlez de Ste. Marie-du-Lac. Nous ravons appelé rorphelînat. Est-fce le même étaJMissement? R. — Oui.
Q. — Au cas où mon savant confrère croirait que c'est un autre établissement, était-ce le système de chauffage de cet établissement? R. — Oui, à Ste. Marie-du-Lac. Q. — ^C'est la Maison où vous étiez? R. — ^Oui, à cette époque.
Q. — Dites-nous vos remarques à rarchevêque au sujet du système de chauffage? R. — Je lui disi: "Vous savez que c'est une grande faute de changer ce système." "Ma foi, répondit-il, je crois bien n'en avoir rien su."
Q. — ^11 ne savait pas que c'était une: sottise? R. — ^11 ajouta: "Vous savez qu'on ne peut pas chauffer à la vapeur un édifice aussi vaste." "Comment, répondis-je, mais les plombiers affirment que la vapeur est Je seul système qui convienne à un établissement de cette grandeur." Je lui rapportai ce qu'avait dit le contremiaître qui avait installé le système de chauffage, que deux autres ouvriers m'avaient dit la même chose.
Q. — Vous lui avez répété les paroles du contremaître et les renseignements des deux autreis ouvriers? R. — Oui, qui me dirent avant de changer le système
M. McOarthy. — Ce fait fait-il partie de la déposition? Q. — Ce «ont vos paroles à l'archevêque? R. — Oui.
Q. — Qu'on pouvait vérifier votre rapport? Continuez à parler du système (le chauffage, ou de tout autre sujet dont vous l'avez entretenu, et comment se termina la conversation? R. — "Mais, lui dis-je, &i le système à vapeur ne convient pas à cet établissement, pourquoi l'a-t-on installé au collège (qu'on était en train de bâtir)? Pourquoi tous les édifices qu'on construit depuis quelque temps dans la ville sont-ils munis du système à vapeur?" "Je ne connais rien de tout cela," dit-il. "Et cependant, repris-je, vous vous vantez d'être un expert en construction et en chauffage." "Mais je ne connais rien de tout cela," dit41. "S'il en est ainsi, n'était-ce pas votre devoir de consulter quelques-uns de ceux qui, dans cette Ville, s'entendent au chauffage." Là-dessus il s'emporta et dit qu'il le lui permettrait encore.
Q. — Il permettrait a qui? R. — A la Mère Francis Régis.
Q. — Vous dites donc qu'il se fâcTia et ajouta qu'il lui donnerait encore cette même permission. Quelle permission? R. — D'enlever rinstallation actuelle de chauffage et de la remiplacer par une autre. "C'est possible, lui dis-je, il est probable que vous lui donneriez la permission, mais je sais bien que vous la refuseriez à la Mère Gabriel qui doit vous consulter pour dépenser $5.00, faute de quoi elle devra is'en passer." Je connaissais nombre de petits changements que la Mère G-ahriel voulait faire, mais que l'archevêque lui refusa.
Q. — Comment finit rentretien? R. — Il parut très ennuyé, et il se leva comme pour quitter le ohamibre, et je sortis, et oe fut, je crois, la fin de la conversation. Il s'emporta, se leva brusquement de sa chaise comme pour quitter la cham;bre, et je sortis, Mais avant de partir, je lui dis que si l'on ne remédiait pas à cet état de choses, j'enverrais un rapport à Rome.
Q. — C'est alors que vous lui avez dit que si l'on ne portait pas remède à l'état de choses actuel, vous enverriez un rapport à Rome? R. — Oui. ;
Q. — ^A-^t-il fait quelque réponse à oe& paroles?' R.—Il a dit que cela lui était égal. A ce moment, juste à ce moment, il a dit que cela ne lui faisait rien si j'envoyais un rapport.
Sa Seigneurie (le juge), — A quelle date étaitHce? R. — Je l'ai quelque part, mais je pense que ce devait-être le dernier jour d'avril. C'est vers de 30 avril qu'il termina, je crois, sa visite.
M. Tilloy. — Y a-^t-il encore quelque chose se rapportant à cette conversation? R. — Huit jours après l'archevêque revint à Ste. Marie-du-Lac ©t me demanda.
Q. — L'avez- vous vu? R.— Oui.
Q. — Que se passa-t-il? "Ma Soeur, dit41, je suis venu vous parler." "Je vous écoute. Monseigneur," dis-je. "Ce n'est point, oontinua-t41, votre devoir d'écrire à Rome." "C'est mon privilège, répondis-je, c'est le privilège de tout sujet d'écrire à Rome."
Q. — Tout sujet? R. — Tout membre de l'Eglise catholique, le plus élevé en position comme le plus infime, peut en appeler à Rome. C'est un appel à un tribunal supérieur et tout sujet peut en appeler d'un tribunal inférieur à un tribunal supérieur.
Q. — C'est ce que vous lui avez dit? R. — Oui, que j'en avais le droit. "Maintenant, dit41, n'écrivez pas à Rome, c'est à la Communanté de le faire, c'est son devoir." "Mais, répondis^je, celle que vous avez dans l'esprit comme" la Communauté, "la Mère Francis Régis, ne rapportera pas ces exemples à Rome. Mère Francis Régis, ajoutai-je, n'est pas Ta Communauté du tout."
Q. — Dites-vous qu'elle n'est pas la Communauté du tout? R. — Elle est membre de la Communauté, et a rautorité aujourd'hui parce qu'elle est Supérieure générale. Et je lui dis: "Jamais ces faits que je vous raconte, elle ne les rapportera à Rome." "Allons, dit-'il, n'écrivez pas à Rome, et je ferai peut-être quelque chose pour vous, il est possible que je vous donne quelque chose."
Q. — Voulait^il dire plus qu'il ne disait? R. — Non, "N'écrivez pas' à Rome, et il est possible que je fasse quelque chose pour vous et que je vous donne qv 3lque chose." "Je ne veux rien de votre Grandeur, dis-je, Je ne veux que ce que les règlements m'accordent, c'est-à-^dire du travail, de quoi manger, de quoi m'habiller, et être bien traitée. Je ne veux pas autre chose."
Q — D'après les règlements, on doit vous d'onner du triavail, de la nourriture, des vêtements', et agir convenablement avec vous? R. — Et agir convenablement avec moi, et c'est tout ce que je voulais. Je n'étais pas entrée dans la Oommuniauté pour loibteniir des places ou des positions. Je ne les ai jamais recherchées, et je n'en veux pas, même maintenant. Ce fut, je crois, la fin de l'entretien, et je le quittai.
Q. — Dites-vouis que tout ce qui arriva à ce isujet eut lieu vers la fin de la première semaine de mai? R. — ^Non. Ma foi, en y réfléchissant, ce fut peutêtre l'époque.
Q. — Huit jours après, avez-vous dit, je tiens à ce que vous ne vous perdiez pas, voilà tout. R. — ^Oui, peut-être huit hours après. D'ailleurs j'ai les dates, et je les apporterai pour ne pas me tromper.
Q, — Je serai heureux que vous fixiez les dates. R. — Très>-bi©n.
Q — Qu'arriva-t41 ensuite avec l'archevêque ou avec la Mère Régis? R. — .T'écrivis ensuite une lettre à l'archevêque, en date je crois, du 8 mai 1916.
M. Tilley. — Avez-vous cette lettre? M,. McCarthy. — Non, je ne l'ai pas.
M. Tilley. — Voici une oopi« de la lettre du 8 mai 1916. M. McCarthy. — Et je m'oppose aussi à la lecture de cette lettre.
Sa Seigneurie (le juge). — On va en prendre connaissance, mais elle reste soumise à l'opposition.
Q. — Voici une copie de la lettre.
"Monseigneur, — Vous voudrez bien vous rappeler que, lors de votre visite pastorale dans cette Maison, je n'ai pas terminé les remarques que je me sentais en conscience dans robligation de vous faire. L'ennui et le déplaisir que vous avez montrés quand j'entamai de vous exposer comment la Supérieure générale avait gravement violé le constitution, m'avaient forcée de m'arrêter dans mon récit. Je vous demande donc la permissiion de vous soumettre un fait que, je crois, vous devriez connaître. Nomibre de religiieuses, et j'en suis, et aussi beaucoup de laïques se isont demandési ce que signifie entre l'archevêque et la Supérieure générale cette étrange amitié qui le laissée entre les mains de cette dernière comme l'argile entre les' miains du potier. Sont-ce ses vertus? Non., elle n'en a aucune. Elle est paresseuse, égoiste, indolente, n'ia jamais donné à la Communauté la valeur d'une, journée de travail, mais a toujours, pour vivre, pressuré rasisociation, ne' se 'oontentant jiamaisi du menu ordinaire de la vie commune. Et voici l'explication qu'en donnent les religieuses qui demeuraient à Trenton sous les ordres die Soeur F. M. Régis, et sous votre pastorat. Elles disent que cette amitié commença quand vous avez opéré desi massages sur Soeur M. Francis Régis, lors de sa prétendue maladie. Vous alliez dans sa chambre à toute iheure du jour, et même à neuf heures du soir pour la friotioamer et la miasser. Après quelques temps, les religieuses furent si scandalisées qu'elles écrivirent à la Mère GaJbriel, alors Supérieure générale, et lui dirent ce qui les choquait dans la conduite de leur Supérieure locale. La Supérieure générale ladressa une lettre à la Soeur M. F. Régis, lui einjoignant de ne plus se faire masser, et d'ohserver les règlements. La Soeur M. F. Régis, dit-on, vous montra cette lettre. Ce fut le point de départ de votre étrange amitié pour la Soeur M. F. Régis, et de votre non moins étrange aversion pour la Soeur M. Gabriel. Qu'y a-t-il de vrai dans tout cela? Dieu seul et vous le savez. Et que la Soeur Gabriel ne fit que son devoir, vouS' l'admettrez en toute sincérité. Permettriez-vous aujourd'hui à un de vos prêtres' d'entrer, à son gré, dans la chambre d'une religieuse, de la frictiionner et de la masser pour des maladies réelles ou imaginaires? Vos sermons et vos lettres pastorales noiis donnemt l'idée du contraire."
"Vous n'avez aucunne autorité, dites-vous, pour faire observer les Statuts auxquels la Supérieure générale a juré d'obéir le jour de son élection à cette charge. Nous n'avons^ donc d'autre recours qu'auprès de la "Oon:grégation des Ordres Religieux." Il y a une autorité quelque part. Nous n'avons de protection que dans les Statuts, nous ne prononçons de voeux qu'en conformité avec la Constitution. "La Congrégation des Ordres Relig^ieux" nouS' dira à qui nous adresser pour obtenir justice, elle nous dira si la Supérieure générale est liée par son serment ou mon. On nous' enseigne dians le catéchisme que c'est un parjure de manquer à un serment légitime, et que c'est un grave péché de se parjurer."
"Vous n'avez aucune autorité, dites-vous, ûe yow limimi'S'cer dans les affaires intérieures d'un couvent. Mais il est de niotoxiété incontestable que vous vous êtes mêlé aux affaires les plus insignifi'antesi de l'association, on dit: "Lui et Elle." — Bientôt les religieuses prouveront que vous êtes intervenu dans les affaires intérieures de la Communauté.
"On fait courir le bruit que, afin d'a&surer sa réélectioin, elle se propoise de séparer cette Maison de la Maison Mère. Depuis cinq ans et dix mois, cette maison fait partie de la Maison Mère, et ce iserait une grande injustice, au moment de l'élection de nouvelles fontionnaires générales, de priver de leur vote des religieuses professes' depuis liuit ans. Et l'on pent en croire ce 'bruit, car il est amplement prouvé par la conduite illégale qu'elle a tenue lors de la dernière élection. S'il en était ainsi, on enverrait à la Sacrée Congrégation et au Délégué Apostolique un compte-'rendu détaillé de son administration, le rapport que vous avez reçu lors de votre visite, la copie du document adresisé à la Supérieure générale et au Conseil trois moiis avant l'élection, en même temps que la copie de la lettre que vous ayez sous ies' yeux. La Sacrée Congrégation saura qui a, le droit et l'autorité de faire une enquête sur la triste condition de la Communauté.
"C'est pourquoi, en mon nom et au nom de» religieuses iprofesises depuis nuit ans, je proteste contre l'injustice qu'on veut nous faire, et m'adresse à vous pour que vous en refusiez l'approbation.
Votre dévouée, SOEUR M. BASfL."
(Lettre marquée comme pièce No. 3.)
