CHAPITRE li
Des douleurs et des angoisses telles que celles dont l'âme d'Octave était préoccupée n'étaient pas faciles à adoucir par les conseils.
Marcel, d'ailleurs, n'appartenait pas à la tribu loquace des donneurs de consolations. Il avait exciminé avec soin, bien qu'en silence, toute la conduite de son ami, et avait jugé la situation périlleuse. A la vérité, le bon philosophe n'avait pu deviner les chemins par lesquels avait passé l'imagination d'Octave pour en arriver là oii elle était ; la pénétration n'est jamais une seconde vue. Toutefois il savait, à n'en pouvoir douter, Octave amoureux et comprenant à quelles tristes conséquences cette nouvelle combinaison des éléments de sa vie pouvait aboutir. Qu'avait-il donc à dire, lui*? Que pouvait-il conseiller? Tout au plus lui était-il permis d'attendre une occasion de se jeter en travers, et c'est ce qu'il faisait, observant et restant tellement silencieux, que son ami le considérait volontiers, dans son for intérieur, non comme un homme, mais comme une pierre.
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La scène par laquelle nous avons commencé ce livre s'est arrêtée au moment où les deux officiers se disposaient à rentrer au logis. 11 était tard déjà, et ils arrivèrent dans la maison à l'heure du souper. Tout semblait annoncer que le repas de famille ne serait pas calme; les grands événements politiques reflétaient leurs lueurs d'incendie sur les esprits des convives ; chacun se mit à table en silence, bien certain que la plus petite circonstance donnerait lieu à une mêlée générale. Pour nous, imitant les historiens lorsqu'ils ont amené leurs lecteurs sur un champ de bataille où vont se décider les destins des empires, nous ne ferons pas mal de considérer l'attitude dans laquelle chacun de nos personnages se posa devant son assiette.
Le père Bahurot occupait, comme de raison, la place d'honneur, la place du centre; c'était lui qui servait, en qualité de maître de maison, titre glorieux que ce jour-là, plus que jamais, il paraissait décidé à maintenir. C'était un petit vieillard à la figure large et rubiconde, au nez et au menton pointus; il n'avait plus de dents, et ses lèvres, naturellement minces, s'étaient rabattues sur les gencives et laissaient entre son nez et son menton une très courte distance; il avait de gros yeux gris pétillants sous d'épais buissons de sourcils, et une perruque rousse tirée de travers sur son front. Du reste, ses jambes étaient replètes, son ventre rebondi, et il était enfoncé carrément dans son fauteuil, de l'air d'un homme prêt à vous dire : « J'y suis, j'y resterai. »
11 passa le coin de sa serviette dans la boutonnière de son habit marron, et avec une bonne humeur bien insultante, il dit en mettant la cuiller au plat :
— Qui veut Ici pâtée? c'est moi qui l'ai et qui la donne !
A ce propos, dont la portée parut être comprise de tous, Marguerite jeta sur son cousin un regard suppliant, et M. Gérard de Ternove, un vieillard grand et maigre, à l'air doux, décoré depuis la rentrée du roi de son ancienne croix de Saint-Louis, baissa la tête ; ainsi se déconcerte le soldat peu valeureux qui entend sifiler un boulet.
Octave, lui, fronça le sourcil; mais Marcel, tendant son assiette d'un air jovial, s'écria :
— - Allons, monsieur Bahurot ! faites les honneurs!
11 y eut un moment de silence. Le meunier attaquait chacun du regard.
— Eh bien ! dit-il, voilà donc notre grand empereur revenu ? Ça doit vous remettre le cœur au ventre, à vous autres troupiers !
Gérard coupa la parole à son neveu qui allait répondre :
— Bahurot, dit-il, je vais écrire à Paris pour qu'on t'expédie ton cher Corse dans la cage de fer où il va être présenté au roi.
— Vous vous trompez, mon oncle, interrompit Octave d'un air grave. L'empereur ira à Paris à la tète d'une armée, et si quelqu'un est mis en cage, ce sera Louis XVliL Je suis de l'avis de M. Bahurot; l'empereur est de nouveau le maître. Mais, loin de m'en féliciter, je tiens avec vous que c'est un immense malheur pour tout le monde en général, et pour nous en particulier.
