‹ Terminaisons et traitement de la grossesse extra-uterineChapitre 62 sur 96 · HO · texte numérisé non relu

HO

parLie supérieure de l'incision laisse échapper une certaine quantité de liquide noirâtre mélangé de gaz et d'odeur horriblement infectes. M. Tarnier introduit son doigt dans le kyste; puis, guidant sur lui un bistouri boulonné, il en incise largement l'épaisse paroi. Un pariétal se présente et est facilement amené au dehors, quelques lambeaux de parties molles putréfiées y adhèrent faiblement. M. Tarnier constate que les autres os constituant le crâne adhèrent encore assez à ceux de la face pour qu'on puisse espérer les extraire d'un seul coup. Le sacond pariétal est saisi avec une forte pince et sort entraînant avec lui le reste de la tête à laquelle tient encore la colonne vertébrale garnie de la plupart des arcs costaux, du bassin et du squelette du membre inférieur gauche. Les restes des débris du fœtus sont alors facilement enlevés. Les parois du kyste, immédiatement revenues sur elles-mêmes sont assez lisses et épaisses de un centimètre environ. On n'y découvre aucune trace du tissu placentaire. Après avoir abondamment lavé, à l'aide d'une solution phéniquée au 20®, l'intérieur de la poche, M. Tarnier réunit la moitié supérieure de l'incision au moyen de deux points de suture. Pansement de Lister.

La malade est reportée encore endormie dans son lit.

Le soir même, la malade est sans fièvre. Pouls 76°, température 36°, 8. La journée a été bonne, il n'y a pas eu de vomissements, pas de douleurs. Pour éviter tout mouvement, le calhétérisme vésical est pratiqué ainsi que les jours suivants.

Une injection phéniquée au 20® est faite et continuée matin et soir. Dès le lendemain, le liquide qui s'écoule de la poche ne présente plus d'odeur. Les injections entraînent quatre phalanges. La malade prend avec plaisir quelques aliments, le pouls etlatempératui^e sont retombés à l'état normal.

Le 24, même état satisfaisant; appétit excellent.

Le 27, la malade est méconnaissable, elle sent ses forces revenir ; son teint, naguère terreux, est rose maintenant; le kyste diminue par le retrait de ses parois On ne peut plus y introduire que peu profondément la canule pour y faire des lavages. La plaie s'est réunie par première intention dans la partie qui a été suturée.

Le 29, les points de suture sont enlevés.

Le reste de la plaie, revenue sur elle-même, est couvert de bourgeons charnus du meilleur aspect. État général excellent.

Le 4 septembre, on ne peut plus introduire qu'une sonde de moyen calibre à travers la plaie. Je i-etrouvc la malade fort bien por-

tanto et très engraissée, quinze jours plus tard. Il ne reste plus qu'une petite fistule qui donne passage à un très léger écoulement de liquide. On sent à travers la paroi abdominale une masse du volume d'une très petite orange, dernier vestige du kyste fœtal.

Le P"" octobre, la plaie est entièrement cicatrisée. La malade est munie d'une ceinture et commence à se lever.

L'utérus a repris sa situation normale, il est mobile quoique le fond semble encore faiblement maintenu par quelques adhérences.

Le 16, Henriette Bed... demande son exeat et en nous quittant nous fait part de son prochain mariage.

Observation. — Grossesse extra-utérine, datant de dix-sept mois. Ouverture du kyste fœtal dans l'intestin. — Gastrotomie. — Mort. (Maternité de Paris : service de M. Tarnier. Observation recueillie par M. Maygrier, interne du service.)

Mme Delorme, âgée de 33 ans, entre dans le service de M. Tarnier, à la Maternité, le 8 mars 1871).

Réglée à l'âge de 17 ans, cette femme a eu, depuis, des époques menstruelles régulières, d'un jour de durée seulement. Elle paraît avoir joui d'une bonne santé habituelle. Elle raconte seulement qu'à l'âge de 25 ans, elle fut prise, sans cause nettement déterminée, d'une métrorrhagie abondante qui fut suivie de pertes continuelles durant 6 mois; ce n'est qu'au bout de ce temps qu'elle se décida à consulter un médecin qui lui recommanda de quitter Paris; elle partit pour la campagne où sa santé se rétablit bientôt; les pertes cessèrent et les règles redevinrent normales.

Mariée depuis deux ans, elle a vu ses règles se supprimer à partir du 31 décembre 1877, époque où elle les eut, comme d'habitude, pendant 2i heures. Bientôt survinrent des signes de grossesse, augmentation de volume du ventre, picotement des seins, nausées, etc., elle dit avoir senti remuer son enfant, pour la première fois, dans le courant d'avril 1878. Dès le début, elle ressentit dans le bas ventre des douleurs assez vives qui ont persisté, mais avec moins d'intensité que dans les premiers mois, pendant toute la durée de la grossesse. Elle a eu aussi à souffrir de vomissements répétés, qui duraient plusieurs jours et cessaient pendant une semaine ou deux pour reprendre ensuite.