M. McCarthy. — ^Nous nous opposons à cela, naturellement, pour les mêmes raisons.
Sa Seigneurie (le juge). — ^Certainement, votre* opposition est notée.
Q. — Ainsi cette lettre est datée du 8 mai 1916? R. — Oui.
Q. — Et a été écrite à Ste. Marie-du-Lac? R. — ^Oui, à l'orphelinat.
Q. — Pouvez-vous nous dire maintenant, sans vous reporter à quoi que ce soit que vous alliez dire au momient de rajoumement, pouvez-vous' voua rappeler si votre conversation avec lui, lors^ de sa venue à Ste. Marie-dn-Lac, eut lieu avant ou après cette lettre? R. — Avant d'avoir écrit cette lettre.
Q. — L'ordre des événements a donc été la visite au mois d'avril? R, — Oui.
Q. — Ensuite la visite à Ste. Marie-du-Lac? R. — Huit jours' après.
Q. — Et enfin la lettre? R. — C'est cela.
Q. — Maintenant, avez^vous reçu une réponse quelconque? H me semble que vous m'avez dit n'avoir reçu de la Mère supértieure aucune réponse à la lettre que vous lui avez envoyée? R. — Non, je ne'en ai pas reçu.
Q. — Et avez-vous reçu de l'archevêque une réponse à la lettre que vous lui avez envoyée? R. — Pas davantage.
Q. — Et qu'avez-vous fait ensuite ? R. — Je n'ai rien faJit jusqu'après l'élection.
Q. — Quand eut-elle lieu? R. — Le 19 juillet.
Q. — Alors les choses en restèrent là jusqu'au 19 juillet? R. — Oui.
Q. — Et qu'arriva-!t-)il alors à cette date? R. — La Mère Francis Régis fut élue pour un second terme d'office. Cependant rien n'avait été changé à Ste. Marie-du-Lac.
Q. — Que voulez-vous dire par "rien n'avalit été cha;nigé"? R. — Qu'on n'y avait pas amélioré l'état de choses dont j'avais parlé à l'archevêque.
Q. — Et qu'arriva-t-fil après juillet? R. — Je me mis à préparer un rapport pour Rome.
Q, — Quand avez-vous commencé cette prépara/tioni? R. — Vers le 1er août, je crois.
Q. — Et comment fites-vous VO'S préparatifs? R. — Il fallut d'abord me procurer un dactylographe (typewriter), parce qu'à Rome on n'accepte rien de manuscrit.
Q. — On ne reçoit rien d'écrit à la main? R. — Non, tous les envois à Rome doivent être imprimés.
Q. — Vous avez donc un dactylographe? R. — Il était dlans' le (bureau du P. Mea.
Sa Seigneurie (le juge). — Je ne vois pas la nécessité de pousser les dhoses h ce point.
M. Tilley. — Je désire montrer que rien n'arriva jusqu'à ce qu'elle préparât son rapport pour Rome. Je vais montrer que c'est le 13 septembre qu'elle mit à la poste son rapport pour Rome, et que c'est le 14 septembre qu'eurent lieu les voies de fait.
Sa Seigneurie (le juge). — Je veux dire que vous produisez en détail ce qui pour moi n'est que l'indication de quelque mécontentement.
M. Tilley. — Non, ce n'était que pour montrer ce qu'elle faisait ouvertement, et que tout le monde pouvait s'en rendre compte.
Q. — Est-ce exact? R. — C'est exact. J'ai dit à quelques>unes des Soeurs que j'avais Fintention d'envoyer un rapport à Rome.
Q. — Alors le dactylographe était là, et vous vous en êtes servi? R. — Parfaitement.
Q. — Et quand avez-vous terminé le rapport? R. — Le rapport fut adressé à Rome le 13 septemibre, le 13 septembre 1916.
Q. — C'est vous qui l'avez mds à la poste, n'est-ce pas? R. — Non, je ne l'y ai pas mis. Quelqu'un l'a mis pour moi.
Q. — Alors qu'arriva-t-il après que vous avez envoyé le rapport à Rome?. R. — Eb bien, le soir suivant
Q. — C'est-à-dire le 14 septembre? R. — ^Oui, le soir du 14 septembre.
Q. — Qu'arriva-t-il ce soir-là? R. — Entre neuf heures et demie et dix heures, un homme entra dan® ma chambre,
Q. — ^A ce moment saviez-vous qui il était? R. — Non, je ne le savais pas à ce moment. On cogna à ma porte. J'étais assise sur le bord du lit. Je n'avais sur moi pour me couvrir les bras et la poitrine que le vêtement que je porte sous mon corset.
Q. — Aviez-vous alors votre corset? R. — ^Non, je l'avais enlevé.
Q. — C'était le çeul vêtement que vous aviez sur vous? R. — C'était le seul. On coigna à la porte, et aussitôt après on tourna le bouton de la porte. Or, en tournant le bouton, si l'on ouvrait la porte, je me serais trouvée en face de quiconque se présenterait, et l'on me verrait telle que j'étais. Je croyais que c'était une Soeur, je quittai ma position sur le lit, et quand la porte s'ouvrit, elle s'ouvrit sur moi, parce que je me trouvais alors derrière elle.
Q. — Je voudrais voir clair là-dedans. Quand vous étiez assise? R. — Quand j'étais assise sur le bord du lit, j'étais juste en face la porte. La tête d!u. lit était contre un des murs, mais si la porte s'ouvrait, j'était juste en face.
Q. — Alors vous dites que vous avez quitté le bord du lit, et vous vous êtes mise derrière la porte? R. — Je n'avais qu'un pas à faire. Quand le bouton tourna, je glissai du lit, et d'un pas je me trouvai derrière la porte. En un clin d'oeil, un homme se rua à l'intérieur, et jeta son bras, le gauche, sur mon épaule. Je me mis à crier: Des Vagabonds! des Vagaibonds! (Tramps! Tramps!). Il leva le doigt et fit: Chut! Chut! mais vous pensez bien, je continuai die crier.- C'est alors que la Soeur Mary Magdalene s'approcha de moi, et me dit: "Nous allons', ma Soeur, vous conduire dans un Sanatorium à Montréal."
Q — Maintenant, qui était Soeur Magdalene? R. — La Supérieure locale de cette Maison.
Q. — Ainsi elle est entrée dans la cliambre. Com^iein de temps après rhomme? R. — Oh! pas très longtemps. Il entra, m'enlaça de son bras, et la première chose que je vis ensuite, c'est qu'elle était près de moi.
Q. — Alors qu'arriva-t41? R. — Elle dit: "Nous allons vous conduire dans un Sanatorium à Montréal." "C'est vous, répondisje, qui devriez y aller." Je continuai donc de crier, et m'efforçai de me tirer des maînis de l'homme, et je me trouvai tout de suite couchée en travers du lit, les pieds et les jambes pendants.
Q. — Etendue sur le côté ou sur le dos? R. — Sur le dos'. Q. — Comment se fait-il que vous fussiez dans cette position sur le lit? R. — n'est lui qui m'y jeta.
Q. — Oui, lui? R. — L'agent de police.
Q. — Ensuite qu'arriva-t-iil? R. — Je n'étais pas depuis longtemps sur le lit quand la Soeur Mary Vincent et la Soeur Mary Alice entrèrent dans la chambre.
Q. — Ne nous avez-vous pas dit que la Soeur Mary Vincent est membre du Conseil? R. — Oui, on l'appelle ordinairement la Mère Vincent.
Q. — Elle venait de la Maison Mère, alors? R. — Oui, elle en venait.
Q. — Et Soeur Alice? R. — Elle en venait aussi. Et je criai quand j'apergus la Soeur Mary Vincent, et je diis: "Oh, mon Dieu! Soeur Mary Vincent, vous en êtes, et vous aussi. Soeur Mary Alice? Du jour où vous êtes entrées dans cette Communauté, il ne s'est pas fait de vilenies ou de mesquineries que vous n'y fussiez mêlées." Mais elles ne firent pas laittention à ce que je disais', et il m'était impossible de remuer, vu que l'agent me tenait les mains, et me tenait couchée sur le lit. Je pouvais cependant remuer les pieds, les jambes et le corps, et c'est alors que le policier plaga son genou à droite contr© mon abdomen.
Q. — Vous •tenaitHil toujours les' mains? R.- — Oh.! Oui, et je continuai de crier, Elles se mirent à m'habiller. Je les priai de me laisser voir le P. Mea. "Vous ne pouvez pas, dit la Soeur Mary Magdalene, le voir comme ça. Prenez vos vêtements, habillez-vous, et alors vous le verrez." "Ma foi, répliquai-je, ^ il pourrait aussi bien me voir nue que cet homme-là."
Q. — Et ensuite? R.— Alors une Soeur est venue me mettre ûçnes has, et comme elle était assez près de moi, je crois que je lui ai donné un çoup de pied, car j'avais l'usage de mes jambes. Et Mary Magdalene s'approcha de l'agent de police, et lui dit: "Pourquoi donc n'avez-vous pa& amené un autre homme avec vous." Et alors le policier, pour me priver, je suppose, de l'usage de mes jambes, s'assit en quelque sort sur ma hanche, ce qui m'enleva quelque peu l'usage de mes pieds et de mes jambes. Puis elles me mirent mes bas et mes souliers, et une robe noire.
Q. — Vous ont-elles mis votre vêtement haJbituel? R. — ^Oh non! c'était une robe que, j'en suis sûre, une femme de journée ne voudrait pas porter.
Q. — (Présentant des vêtem^eints.) Est-ce €ela? R. — C'est ça. Le cordon itiiré en dehors.
Q. — N'est-ce qu'une jupe? R. — ^C'est un morceau droit avec le cordon.
Q. — Et quand vous l'avez passée, on tire de oette ifaçon? R. — Oui, Soeur Mary Magdalene me l'a attachée autour de la taille.
Q. — Voyons le reste de l'habilliement. R.— On m'a mis cela. Voici le corsage. Il n'a pas de boutoins, ni rien pour l'attacher par devant. Elles n'ont fait que le placer autour de ma taille, et j'étais complètement découverte.
Q. — On vous l'a mis autour de la taille? R. — Oui.
Q. — Et on vous l'a attaché. Ce cordon était autour de la taille, mais il n'y a pas de boutons, ni rien pour rattacher par devant? R. — Non.
Q. — Mais il y a un crochet et une agrafe en haut. Peut-être ne l'avez-vous pas vu? R. — Elles ne l'on pas attaché.
Q. — Et il vous a fallu vous' envelopper avec ça? R. — ^Oui, et voilà ce qu'on m'a mis sur la tête.
Q. — Qu'est-ce que c'est? R. — C'est un morceau de voile, c'est ce que nous portons tous les jours. On l'appelle voile, mais ce n'en est qu'un morceau.
Q. — Et on vous a mis ça sur la tête? R. — On me l'a jeté sur la tête.
Q. — Comment je*é? Pouvez-vous nous le dire? R, — On l'a jeté négligement, Sans le serrer.
Q. — Je crois que vous lavez les cheveux courts?^ R. — ^Oui, je le& avais courts,
Q. — Comme toutes les religieuses n'est-ce pas? R. — ^Oui, je paraissais ridicule.
Q. — Vous a-t-on mis des has et des souliers? R. — ^Oui. Q. — C'était les vôtres, n'est-ce pas? R. — Oui.
Q- — Et ce sont les Soeurs qui étaient dans votre chambre qui vous les ont mis? R. — Oui.
Sa Seigneurie (le juge). — Vous les aviez ôtés, n'est-ce pas? R. — ^Oul, j'étais déshabillée.
M. Tilley. — Et ce que vous dites est à la lettre, vous n'aviez jsur vousi que votre vêtement de dessous? R.— Oui, c'est tout ce que j'avais.
Q.— Et qu'étiez- vous en train de faire quand l'homme entra? R. — J'avais ma robe de nuit à la main. Elle était pliée, et j'étais en train de la déplier pour la mettre quand on frappa. Je pensais à ce que je pourrais mettre. Je croyais que c'était une Soeur, mais pourtant je ne voulais pas qu'elle entrât.
Q. — Avez-vous dit: Entrez? R. — Non.
Q. — Vous n'avez rien dit? R. — Non, je n'en ai pas eu le temps. J'ai glissé du 'bord du lit quand j'ai entendu tourner le bouton de la porte, et j'ai lâché la robe de nuit parce que l'homme s'est précipité a l'intérieur. On m'a ensuite tenue droite pour m'attacher ces affaires autour de la taille. On m'a soulevée. Tout ce temps là j'étais en travers du lit. On m'a soulevée et on m'a attaché ça autoiuî" de la taiille.