— Moi, dit Bahurot en se frottant les mains, je ne suis pas fâché de voir jeter à la porte cette veriniiie d'ém\'^vé9 gueux et fripons qui voulaient nous voier
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nos bitMis. Au moins avec i'empereur, respect aux propriétés ! Dame I celui-là n'entend pas la plaisanterie !
— Je vous comprends, monsieur, repartit Octave; et en parlant il fixait sur le meunier des yeux brillants d'indignation. Non seulement vous m'avez dépouillé, vous voulez m'insulter encore ; mais je suis fâché de vous dire que votre âge ne m'empêchera pas de vous remettre à votre place, si vous osez jamais, dans cette maison, vous écarter du respect dû au tils de vos maîtres !
— Ma foi, Bahurot, mon gâs, dit Gérard, tu n'as que ce que tu as été chercher, et je te conseille de rester tranquille.
Mais l'avis ne s'adressait pas à un homme disposé à en profiter. Le meunier ne reculait pas souvent devant une discussion, surtout lorsqu'il se sentait le plus fort. Il ne répondit donc à l'invitation ironique de Gérard qu'en croisant ses deux bras sur la table ; et, regardant Octave à son tour :
— Ne vous gênez pas, mon garçon, répondit-il ; ma parole d'honneur, vous m'amusez ! Et ce n'est pas seulement dans cette minute oh je viens de vous entendre prononcer un discours si bouffon ; mais si vous saviez vous-même, depuis trois jours, combien vous êtes plaisant, vous ne pourriez vous tenir d'en éclater de rire !
— Monsieur Bahurot ! cria Octave.
— Mon Dieu, laissez-le ! continua le meunier en adressant un regard impérieux à Marcel et à Marguerite ; aussi bien faut-il que je lui dise en deux mots combien j'ai trouvé sa conduite richement ridicule. Sitôt que la nouvelle glorieuse du débarquement de Napoléon est arrivée ici... Vive Napoléon!
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Moi, j'aime Napoléon! c'est un grand homme! Bois avec moi à sa santé, Marguerite !
— Non, mon granrl-père, répondit la jeune fille avec une certaine agitation.
— Tu ne veux pas ? C'est bon, dit le méchant vieillard en le regardant en dessous ; je sais pourquoi ! tu vas aussi avoir ton compte tout à l'heure. En attendant, je fais l'alTaire de M. Fier-à-bras. Quand donc on a su que notre illustre empereur revenait, voilà ce petit jeune homme-ci qui a commencé à faire des conciliabules avec le vieux Gérard que voilà, pour savoir s'il irait à son régiment ou non I C'est bon ! et je riais à part moi pour ce que vous verrez tout à l'heure. Puis voilà mes deux gaillards qui se sont mis à déraisonner sur les Capets... Ce sont les fils d'Henri IV! Ce sont ci, ce sont là; et puis à parler de leurs aïeux les ïernove, un tas de marquis (saute, marquis!), des gens qui ont fait des horreurs dans la contrée aux temps anciens, comme chacun sait, et M. Octave qui voulait imiter, disait-il, leur belle conduite (jolie, ma foi 1) et aller offrir son bras au lils d'Henri IV... Des bêtises! Et moi, que j'en riais en moi-même à m.e rendre malade ! Maintenant, mon ami, je m'en vais vous dire le fin mot de toutes ces manigances ! Vous cherchiez à mettre dans le sac ce bon M. Gérard qui est la brebis du bon Dieu, et vous n'aviez pas plus envie d'aller revoir votre fils d'Henri ÏV que votre empereur! Ah ! mais, c'est que le père Bahurot n'est pas encore aveugle, malgré sers quatre-vingts ans et six mois, et vous êtes un blanc-bec qui rougissez en ce moment comme une fillette, et qui n'êtes pas en état, je vous en réponds, de lui tenir tête! Vous faisiez votre galant auprès de mademoiselle que voilà, avec un air sage
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comme une image... mais qui n'en pense pas moins! Vous lui donniez des petits bouquets, et puis vous lui écriviez des petites chansons, et puis vous lui faisiez des petites mamours ! Parce que ne pouvant pas arracher au père Bahurot son saint-frusquin, vous cherchiez, comme un intrigant que vous êtes, à le lui friponner en épousant sa lille ! Mais, mon garçon, vous n'aurez ni la fille, ni le magot !
