ARTICLE II. — TECHNIQUE DU PROCÉDÉ DE GOLGI
Comme méthode de recherches, j'ai eu recours au procédé de Golgi dont je vais exposer ici la technique avec quelques détails après en avoir fait un très bref historique.
Lorsque après un séjour suffisant dans une solution de bichromate de potasse on porte une portion quelconque d’un tissu contenant des éléments nerveux dans une autre solution métallique, telle que le nitrate d’argent, il se forme dans l’intérieur de la pièce un sel
= Se
chromique de ce dernier métal, lequel a la propriété de se fixer sur les éléments nerveux en formant sans doute avec l’une de leurs parties constituantes une combinaison organique plus ou moins complexe.
Ce fait, que l’histologiste italien C. Golgi” eut le bonheur de mettre le premier en lumière, constitue la base d’une méthode à la fois excellente et très générale de coloration du système nerveux. L'imprégnation chromo-argentique imprime aux cellules des centres comme aux fibres périphériques une coloration noir-mat à contours nettement arrêtés, se détachant vivement sur le fond uniformément jaune clair des préparations. Mais là ne réside pas le seul mérite grand, et particulièrement apprécié dans l’étude des organes centraux
du procédé : un avantage non moOINns
de l’innervation, consiste dans ce fait que, contrairement à ce qui se passe pour les autres méthodes, la coloration à l’argent n’atteint pas indistinctement tous les éléments nerveux, mais affecte seulement certains d’entre eux (par un phénomène d'élection dont la cause nous échappe encore) et s'étend à la totalité de ceux-ci. En supprimant la confusion qui résulte inévitablement d’une coloration générale, cette sorte de dissociation chimique rend singulièrement facile l’étude de la morphologie des éléments sans modifier leurs rapports réciproques.
Aussi est-ce de la méthode de Golgi que date l’avement d'une ère nouvelle et féconde dans la connaissance de la fine structure des centres nerveux, ère brillamment inaugurée déjà par les remarquables travaux de Golgi, Ramon y Cajal, Kœlliker, van Gehuchten et von Lenhossék.
* Golgi. — Sulla fina Anatomia degli organi centrali del sistema nervioso. — Milan, 1885.
Mon intention nest pas de faire ici l’histoire de la méthode, mais il me semble nécessaire d'en rappeler les principes généraux avant d'aborder les règles particulières de son application à l'étude des nerfs périphériques.
Trois procédés ont été successivement employés par Golgi et ses imitateurs pour réaliser l’imprégnation au chromate d'argent. On leur a donné les noms de méthode lente, méthode mixte et méthode rapide.
Dans la première, qui occupe aussi chronologiquement la première place, les objets, dont le volume ne doit pas dépasser un ou deux centimètres cubes, sont immergés pendant un temps prolongé mais variable dans une solution de bichromate de potasse à 2 °/,, puis portés dans un bain d’azotate d’argent à 0,75 °/,. On obtiendrait des résultats équivalents d’après Golgi, en substituant à l'argent une solution de sublimé à 0,50°/, et en y faisant longtemps séjourner les objets. (Ces chiffres sont relatifs à l'étude des centres nerveux.)
Les pièces, dans le procédé mixte, ne sont laissées que quatre à cinq jours dans le bichromate, mais passent ensuite de vingt-quatre à trente heures dans un mélange formé de :
Acide osmique à 1 0}, 1 partie.
Bichromate de potasse à 2 JE 8 parties.
Elles sont ensuite placées comme précédemment dans la solution argentique.
Enfin la méthode rapide, qui est actuellement à peu près la seule en usage, ne comporte l'emploi que de deux solutions: la première, à laquelle on donne le nom de mélange de Golgi ou solution osmio-bichromique, a la composition suivante :
Acide osmique à 1 °/,, 1 partie, Bichromate de potasse à 3,5 °/,, 4 parties.