Q. — Vous a-t-on mis ces vêtements pendant que vous étiez couchée sur le lit? R. — ^Oui, elles m'ont passé la jupe par les pieds, €t l'iont remontée, et la Soeur Magdalene me l'a aJttac'hée autour de la taille.
Q. — Voyons, pour être clair. Si l'on ajoute aux pièces à conviction No. 4 le vêtement que vous aviez sur vous quand l'homme est entré dans votre chamobre, ce sont tous les vêtements qu'on vous a mis? R. — ^Oui.
Q. — Et c'est tout ce que vous aviez sur vous au dernier moment avant d'entrer dans rautomobile? R. — ^Oui, c'est tout ce que j'avais.
Q. — Qu'arriva41 après qu'on vous eût habillée de cette façon? R. — J'étais épuisée, presque lioris d'haileine, et je m'affaissai sur le bord du lit quand on me mit le corsage. L'agent de police ne me lâchait pas, pendant qu'elles m'habillaient, je coutinuaJi de demander à voir le P. Mea, je ne cessai de le demander, et la Soeur Magdalene me promit, oui, elle me promit que je le verrais. Quand eilè eût fini de m'habiller, elle murmura quelque chose à cet homme. "Quand iserant-il ici," dit-elle, parlant die quelqu'un, je suppose. Il tira sa montre, la regarda et dit: "Oh! pas avant une heure ou une îheure et demie." Elle répliqua d'un ton ennuyé: "Qu'attend41," et quitta la chambre.- La Soeur Mary Magdalene sortit. La Soeur Mary Alice me regarda, prit une serviette et m'essuya la figure en disant: "Elle est épuisée/'
Q. — Parlant de vous, ou vous parlant? R. — Me parlant. Elle me passait la serviette sur la figure. "Elle est épuisée," dit-elle.
Q. — Qui est épuisée? R. — ^C'est ce que la Soeur Mary Alice m'a dit, en parlant de Mary Vincent.
Q. — Vous a-*t-elle dit que Mary Vincent était épuisée? Non, elle parlait de mol à Miary Vincent. Elle a dit à la Soeur Miary Vincent que j'étaiS' épuisée, et celle-'ci répondit: "Oui." Et je dis: "Soeur Mary Vincent, au nom de Dieu, je vous demande de ne pas me laisser partir d'ici sans que j'aie vu le P. Mea." "Jé vous iBJi donné ma parole d'honneur, répondit-elle, que vous verriez Je P. Mea avant de partir d'ici"; et elle sortit de la chamibre. La Soeur Mary Alice en fit autant, et on me laissa seule avec cet homme. Je haletais par suite de mon grand épuisiement. Je m'adressai à lui: "Voulez-vous me dire qui vous êtes." "Agent de police:," ditHil. "Grand Dieu! un agent de police! et qui vous a envoyé ici vers moi?" Il me dit — —
M. McOarthy. — Je m'oppose à ce que ceit homme dit.
M. Tilley. — ^C'est un des défendeurs, il ne peut incriminer personne d'autre.
Sa Seigneurie (le juge). — Il me semble qu'elle peut parler puisqu'il est un des défendeurs. C'est juste la même chose' que les cas' précédents. Ce ne peut-être qu'un témoignage contre l'homme qui a parlé. R. — n répondit que c'était l'archevêque et le chef de police. "Et vous allez me conduire dans un asile?" demandai-je. "Oui," dit-il. "Mais je n'ai pas vu de docteur, je ne me rappelle pas le jour où j'aie parlé à l'un d'eux. Me oroyez-vous folle? "Non, dit-il, vous ne le paraissez paS'." A ma demande: "Etes>-vouS' catholique," il répondit: "Oui, je le suis. Avez-^vous jamais entendu parler de Naylon, l'agent de poliice?" "Oui, dis-je, et avez-vous des soeurs?" "Non, mais j'ai des filles." "Et voudrlez-vous qu'on traitât une de vos filles comme vous m'avez traitée ce soir?" "Non, répondit-il, je ne le voudrais pas." "Alors, pourquoi le faite-vous?" "Il le faut bien. On m'a envoyé ici. C'est l'archevêque et le clief qui m'y lomt envoyé." "Mais, dis-je, vousi voyez bien que je ne suis pas folle." "C'est vrai, ma^is je^ n'y puis rien." Et nous continuâmes à parler de la sorte.
Q. — Qui vous a parlé ainsi? R. — Le policeman.
Q. — Le défendeur Naylon? R. — ^Oui.
Q. — Il se trouva que c'était Naylon? R. — Oui. Ensuite la Soeur Mary Magdalene rentra dans la chamibre pendant une seconde. "Voulez-vous me permettre, ma Soeur, lui dis-^je, de voir le P. Mea?" "Oui, dit-elle, vous le
TENTATIVr D'ENLÈVEMENT DE SOEUR MARY BASIL. 25
verrez," et elle s'en alla. Elle n'était restée qu'un instomt trè» court. Et nous fûmes laissés seuls encore, pendant assez longtemps.
Q. — Vous et l'agent de police? R. — ^Oui, tous les deux. Alors la Soeur Mary Alice revint et je lui dis: "Voulez-vous leur demander de me laisser voir le P. Mea, avant qu'ils ne m'emmènent." "Mais, dit-elle, vous mvez que je n'ai aucune influence sur elles, je ne peux pas les forcer." "C'est vrai, répondis-je, mais demandez-leur tout de même," et elle s'en alla. Après eille, arriva la Soeur Mary Vincent. "Ma Soeur, lui dis-je, allez-vous m'emmener d'ici ©ans me permettre de voir le P. Mea?" "Le P. Mea, répondit-elle, sait tout ce qui se passe." "Non, il ne le sait pas." "Si, répéta-t-elle, til le sait, 11 la reçu ce isoir une lettre à ce sujet." "Non, répliquaii-je, il n'en a pas reçu, autrement il m'en aurait parlé, et il ne m'en a rien dit la dernière fois que j'ai causé avec lui." "Eh bien! reprit-elle, il sait tout, car je lui ai apporté une lettre moi-même, je l'ai apportée de la Maison de la Provldemce, et comme 11 n'était pas' en bas dans le vestibule, je l'ai donnée à la Soeur Mary avec prière de la lui porter."
Q. — Qui est-ce qui vous a dit que le P. Mea savait tout ce qui se passait? R. — La Soeur Mary Vincent qui, dit-elle, a apporté la lettre.
Q. — Et, d'après elle, 11 savait tout ce qui se passait. R. — Oui.
Q. — A4t-on encore dit quelque chose dams votre 'dhambre au sujet d'une entrevue avec le P. Mea avant votre déipart de l'établissement? R. — Ouii.
Q. — Quoi encore? R. — La Soeur Mary Magdalene entra dans la chambre. Je voulais prendre des mouchoirs dans la mialle qui était dans la chamibre. J'avais demandé à l'agent de police, alors que nous étions seuls, de me laisiser aller chercher *des mouchoir s. "Attendez qu'elles reviennemt, dit-iil, et elles vous les donneront." "A leur retour il ne sera plus temps, répllquai-je. Laissez-moi prendre la clef, laissez-'mol aller de l'autre coté du lit prendre la clef dans ma poche." Il me prit alors par le 'bras, et me laissa aller prendre la clef de l'autre côté du lit, mais ne voulut pas que j'ouvre la malle. C'est alors que la Soeur Mary Maigdalene entra, et je lui dis que je voulais des mouchoirs qui étaient, dans la malle. "Donnez-moi la clef, dit-elle, et je vous les prendrai." Pour parvenir à la malle, il fallait tirer le lit; or, nous étions toujours, l'agent de police et moi, assis sur le bord. "Il faut, dit-elle, que je déplace le lit." Alors le policier me fit lasseoir sur une cliaise, et la Soeur Mary Magdalene alla vers la malle, mais elle se contenta de regarder si elle était ouverte. Elle ne rouvriit pasi du tout, mais mit la clef dans' sa poche. "Pourquoi, lui - demandai-je, mettez-vous la clef dans votre poche?" "Pour qu'on vous envoie votre malle." "Mais vous n'avez pas l'idée de m'envoyer ma malle, et d'ailleurs vous n'avez pas besoin de clef pour l'expédier." "Oh! si, dit-elle, c'est nécessaire." "Allons, répllquai-je, vous savez bien que vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites. Mais voulez-vous me laisser voir le P. Mea?" "Oui, dit-elle, en descendant vous le verrez dans une des chambres en bas."
Q. — Vous a-t-elle donné les mouchoirs? R. — Non. Q. — Et elle garda les clefs? R. — Oui.
Q. — Qu'arriva-t-il ensuite? R. — Elles étaient toutes dans la chamibre, la Soeur Mary Alice, la Soeur Vincent et la Soeur Mary Magdalene. Alors entra un autre homme qui, dès qu'il fut entré, me prit l'autre bras, et ils m'entraînèrent hors de la chambre. Je ne pouvais pas résister. J'étais trop épuisée, j'étais incapa.ble de me défendre.
Q. — On vous a entrainé hors de la chamibre, et où vous mena-it^on? R.-^ Comme nous quittions la chambre, la Soeur Mary Alice dit: "N'allez-vous pas mettre quelque chose sur elle?" "Oh! répondit la Soeur Mary Magdailene, il fera chaud dans le train." Et nous continuâmes à avancer. Il y avait deux étages à descendre, et je criais de toutes mes forces.
Q. — Quand vous marchiez ainsi, le failsiez-vous librement? R. — Oh non! on me tenait par les bras. Q. — Et qui étaiit^ l'autre ihomme? R. — M. Giallaglier, le chauffeur. Q. — Et c'est ainsi que Vous avez descendu l'escalier, n'est-ce pas? R. — Oui, on m'a tenue tout le temps.
Q. — Même en descendant? R. — Oui. En arrivant à trois ou quatre marches du second étage, l'agent de police me mit son pouce sous le menton et sa main sur. la bouche, et les a gardés jusqu'à notre arrivée au premier étage.
26 l^ENTATIVE D'ENLÈVEMENT DE SOEUR MARY BASIL.
Q. — Quand vous parlez du premier étage, voulez-vous dire le rez-decliaussée? R. — ^Oul, le rez-de-cliausisée.
Q. — Maintenant, vous dites qu'il a mis son pouce sous votre menton deux ou trois marches avant d'arriver au rez-de-chaussée? R. — Non, mais avant d'arriver au second étage, et de là jusqu'au rez-de-chaussée.
Q. — Avait-il agi de même avant de desceindre l'escalier? R. — Certainement, dans la chambre où il m'avait bâillonnée.
Q. — Comment? R. — En me mettant un morceau d'étoffe sur la bouche. La première fois, je n'ai rien dit, il ne l'y a pas laissé longtemps, mais la seconde fois je lui dis: "Je suis presque morte cette fois, vous- m'avez étranglée, vous m'iavez enlevé la reispiration," ^
Q. — Etait-ce le cas? R. — Oui, c'était vrai. Il m'a tenu le biaillon si longtemps sur la bouche que je me sentais mourir. Je pensais bien que je ne respirerais plus. "Eh bien! dit41, allez-vous rester 'tranquille?" Il le remit encore une troisième fois, et je lui fis la même remarque, à quoi il répondit: "Restez tranquille." Quand je lui parlais tranquillement, il ne me bâillonnait pas. Il ne le faisait que lorsque je* criais, pour m'en empêcher.
Q. — Quand vous lui parliez avec calme, il ne vous baillonnatt pas? R. — Non.
Q. — Et quiand il vous mettait le bâillon, était-ce sur la bouche seulement, ou sur la bouche et le nez? R. — Sur la bouche et le nez. Il ne le pressait pas très-serré. - C'était un morceau d'étoffe qu'il forçait à moitié dans ma bouche et sur le nez.
Q. — Et vous dites que, en descendant, il vous m'it son j)ouce sous le menton? R. — Et la main sur la bouche.
Q. — C'est bien comme vous avez dit? R. — Oui.
Q. — Continuez? R. — En arrivant au rez-de-chiaussée, il me prit le bras gauche — ^c'était de ce côté qu'il était, — ^de ses deux mains-, et on alla vers la porte. A peine eût-il enlevé isa main de ma bonche que je criai: P. Mea, P. Mea!