— Monsieur, s'écria Octave hors de lui, si je vous jetais parla fenêtre?...
Marcel força son ami à se rasseoir et engagea le meunier à faire trêve à sa grotesque rhétorique ; mais ceci n'entrait point dans les intentions de la puissance belligérante.
— Non ! non ! reprit-il d'une voix tonnante ; il faut que ce monsieur sache bien que je suis ie maître ici, le fus et le resterai. Je vous ai déjà mis à la porte une fois. Octave, je vous y mets une seconde ! Maintenant que Napoléon est de retour, je me moque des marquis et n'ai plus rien à ménager ! Allez rejoindre votre Henri IV si cela vous fait plaisir; allez mendier avec lui chez les Allemands et les Cosaques, cela m'est égal ! Mais si vous essayez de demeurer, je vous fais arrêter comme déserteur et conduire de brigade en brigade jusqu'à votre régiment. Et si quelqu'un ici n'est pas content, il couchera ce soir dehors. Entendez-vous, monsieur Gérard? Entendezvous, mademoiselle Marguerite ?
Marcel prit Octave par le bras, et, sans se soucier de sa fuieui', le conduisit de force dans un cabinet voisin où il l'enferma à double tour, puis il revint s'asseoir, et ayant rempli son assiette et son verre, il commença ainsi à argumenter avec le farouche despote :
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— Monsieur Bahurot, il y a du bon dans ce que vous nous avez débité là ; mais vous faites de la peine inutilement à ce bon M. Gérard qui n'est plus d'âge à vous résister, et à mademoiselle qui vous honore infiniment.
— Ce bon M. Gérard , repartit le meunier, pourvu qu'il ait tous les jours sa soupe prête sans l'avoir gagnée, il se soucie bien de ce qu'on lui dit !
— Bahurot, répondit le vieil officier d'un ton plein d'une vraie tristesse, je ne suis plus en état de me défendre contre tes ignobles emportements. Je sais bien que j'ai vécu comme un lâche, acceptant une position qui me dégrade ; mais le mal est fait. Octave et moi nous avons eu besoin de ton pain, ensuite j'ai été le mari de ta tille (c'est ma plus grande ignominie, et je n'ose croire que Dieu me la pardonne!). Abuse donc, mon drôle, de la victoire que je t'ai laissé prendre, mais ne t'imagine pas que je ne sens point ma bassesse et que je ferme les yeux sur ce que tu es.
— N'exagérons rien, dit le conciliant Marcel.
— Laissez-le aller, reprit Bahurot ; il aime les grandes phrases et m'en fait quelquefois. Je finirai quelque jour par me lasser, et mademoiselle que voilà s'en apercevra bien. Et vive l'empereur I II va forcer tous les ci-devant à rengainer leurs prétentions !
Pendant le cours de cet orageux colloque, Marguerite avait tenu ses yeux baissés ; des nuages blancs et pourprés sétaient tour à tour succédé sur ses joues, et à deux ou trois reprises il avait été visible qu'elle était poussée par un mouvement intérieur à prendre la parole à son tour; mais sa réserve ordinaire l'avait jusque-là retenue. La nouvelle interpel-
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lalion presque directe du meunier termina la lutte entre sa modestie et ses secrets sentiments, et, fixant ses beaux veux résolus sur le brutal, elle lui dit d'une voix douce, mais positive :
— Mon grand-père, vous avez tort de nous parler ainsi. Vous ne pouvez rien gagner à faire le malheur de ceux qui vous entourent, et si je dois encore entendre offenser les personnes qui me sont le plus chères, je n'attendrai pas les effets de votre sévérité pour prendre leur défense, et, s'il le faut, pour suivre leur destinée.