Dans les derniers jours du mois d'août 1878, c'est-à-dire vers la

fin du huitième mois environ, elle fui prise de douleurs extrêmement vives comme si elle allait accoucher; ses souffrances se prolongeant sans aboutir, elle fit appeler un médecin qui constata nettement l'existence des bruits du cœur de l'enfant. Mais au bout de 26 heures, les douleurs diminuèrent peu à peu de frcéquence et d'intensité, elles finirent par disparaître complètement; rien n'avait été expulsé par les parties génitales, sauf un peu de sang.

A dater de ce faux travail, la malade cessa de percevoir les mouvements du fœtus et sa santé, assez éprouvée depuis le commencement de sa grossesse, s'améliora très rapidement.

Vers le IS octobre survint une perte qui dura deux jours sans être accompagnée de douleurs. Dans le courant de décembre, nouvelle perte qui dura encore deux jours. Cette fois, M. Tarnier fut appelé en consultation, l'état général de la femme était satisfaisant, aucune intervention ne fut résolue .

Mais à partir du mois de janvier 1879, le ventre devint douloureux, des frissons survinrent ainsi que de la fièvre, de l'anorexie et de l'amaigrissement. Appelé de nouveau auprès de la malade, en février, M. Tarnier lui conseille d'entrer à la Maternité, dans l'intention de l'opérer.

Malheureusement, la malade, très pusillanime, retarda tous les jours son départ. Les symptômes fébriles s'accentuèrent, une évacuation abondante survint par l'anus de matières jaunâtres, d'une odeur infecte. Des vomissements incessants s'établirent, le ventre devint de plus en plus douloui-eux et ce n'est que devant la persistance et l'aggravation de ces souffrances que la malade se décida enfin à venir à la Maternité, le 8 mars.

La face est pâle, amaigrie, exprimant la souffrance; la peau est sèche, le pouls est petit et fréquent. Le ventre est assez volumineux, M. Tarnier constate cependant qu'il a diminué beaucoup de volume depuis son dernier examen. Le palper abdominal est impossible, car la moindre pression sur l'abdomen arrache des cris à la malade. Au toucher vaginal, le col est facilement accessible; il est petit, fermé, un peu ramolh; dans l'examen antérieur, fait en ville par M. Tarnier, le col n'était pas aussi accessible et, de plus, l'excavation était occupée par une tumeur assez volumineuse qui n'est plus perceptible. Il est évident que le kyste fœtal a dû s'ouvrir dans l'intestin et y vider une partie de son contenu. Au toucher rectal, on n'arrive sur aucun orifice de communication avec le kyste et on ne sent pas de parties osseuses.

La malade mange à peine, elle a un dégoût prononcé pour les aliments, la langue est un peu sèche, la soif assez vive, elle vomit à peu près tout ce qu'elle prend et a une diarrhée persistante.

Le 13 mars, M. Tarnier provoque une consultation à laquelle prennent part MM. Polaillon, Lucas-Championnière et Pinard. L'avis unanime est qu'il s'agit d'une grossesse extra-utérine abdominale avec ouverture du kyste dans l'intestin et poussées aiguës péritonitiques ayant déterminé des adhérences aux parois abdominales. La conclusion à peu prés générale est la nécessité et l'urgence d'une intervention chirurgicale. La place qu'occupe l'utérus n'a pu être exactement limitée : il paraît refoulé en avant mais son fond n'est pas senti par le palper abdominal et il semble englobé dans la tumeur. L'hystéromètre ne pénètre que difficilement et incomplètement.

Les jours suivants, l'affaiblissement de la malade va en augmentant. Le ventre devient plus volumineux et la percussion dénote des points sonores, indices de la présence sonore de gaz dans la poche ; la diarrhée continue; elle est d'une odeur très fétide, mais on ne remarque dans les déjections aucun débris fœtal; au microscope, on n'y découvre pas de globules de pus.

L'opération est faite le 21 mars, à onze heures du matin, en présence de MM. Polaillon et Lucas-Ghampionnière et suivant la méthode de Lister.

La malade étant chloroformée, la paroi abdominale est incisée sur la ligne médiane, immédiatement au-dessous de l'ombilic, dans une étendue de dix centimètres. La poche est ouverte immédiatement, ses parois étant partout adhérentes aux parois de l'abdomen.

Un fœtus putréfié, d'une odeur horriblement fétide et presque méconnaissable, est extrait; un membre, probablement un bras, est adhérent au fond du kyste ; on le coupe et on laisse dans la poche cette partie adhérente en ayant soin de placer sur elle un fil dont les chefs sont ramenés au dehors. Puis, M. Tarnier introduit la main dans le kyste, pour y chercher s'il ne reste aucune partie détachée du fœtus, et il retire successivement les deux pariétaux complètement dénudés. Des lavages sont ensuite faits avec de l'eau tiède alcoolisée; quatre tubes à drainage réunis ensemble sont placés dans l'ouverture qu'on laisse telle qu'elle, sauf à la partie supérieure de l'incision où est placé un point de suture; on termine en plaçant des éponges phéniquées fortement exprimées tout autour de la plaie et en faisant le pansement de Lister.