Q. — ^Où est le bureau du P. Mea dans la maison? R. — ^11 était au premier étage.
Q. — ^Au rez-de-chaussée? R. — ^Ouî, au rez-de-chaussée, en entrant.
Q. — Alors vous étiez au même étage que son bureau? R. — Oui, tout près de sa chambre à coucher. Son appartement est au pied de l'escalier.
Q. — Il y avait son bureau, et aussi une chambre, n'est-pas? R. — Oui, une cliambre et une salle de bains.
Q. — Alors a-t-on dit quelque chose? Si je me rappelle bien, la dernière chose dont vous nou& avez parlée au sujet du P. Mea était que la Soeur Magdalene vous avait dit, dans votre chambre, que vous le verriez avant votre départ? R. — Oui, Elle m'a dit, aussi avant de quitter ma chambre, que j'allais aller à la Maison de la Providence où le P. Mea pourrait venir m'y voir le lendemain matin et y rester aussi longtemps qu'il le voudrait.
Q. — On vous a dit, n'est-ce pas, elle ou une autre, que vous le verriez dans une chambre au rez-de-chaussée? R. — Oui, c'est la Soeur Mary Magdalene.
Q. — Etait-ce après qu'on eût parlé de votre départ ce soir-là pour la Maison de la Providence? R. — Oui.
Q. — Qui a parlé, et qu'a-t-on dit? --R. — C'est la Soeur Mary Magdalene, et ce fut la dernière fois' qu'on fit mention du P. Mea. "On va vous mener, dit-elle, à la Maison de la Providence, où le P. Mea, ira le matin et restera avec vous aussi longtemps qu'il voudra.
Q. — Donc, ce dont on a parlé en dernier lieu fut que vous alliez aller à la Maison de la Providence? R.— Oui.
Q. — Ce serait donc à la Maison Mère? R. — ^Oui. i
Q. — Et où se trouvait la Supérieure générale? R. — 'Oui.
Q. — Et où vous deviez rester toute la nuit, et où le P. Mea pourrait aller vous voir? R. — Oui, le lendemain matin, et où je lui parlerais tant que je voudrais. "Mais, lui répliquai-je, jer sais que je ne vaiis pas à la Maison de la Providence, car vous m'avez dit que vous alliez me mener à Montréal par le train de minuit." "Je n'ai jamais dit rien de tel," déclara-t-elle. "Oh! si, répondis-je, et l'agent de police lui-même m'a informée qu'on allait nie conduire dans un asile de Montréal par le train de minuit." Elle se tourna vers
lui et lui demanda: "Avez-vous dit ça." "Oui," répondit-il. "Alors, ajoutait-elle, vous ne verrez pas le P. Mea."
Q. — Elle vous a dit cela? R. — Oui, €e fut ses dernières paroleiS, juste au moment où le chauffeur entrait dans la chambre.
Q. — C'est juste à ce moment là qu'elle vous a dit que vous ne verriez pas le P. Mea? R. — Parfaitement.
Q. — A la suite de cette conversation, fites-vous quoi que ce soit en descendant l'escalier? R. — Je criais en descendant, je vouliais appeler de touteS' mes forces pour me faire entendre du P. Mea.
Q. — C'était votre intention? R. — ^Ouî, et dès la sortie de ma chambre, je me mis à crier aussi fort que je pouvais jusqu'au imoment où l'agent de police me plaça sa madn sur la bouche. Et quand il la retira, je recommençai à crier pour réveiller le P. Mea.
Q. — Vous a^t-on fait franchir la porte? R. — Oui, et rapidement.
Q. — Se sont-ils pressés davantage à cet endroit? R. — Oh oui! Sis firent très vite. Q. — Continuez. R. — Les portes, — il y en avait deux, — étaient grandes ouvertes. Q.-— Au moment où vous y arriviez? R. — ^Oui.
Q. — Etait-ce l'habitude? R. — Non, pas du tout. Un des battants était mobile, on le poussait pour entrer ou sortir, mais les porteS' n'étaient jamais ouvertes. Q. — Un des battants s'ouvrait des deux côtés? R. — ^Oui.
Q. — Et l'autre étaiit fixe? R.— Oui, et la porte extérieure était fixe, elle ne s'ouvrait pas en la poussant.
Q. — Quand vous parlez de deux portes, vous voulez dire une porte extérieure et une porte intérieure? R. — Oui.
Q. — La porte intérieure était mobile? R.— Oui. -Q. — Et la porte extérieure ne s'ouvrait que d'un côté? R. — ^Oui, il y avait deux battants.
Q. — Et les deux porteS' étaient ouvertes ? R. — ^Oui, toute» grandes.
Q. — Et, en descendant, qu'avez-vous trouvé dans la cour? R. — Quand j'arrivai dehors, l'automiobile était au bas du perron. Il fallait diesicendrc' quelques marches. La Soeur Mary Vincent était déjà dans' la voiture. Elle était sortie avant moi. L'agent de police me fit monter, et la Soeur Mary Maigdalene vint derrière moi et s'assit à ma gauChe.
Q. — Ainsi la Soeur Mary Vinceint était d'un côté et la Soeur Mary Magdàlene de l'autre, vous étiez donc entre les deux? R.— Oui.
Q. — Et où se plaça l'agent de police? R. — Il*s'assit devant, en face de moi.
Q. — Pas avec le chauffeur? R. — Non, en face de moi.
Q. — Et que fit alors le chauffeur? R. — Il monta devant. Mais, au moment de partir, j'aperçus la robe de chambre du P. Mea dans' rouverture de la porte, et je criai: "Père Mea, P. Mea, on me conduit dans un asile." Il sauta alors sur le marchepied de l'auto, et dit: "Serait-ce Soeur Mary Basil?" "Oui," répondis-je, "on me conduit dansi un asile."
Q. — Et ensuite? R. — S'adressant à Mary Magdalene: "Où allez-vou&, ma Soeur, dit-iil; que faites-vous?" Et elle répondit: "Nous' suivons les ordres donnés, nous obéissons' à la Supérieure générale." "Qui est cette religieuse," continua-t-il.
Q. — Qui parla ainsi? R. — La Supérieure locale. Soeur Mary Magdalene.
Q. — La Supérieiure locale de Ste. Marie-du-Lac, de l'orphelinat? Et que ditelle? R. — "Nous obéissons à la Supérieure générale." "Qui est cette religieuse?" reprit le P. Mea. "La Mère Vincent." Et à sa demiande: "Ma Mère, où allez-vous?" elle répondît: "Nous allons à Montréal,"
Q. — Y a-t-il autre chose encore? A^t-elle dit à quel endroit de Montréal ils allaient? R. — Oui, "à l'asile," dit-elle. Reprenant la parole, le P. Mea demandia: "Qui est cet homme?" Et les deux Soeurs, Mary Vincent et Mary Magdalene, répondirent ensemble: "Un ipolrceman." Il était habillé en civil. "Qui êtesvous," reprit le P. Mea. "Je suis M. Naylon," répondit l'autre. Le P. Mea connaissait Naylon, mais je suppose que les vêtements civils et l'obscurité l'empêchaient de le reconmaitre. "Eh bilen! M. Naylon, où condiuisez-vous cette religieuse?" "A Montréal, dans un asile." "Avez-vous l'ordre des autoritési judiciares?" "Je l'ai dans ma poche"; sur quoi le P. Mea répliqua: "Je voudrais le voir, descendez et montrez-le moi." Et l'agent de police hésita un moment.
Q. — Il hésita? R. — Oui, mais enfin il descendit de l'automobile.
Q. — Et se sont-ils parlé? R. — ^Oui, il y eut une conversation entre eux.
Q. — L'avez-vous entendue? R. — Non, ils s'étaient éloignés.
Q. — Bien, noius ilaisseromS' ce point de côté. Et qu'arriva-t-il- quand ils eurent terminé leur conversatiom? R. — Ils revinrent après quelques' instants, et il dit — .
Q. — Qui, il? R. — Le P. Mea. Il parl-a laux religieuses: "Ma Mère, dit 41 vous ne pouvez pas faire cela." "Oh si! répo'ndit-elle, il nous faut faire ce qu'on nous dit." "Et vous, M. Naylon, continua-t-il, vous savez que vous n'avez aucune autoTité en cette affaire." "Mais j'en lai une, répliqua l'agent, c'est l'archevêque et le chef qui m'ont emvoyé."
Q. — Et alors? R. — Les religieuses pressaient le chauffeiir de partir, maiis il n'en fit rie'n. On p'arla encore un peu, puis le chauffeur se tourna et dit: "Mon père, allez vous habiller, on va vous attendre." "MaiS', insista le P. Mea, pourquoi ne pas attendre jusqu'au matin et discuter la chose avec l'archevêque?" "No'n, dit l'agent de police, l'archevêque connaît tout ça, c'est lui qui m'a envoyé." "Eh bien donc, reprit 1© P. Mea, je vais vouS' suivre, je vais vous accompagner jusqu'à l'autre bout du continent et, arrivé là, je m'adresserai à la justice contre vous. Si vous allez à Montréal, j'y vais avec vous, et en y arrivant, j'invoquerai la loi d' "habeas Corpus," et demain matin, avant dix heures, vous serez tous entre les mains de la justice." On décida alors que le P. Mea irait s'habiller, et le chauffeur deiscendit de l'automobile. Allait-il dans l'a chamibre du P. Mea pendant que celui-ci s'habillait, je ne saurais le dire, mais je sais que le chauffeur ne; resta pas dans la voiture durant l'absence du P. Mea.
Q. — ^L'agent de police s'en alla-t-il avec le P. Mea? R. — ^Ma foi! Je ne pourraiis pas le diire exa'ctement. Je isntis' sûre que l'agent de' police est resté dansi l'auto une partie du temps que le P. Mea mit à is'habiller, mais y est-il resté tout le temps, je ne me rappelle pa,s. Je isais pourtant qu'il était dans l'auto parce que nous y avonis eu lia conversation suivante. "Vous savez bien, M. Naylon, lui dis^je, que je n'ai pas vu de docteur depuis plus d'un an, je vous en ai parlé en haut. Il y a au moins quatorze mois que je n'ai parlé à un médecin." La Soeur Mary Magdalene prit alors la parole: "Mais vous avez vu un docteur aujourd'hui. J'étaist en ville, et je isais qu'un médecin est venu vous voir et vous a parlé," et c'est alors que je me isuis souvenue que le docteur Phelan avait montré sa tête à la porte.
Q.— De votre chambre? R. — Non, J'étais en train de faire la chambre du P. Mea.
Q. — Et il a montré (sa tête à la porte? R. — ^Vers^ dix heures ce matin-là, entre dix et onze, on frappa à la porte du bureau du P. Mea. J'étais dans sa chambre à coucher, et quand, j'entrai dans le bureau — ^^il y a unei porte communiquant du bureau à la chambre — pour aller ouvrir, le Dr. Phelan poussa lui-même la porte et passa la tête. "Oh! le P. Mea n'est pas ici," dit-il. "Non," répondis-je. "Où pensez-vous qn'il soit? En ville?" "Je le crois," répliquai-je.
Q. — Maintenant, ceci se passait, dites-vous, d'ans la matinée du 14, vers dix heures? R. — ^Oui, entre dix et onzei heures.
Q. — Que fit-il après votre réponse? R. — Je croyais qu'il s'était retiré en fermant la porte. Je m'apprêtais à reprendre mon travail quand j'entendis sa voix derr'ière moi: "Comment allez-vous, ma Soeur?" Je n'eus pas le temps de me retourner complètement, disant: "Bien, merci, ou, très bien, merci," que le diocteur Phelan avait disparu.
Q. — Vous vous apprêtiez à retourner à votre' travail, quand vous avez entendu la voix du docteur qui disait: "Comment allezrvous, ma Soeur?" R. — C'est cela.
Q. — Et vous vous êtes tournée de côté pour dire : "Très bien, merci," mais il était parti? R. — ^Oui, il n'a pas attendu.
Q. — Et c'est tout ce qui s'est passé ce jour là entre vous et le Dr. Phelan? R. — ^Oui, c'est tout.
Q. — Vous a-it-il dit quelqu'autre chose? R. — Ce jour là? Non, ce fut tout, et c'était de si peu de valeur que je l'avais icomplètement oublié quand la Soeur Mary Magdalene me rappela que le docteur était venu me voir.