— Voyez-vous? dit Bahurot en se tournant vers Marcel. Est-ceque je n'avais pas deviné juste? Petite scélérate, si tu veux courir après ton Octave, je t'en laisse libre ; mais je ne souffrirai pas que tu prennes ma maison pour y commettre tés infamies !
La grossièreté des injures, la fausseté des accusations suffisent, la plupart du temps, pour confondre de crainte et réduire au silence les innocents attaqués. Marguerite, en entendant les honteuses diatribes de son grand-père, sentit toute sa pudeur se révolter, prendre peur et abandonner sa cause ; certainement, si elle n'avait eu dans les veines que le sang de Gérard, elle aurait quitté la partie et se fût mise à pleurer. Mais elle tenait aussi de son persécuteur et n'était pas exempte de cette fermeté native qui, dans le vieux coquin, avait dégénéré en dureté féroce. Elle ne fut donc pas réduite aii silence pendant plus d'une seconde.
— Je suis fâchée, reprit-elle, de voir un parent que je respecte me parler d'une manière si indigne. Soyez sûr que je ne vous aurais jamais désobéi ni résiàté si vous ne m'y eussiez contrainte ; mais puisque vous me poussez à bout, je vous dirai la vérité
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tout entière : je n'ai pour mon cousin aucun sentiment dont je doive rougir. Je ne sais pas ce que vous appelez lui courir après ; rappelez-vous, mon grand-père, que c'est vous-même qui plus d'une fois m'avez ordonné de lui montrer de l'affection, et m'avez même grondée pour ne pas lui en témoigner assez. Ce matin, je n'avais nulle envie d'aller contre les projets que vous avez formés pour mon avenir, et je ne m'étais décidée en aucune façon à considérer mon cousin comme mon futur mari ; mais puisque vous montrez tant de rudesse envers lui, envers mon père et envers moi, je vous annonce avec soumission que je change d'avis, et que...
— Mademoiselle! Mademoiselle! s'écria Marcel en lui coupant la parole, ne précipitez pas ainsi les choses! Au nom du ciel, ne parlez pas si imprudemment! Vous êtes trop jeune pour bien comprendre la gravité de ce que vous dites !
— Mais laissez-la donc aller! hurla Bahurot. Quand je vous dis que ce n'est pas une honnête tîile ! Laissez-la vous le prouver elle-même !
— Mademoiselle, poursuivit Marcel en se levant, il est impossible que la conversation continue sur ce ton, et je vous annonce respectueusement que je ne le permettrai pas. Souffrez que je vous entretienne pendant quelques minutes sur la terrasse. Monsieur Bahurot, je vous en conjure, laissez-moi dire à mademoiselle quelque chose qui, j'en suis sûr, la fera changer de sentiment.
— Ma foi, si elle en change, dit Gérard, je la renie pour ma fille; car j'ai le cœur tout ravi de voir comme elle a rivé le clou à ce gredin !
— Monsieur Marcel, dit Marguerite d'un ton sérieux, je ne fais pas en ce moment un coup de tête,
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je cjois accomplir un acte de justice et de probité dont jusqu'à ce moment je n'avais pas compris l'importance et la nécessité. Pourtant je ne refuse pas de prêter une oreille très attentive, je vous l'assure, à des conseils dont j'apprécie d'avance le désintéressement. Ainsi venez sur la terrasse, je vous écouterai; mais je crois pouvoir vous assurer que vous n'ébranlerez pas ma résolution.
— Parlez! pourparlez! s'écria Bahurot, moi je vais me coucher. Mon parti est pris : ou la donzelle pliera, ou elle décampera. Messieurs et mesdames, j'ai bien l'honneur de vous souhaiter le bonsoir.
Ce disant, le meunier prit un flambeau sur la table, et avec un gros rire brutal, et en levant les épaules, il sortit de la salle à manger ; Marguerite et Marcel en firent autant par la fenêtre de plain-pied qui conduisait à la terrasse, de sorte que Gérard resta seul attablé, regardant fixement devant lui et perdu dans des réflexions rétrospectives qui n'avaient rien de flatteur pour son amour-propre.