Après un séjour assez court et variable suivant la nature des tissus dans le liquide mixte, les objets sont portés dans la solution d’azotate d'argent à 0,75 our
Les fragments de moelle ou d'encéphale soumis à ce traitement fournissent des résultats inégaux en valeur, mais à peu près constants en ce sens que, parmi les nombreux éléments cellulaires, fibrillaires ou névrogliques du tissu employé, il s’en trouve toujours quelques-uns de colorés. Il n’en va pas de même lorsqu'on se transporte dans le domaine des nerfs périphériques où les éléments relativement rares et souvent isolés du réactif par un revêtement épithélial épais et difficilement perméable fournissent des résultats beaucoup moins encourageants. « Ici, dit von Lenhossék’, l'inconstance des résultats met souvent la patience de l’expérimentateur à une rude épreuve. Mais dans les imprégnations heureuses la précision, la netteté des images, la nouveauté des faits mis en évidence le dédommagent de ses insuccès. »
Cette inconstance très réelle dans les résultats nécessite l'emploi d'un manuel opératoire soigneusement étudié et sanctionné par de nombreuses expériences. Aussi pensè-je faire œuvre utile en m'étendant un peu sur ce sujet, et, sans entreprendre une étude comparée et critique complète de la méthode, en relatant avec quelques détails la marche que j'ai suivie dans mes recherches personnelles.
Les matériaux dont je me suis servi ont été des lambeaux de muqueuse linguale recueillis dans les régions des papilles fongiformes, caliciformes ou foliées. Ces lambeaux limités par deux traits parallèles de rasoir
* V. Lenhossék., — Der feinere Bau des Nervensystems im Lichte neuester Forschungen. — Berlin, 1893, p. 13-14
DT
ont été soigneusement détachés avec la pince et les ciseaux en prenant soin de ne laisser adhérent à la face profonde de la muqueuse que le minimum possible de tissu musculaire. Car, à la nécessité où l’on se trouve de n’opérer que sur des pièces de faible volume, il faut ajouter que les faisceaux musculaires en se rétractant impriment au revêtement muqueux des incurvations gènantes pour la pratique des cou pes. Vulalenteur extrême de pénétration des sels chromiques dans les tissus, la petitesse des objets employés constitue évidemment, pour lobtention d’une imprégnation complète, une condition favorable mais non absolument indispensable, car des pièces relativement volumineuses m'ont fourni dans plusieurs cas des résultats inespérés.
J’en dirai tout autant de la fraîcheur des matériaux. On a exagéré, ce me semble, l'intervention de ce facteur dans les résultats obtenus. Il ne s’agit pas sans doute dans la méthode de Golgi, comme dans celle d'Ehrlich, d’une fixation vitale du réactif par les éléments nerveux, mais simplement d’une combinaison microchimique ainsi que semblent le prouver les faits de double et de triple imprégnation. J'ai obtenu des résultats tout aussi favorables avec des pièces prises une, deux et même trois heures après la mort que sur celles recueillies immédiatement après avoir sacrifié l'animal. Je suis porté à croire que, dans un délai qui peut atteindre jusqu’à six heures, il est permis d’espérer encore des imprégnations satisfaisantes.
Les embryons de mammifères sont, ainsi que l'expérience me l’a prouvé, beaucoup moins favorables pour l'étude des terminaisons nerveuses gustatives que pour celle des centres de l’innervation. Les imprégnations que j'aieffectuées sur des fœtus humains et des embryons de mammifères se sont toujours montrées incomplètes ; ce fait s'explique par le développement tardif des bour-
peu
geons du goût: l'apparition de ces organes correspondant suivant Lustig!, aux tout derniers temps de la gestation (homme, chien), et même aux premières semaines de la vie (lapin). Les animaux jeunes ou adultes m'ont fourni des résultats équivalents.
Les segments de muqueuse isolés sont immédiatement plongés dans le mélange de Golgi, qu'on dit généralement devoir être récemment préparé. Ils ne tardent pas à prendre superficiellement une coloration noire. Quant aux proportions de réactif qu'il faut employer, les auteurs sont peu d'accord sur ce sujet; je crois que cette quantité peut être un peu plus faible qu'on ne l'indique généralement et il me paraît que dix centimètres cubes de liquide fixateur par segment de muqueuse de quelques millimètres cubes constitue une proportion très largement suffisante.
Une recommandation générale des auteurs qui ont écrit sur la question est de placer les flacons renfermant les pièces à l’obscurité. J'ai suivi ce précepte sans avoir pu me convaincre d'ailleurs, par des expériences comparatives, de son importance réelle.
Je crois par contre à l'utilité du séjour des objets à l’étuve à 30 ou 35°. Que cette pratique agisse en facilitant la pénétration du réactif ou en suppléant à l'insuffisance de la durée d'immersion, elle m'a toujours paru exercer sur les résultats une influence favorable.
Si l’on consulte l'ouvrage cité plus haut de von Lenhossék”, le seul qui renferme une étude technique un peu complète de la méthode, au sujet de la durée d’immersion nécessaire dans le réactif de Golgi, on trouve que cette durée doit être supérieure au temps que l’on emploie pour les centres nerveux et atteindre généra-