Q. — Et .maintenant, c'est peut-être le bon moment d'en finir sur c© point. Avant ce jour-là, mettons- dans les cinq ou six lans^ antériieurs', combien d© fois aviez-vous vu le Dr. Pli élan? R. — Je n'avais vu le Dr. Phelan nulle part pen"dant treize ans, autant que je puis me le rappeler, quand je le rencontrai il y a environ quatorze mois avant le présent incident.
Q. — Vous ne l'aviez pas vu du tout pendant treize ans avant de 1© rencontrer quatorze mois environ avant le mois de iseptembre 1916? R. — ^^C'est cela.
Q. — Et depuis ce moment- là jusqu'à présent, l'avez-vous vu souvent? R. — Je ne l'ai pas vu du tout. Quatorze mois auparavant, au mois de juillet 1915, je crois, le "Dr. Phelan vint à Ste. Marie-du-Lac, et demianda à m© voir, et je le vis au parloir. Il avait, dit-il, appris quei j'étais dans cette maison, et tenait à me présenter ses respects comme à l'une des plus anciennes religieuses; qu'il avait rencontré, tel jour, une de mes amies dans le tramway où il était monté après une visite au pénitencier; que cette ami© l'avait informé qu'elle était allée me voir à Sts. Marie-<du-Lac. "Soeur Mary Basil, s'était-'il écrié, et comment v'a-t-elle?" "Très bien," avait-ell© répondu, ou quelque chose dans ce genre. "J'aurais tant de plaisir à la voir," avait-sil ajouté. Cependant j'avais des doutes, en l'écoutant parler, aussi, apï>ès notre conversation, j'allai au téléphone pour appeler cette personne
M. McCarthy. — Cela n'a rien à faire avec le procès.
Sa seigneurie (le juge). — Non, pas ce qu'elle a dit à l'autre personne.
M. Tilley. — Vous nous avez dit hier que vous n'ayiez vu le Dr. Phelian que quatorze mois à peu près auparavant, et très peu de temps seulement, n'est-ce pas? R. — ^Oui. Q. — Il voulait simplement vous voir? R. — Oui.
Q. — Et combien de fois l'iavez-vous vu depuis cette époque jusqu'en septembre 1916? R. — Je ne l'ai jamais vu.
0. — Et à l'exception d© cett© fois unique, qualtorz© mois auparavant, il y avait des annéeis que vous ne l'aviez vu? R. — ^Treize an&.
Q. — -"Et ensuite, vous avez dit que vous l'avez vu dans, la matinée du 14 septembre? C'est bien cela, n'eist-ce pias? R.— Oui, dans cette matinée du 14, entre dix et onze heures.
Q.— Et maintenant, vous nous racontiez ce qui is^'eist passé dans' la soîirée du 14 septembre, que le P. Mea était sorti et qu'il y avait eu une disoussion? R.— Oui.
Q. — Je ne me rappelle pas bien où vous' en êtes restée? R. — Nous nous sommes arrêtés, je crois, au moment on le P. Mea rentrait s'haibiller.
Q. — Eh bien, reprenez depuis là, Soeur Basiil. R. — Quand 1© P. Mea et le chauffeur revinrent à rautomobile, nous partîmes pour la ville. Sur la route on ne dit pas grand'chose. Le P. Mea me demanda: "Est-ce vous que j'ai entendue crier toute la soirée?" et je lui répondis: "Oui, c'est moi, j'ai crié jusqu'à complet épuisement."
M. McCarthy. — Ce que vous aveiz dit au père Mea n'aj rien à faire loi.
M. Tilley. — Vous avez parlé en présence du constalble? R. — Oui, dans rautomobile, en présence de M. Naylon et des religieuses.
Q. — Bon, et ensuite? R. — Rien que je sache d'intéressant ne fut dit jusqu'à l'intersection des rues de Montréal et Ordinance.
Q. — Quel est ce coin? R. — ^C'est là qu'on tourne pour aller à la Maison de la Providence.
Q. — C'est là que vous tournez. Vous étiez sur la route conduisant à la gare de grande ligne? R. — Oui. Q. — C'était la ligne du "Grand Trunk?" R. — Oui.
Q. — Et en arrivant au coin où vous tourneriez pour aller à la Maison de la Providence, que s'est-il passé? R. — La Soeur Mary Miagdaliene et la Soeur Mary Vincent dirent toutes les deux que nous n'allions pas à la Maison de la Providence.
Q. — Le chauffeur tourma-t-il comme pour aller à la Maison de la Providence? R. — Oui. Q. — En tout cas il fit le mouvement? R. — Oui.
Q. — Et c'est alors que les religieuses dirent qu'elles n'alliaient pas' à la Maison de la Providence? R.— C'est cela, et le P. Mea prit la parole: "Vous m'avez dit, M. Naylon, que nous allions à la Maison de la Providence." "Pas du tout, répondit M. Naylon, je vous ai dit que nous allions à la "Junction."
A ce moment, M. Griallagher se tourna: "J'ai dit au P. Mea, déclara^t-^ll, que nous lirions à la*Miaison de la Providence, et nous y allons." Et 11 tourna la voiture dans cette direction. D'aillleurs on n'a pas eu loin à aller dans la rue Ordiinance.
Q. — Et que se passa-t-il une fois arrivés à la Maison? R. — L'automobile s'arrêta. La Soeur Mary Magdalene en descendit et entra, je suppose, dana lia maison. Elle revint au bout de très-peu d'instants, et dit: "Notre Mère nous lordonme d'aller à Montréal. Vous feriez mieux, P. Mea, de retourner chez vous." Mais ce dernier répliqua: "Non, où vous irez, j'irai."
Sa Seigneurie (le juge). — L'agent de police était- il toujours là? R. — Oui.
M. Tilley. — Et aussi, n'est-ce, pas, les deux religieuses? R.-^Ouî, la Soeur Mary Vincent n'iavait pas quitté l'automobile. C'était seulement la Soeur Mary Magdalene qui en était descendue.
Q. — Et c'eist la Soeur Mary Magdalene qui a rapporté les piaroles de la Supérieure? R. — ^Elle est revenue en diisant: "Notre Mère nous ordonne d'aller à Montréal. Vous feriez mieux, P. Mea, de retourner chez vous"; à quoi ce dernier répliqua: "Non, où vous irez, j'irai." Et alors la Soeur Mary Magdalene retourna à la Mialsoni de la Providence, et c'est à ce moment que l'agent de police descendit de r'automobile. Entra-t-il dans la maison ou non, je l'ignore. Le P. Mea aussi descendit de voiture, et pendant quelques instants nous fûmes seuls, la Soeur Mary Vincent, le chauffeur et moi, mais celui-ci descendit laussi, et il ne resta que la Soeur Mary Vincent et moi. Bientôt l'agent de police revint. Le P. Mea et le chauffeur étaient remontés parce qu'il pleuvait.
Q. — Ils étaient remontés dans l'automobile? R. — ^Oui, "Nous allons à Montréal" dit41.
Q. — Qui, il? R. — L'agent de police, qui ajouta: "Y venez-vous, P. Mea?" "Oui," répondit ce dernier. On était sur le point de partir, mais la Soeur Mary Magdalene n'était pas encore remontée en voiture. Le P. Mea se tournant vers les deux hommes leur dit: "Encore un mot avant de partir. Je vous fais un appel, mes amis, j'en appelle à votre honneur de catholiques, ne vous prêtez pas à ce qui se fait. C'est une mauvaise action, et vous le savez. Vous, M. Naylon, vous connaissez la loi, vous savez que ce que vous faites est illégal, que vous n'avez pas de mandat régulier, que cet enlèvement, sans l'autorité de la justice, est contraire à la loi. Vous m'êtes pas ici ce soir agent de police, vous n'en portez pas l'uniforme"; sur quoi l'agent répliqua: "Si, une fois entré dans la police, on ne cesse pas d'être policeman; et d'ailleurs nous ne sortonsjamais de la ville en uniforme" ; et comme le P. Mea leur demandait d'attendre au matin pour discuter la chose avec l'archevêque, "A quoi bon? reprit l'agent (le police, j'agis d'après les ordres de l'archevêque." "Très bien, dit alors le P. Mea, si vous insistez à aller à la "Junction," je m'adressèrai, à l'embarcadère, aux liommes, aux femmes et aux enfants, je leur dirai ce que vous faites, et je leur demanderai protection, et si vous décidez d'aller à Montréal, Je vous y suivrai, et là je m'adresserai aux meilleurs avocats, j'invoquerai contre vous 1' "ihabeas Corpus," - et demain vous serez tous amenés devant la Justice. Or, je ne pense pas que l'archevêque désire un scandale à Montréal et, pour moi, je n'y tiensi pas du tout." C'est alors que l'agent de police descendit pour la seconde fois de l'automobile. Je suppose qu'il est allé à la Maison de la Proyidence, mais je n'en sais rien. En tout cas il est descendu de voiture.
Sa Seigneurie (le juge). — En vous écoutant, je ne me rends pas compte si le P. Mea a répété cela, ou s'il l'a dit une seconde fois. R. — Oh! le P. Mea l'a répété. Q. — En avait-il déjà parlé avant d'arriver à la Maison de la Providence? R. — Oui, il l'avait dit au Lac.
M. Tilley. — Quand vous étiez dans l'automobile, il a dit, n'est-ce pas, qu'il irait à rautre bout du continent, ou quelque cliose di' approchant, qu'il invoquerait 1' "iha'beas Corpus," et que, le lendemain à dix lieures, ils seraient tous amenés devant la justice? R. — Oui, et il l'a répété quand ils ont déclaré poursuivre leur première idée.
Q. — Et la seconde fois, quand ils parlaient de continuer, le P. Mea a menacé de créer une sensation à Kingston Junction? I{. — ^Oui, c'est alors^ que l'agent de police descendit de: l'automobile. Il fut absent pas mal de temps. II revint et nous parla à la Soeur Vincent et à moi, en se tenant sur le marchepied, et la
TENTATIVE D'ENLiÈVEMENT DE SOEUR MARY BASIL.
Soeur Mary Vincen't demanda: "Que dit l'archevêque," et ragent répondit — 'Maintenant, était-ce: "Nous tâchons de communiquer avec lui," ou "Je tâche de communiquer avec lui," je ne me rappelle pas exactement; toutefods on cherchait à communiquer avec lui.
Q. — Vous ne vous rappelez pas exactement si l'agent d© police a dit: "Nous essayons ou j'essaie de communiquer avec lui," mais en tout cas quelqu'un essayait de le faire? R. — C'est cela, quelqu'un essayait. C'est alors que, m'adressant au P. Mea: "Eh bien! lui dis-je, l'archevêque va sans doute venir vous ordonner de rentrer chez vous." "Qu'il vienne, répliqua le P. Mea, Je serai très heureux de discuter la chose avec Monseigneur." Sur ces entrefaites, le policier sortit de l'automobile, et revint peu après, disant à la Soeur Mary Vincent qui répétait: "Quelle est la décision de l'archevêque?" "Il n'a pas d'ordre à donner, il n'a rien à dire."
M McCarthy. — Naturellement, je m'oppose à cette partie du têmiolgnage qui incrimine l'archevêque.
Sa Seigneurie (le juge). — ^C'est compris.
Sa Seigneurie (le juge). — (à la demanderesse — ) Vous n'avez pas communiqué vous-même avec l?archevêque? R. — Non, je h'ai pas quitté l'automobile, pas plus d'ailleurs que la Soeur Mary Vinoent.
M. Tiilley. — Et alors ? R. — ^^Le policeman resta quelque temps dans l'automobile et nous parlait de temps en temps, à la Soeur Mary Vincent et à moi. "Ma foi, m'écriai-je, en voilà un joli gâchis! Il n'em faudrait guère plus pour nous faire passer demain, toute ma famille et moi, du côté de l'Eglise protestante Voyons M. Naylon, vous ne devriez pas vous mêler de cette affaire, vous savez bien que je ne suis pas folle." "Je fais, répondit-il, ce qu'on m'a dit de faire; c'est l'archevêque et le chef qui m'ont envoyé." "Et, ajouta la Soeur Mary Vincent, il faut qu'il obéisse comme nous." "Allons, répliquai-je, vous n'allez ipas me dire que c'est obéir que d'ag'ir comme vous faites ce soir, il n'y a pas de loi de l'Eglise catholique qui vous force à agir de cette façon." Et me tournant vers M. Naylon: "Sans doute nous faisoms des voeux d'obéissance, mais pas pour avilir la religion, et c'est justement ce que fait la Soeur Mary Vincent ce soir."
