ACTE 1, SCÈNE IV
au contraire toi... A propos, comment te trouvaistu dans ton appartement?
DULAU
Parfaitement.
DELAUNAY
Eh bien! quoique ta tutelle soit finie, il faut y rester, et demeurer avec nous tous.
DULAC
Je le veux bien.
Maintenant, pourquoi désirais-tu tant te trouver seul avec moi?
DULAU
Ah! c'est que je ne voulais pas te demander devant tes enfants si tu étais fou.
DELAUNAY
Pourquoi cela?
DULAU
Tu arrives; et, fatigué comme tu dois l'être, au lieu de le reposer, de te soigner, tu parles de soirée, de bal...
DELAUNAY
Eh bien?...
DULAU
Ah çà ! mais le soleil de Naples t'a donc brûlé le cerveau ?
DELAUNAY
A moi?... Mais je suis toujours le même.
DULAU
C'est-à-direque je ne te reconnais plus; jusqu'au
style de tes lettres qui est changé ; et, sans la signaturc, j'aurais cru que c'était un jeune homme amoureux, Arthur, par exemple, qui m'écrivait. delaunay, riant.
Bah!
DIJLAC.
Puis, voilà, quand je te revois, quand tes cheveux blancs me prouvent que tu es toujours mon vieil ami, voilà que tu me parles de soirée, de réunion, de bal... Danserais-tu, par hasard?
DELAUNAY
Pourquoi pas ?
DlILAU.
Et tes quinze campagnes?...
DELAUNAY
Je les ai oubliées.
DULAU
Tes blessures?...
DELAUNAY
Je ne les sens plus.
DULAU
Mon ami, sérieusement, tu me fais peur.
DELAUNAY
Et toi pitié. — Franchement, Dulau, la vieillesse ne vient-elle pas assez vite , sans que nous fassions la moitié du chemin pour aller au-devant d'elle? Oui nous fait vieux d'ailleurs? Ce n'est point notre âge, mais nos infirmités. J'ai cinquante-neuf ans, il est vrai, mais mon cœur, encore chaud et ardent, semble battre dans la poitrine d'un jeune homme...