Cependant les deux amis, car on peut hardiment leur donner ce nom, s'étaient appuyés sur le petit mur de pierre de la terrasse au niveau duquel montaient les cimes des rosiers et des jasmins plantés audessous en palissade. Au milieu d'un ciel d'une pureté sans égale, la lune planait et jetait sur toute la contrée une lueur triste remplie de charmes. Mais, bien que cette clarté délicieuse, bien que la douceur delà soirée, le gazouillement de quelques oiseiux, le bourdonnement des insectes nocturnes méritassent de toucher le cœur, les deux promeneurs étaient trop engagés dans le monde de leurs pensées pour avoir une seule idée à donner à des jouissances aussi calmes. Ils vinrent, dis-je, s'appuyer sur le
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petit mur, et Marcel, non sans quelque émotion, car son âme ferme n'était pas dure, son esprit sceptique n'f.tait pas froid, commença ainsi l'entretien :
— Octave, mademoiselle, ne m'a fait nulle confidence à votre sujet ; par conséquent il m'a laissé complètement libre d'exprimer ma façon de voir sur les nouvelles relations qu'il peut désirer d'établir avec vous. Je connais trop mon ami pour douter un instant de la sincérité comme de la loyauté de ses intentions ; et si votre cœur est prévenu pour lui, vous n'avez pas à craindre que, par des révélations ou des accusations fâcheuses, je vienne souiller la pureté de ce que vous avez pu rêver. Mais, je dois vous le dire, une union entre vous et Octave, et c'est, ce me semble, la menace que vous alliez adresser à votre grand-père lorsque je vous ai arrêtée, me paraît irréalisable ; elle serait funeste au bonheur de tous deux.
Octave n'est pas ce que vous le croyez. L'ambition domine dans son âme, et il ne pourrait, le voulût-il lui-même, renoncer sa propre nature ; les instincts qui coulent avec son sang battent avec son cœur, remplissent son imagination, et donnent à son esprit toute son activité. Vous êtes belle, vous êtes bonne, vous êtes spirituelle, charmante, faut-il s'étonner que votre magie, séduisant sa jeunesse, le trompe un moment sur ses voies V Non sans doute, rien n'est plus simple ; mais, croyez-moi, avec toute sa bonté, Octave n'est pas exempt de la qualité nécessaire à un am.bitieux, il a de la dureté dans l'âme ; c'est bien heureux pour les gens de sa trempe, car si les hommes dont le génie est actif ménageaient toujours le cœur de la femme qui leur a tout donné, il n'y aurait peut-être pas de grandes vertus dans ce monde.
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Epousez Octave, un jour vous serez pour lui u.i obstacle.
Vous voulez son bonheur? vous aurez perdu sa vie. Longtemps sans doute il cherchera à vous cacher des souffrances qui ne viendront que de vous... mais un jour vous lirez dans son âme, et votre existence deviendra un enfer !
Marcel avait parlé avec l'animation que donne une intention droite. Tout entier au tableau qu'il traçait, il n'avait pas regardé une seule fois Marguerite ; lorsque, en terminant, il laissa tomber ses yeux sur elle, il la vit comme suspendue à ses paroles et semblant en savourer tout le chagrin.
Elle n'avait pas d'amour pour Octave, je l'ai dit, ou du moins elle n'avait pas encore éprouvé cette fièvre brûlante qui offusque les sens et la raison, qui ferme l'oreille aux conseils et rend impossible toute réllexion froide. Elle n'avait rompu la glace avec son grand-père que par l'impulsion d'une juste colère; partant, elle put comprendre la justesse des paroles de Marcel. Cependant, lorsqu'on s'est vivement avancé, on ne recule plus sans combattre, et elle allait répondre sans doute par quelque objection aux discours de son ami, quand celui-ci se sentit saisir le bras. Il se retourna, et vit Ternove qui le regardait avec des yeux enflammés.
— Merci, lui dit amèrement le jeune homme, des efforts que tu fais pour me briser le cœur! Mais tu me permetTras sans doute de me défendre? Marguerite, écoutez-moi à mon tour.