Q. — Y eut-il encore autre chose? R. — Il me semhle qu'on demanda au P. Mea de retourner à la Maison de la Providence. Ma foi! je ne me rappelle pas s'ils le lui ont tous demandé, mais je sais que ragent de police le pria d'y retourner et de parler encore à la Mère Francis Régis." "Mon Père, dis-je, n'y allez pas, elle ne fera que vous insulter." A ce moment l'agent de police me dit: "Taisez-vous."
Q. — Le P. Mea alla-tnil dans la maison? R. — Oui, mais il n'y resta pas très longtemps. Et la Soeur Mary Magdalene revint aussi de la maison, et me dit: "Soeur Mary Basil, notre) Mère désire que vous alliez à la Maison de la Providence'. Vous avez prononncé les voeux d'ohéissance, vous devez donc vous conformer aux ordres," et elle ajouta: "Quant à vous., P. Mea, vous ne pouvez pas venir, il n'y a pas de place pour vous." Je pris la parole: "En me faisant traîner presque nue par un policeman, comme vous l'avez fait ce soir, vous et la Supérieure générale, à travers les rues de Kingston, vous vous êtes mises vous-mêmes hors de toutes les lois, civiles et ecclésiastiques. Je n'ai donc pas à vous obéir." Le P. Mea dit alors: "Reconduisez-nous au Lac où vous nous avez pris. Retoiurnons-y." "Maiis, dit-elle, vous ne pouvez pas retourner au Lac, vous ne pouvez pas y entrer."
Q. — A 'qui parlait-elle? à vous ou au P. Mea? R. — A tous les deux. Je suppose que c'était surtout pour moi qu'elle parlait, parce qu'on y laisiserait vraisemblablement rentrer le P. Mea, mais c'est ce qu'elle a dit; "Vous ne pouvez pas retourner au Lac, car vous ne pouvez pas y entrer." Le P. Mea dit alors: "Et bien! conduisez-nous au 132 d^la rue Earl, et le capitaine Daly gardera la Soeur- jusqu'au matin. Il nous garderait bien les deux, mais dans tous les cas, il prendra, soin de la Soeur." "Mais, vous savez, mon Père, répliqua la Soeur Mary Vincent, notre Soeur a prononcé des voeux, et elle ne peut pas aller demeurer chez des laïques." "Oui, m'écriai-je, j'ai prononcé des voeux pour habiter une maison respectable et décente, mais je n'en ai pas prononcé pour que vous me jetiez dans un asile."
TENTATIViî] D'ENLÈVEMENT DE SOEUR MARY BASIL.
Q. — On parlait de vous conduire rue Earl, chez qui? R. — Chez le capitaine Daly.
Q. — Un de vos amis? R. — ^Oui, c'est là que je demeure aujourd'hui. Q. — Et qu'arr:iva-t-ll à la suite de cette isuggeistlon ? R.- -Elle re'tourna à la Maison mère.
Q. — Qui, elle? R. — La Soeur Mary Magdalene, et aussi l'agent de police. -Te ne me rappelle plus rîeni d'important. Ce dont je me souviems c'eist que le policier sortit de la maison et monta dans l'auto, et la Soeur Mary Magdalene sortit également et monta aussi en voiture, et ils n'ont pas dit un mot. Quand ils furent lassis, le chauffeur se tourna et dit: "Où faut-il aller maintenant?" "Ma foi, répondit l'agent de poilioe, j'imagine qu'on a décidé de retourner." Mais, autant que je me isouviens, avant d'en être arrivé à ce point, au moment que le policeman annonçait que l'archevêque n'avait pas d'ordre à donner, ou n'avait plus d'ordre à donner .
Q. — Laquelle des deux phrases vous rappelez-vous? R. — "N'avait pa-i d'ordre à donner," le P. Mea lui dit: "Vous voyez bien, M. Naylon, que l'archevêque n'ia pas d'ordre à vous' 4'on'neir. Alors po'urquoi persistez-vous dans cette besogne?" "Mais, répondit-il, j'ai les ordres du chef." "Très-'bien, répliqua le P. Mea, allons voir le chef." "Oh! reprit l'iagemit, vous ne pouvez pas voir le chef, il est couché depuis longtemps." "Il demeure au Randolph dit le P. Mea, il est facile de la faire lever." "Oh nom! acheva le policeman, VOUS' ne pourriez pas."
Q. — Se passa-it-il encore' quelqu'autre incident avant que i'^igent de police ne parlât de retourner à l'orphelinat? R. — Je ne me rappelle pas mainteniant, mais c'est possible.
Q. — Estion parti alorsi? R. — Nous sommes resités lomigtemps.
Q. — Je voulais vous demander, quel temps s'est-'il écoulé entre votre arrivée à la MiaisoiU de la Providence et votre départ? R. — ^Au moment où le P. Mea s'habillait au Lac, rhorloge de la ville a'sonné onze heures.
Q. — Vous parlez de rorphelinat? R. — ^Oui. Il n'a p'as mis longtemps à s'habiller, et quand nous revîmmes enfin au Lac, aprèis notre tournée, il était deux heures ou quelques minutes de plus.
Q. — De sorte que tout cela c'eisit passé de onze heures du soir à deux heures du matin? R. — ^Ouî.
Q. — Et se paasa-'t-il encore quelque chose après que l'agent de police Vous eût informée de votre retour au Lac? R. — ^O'n ne dit pas un mot. Mais peu après je dis au policeman: "Vous savez, M. Naylon, tO'Ut cela provient de J'aversion de la Supérieure générale à mon égard, et vous ne devriez pas' vo'us en mêler."
M. MoCarthy. — Cela ne fait pas partie du témoignage.
Sa Seigneurie (le juge). — De qui parlez-vous maintenant? R. — Je parlais à l'ageint de police quand ils décidèrent de retourner au Lac.
M. Tilley.~En présence de qui? R. — En présence des autres.
M. McOarthy, — Oui, mais pas en présence de la personne dont vous parlez? R. — Non, pas en présence de la Mère Francis Régis que je n'avais pas vue de toute la soirée. "Que voulez-vous? dit-il, il n'y a pas de ma faute, j'agis en ma qualité d'agent."
Sa Seigneurie (le juge). — Il a dit cela? R. — ^Oui, le policeman a dit: "J'agis en ma qualité d'agent."
M. Tilley. — Et vous, voilà partis pour l'orphelinat? R. — ^Vous l'avez dit.
Q. — Et rien d'important jusqu'à votre arrivée? R. — Rien que je me rappelle.
Q. — Je ne voudrais pas perdre de temps à entrer dans trop de détails, mais ponrtant que se passa-t-il à votre arrivée? R. — L'agent de police m'aida à desoendre de l'auto.
Q. — Et ensuite? R. — J'entrai, et comme je voulais prendre des vêtements, je demandai au P. Mea de venir avec moi. Il y avait deux étages à monter, et j'avais peur. "Venez avec moi, lui dis-je, je veux des vêtements," et il me suivit. Mais la chambre était fermée à clef. Je regardai autour de moi, et quand j'eus trouvé une clef, j'ouvris la porte de ma chambre.
Q. — Que fites-vous alors? R. — Je pris mes vêtemeriits, saisis ma malle, et la descendis les deux étages en la tirant.
Q.— Où l'avez-voius descendue? R. — Dans le bureau du P. Mea. Je voulais m'en aller dans la matinée.
Q. — Vous vouliez partir dans la matinée? R. — Oui.
Q. — Après avoir descendu votre malle, que fites-vous? R. — J'étais si épuisée que je tombai sur une dhaise. Pendant assez longtemps il me fut impossible de clianger de vêtement. Cependant vers les cinq heures, je crois, j'allai dans une autre chambre' et endossai mom costume. Puis nous nous assîmes et causâmes.
Q. — Qui? R. — Le P. Mea et moi.
Q. — Ainsi, vers cinq heures, vous êtes allée dans une autre chambre pour mettre votre costume? R. — Oui.
Q. — Et vous êtes restée sur une chaise toute la nuit? R. — Oui.
Q. — ^Vous n'êtes pas .montée dans votre chambre? Oh non! j'avais trop grand peur d'aller quelque part.
Q. — Vous avez donc dit que vous quitteriez la maisom dans la matinée? L'avez-vous fait? R. — Le P. Mea m'en a dissuadée. Je lui déclarai quê' j'allais aller en ville demander la protection de la justice.
Q. — Et il vous a conseiillée de n'en rien faire? R. — ^Oui, me disant qu'il me ferait rendre justice par les tribunaux ecclésiastiques.
Q. — Et maintenant, racontez-nouis la vie que, depuis lors, vous avez menée à l'orpheMnat?
Sa Seigneurie (le juge). — Croyez-vous cela bien néce&saire? La cause ne se termine-tt-elle pas à ce point?
M. Tilley. — Monseigneur, je ne pense pas qu'un .fait d'une telle nature puisse se terminer ainsi.
Q. — Avez-vous repris votre chambre? R. — Oii non! je n'aurais, jamais voulu monter au troisième étage.
Q. — Quel était votre état d'esprit? R. — Je ne me suis jamais déshaibiUée tant que je suisi restée au Lac.
Q. — Pourquoi pas? R. — J'ai passé cinq ou six nuits dan& la chambre du ?.Mea, assise dans une bergère:
Q. — Vous voulez dire son bureau? . R. — Evidemment. Et j'étais très malade. Je souffrais du choc, je 'suppoise, et aussi de l'exposition à l'air. Environ dix jours après, la Supérieure apprit qne j'étaîsi malade, et vint me voir un soir dans ma chambre. J'étais étendue isur mon lit. Elle s'approcha et me dit: "Vous êtes si malade que je vais rester cette nuit dians la chambre à côté." "Oh non! répondis-je, je n'ai besoin de rien, remontez chez vous."
Sa Seigneurie (le juge). — Quand a-t-^on renvoyé l'agent de police? R.— A notre retour au Lac, à l'orphelinat.
M. Tilley. — Ainsi donc, pendant une semaine ou à peu près, vouiS' avez passé toutes les nuits sur une chaise? R. — ^^Oui, j'ai pdssé cinq ou six nuits assise dans la chambre du P. Mea.
Q. — Et vous a-t-on enfin donné une chambre? R. — ^Oui, la Supérieure m'a offert une chambre en face, sur le même palier que l'appartement du P. Mea, mais elle refusa de me donner une clef, et je n'osais pas y aller. Mais je me sentais si mal que j'y entrais, dans la journée et m'étendais isur le lit. A ibout de forces, je priai la Supérieure locale d'envoyer chercher un docteur, que je voudrais en consulter un.^ "Mais certainement, dit-elle, quel docteur voulezvous voir?" "Le docteur Morrison," répondis-je. "C'est bien, reprit-elle, je vais lui téléphoner."- J'ignore si elle l'a appelé, mais le docteur Morrison ne is'est jamais présenté.
Q. — Et ensuite? R. — Je suis restée au Lac jusqu'au 23 octobre, puis je suis partie pour Belleville.
Q. — Est-ce vous qui avez fait des arrangements pour aller à Belleville? ou les a^-on faits pour vous? R. — On les a faits pour moi.
Q. — Qui était la Supérieure à Belleville? R. — La Soeur Mary Grabriel.
Q. — N'avait-elle pas été Mère supérieure antérieurement à la Mère Reigis? R.— Oui.
Q. — Alors VOUS' la connajissiez ? R. — Sans douite, nous étions bonnes amies, la Soeur (Gabriel et moi.
Q. — Et comment les choses marchèrent-elles? ' R. — La Soeur Mary G-abriei avait beaucoup de sympathie pour mol, et quand nous parlions des évènem-ents de lia nuit du 14 septembre, elle se mettait à pleurer,
M. — McCarthy. — Mais cela n'a rien à faire ici.
Q. — ^Et cet éitat de choses dura-ft-il longtemps à Believille? R. — ^11 dura jusque vers le 16 février 1917.
Q. — Ainsi, du mois d'octobre jusque vers le milieu de février, tout se passa cranquillement à Believille? R. — Oui, il n'y eut rien.
Q. — Et, s'il y eut un. changement, quand arriva-t-iil ? R. — Le 14 février, la Soeur Mary Gabriel fut appelée à Kingston.
Q. — ^On convoqua à Kingston Soeur ûaibriel, la Supérieure de BelleVille? R.— Oui.
Sa Seiigneurîé" (le juge) . — Vous proposez-vous de revenir à Kingston?