L'opération a duré une demi-heure.

A deux heures de l'après-midi, la malade, complètement réveillée, se plaint de souffrir un peu du ventre; elle a quelques hoquets et rend des glaires verdâlres, mais n'a pas de vomissements véritables. Ld température, qui était de 38°, b avant l'opération, est tombée à 36°, 5 ; le pouls est à 120. On prescrit du Champagne et de la glace.

A 6 heures du soir, respiration assez calme, sueurs abondantes, pas de vomissements ; la température se relève un peu et marque 36", 7, le pouls est tombée à 88°.

A 9 heures, on enlève les éponges phéniquées qui garnissaient le fond du pansement; elles sont imbibées de liquide venu du kyste; le pansement est fait, la malade est tranquille, mais n'a pas encore eu de sommeil; la température est la même 36°, 7.

A minuit, catéthérisme vésical, on retire environ 150 grammes d'urine claire.

Le 22 mars, la malade est vue à 7 heures du matin. Elle n'a pas encore fermé l'œil, depuis l'opération, mais elle ne souffre pas et est très calme; à 6 heures, elle a eu deux régurgitations bilieuses verdâtres. P. 108; T. 36°,5; R. 20.

A 11 heures, la malade a vomi plusieurs fois, ehe est cependant assez calme ; on refait le pansement. Dans la journée, elle urine seule.

A 8 heures du soir. P. 100; T. 36°, 5. Les vomissements ont cessé depuis 2 heures de l'après-midi.

Le 23. La nuit a été calme; la malade a eu enfin plusieurs heures de sommeil, elle n'a pas vomi.

Matin. P. 126 ; T. 36°, S ; R. 28. Les pièces du pansement exhalent une odeur fétide; on injecte, à l'aide d'une grosse sonde en gomme, de l'eau alcooUsée dans la poche; un vomissement survient après le pansement.

Soir. P. 100; T. 36°, 9. La journée a été assez bonne; le Champagne est supporté. Le pansement est traversé, on le refait à 10 heures.

Le 24. La nuit a été assez agitée ; il y a eu deux ou trois vomissements et un peu de dyspnée.

Mati7i. P. 100 ; T. 36°, 6. Langue humide, face pâle mais assez reposée malgré l'agitation de la nuit ; ventre souple, indolore. Le pansement est fait, des lavages alcoolisés détachent de nombreux détritus de la poche. Prescriptions : bouillon, lait, Champagne, glace.

Soir. P. 116; T. 37°. Pas de vomissemcnls ; soif vive; le pansement est refait à 10 heures.

Le 25. La nuit a encore été mauvaise, sans sommeil, la soif a été très vive, la malade a beaucoup bu.

Malin. P. 112; T. 37°, 2, Langue humide, face pâle, pas de douleurs de ventre. Le pansement est fait comme la veille ; on prescrit, vu l'odeur infecte des détritus qui sortent du kyste, quatre lavages alcoolisés par jour. Grogs^ bordeaux, bagnols, côtelette à sucer. Potion morphinée pour le soir.

5o2r. La journée a été calme.

P. 122 ; T. 37°, 1 . La langue est un peu sôche, le membre inférieur gauche est le siège d'un gonflement peu douloureux. Le 26. La nuit a été assez bonne.

Matin. P. 140; T. 37°, 1. Langue sèche, face pâle, les joues se creusent un peu ; souffrances nulles ; mixtion facile; il n'y a pas eu encore de garde-robe depuis l'opération. Phlegmatia alba dolens bien nette du membre inférieur gauche. On continue les mêmes lavages du kyste quatre fois par jour.

Soir. Les traits s'altèrent, il y a eu un peu de subdelirium. P. 132 ; T. 36°, 7; R. 36.

Le 27. La nuit a été mauvaise, la malade s'est refroidie, elle n'a eu que quelques heures d'un sommeil très agité.

Matin. P. 128; T. 36°, 6. Langue très sèche, soif extrêmement vive, faciès très altéré, amaigrissement considérable, extrémités froides. On continue les lavages alcoohsés ; le membre fœtal qui était resté adhérent à la paroi du kyste se détache ainsi qu'une foule de détritus sanieux, noirâtres.

Soir. La journée a été très agitée, la malade se plaint de souffrir beaucoup de sa plaie ; elle pousse des gémissements continuels; on la calme avec une piqûre de morphine. P. 128; T. 36°, 4.

Le 28. La malade a dormi, mais elle se refroidit de plus en plus.

Malin. Faciès profondément altéré, joues excavées, yeux: brillants, langue très sèche, subdelirium. Pouls irrégulier, petit, à peine perceptible par moments, h 130. La température s'élève un instant et monte à 38°, 4. Les lavages de la plaie font sortir une foule de débris noirs^ sphacélés, infects.

•Soir. Le coma survient, la peau se couvre de sueur, la mort a liou cà 10 heures.

La famille ayant mis opposition, l'autopsie n'a pu être faite.

Page 1