M. Tilley. — J'ai l'intention de montrer qu'après le départ pour Kingston et rentrevue avec le Mère Reigis, certains faits se passèrent à Believille.
Sa Seigneurie (le juge). — Quand cela serait? De quelle époque à quelle époque vous proposez-vous de pousser cette discussion?
M. Tilley. — Je me propose de suivre tous les faits que se rapportent à l'affaire, depuis le mois d'avril où elle écrivit le lettre à là Mère supérieure jusqu'au moment où elle quitta la Oommunauté.
Sa Seigneurie (le juge). — Mais quel rapport cela a-t-il avec ce que nous avons traité hier et aujourd'hui? Vous ne pensez vraiment pas qu'un tort ou quoi que ce soit résultant de son séjour à Believille, ait quelque rapport avec les voies de fait qui eurent iieu à Kingston?
M. Tilley. — Je crois, au contraire, qu'il y a un très grand rapport. Je crois que tous ces faitS' appartiennent à la même série d'événements dont la dernière conséquence fut de la contraindre à s'en aller.
Sa Seigneurie (ie juge). — Je ne voudrais certainement pas m'opposer à prendre en considération tout témoignage qù'on a à faire valoir, mais, d'un autre côté, je ne voudrais*'pas mè lancer dans un sujet qui me parait clairement en dehors de o© procès.
M. Tilley. — Puis-je expliquer m'on point de vue à votre Seigneurie? Elle vient de dire qu'elle voulait s'en aller le lendemain matin, mais qu'elle en avait été empêchée par le P. Mea qui promit de lui faire rendre justice.
Sa Seigneurie (le juge). — Mais en quoi le fait qu'on l'a engagée à rester a^tnil quelque chose à faire avec les voies de faittou les autres sujets que nous avons examinés?
M. Tilley. — D'iabord il y eut d'autres voies de falit plus tard. Je vais montrer qu'on l'a attaquée à Believille.
Sa Seigneurie (le juge). — A^dmettons qu'on- l'ait attaquée à Believille, à Toronto, ou ailleurs, ^en quoi cela se rapporteHt41 à l'attaque qui eut lieu dans la nuit du 14 septembre? s
M. Tilley. — Nous ne poursuivons pas seulement pour une attaque, nous poursuivons pour privation de nos droits et de nos jprivilèges dans cette Communauté.
Sa Seigneurie (le juge). — Je ne vois pas le rapport quant à présent. Peutêtre le verrai-je plus tard. Dans tous les cas, on y a fait opposition, et vous pouvez continuer à vos propres i^isques.
Q. — Vous disiez donc que quelque chose arriva à Belileville? R. — Oui, le 14 février on convoqua à Kingston la Soeur Mary Gabriel.
Q. — C'est-à-dire à la Maison Mère, n'est-ce pas? R. — Parfaitement.
M. McCarthy. — Qu'en connaît la demanderesse?
Q. — Quand on vous appelle à Kingston, vous appelle-'t-on autre part qu'à la Maison mère? R. — Non, rien qu'à la Maison mère.
M. McCarthy. — Comment sait-elle qu'on l'a appelée, et qui l'a appelée?
M. Tilley — Nous lirons la déposition de la Soeur Gtabriel.
Sa Seigneurie (le juge). — Que savez-vous de cet appel téléphonique, de Kingston à Believille? R. — Je sais que ce jour-là, la Soeur Gabriel reçut un message téléphonique de Kingston, et que
M. McCarthy. — ^On aura dû l'en informer.
Sa Seigneurie (le juge). — Je suppose que tout ce qu'elle peut dire est qu'elle l'a interprété ainsi.
La Demanderesse. — Et qu'elle fut convoquée à *la Maison Mère.
Q. — ^Et que se passait-il à son retour? R. — Elle revint le lendemain qui était un jeudi soir, et elle me parla à ison retour, ou du moins elle m'adressa la parole en passant dans le réfectoire. Le jour suivant, vendredi, elle me parut très froide à mon égard, bien différente de la Soeur Gabriel d'autrefois. Le samedi matin, c'est-à-dire le 17, j'étais à la porte d'entrée, une vadrouille (mop) à la main, quand le facteur se présenta. Il me tendit le courrier que je jetai dans la boîte aux lettres fixée à la porte. Il me pria alors de signer sur ison livre, car il y avait une lettre recommandée, et, pendant que je signais, apparut à la porte la Soeur Gabriel. Je rendis le livre au facteur, et me tournai vers elle. Et elle dit
M. McCartliy. — Je m'oppose certainement à ce qu'a pu dire la Soeur Gabriel, comme inculpant ces personnes.
Q. — Continuez. R. — Elle m'apostropha: "Vous, effrointée, impudente, que faites-vous ici?" "J'étais ici, lui'dis-je, et le facteur m'a demandé de signer son livre." Elle me prit par le bras, et me poussa dans le vestibule en criant: "Allez dans votre chambre," "Mais, demandaii-je, pourquoi m'ordonnez-vous d'aller dans, ma chambre?" Elle me frappa alors entre les épaules.. J'avais le dos presque tourné de son côté. Elle me frappa donc entre les épaules, et posant ensuite les deux mains sur moi, elle me jeta contre la porte, et je dus me protéger la figure en plaçant les mains entre la porte et moii. Elle me prit par le bras, et me tira à travers le vestibule en m'ordonnant d'aller dans ma chambre. "Mais, lui dis-je, pourquoi me donnez-vous cet ordre?" "Parce que j'en ai l'autorité, répondit-elle." "Vous n'avez pas l'autorité de me commander de cette façon, répliquai-je. Qu'est-oe que l'ai fait?" "Vous devez m'obéir" ditelle. "C'est emtendu, répondis-je, mais dites-moi pourquoi voius me donnez un tel ordre. Pour me punir de cette façon, il vous faut m'en expliquer la raison." "Je vous enjoins, reprit-elle, d'aller dans votre chambre, et je vous défends de parler à l'une quelconque de nos religieuses. Je vous défends d'assister aux exercices de la Communauté." "Mais enfin, répétai-je, pourquoi me donnez-vous cet ordre?" "Eh bien! déclara-'t-eile, parce que vous devez m'obéir," et elle me saisit pour me pousser dans l'escalier. "Puis-je aller à la chapelle?" demandaije. "Non, dit-elle, la chapelle n'est pas faite pour vous. Allez au diable auque.1 vous appartenez, vous ne faites plus partie de la Oommunauté."
Q. — Et ensuite? R.— J'allai en haut oû je rencontrai Soeur Zeta.
Sa Seigneurie (le juge). — Ne pouvez-vous pas condenser davantage? Si vous prenez tous les faits un par un depuis le commenoement jusqu'à celui qui nous occupe, cela nous entraînera dans une enquête plus longue que nous ne le pensions.
M. Tilley. — Je ne viois pas comment rempêcher.
Sa Seigneurie (le juge). — Mais, me semble-t-il, cela n'a rien à faire avec les voies de fait en cause.
M. Tilley. — Mais tous les événements s'enchaînent et ce point esit un des maillons de la chaîn©.
Sa Seigneurie (le juge). — Tout ce qui c'est passé à BelleVille me parait trop loin pour faire partie intégrante dés voies, de fait qui ont eu lieu à Kingston.
M. Tilley. — Je ne dis pas que cela fait partie des voies de fait, mais je maintiens que c'est une partie de la ligne de conduite adoptée.
Sa Seigneurie (le juge). — Nous ne sommes ici que pour considérer certains faits qui se sont passés le 14 septembre.
M. Tilley. — Non, Monseigneur, Nous avons ohoisi cet événement à cause de son importance, mais il n'est qu'un incident dans la série de machinations qu'on avait décidé d'employer à l'égard de cette religieuse, et c'est pour examiner une telle façon d'agir dans toute son étendue que nous sommes ici.
Sa Seigneurie (le juge), — Et vous prétendez que la ligne de conduitç qu'on adopta dans la suite eut pour cause les voies de fait commises à Kingston?
M. Tilley, — Non, je prétends que les voies de fait furent un des incidents de cette ligne de conduite, que l'attaque par la Soeur Gabriel en fut un autre,
et qu'une autre attaque, dont je parlerai plus tard, eut encore le même caractère. Voilà ma prétention.
Sa Seigneurie (le juge), — Ma foi! comme je vous l'ai dit, je ne tiendrais pas à empêclier une déposiition, quelle qu'elle soit, bien que celle-la me paraisse totalement étrangère au sujet. D'ailleurs, on s'y est objecté, et pour l'instant l'objection est maintenue. S'il arrive que j'aie tort, et qu'il s'ensuive un autre procèis, ce qui serait vraiment regrettable, je ne vois pas comment l'éviter, si vous persistez dans cette voie.
'M. Tilley. — Mais c'est une partie de notre cause, nous l'avons déclaré.
Sa Seigneurie (le juge). — Ce n'est pas mon point de vue.
M. Tilley. — Nous l'avons dit dans l'exposé de la déclaration.
M. McOarthty. — C'est "justement mou objection à la plaidoirie.
Q. — (à la demande res se). — Eh bien! qu'arrlva-t-Jil ensuite? R. — La Soeur Zeta me dit: "Ne m'en veuillez pas, mais on nous a défendu de^ vous parler."
Q.— Vous avez rapporté les agissements de la Soeur Gabriel qui, n'est-ce pas? était la Supérieure de l'établissement. R. — Parfaitement.
Q. — Et pendant votre séjour à Belleville, à la suite des circonstances que vous nous avez racontées, vous est-il arrivé autre cbose? R. — Elle interceptait la correspondance de mon avocat-cou seii. J'avais présenté ma cause devant Rome, et la loi canonique m'accorde le droit d'avoir un avocat-conseil.
Q. — Ah! Quand on fait une plainte à Rome, on a le droit, d'après le Droit canon, de isie faire représenter par un avocat-conseil? R. — ^Oui.
Q. — Et vous êtesrvous fait représenter? R. — J'ai demandé au Délégué Papal la permission de choisir le P. Mea comme avocat, ou du moins le P. Mea fit la demande pour moi.
Q. — A quelle époque? R. — ^Tout de suite après l'enlèvement, le 18 septembre, ©t le Délégué Apostolique répondit que "Soeur Biasil avait le droit de se choisir l'avocat qui lui plairait."
Q. — ^Soeur Basil, c'est, je suppose, votre première expérience devant un tribunal. Chaque fois donc que, au cours de votre déposition, mon savant confrère fait une objection, arrêtez-vous et attendez que nous ayons discuté le point. En tout cas, le point dont il s'agit ici est: Avez-vous choisi quelqu'un pour vous assister? R. — Ovâ.
Q.— Qui? R.— Le P. Mea.
Q. — Vous étiez en train de. parler de la correspondance entre vous et votre conseil? R. — La Soeur Gabriel, à dater de ce 17 février, intercepta la correspondance de mon conseil.
Q. — La gardait-^ellle ou la retardait-elle? R. — Non, elle la giardait près d'une semaine.
Q. — Et sans entrer dans trop de détails, qu'arriva-'t-il ensuite? R. — ^Vers le 20 ou le 21, le Père Mulhall vint à Belleville en qualité de représentant de Rome.
Q.— Vers le 20 février? R. — ^Oui, je n'ai pas la date exacte. Il arriva donc à Belleville.
Q. — Je ne pense pas qu'il soit besoin d'entrer dans ces détails. R. — Mais il me semble qu'il me faut donner quelques explications. Il demanda à me voir, et me dit qu'on l'avait chargé
M. MeOarthy.— Je crois que nous dévions de l'affaire.
Q. — Soeur Basil, vous ne pouvez pas nous rapporter ses paroles, c'est en dehors de la question. Vous devez supprimer cette partie de votre déposition. R. — Bien. Quoiqu'il en soit, il avait été envoyé par Rome.
Q. — ^Et ensuite? Vous avez dit d'abord que la Soeur Gabriel vous avait frappée, qu'elle vous avait défendu de vous joindre aux autres religieuses, ou de leur parler. En fut-il ainsi depuis lors? R. — Les religieuses ne m'ont pas parlé, à rexception de Soeur Justina qui le faisait en cachette.
Q. — Vous êtes-vous jointe à elles? R. — On ne m'a pas permis d'assister aux exercices de la Communauté. On me l'avait défendu, mais je voulais que l'a Soeur Gabriel m'en informa publiquement. J'allai donc au réfectoire pour voir si, devant les autres religieuses, elle m'ordonnerait de sortir. Elle n'en fit rien, mais me le dit en iparticulier. Elle me répéta trois fois que je ne devais pas assister aux exercices de la chapelle.
Q. — ^Vous a-t-on encore frappée? R. — Oui, un jour la Soeur Mary Justina me frappa au visage.
Sa Seigneurie (le juge). — Qui est cette Scieur Justina? R. — Un© religieuse de Belleville.
Sa Seigneurie (le juge), — Oombien étaient-elles à Belleviill©? R.— Sept ou huit, je crois.
Tilley. — Raoontez-nous cet incident. R. — Je n© siais' pourquoi la Soeur Justina agit aiinsi, je lui étais sympathique, nous n'iavions- jamais eu de dispute, que je sache, et je ne peux expliquer le motif de s'a conduite. Eli© l'a Hailt involontairement, je suppose, ou peut-être à la suite dte quelque oontrairiété que j'ignore. Raconterai-je comment c'est arrivé? Q. — Je vous en prie.
M. McOarthy. — Ce que la Soeur Justina a fait ne nousi regarde pas. Sa Seigneurie (le juge). — ^C'est ausisi mom avis.
Q. — Eh bien! alors, quand avez-vous quitté la maison de Belleville? R. — Je dépérissais, je sentais que je ne pouvais plus résister. De n'est pas vivre que de rester toute la journée assise entre lesi quatre murs d'un© cbambre, isians parler à personne ou faire quoi que c© soiiit.
Q. — N'aviez-vous pas de travail? R. — ^Pas pour la peine d'en parler. Au bout de douze semaines, ou me: donna, dit-ou, du travail. Il n'y en avàJit pas pour plus d'un quart .d'heure.
Q. — Voulez-vous dire pas plus d'un quart d'heure par jour? R. — ^Oui, par jour. J'avais demandé à voir un médecin. J'en avais parlé à mon conseil ©n lui disant que je ne pouvais plusi résister. Une demand© fut faite pour avoir le docteur, maiS' on ne me permit pas^ de lie voil". J© quittai alors le 14 mai.
Q. — Vous êtes partie en mai? R. — Je suis- partie de Belleville le 14, le j5 mai.
Q. — Comment se fait- il que vous soyez partie à cette époque? Pourquoi? R. — Je dépérissais, et je pensais ne pouvoir plus résister.
Q. — Dans Tinter valle, vous antron rendu justice? R. — ^Non, jamais.
Sa Seigneurie (le juge). — Quelle raison donnez-vous de votre départ? R. — Ma santé déclinait et la tension était heauooup trop fort© pour moi.
M. Tilley. — Où êtes-vous allée? R. — A Ottawa, voil" le Délégué Apostolique,
M. Tilley. — Je dépose maintenant une lettre^ de la Soeur Basil à rarclievêque en date du 22 m'ai 1917. En voici le contenu:
"Monseigneur, la façon cruelle et contraire aux loiS' oanoniques dont je suis traitée depuis quatorze mois, a atteint une limite que je ne peux plus francM'r. Ce traitement singulier a commencé au couvent de Belleville le 16 février dernier, quand la Supérieure générale reçut l'avis officiel que la Sacrée Congrégation des Ordres Religieux avait pris ma cause en considération. C'est avec douleur, Dieu m'en est témoin, et bien malgré moi, c'ar ce n'est pas mon intention d'abandonner la vie relîgieus© ou l'un quelconque de mes droits et privilèges dans la Communauté, que j© m© suis momentanément réfugiée chez des amis catholiques de la ville, mais ma santé, presque ruinée, m'a foTcée d'en venir à cette décision. Lors de mon eiitrevue, le 16 mai, avec 1© Délégué apostolique, son Excellence m'a fait connaître que vous étiez mon protecteur naturel, et que c'était votre devoir de m© donner cette proteotion que je réclame.
"Ayant déjà notifié Votre Grrandeur, le 16 et 1© 29 du moiis derni©r, du traitement contraire aux lois civiles et religieuses dont j'étais victime de la part d© mes Supérieurs, et n'en ayant obtenu aucun© réparation quelconque, bien que j'en aie reçu l'assurance par écrit, je prends Ha liberté de vous rappeler les affronts peu canoniques qu© je subis, et dont vous avez reçu les détails dans mes lettres du 16 et du 29 du mois dernier, à vous transiiiisos par le R©v. P. Mea, -mon conseil.. Je viens donc vous demander respectueusement de me réintégrer dans les droits et privilèges de la Communauté, et de m'assurer, par écrit, de votre protection à ravenir contre toutes insultes, ibrutalités, ou autre formes odieuses de traitement, ce qui me permettra d© suivre en paix ma religion. Je demeure au No. 122 de la ru© Earl. R©spectueusement, Soeur M. Basil."
(Lettre déposée comme pièce à conviction, sous le No. "5".)
Q. — Avez-vous la réponse à cette lettre, et datée du 28 mal? R. — La vo^îoi.
(La lettre est produite.)
Q. — A quelle époque, après votre départ de Belleville, avez-vous écrit cette lettre du 22 mai? R.^ — Une semaine environ, je suis partie le 15. Q. — A peu près huit jours plus tard? R. — C'est cela.
M. Tilley. — Je dépose maintenant devant le tribunal la réponse de l'archevêque, datée du 28 mai 1917, et adressée à la Révérende Soeur M. Basil, rue Earl, Kingston :
"Chère Soeur Mary Basil, nous sommes en possession de votre lettre du 22 mai et, qui nous apprend la fâcheuse nouvelle de votre départ de votre couvent. Nous trouvons, après enquête, que vous avez pris cette décision sans aucune permission de vos Supérieurs. Nous vous ordonnons donc maintenant, en vertu de 'votre voeu de sainte obéissance, de retourner sur le champ à Belleville, dans la Maison de votre Ordre religieux, pas plus tard que sept heures du soir, mardi prochain, le 29 du présent mois, d'y reprendre votre logement, et d'y attendre nos ordres ultérieurs.
"Donné en notre palais, à Kingston, ce vingt huitième jour de mai, en Tannée de Notre Seigneur dix neuf cent dix-^sept.
(Signé) MICHAEL J. SPRATT, Archevêque de Kingston."
"Richard S. Halligan; Sec."
(Lettre déposée comme pièce à conviction sous le No. "6".)
M. Tilley. — Et je produis au!=!si la réponse de la Soeur Basil h la lettre de l'archevêque, datée du 28 mal 1917:
"A Sa Grandeur M. J. Spratt, . Archevêque de Kingston, Ont.
"Monseigneur, — J'accuse réception de votre lettre du 28 et, et je prends la liberté de vous informer respectueusement que:
"Attendu que la Supérieure générale de notre Ordre, Soeur M. Francis Régis, et d'autres, y compris votre Grandeur, se sont entendus pour me diffamer, et me priver illégalement de ma liberté et de mes^ droits et privilèges qui m'appartiennent en tant que membre de notre Ordre religieux;
"Et, attendu que, dans la nuit du 14 au 15 septembre 1916, suivant les ordres de la Soeur M. Francis Régis et d'autres, y oomprls votre Grandeur, l'agent de police Naylon, le chauffeur Gallagher, et les Soeurs M. Magdalene, M. Alice, et M. Vincent, m'ont illégalement arrêtée, frappée, bâillonnée, affublée de loques séculières à peine suffisantes pour couvrir ma nudité, et m'ont enlevée de force de Ste. Marie^du-Lac, dans rintention, ladmise par eux, de me placer dans un asile d'aliénés de la Province de Québec; ^
"Et, attendu que j'ai été délivrée dansi les rues de cette ville par l'aumônier de cet établissement, après trois heures d'efforts;
- "Et, attendu que je souffre à l'heure présente de sérieuses lésions internes qui menacent de persister, et qui proviennent des Violences déjà citées, et d'avoir été exposée trois heures' durant dans les rues aux intempéries de la saison;
"Et, aittendu que je possède les preuves que la Supérieure ' générale et d'autre», y compris votre Grandeur, ont, à la suite des violences ci-dessus mentionnées, cherché, mais en vain, un docteur qui voulût certifier ma démence, dans' le but de donner un semblant d'apparence légale à cet acte criminel, ou de le renouveler;
"Et, attendu que, le 14 février 1917, le jour même où le Rev. P. Mulhall, Rédemptoriste, sous l'autorité du Délégué apostolique, commença son enquête à la Maison mère de Kingston, la Supérieure locale du couvent de Belleville fut convoquée à Kingston ; que, le lendemain, à son retour à Belleville, elle me frappa, m'ordonna d'aller dans ma chambre, me défendit toute communication avec mes Soeurs en religion, leur interdit de me parler, me dit que je ne faisais plus partie de la Communauté, et intercepta toutes les lettres qui me venaient de mon conseil ;
"Et, attendu que le Rev. P. Mulhall, venu à Belleville six jours après pour continuer son enquête, me dit, comme je me plaignais^ à lui d'un si singulier traitement, que la Supérieure avait le droit d'agir ainsi;
"Et, attendu que, de ce moment, et pendant près de quatre moisi, j'ai eu à subir, dans le couvent de Belleville, toutes sortes de persécutions, d'humiliations, d'insultes que la Supérieure a plutôt encouragées que réfrénées; qu'on en est même venu à me frapper et à me contusionner sérieusement;
"Et, attendu qu'on m'avertit que je ne peux plus souffrir un tel état de choses, contraire aux lois oivilesi et religieuses, sans courir le risque de nuire sérieusement à ma santé;
"Et, attendu que je vous ai demandé souvent, mais en vaîn, de me protéger;
"Et, attendu que, par votre acte de ce jour me défendant toute communication avec mon Conseil, vous me privez de toute protectioni, moi, hien contre ma volonté, et dans le seul tout de protéger ma honne réputation, ce qui est naturel, et aussi ma liberté dansi leis limàtes' de nos Statuts et règlements, n'ayant aucunement l'iTitention de renoncer à la vie religieuse pas plus qu'à mes droits et privilèges dans ma Communauté, moi, dis-je, je me isems obligée de refuser respectueusement d'oibéir à votre ordre avant d'avoir reçu de vous, par écrit, la promesse me garantissant: 1. — Protection contre de nouvelles violences, insultes ou autres odieuses façons d'agir; 2. — ^Rappel de la défense de communiquer avec mes Soeurs en religion et d'assister aux exercices ordinaires de la Communauté; 3. — Liberté complète de communiquer aveo mon Conseil, en personne ou par lettre, pendant la prise en considération de ma cause qui, vous le savez déjà, est actuellement devant l'a Sacrée Congrégation des Ordres Religieux^ à Rome, Italie.
votre servante persécutée, (Signé) SOEUR M. BASIL."
(Lettre déposée comme pièce à conviction No. "7".)
M. McCarthy. — Il va sans dire qu'il y a bien des points de ce document auxquels nous nous objectons.
Q. — Avez-vous reçu une réponse à icette lettre? R. — ^Aucune.
Q. — Depuis- lors, avez-vous reçu quoi que ce soit de l'archevêque? R. — Rien du tout.
Q. — C'est en mai de cette année, n'est-ce pas? R. — Oui, ce fut la dernière communication.
Q. — Depuis ceitte époque -vous demeurez rue Earl? R.— Certainement.
Q. — Plus qu'un mot miaintenant touchant vî>tr© présente situationi. Avezvous encore vos parenits? R. — ^Non, ils sont morts.
Q. — Btes-vous seule de votre famille! R. — J'ai deux frères, et aussi deux soeurs qui, étant Religieuses, ne peuvent m'être d'aucun secours. Mes frères non plus ne peuvent guère m'aider, ear ils sont mariési, et doivent penser à leur famille.
Q.— Et vos deux soeurs^ sont en religion? R. — ^Oui.
Q. — Et, naturellement, ne peuvent vous aider? R. — En aucune façon.
Q. — Et depuis Fâge de 15 ou 16 ans^ — vous en avez aujourd'hui 46, — vous avez pasisé toute votre vie dans un couvent. C'esit bien cela ,n'est-ce pas? R. — Oui, et je sens qu'il m'est absolument dmpossi'ble, après tant d'années, de rentrer dans le monde. Ma santé est très ehancelante. D'ailleurs, il y a un© grande différence entre passer 29 ans dans un couvent et 29 ans dans le monde. Après 29 ans de couvent, on esit perdu dans lé monde et incapable de gagner sa vie.